samedi 24 décembre 2011

De l'actualité du message de Vaclav Havel. 2

Dissident-président ou sans parti engagé ? Vaclav Havel a tenté, réussi et échoué.

Engager la lutte et opposer la force de l'esprit à la force d'un État, c'est ce qu'a tenté le dissident.
Faire passer son pays, en profitant de la perestroïka en URSS; du satellite politique à l'autonomie politique, c'est ce qu'a réussi, appuyé sur l'ensemble des citoyens tchécoslovaques, le sans parti engagé.
Exercer le pouvoir d'État en évitant la partition de la Slovaquie c'est ce que n'a pu faire le président.

Tous et chacun avec Vaclav Havel

La démission de Vaclav Havel fut plus qu'une libération, pour lui, ce fut un moment de vérité pour la démocratie. Cette démission signifiait que laisser le champ libre à l'action politique peut voir ressurgir les démons, non plus les démons du totalitarisme pro-soviétique, mais les démons du néo-totalitarisme capitaliste. Havel a constaté qu'il ne pouvait échapper à ce dilemme : la fausse démocratie populaire ou la fausse démocratie libérale. Il s'est alors retiré. Ce fut à la fois logique et historique. Celui qui ne s'accroche pas au pouvoir sauve mieux que son image, il sauve ce pour quoi il avait donné sa vie : la liberté et la vérité citoyennes.

Vaclav Havel, l'utopiste, a eu les obsèques d'un roi. Le peuple tchèque, crispé sur son nationalisme et accroché à l'espoir d'entrer dans le cercle des pays riches, a constaté, par l'expérience, que leur président défunt avait vu clair : on ne fait pas le bonheur du peuple malgré lui, certes, mais on ne gagne rien non plus à rejoindre le camp des dominateurs de l'économie mondiale. La "crise" ou la mutation de société qui s'étale, à présent, sur l'Europe donne à penser aux Tchèques, et à nous avec eux, que l'implosion du "bloc de l'est", en 1989, ne garantissait pas aux "pays de l'ouest" une immortalité du régime économico-politique "libéral" et en réalité, oui, perversement totalitaire.

Vaclav Havel a cru à l'économie de marché parce qu'il y voyait l'exercice de la liberté du citoyen dans la sphère économique ce que le communisme avait expressément interdit en instituant un capitalisme d'État. Il pensait, à bon droit, que la démocratie qui ne s'exerce pas dans le domaine de l'économie n'est pas la démocratie. La suite lui a démontré que les marxistes avaient eu raison au moins sur un point : la liberté du renard libre au milieu des poules libres n'empêche pas que le plus fort dévore les plus faibles. Le "pouvoir des sans-pouvoir" ne concerne pas que les sans-pouvoir politique ; il concerne aussi les sans-pouvoir économique, autrement dit les pauvres. Les indignés ont surgi trop tard pour que Vaclav Havel en fasse parti.


Gorbatchev propose aux Russes d'oser une nouvelle perestroïka

Aujourd'hui même, 24 décembre, les indignés russes manifestent contre le néo-despotisme de Poutine et autres revenants du stalinisme, convertis au libéralisme totalitaire. La boucle se boucle. Vingt ans après sa propre démission, exactement, Gorbatchev les soutient et invite Poutine à se retirer ! Vaclav Havel a fait parti des rares hommes politiques qui ont redonné espoir aux sans-pouvoir, comme Gandhi, Martin Luther King ou Mandela qui ont fait autre chose que de rechercher à triompher et ont, ainsi, modifié l'histoire de l'humanité.

vendredi 23 décembre 2011

De l'actualité du message de Vaclav Havel. 1

Quand, en 1978, Vaclav Havel écrivait Le pouvoir des sans-pouvoir (1), il ne pouvait savoir qu'un jour, au-delà de la Tchécoslovaquie, des sans-pouvoir prendraient le pouvoir. Il pensait qu'un citoyen sans pouvoir reste un citoyen et peut le manifester, fut-ce à ses risques et périls. Il ne savait pas, alors, que les "sans-pouvoir économique" pouvaient peser sur la vie du monde, qu'ils accèdent ou pas au pouvoir... d'État.

Vaclav Havel apporte des nuances essentielles à la vie politique, notamment celles-ci :
le dissident n'est pas un opposant même s'il est inévitable qu'il soit considéré comme tel.
une "définition topographique" de la politique (droite, gauche, centre) n'a pas de sens (2), même notre cœur est à gauche.
Le pouvoir est un service auquel il ne faut pas s'accrocher (3) et se battre pour le conserver ou le conquérir fait confondre l'intérêt personnel et l'intérêt général.
La "dictature post-totalitaire" est différente de la dictature classique; ce n'est plus seulement par la force qu'on impose la monocratie, mais par la domination de l'idéologie.

Il faut méditer ces affirmations et les replacer dans le contexte politique de notre temps. Je le ferai ici. J'y ajouterai une réflexion sur l'économie de marché (à laquelle Vaclav Havel s'était rallié) qui n'est pas ce qui a succèdé à l'économie administrée par l'État et qui peut devenir une économie totalitaire.

Vaclav Havel (1936-2011)

(1) Paru dans : Havel Vaclav, Essais politiques, Paris, Calmann-Lévy, 1990, pp.65 à 157.
(2) Havel Vaclav, Méditations d'été, Paris, éditions de l'Aube, 1992, p.61-63.
(3)
Havel Vaclav, L'angoisse de la liberté, (recueil de discours), Paris, éditions de l'Aube, 1992, p.237 : Discours de démission.

jeudi 22 décembre 2011

Faire de Noël une révolution



Brice Parain (1917-1971)

"Chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi". (Jean-Paul Sartre).
"Les mots sont des pistolets chargés". (Brice Parain).

Brice Parain (1), philosophe aujourd'hui oublié, interviewé par le Monde, le 2 août 1969, affirmait : "La nouveauté, c'est la mort de Dieu et l'émancipation de l'esprit hors de l'emprise cléricale. Mais cela ne suffit pas à créer un monde nouveau. La révolution russe a tenté aussi de fonder un monde nouveau. C'était un formidable événement, dont j'ai été le contemporain : j'avais 20 ans en 1917. J'y ai cru. La Russie a voulu devenir une grande puissance industrielle, et elle y est parvenue. Je ne crois pas que l'on puisse échapper aujourd'hui à la civilisation industrielle et à la crise qui en est issue. Si on veut transformer ce monde, il faut le penser. Il est radicalement différent de tous les autres". (2)

La nouvelle survenue de Noël nous laisse dans les mêmes impasses que par le passé. Contrairement à ce que dit Brice Parain, Dieu, hélas, n'est pas mort ! Car Dieu n'est que ce qu'en disent les hommes, c'est-à-dire une caricature de ce que peut être Dieu, s'il est.

Que deux milliards d'êtres humains célèbrent la naissance "du petit Jésus" ne fait pas renaître Dieu en sa crèche ! On peut même constater que tout ce pour quoi Jésus a été crucifié triomphe jusqu'en son église : l'amour ou l'acceptation complice (c'est tout comme...) de l'argent, du pouvoir et de la violence.

Pour transformer le monde il faut user des mots qui, comme le voulut Vaclav Havel, donnent du pouvoir aux sans pouvoir (3). Le monde réel appartient au pauvre, au sans parti, au non violent. Tout discours religieux qui ne commence pas par dire cela est, de fait irréligieux et désespérant.

Vaclav Havel, le "sans parti engagé"

Le piège des mots, béant devant nous, est tendu par des communicants qui nous font accroire ce qui sera contredit sous peu ! La politique est ainsi salie par des professionnels qui affirment ce qu'ils ne pensent pas.

Trions parmi les mots ! Pesons les. Pénétrons les !

L'austérité, pour ne prendre que celui là est-il : sévérité, dureté, rigidité ?
S'accompagne-t-elle d'abstinence, de mortifications, d'ascèse, de pénitence, tous mots proches, à connotation religieuse, utilisés dans le langage monastique de ceux qui croient encore que le malheur vient du péché individuel !

L'austérité est-elle vue comme une rigueur ou une sobriété ? Car l'une contredit l'autre ! La rigueur accable ; la sobriété libère.

Dégainons les mots. Non pour tuer mais pour vivre. Prenons parti, librement, pour ne pas prendre le parti d'un parti, pour ne pas sombrer dans le parti pris. Soyons solidaires des modestes qui ne sont pas sans richesse, des illettrés qui ne sont pas sans culture, de tous "les sans" qui ne sont pas sans pouvoir.


Ne désespérons pas le Père Noël...

L'espérance de Noël n'est pas dans les bondieuseries et les cadeaux, ou, alors, faisons-nous cadeau de bonheurs simples. Et reprenons le refrain d'Aragon, cela vaut plus qu'un cantique :

Qui parle du bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues


Accostons à cette Terre, la nôtre ! Réenchantons le monde. C'est peut-être une chance ultime.
Ne fêtons pas Noël ! Faisons de Noël la fête du partage. Osons la joie.



(1) Intellectuel discret, grand ami d'Albert Camus, il s'engagera aux côtés de Robert Antelme et d'André Breton, entre autres, au sein de la revue Le 14 Juillet contre le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. Il a dirigé le tome 1 de L'Histoire de la philosophie dans l'Encyclopédie de la Pléiade.
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Brice_Parain
(2) http://www.cafe.edu/genres/e-intpar.htm
(3) Vaclav Havel, Le Pouvoir des sans-pouvoir, essai, 1978.


lundi 19 décembre 2011

Les faux choix



Ne laissons pas se déliter nos choix humains

Les choix politiques ne s'abritent plus à l'intérieur des partis.
On peut effectuer ces choix sans "adhérer" (se coller !) à des partis politiques.
S'enfermer dans une logique partidaire (1), c'est s'interdire des choix innovants.

Il en est ainsi du choix entre la droite et la gauche, alors que la droite n'est plus nécessairement le, (ou les) partis du conservatisme et du capital, et alors que la gauche n'est plus le, (ou les) partis du progrès et du travail.

Il en est ainsi du choix du socialisme (qui n'a qu'une définition : la fin du capitalisme quelles qu'en soient les formes), alors que le parti socialiste n'est plus, nulle part en Europe, socialiste.

En France, les choix idéologiques s'appuient sur des organisations qui dépassent ou contournent les partis.

S'agissant des partis eux-mêmes, - mises à part les structures faites pour soutenir et installer les dirigeants qui demeurent les servants du système économico-politique occidental qui s'autodésigne, faussement, comme "la démocratie" - , où serait le choix ?

Le PS propose une alternance qui n'est pas une alternative. Il reste inscrit dans des logiques libérales. Il a cessé d'être le parti de Jaurès et même celui de Blum. Il a glissé, avec François Mitterrand, dans l'acceptation d'un rôle : celui de "limitateur des dégâts" et d'occupant des palais du pouvoir, sans exercer ce pouvoir de plus en plus aux mains des technocrates des milieux financiers.

Le PCF est ce qui reste d'un grand parti populaire qui se meurt non seulement de ses erreurs passées et de son attachement trop longtemps persistant à L'URSS, mais de sa volonté de faire durer le temps de sa représentativité grâce à quelques élus ne devant, in fine, leur place qu'à des alliances avec le PS. Son idéologie productiviste fait le reste : il a cessé d'offrir un choix possible.

Les partis groupusculaires ou crépusculaires, trotskistes ou non, sans force autre que celle de leur protestation, mobilisent, en vain, des énergies qui ne demandent qu'à s'employer, mais qui ne proposent rien d'autres que des solutions du passé, d'un anticapitalisme sans danger pour les dirigeants de système. Il n'est là, rien qui puisse donner à choisir un modèle de société approchable.

Le Parti de Gauche qui voulait redonner sens au socialisme et ouvrir un espace à l'écologie politique se trouve, pour des raisons électorales, associé au PCF dans un Front de gauche qui édulcore son originalité. Il est rentré dans les rangs du système politicien traditionnel.

L'écologie politique ne parvient pas à sortir du dilemme : ou "faire de la politique autrement" et ne pas peser sur les résultats électoraux ou constituer un parti comme les autres et s'empêcher de "faire de la politique autrement". En un mot, que ce soit, hier, le parti des Verts ou, aujourd'hui, le parti EELV, il faut passer par un accord avec le PS pour exister et, dans ces conditions, on laisse, sur le bord de la route, une large partie des choix écologistes, notamment ceux qui sont incompatibles avec le capitalisme.

On le voit donc : le bipartisme, la fausse gauche contre la vraie droite, interdisent l'expression d'un refus du système économique et politique dominant. Il ne peut rien sortir des jeux où les modestes sont toujours perdants. L'Europe en surchauffe, actuellement, le démontre et l'éviction des gouvernements à majorité de droite (Italie, bientôt la France peut-être) ou à majorité pseudo socialiste (Grèce, Espagne...) risque de n'aboutir qu'à un seul et même résultat : la domination confirmée et amplifiée des puissances d'argent.

Restent, actuellement, les mouvements populaires puissants et confus qui, des "printemps arabes" aux "Indignés" (espagnol, étatsunien, israélien, russe...) manifestent la volonté de changer de paradigmes. Sont-ils la cause ou la conséquence de l'affaiblissement du système mondialisé qui, à vouloir fonctionner sans limites, avec un appétit féroce, a trouvé ses limites ? Ils sont, en tout cas, les seuls à pouvoir modifier la donne politique, pour le meilleur et, sans doute parfois, pour le pire.

Il n'a jamais été aussi important d'éviter les faux choix. Le talent des trompeurs d'opinions est immense. Il ne suffit plus d'avoir des idées de changement, il faut commencer à le mettre en œuvre, dans sa vie. On pouvait, dans le cadre de la politique de représentation, confier sa pensée à des élus, à charge pour eux de l'exécuter. La politique de délégation aux partis a ôté le pouvoir aux citoyens.

C'est fini. Nous entrons dans des temps complexes où les citoyens ont à apprendre leur citoyenneté et à comprendre comment on participe continuellement aux décisions. C'est une autre histoire qui s'ouvre.




(1) Voir; pour ce mot nouveau : Réflexion sur la logique partidaire en France. La crise du politique, par Lydia Nicollet
http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-2040.html



dimanche 18 décembre 2011

Il y a bientôt 100 ans mourait Poincarré.

Maîtrisons-nous ce que nous entreprenons ? Le chaos est-il un état permanent de la Terre ou un effet, aussi, de l'activité humaine ? Allons-nous de toute façon vers l'inconnu ou y avons-nous notre part ? Ces questions ne sont plus théoriques. Les bouleversements climatiques ne sont plus la seule affaire des scientifiques ou du GIEC ! C'est notre quotidien qui est bouleversé. Les désordres économiques ne sont pas "naturels" : ils ont pour causes nos propres actions ; ils sont donc susceptibles de corrections. Inutile de s'en remettre aux faux savants ! C'est la politique qui doit intervenir. C'est à dire... nous.

De Poincaré à Lorenz, des clefs pour appréhender le réel

Henri Poincarré (1854-1912)

".../... Dans notre époque la Science et les expertises ont un besoin croissant de repères ? Avec 2012 commence la centième année après la mort d'un très grand scientifique français : le mathématicien, physicien et philosophe Henri Poincaré. Un repère exceptionnel pour sa valeur scientifique, mais aussi sur le plan moral. En plein chaos économique, pourquoi ne pas rappeler le rôle décisif d'Henri Poincaré, il y a plus d'un siècle, dans la naissance d'une Théorie du Chaos des systèmes dynamiques autrement plus utile et sérieuse que les « théories économiques » répandues de manière récurrente par les « grands spécialistes » occidentaux au cours des trois dernières décennies ? "

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2011/12/17/henri-poincare-centenaire-de-sa-mort-ii.html

Edward Lorenz (1917-2008)

Du théoricien de génie Henri Poincaré au météorologue Edward Lorenz : La théorie du chaos est un centenaire très moderne.

"Le simple battement d'ailes d'un papillon au Brésil pourrait déclencher une tornade au Texas". Cette métaphore, devenue emblématique du phénomène de sensibilité aux conditions initiales, est souvent interprétée à tort de façon causale : ce serait le battement d'aile du papillon qui déclencherait la tempête. Il n'en est rien. Cependant une donnée infime, imperceptible, peut aboutir à une situation totalement différente de celle calculée sans tenir compte de cette donnée infime.

http://abcmathsblog.blogspot.com/2007/11/du-thoricien-de-gnie-henri-poincar-au.html

jeudi 24 novembre 2011

Haro sur Éva Joly !



Ils s'y mettent tous ! Les professionnels de la politique politicienne, du bavardage médiatique, du conformisme électoral et de la pérennité du système, s'en donnent à cœur joie. Eva Joly ne joue pas le jeu. Il faut l'abattre :


.

Et si, en dépit de tout et contre tous, elle disait ce que pensent de nombreux citoyens ?
• que le PS ne propose pas une alternative à l'UMP, seulement une variante au libéralisme.
• que le rapport au nucléaire constitue un vrai clivage qui ne suppose aucun compromis.



• que le débat présidentiel fournit une occasion de poser des questions de civilisation.
• qu'une majorité ne se concocte pas avant l'établissement d'un rapport de forces.
• que l'indignation des citoyens ne souffre pas de se contenter de demi-mesures.
• que sans solidarité active avec les plus démunis des citoyens, aucune politique ne vaut.
• que la dette n'est pas dû au laxisme des Français mais à la goinfrerie des plus riches.
• que la démocratie n'est plus là où 10% des plus riches possèdent plus de 50% du patrimoine !
• que changer de "logiciel", c'est sortir de la logique de la croissance pour aller vers la sobriété.
• que la réalisation d'un seul EPR serait la relance et non la sortie du nucléaire.
• que "les affaires" scandaleuses qui se succèdent et n'épargnent pas le PS sont dues au système.
• que l'Europe qui n'est pas une protection contre les nationalismes perd toute raison d'être.
• que la démocratie ne peut fonctionner sous la férule des partis.
• que les Français sont capables de prendre en main leur vie quotidienne.
• que les initiativespour entrer dans une société écologique ne doivent plus être bridées.

Finalement, même si c'est par principe et improbable, on ne peut demander à Éva Joly de soutenir François Hollande sans qu'il s'engage à la réciprocité !


jeudi 17 novembre 2011

Présidentielles : une bonne fois pour toutes...


Tout en admettant que :
1 - l'élection ne garantit pas la démocratie ;
2 - l'absence d'élection ne la garantit évidemment pas non plus ;
3 - l'élection présidentielle renforce constamment la monocratie ;
4 - le mode de scrutin uninominal à deux tours a bipolarisé la République ;
5 - l'absence de 3ème candidat, même si aucun n'a atteint 25% (cf. 2002), fausse la majorité ;
6 - la non prise en compte du vote blanc interdit de récuser tous les candidats ;
7 - l'énorme financement des campagnes bloque toute concurrence électorale équitable ;
8 - l'exception électorale française en Europe met en évidence l'iniquité du présidentialisme ;
9 - le glissement de l'élection vers un supershow médiatique trouble et trompe les électeurs ;
10 - la place des législatives, après les présidentielles, soumet le législatif à l'exécutif ;



...il n'en reste pas moins que :
a - voter, ou ne pas voter, est un choix politique lourd pour tout citoyen ;
b - l'abstention volontaire n'a de sens que si elle est expliquée, popularisée, collective ;
c - la contestation de l'élection présidentielle en son principe doit s'exprimer par le vote ;
d - le vote blanc est légitime et il doit être compté dans les suffrages exprimés ;
e - voter pour faire élire et voter pour exprimer ce qu'on pense peuvent être incompatibles ;
f - le vote contraint enlève à l'électeur son pouvoir politique ;
g - choisir un président, en France, n'oppose pas toujours droite et gauche (cf : 1969 et 2002) ;
h - un candidat solitaire devient non un porteur de projet mais un chef de guerre ;
i - à une élection à caractère obsolète, il faut oser opposer un autre mode de scrutin ;
j - l'élection de 2012 introduit une rupture en remplaçant le choix de société par un référendum ;



...il s'ensuit, de façon pratique que :
I - entre l'abstention et le vote blanc, si le choix est impossible, il faut voter blanc ;
II - il faut écarter tout candidat qui n'a pas de projet de révision de la constitution monarchique ;
III - il faut écarter tout candidat qui n'a pas un projet de sortie du système économique libéral ;
IV - il faut écarter tout candidat qui ne veut pas libérer la France du nucléaire civil et militaire ;
V - il faut écarter tout candidat qui reste dépendant du système politique des partis ;
VI - il faut voter pour le candidat le moins éloigné de ce qu'on pense, non pour battre le sortant ;
VII - l'élu, quel qu'il soit, ne sera pas en capacité de mettre en œuvre son programme ;
VIII - il y a danger gravissime à faire peser la charge de la dette sur les épaules des plus pauvres ;
IX - il faut faire entrer la France et l'Europe dans le mouvement d'indignation planétaire ;
X - la démocratie doit surprendre et ne pas se donner aux professionnels de la politique.


Ces repères ne sont que des repères. Ils balisent le champ politique. Ils permettent, au moment où se dégageront les nuages qui empêchent de voir l'avenir, de se retirer d'une élection truquée ou, au contraire, de participer à un choix qui échappe au conditionnement médiatique.

mardi 15 novembre 2011

Sortir de "la société de marché"

"La société de marché n'est pas "l'économie de marché". Karl Polanyi a exposé, depuis longtemps, que si l'économie s'empare de la société entière, tout se "marchandise". L'actualité de cet auteur est étonnante !

Patrick Viveret, dans un article de Médiapart, qu'il faut lire en son entier, souligne pourquoi non seulement l'euro mais l'Europe sont en danger. Il n'hésite pas à décrire où se trouvent les risques de guerre intérieure et extérieure !



"Les libéraux et les marxistes confondent le capitalisme et le marché. Le capitalisme est dans une logique de puissance, et si on le laisse se développer sans frein, il détruit aussi les échanges et les marchés, comme l’avait souligné l’historien Fernand Braudel.

Le capitalisme est dans une logique de trusts, industriels hier, informationnels aujourd’hui. Mais le vrai marché est une institution qui suppose de la régulation : il lui faut de la paix et du droit. La première partie de l’histoire des institutions européennes était nourrie par l’expérience des faits totalitaires, de la guerre et par les dérèglements nocifs de la première «société de marché», décrite par Karl Polanyi.

A partir du moment où on a basculé, de plus en plus vite, vers une Europe qui devenait le vecteur d’imposition de la logique de globalisation financière, l’Europe a commencé à se déstructurer de l’intérieur. Au lieu d’être protectrice, elle est devenue menaçante. Et on arrive aujourd’hui à un point critique, où cette Europe-là est incapable de défendre ses propres avancées. Si on reste dans cette mécanique, on risque de ne pas vivre seulement la fin de l’Euro, mais un éclatement de l’Europe elle-même".

"Une économie entièrement autonome vis-à-vis du politique et de toute éthique engendre des formes de guerres civiles intérieures : on en a perçu les germes lors des émeutes britanniques de l’été. Mais elle porte aussi en elle les germes de guerres internationales. Les éléments de révolte sociale sont déjà présents et le seront plus encore avec les programmes d’austérité.

Et la meilleure façon de canaliser des révoltes, c’est toujours de construire des logiques de boucs émissaires. Soit des boucs émissaires intérieurs, comme les Juifs hier ou les Roms aujourd’hui. Soit des boucs émissaires extérieurs. Les révoltes sociales qui montent en Chine face à la classe des nouveaux riches pourraient bien faire que Taïwan devienne un enjeu de conflit majeur. Et, pour Israël, une bonne façon de détourner les puissantes revendications de leurs indignés, c’est un conflit avec l’Iran. Les politiques économiques actuelles sont autant de bombes à retardement planétaires".

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/141111/patrick-viveret-la-paix-et-la-democratie-sont-menacees

lundi 14 novembre 2011

Relire Polanyi

Il n'a jamais été aussi urgent que de travailler à la construction de l'alternative au capitalisme. Pas une alternance. Pas un retour aux schémas productivistes marxistes. Du neuf ! Or, nous sommes privés d'outils intellectuels crédibles. Nous allons sortir du capitalisme avant de savoir où aller ! Rien n'est plus dangereux. Polanyi est l'un des auteurs qui n' a pas vieilli e tqui est republié car ce qu'il a dit éclaire le présent.


Karl Polanyi 1886-1964

Deux ouvrages parus ces jours-ci, chez Flammarion, invitent, à nouveau, à relire d'urgence Polanyi.

La Subsistance de l'homme, la place de l'économie dans l'histoire et la société, est un ouvrage posthume de Karl Polanyi, publié en 1977 et pour la première fois traduit en français.

Avez-vous lu Polanyi ?, de Jérôme Maucourant, initialement publié en 2005, est réédité en poche, enrichi dʼune précieuse postface, intitulée «Après Wall Street et Fukushima : amélioration ou habitation du monde ?» Lʼoccasion de revenir, avec lui, sur lʼactualité de la pensée de Polanyi en ces temps de crises économique et politique.

L'œuvre de Karl Polanyi peut-elle nous aider à penser le choc écologique que connaît le monde contemporain ? Il a l'intuition que le caractère désastreux du marché autorégulateur dépasse lʼéconomie,la société et même l'homme. Il dit que cela mène à un désert. La marchandisation de la terre, que Polanyi est un des premiers à voir, est une négation de la vie.

Quand il parle de «la terre», on peut entendre le mot «nature». Il ne se contente pas du sens agrarien du terme. Il finit, dʼailleurs, un chapitre de La Grande Transformation par ces mots :«On ne peut séparer nettement les dangers qui menacent l'homme de ceux qui menacent la nature.»

La crise de la modernité ne mettait donc pas en cause un seul projet humain (la démocratie sociale contre la société de marché) mais, peut-être, le monde lui-même,au-delà de l'homme.

Extrait de Médiapart. http://www.mediapart.fr/print/151874


samedi 12 novembre 2011

Avons-nous jamais vécu en démocratie ?



La démocratie, selon le dictionnaire courant, Le Robert, serait "la doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens; organisation politique (souvent, la république) dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté".

La 86e semaine sociale de France a choisi comme thème : "La démocratie une idée neuve". Est-ce à dire que nous n'aurions jamais connu la démocratie et qu'il serait urgent de la penser, (pas même de la repenser) ?

Je crains que la confusion ne se soit emparée de l'esprit des organisateurs de la Semaine sociale ! La démocratie n'est pas une idée neuve ! Si elle n'a pas pénétré la pratique politique, c'est parce que sa mise en œuvre exige des vertus qui n'existent pas, actuellement, en Europe occidentale et parce que le pouvoir n'est pas, (comme le disait Descartes à propos du bon sens) : "la chose du monde la mieux partagée".

La démocratie conçue par les Grecs, définie par les Philosophes et notamment Rousseau, essayée, en France, pendant les quatre premières républiques, semble, à présent, réduite à l'élection des élites de la nation au suffrage universel. Les traces de démocratie laissées dans les institutions sont plus des graines de démocratie que la manifestation de l'existence d'une plante démocratique vivace. Aujourd'hui, la Ve République a si fortement concentré le pouvoir que nous avons pu voir, depuis 1958, la monarchie, républicaine ou pas, se restaurer progressivement sous nos yeux.

C'est de la manière dont nous avons usé de la démocratie qu'il conviendrait de débattre et de faire le procès estime Jérôme Vignon, le président des Semaines sociales de France. Pas seulement ! Selon moi, voici ce qui devrait faire l'objet d'un long et lent travail citoyen, devant déboucher sur une "reconstitution" de la République :
1 • la compatibilité entre la démocratie et un régime présidentiel, où que ce soit sur Terre, et plus spécialement, bien entendu, dans notre propre pays, où le Chef de l'État est un monarque incontesté, avec un déséquilibre entre les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) qui aurait scandalisé Montesquieu !
2 • La compatibilité entre la démocratie et le système économique capitaliste actuel dont on constate qu'il fait et défait les gouvernements (sans élections, aujourd'hui, en Grèce et en Italie) et, plus encore, qu'il détermine les politiques en fonctions d'intérêts financiers qui ne sont pas ceux de la majorité des citoyens.
3 • La compatibilité entre la démocratie et la représentation voire la participation politiques, telles qu'elles restent pratiquées et qui aboutissent au cumul des mandats (dans le temps et l'espace), au sexisme politique, à la centralisation autoritaire des pouvoirs, à la faible possibilité d'intervention dans la vie publique entre deux élections, au maintien d'une organisation des pouvoirs publics ne tenant pas compte de l'énorme possibilité d'information et de communication offertes aux citoyens par les technologies modernes.

En clair, nous aurions bien besoin, comme en 1789, de Cahiers de doléances, rédigées en tous lieux du pays, préparant des États généraux de la République, en vue de désigner une assemblée Constituante, mandatée pour rénover, en profondeur, des institutions et des animations politiques qui engloberaient et déborderaient les partis et tous autres organismes traditionnels sans leur déléguer l'ensemble de la volonté populaire !

La politique, si elle exige des compétences, lesquelles s'acquièrent, n'est pas un métier. Être élu est un service et non pas une carrière. La désignation ne passe pas uniquement pas les élections et le tirage au sort doit être sérieusement envisagé comme une possibilité qui ne se limite pas à la composition des jurys d'Assise ! La démocratie est non seulement "inachevée", comme le constatait Pierre Rosanvallon, en 2000, elle balbutie comme une nouvelle née, et se cherche indéfiniment, au milieu de contradictions et des obstacles élevés par des politiciens professionnels.

Il faut, dès lors, être clair : si la démocratie n'est praticable, compréhensible et admissible qu'associée au système économique capitaliste, elle n'a pas d'avenir. Si la démocratie ne peut conduire, par souci d'efficacité, au partage le plus large possible des responsabilités politiques et économiques, elle n'est pas. Si la démocratie peut être invoquée par ceux qui confisquent et manipulent l'exercice de la volonté populaire, mieux vaut n'en plus parler.

On abuse du mot démocratie, quand on affirme, dans la Constitution française elle-même, mensongèrement, que la République a pour principe : "gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" ! Qui ne voit que par le peuple signifie exclusivement : par les délégués du peuple ? Qui ne constate, notamment aujourd'hui, que pour le peuple, à la vérité, doit s'entendre : pour la partie la plus favorisée du peuple ? Qui ne comprend, enfin, que gouvernement du peuple est devenu : gouvernance du peuple des citoyens (ou sur le peuple) par des élites déterminant elles-mêmes ce qui est bon ou non pour le dit peuple ?

Ou bien il faut renoncer à la démocratie (si elle n'est que cette caricature d'organisation politique renouant avec le plus ancien des régimes, celui des oligarques et des privilégiés) ou bien, il faut lui donner un contenu tout neuf, (qui stoppe la dérive régressive, hors des a priori de cette droite et de cette gauche parfaitement adaptées au maintien du statu quo économique et politique).

Nous n'en sommes plus à rechercher quel régime antérieur était préférable ! Le printemps arabe nous a surpris et éblouis parce qu'y surgissaient des revendications et une volonté démocratiques, là où nous pensions les dictatures installées à jamais. Que n'avons-nous balayé devant notre porte ! Sans doute parce que les dictatures camouflées, celles des banques et de leurs complices politiques, notamment, sont autrement mieux protégées encore que les dictatures ! L'apparence de démocratie trompe davantage que la tyrannie.

Avons-nous, alors, jamais vécu en démocratie ? Nous en avons aperçu les formes, nous en avons parfois goûté la saveur, nous en avons constaté la possibilité, nous en avons aimé les appels à la liberté de pensée, mais nous avons été trompés. Une démocratie en marche, fragile et incertaine encore, dès qu'elle s'arrête, s'étiole. Quand république et démocratie se superposent, fut-ce abstraitement, cela signifie qu'on conçoit, comme une utopie à notre portée, un régime où la res publica, la chose publique, le service public et la souveraineté populaire, les pouvoirs de décider soient organisés de façon prioritaire, non héréditaire, et sans aucun privilège.

Si ce n'est qu'un rêve cessons d'invoquer la démocratie : elle serait, alors, pensable certes, mais impossible ! Si, au contraire, c'est la seule utopie politique approchable, faisons-la exister vraiment : c'est notre dernière chance, avant de sombrer, pour des siècles peut-être, sous la dictatures des marchés, des puissants et des menteurs.


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