dimanche 13 mai 2012

Croissance et lenteur


On ne va pas contre la mode. Or, la croissance est, tout à la fois, mode et culte.

Une mode verbale ?  Pas un discours où il ne soit question de "relancer la croissance", de "pacte de croissance", de "fruits de la croissance" ou de "libération de la croissance"... Bref, sans croissance, rien ne serait possible. Les succès ou les échecs s'expliqueraient par la chance ou la malchance de ceux qui héritent d'un taux de croissance faible ou élevé. Lionel Jospin avait gouverné en période de croissance tandis que Nicolas Sarkozy a rencontré une croissance "molle" puis quasi nulle...

Laissons de côté, pour une fois, la critique des partisans de la décroissance qui, même si elle est, intellectuellement fondée, ne résiste pas à la doxa économiste qui veut qu'il faut croire à ce qu'on fait et donc rechercher comment produire plus pour que l'activité économique dope l'emploi.

Car l'action politique ne consiste pas seulement à avoir raison. Encore faut-il convaincre. Or, dire aux Français, aux Européens aux occidentaux en général ainsi qu'aux peuples qui ont été conquis par la doctrine capitaliste occidentale que la croissance ne sera plus au rendez-vous est impossible et impensable.

En 2007, celui qui allait devenir Président de la république française avait gagné la bataille des idées avec une fausse évidence : "on peut gagner plus en travaillant plus". Aujourd'hui, on avance une idée voisine : "on peut échapper à l'austérité en relançant la croissance". La seule différence entre les deux formules est que, il y a cinq ans, l'espoir de s'enrichir par l'effort avait rencontré un vrai succès, bien que passager, tandis qu'aujourd'hui, en 2012, les écailles sont tombées des yeux : il n'y a plus de travail pour tout le monde et la consommation des ménages, nourrie par les salaires, ne va pas s'accroître comme au cours des décennies passées.

Alors, on va tenter de faire ouvrir les bas de laine, on va rechercher dans l'épargne les revenus qui manquent pour dynamiser les ventes, mais cela aussi n'aura qu'un temps car les épargnants, prudents, ne vont pas mettre en péril leur avenir en vidant leurs comptes, en fragilisant leurs ultimes ressources.

La croissance est un culte, celui du Veau d'or. La Bible dit ce qu'il advint des Hébreux qui ont cédé à cette idole. Sortis d'Égypte, privés de la présence de Moïse, ils fondirent leurs bracelets et colliers d'or pour avoir un dieu qui expriment leur richesse. Cette croyance s'effondra dès que Moïse, descendu de la montagne, eut révélé l'imposture. Le culte de la croissance est une imposture.

Ou bien la croissance sera, à coup sûr, au rendez-vous de l'Europe et il faut cesser de jeter le doute sur la possibilité de "rebooster" l'activité économique, ou bien la croissance sera déclenchée si, et seulement si, les conditions économiques sont favorables et il faut bien alors parler d'incantation. Pour un peu, on brûlerait des cierges pour qu'enfin l'on constate le retour de la croissance, comme jadis le retour de la pluie après la procession. On veut non seulement produire plus mais aller vite. Il faut produire et consommer sans prendre le temps de choisir car on risquerait alors de renoncer à certaines productions ou d'abandonner des produits sans intérêt pour les humains. On mettrait ainsi la croissance en péril...  Penser et s'informer demande du temps. Tout est rassemblé pour interdire de changer de "logiciel", pour conduire à croire l'information mille fois répétée et tombant comme pluie sans qu'on puisse s'en mettre à l'abri !

Quel que soit le gouvernement, dans chacun des pays qui viennent d'organiser des élections, le même conditionnement politique conduit aux mêmes choix à quelques nuances près : il faut réduire et rembourser les dettes, cesser de vivre au-dessus de ses moyens et donc faire payer les citoyens en prélevant sur leurs revenus et leurs avantages sociaux. Nul n'explique la généalogie de ces dettes et nul ne cherche comment faire régresser l'écart abyssal entre les revenus. Bref la politique est soumise à l'économie et non l'inverse, ce que nous savons depuis des lustres.

La pression exercée par l'Union européenne sur la Grèce fait penser aux pressions exercées sur les États mal-votants qui avaient repoussé, par référendum, le traité de l'Union européenne (dont on voir bien, à présent, qu'il contenait l'obligation d'avoir à se soumettre à des principes libéraux dans lesquels les États membres s'engluent un par un).

Changer de logiciel signifie, en politique, deux choses : supprimer un formatage intellectuel qui interdit de penser l'avenir en dehors des normes toutes faites ; ralentir le rythmes de décisions qu'on s'usera à remettre en cause et qui ne fournissent que des réponses immédiates à des problématiques complexes.

La démocratie, décidément, s'autodétruit quand elle n'est plus qu'une machine à élire. Les exemples actuels sont multiples : de l'Algérie à la Russie, de la Syrie à l'Espagne, de la Grèce à ... la France ! Si la fin du sarkozisme est une chance, il ne faut pas un seul instant continuer de penser que tout dépend d'un Chef d'État. Si les peuples, avec sagesse et lenteur, ne réussissent pas à imposer leur loi qui n'est pas faite que des lois parlementaires, alors nous allons traverser une période tragique. Puissent les "indignés", ces vigiles témoins de la jeunesse du monde, peser sur les travaux politiques de ceux qui ont non pas à nous gouverner mais à gouverner avec nous.


Qui veut voyager loin ménage sa monture.

mardi 8 mai 2012

À quand la politique et la démocratie ?

Il est incorrect de ne pas se réjouir avec les vainqueurs, surtout quand on a apporté sa faible contribution à la victoire. Eh bien, tant pis.

Depuis le 6 mai, c'était il n'y a pas deux jours, j'observe, éberlué, la suite d'un spectacle médiatique qui n' a pas grand chose à voir avec la politique et qui me semble éloigné de la démocratie véritable.


Je ne voudrais pas me montrer méprisant à l'égard de ceux dont on coulé les larmes de joie ou de dépit, mais je ne comprends pas trop cette insistance sur des sentiments respectables mais nullement décisifs. Les médias auront capté et étalé ces images parfois indécentes qui révélaient triomphalisme ou détresse...

Je constate aussi qu'en fait de changement, les mêmes commentateurs, les mêmes personnalités politiques se jettent sur les micros et se livrent à des analyses qui ne sont que des justifications a posteriori. En fait  de recherche de ce qui peut se produire de neuf dans le pays, je n'entends rien...

Tout bien réfléchi, et je ne fais que me répéter, la 5ème République ne peut satisfaire la demande politique et enferme les citoyens dans des processus électoraux qui figent ou détournent leur expression.


Autrement dit, nous venons d'assister à la ènième manifestation d'un jeu politicien qui place les acteurs dans la tribune, une fois qu'ils ont payé leur place au moyen d'un bulletin de vote, en ne laissant sur scène que les vedettes.

Nous ne savons, du reste, pratiquer la démocratie autrement. Nous avons été formatés pour ne penser notre rôle que dans ce cadre institutionnel plus que jamais incontesté mais pas incontestable !

Nous assistons au triomphe des partis, y compris de ceux qui sont défaits et qui, déjà, préparent leur revanche. Et cette débauche d'élections sans suivi politique, partout en Europe, ne fait qu'accentuer le caractère douteux de pratiques électorales qui servent de défouloirs et qui ne sont pas appliquées à la réalité des questions que les hommes ont à affronter.

On vote en Syrie. On vient de voter en Grèce. On voudrait bien voter en Égypte. On a voté aussi en Grande-Bretagne. Il y a quelques mois on votait en Espagne. On aura voté en Russie. On va voter aux USA. On revotera en juin en France. Etc.

La Syrie ne peut que voter conforme, sous peine de mort. La Grèce devra revoter si, faute de majorité, elle rejette la politique d'austérité qu'on lui a imposée. Le printemps arabe, en Égypte, n'est acceptable par l'armée que si elle conserve le pouvoir. Les Britanniques ont désavoué, pour la gestion des villes, ceux qu'ils avaient choisis pour diriger la Grande-Bretagne. Les Espagnols qui ont fait payer aux socialistes la déconfiture économique de leur pays, manifestent en masse contre le nouveau gouvernement. Poutine s'installe avec morgue et brutalité. Les USA vont se lancer dans une guerre médiatique et financière géante de quelques mois pour décider s'ils conservent ou non Obama, quatre ans encore. Quant à la France, elle va, pour la forme, se relancer dans une campagne électorale dont on connait déjà le résultat dès lors qu'il n'y a plus qu'une seule élection qui pèse, désormais.

J'ai quelque peine à penser que des élections fassent la démocratie. J'ai plus de mal encore à penser que les questions politiques fondamentales y soient abordées. 

Penser la politique avec Montesquieu ?

Je ne veux, désormais, consacrer du temps à mettre en évidence que ce n'est pas la conquête d'une majorité qui fait l'histoire d'un pays. J'ai seulement l'intuition que la débauche d'énergies et de crédits qui a conduit à un résultat électoral fragile aura usé et crispé des citoyens qui méritaient mieux et dont la créativité politique a été mise aux oubliettes le temps de faire sortir de l'ombre un nouveau prince.

Il est temps de "faire la politique" plutôt que de faire "de la" politique et il n'a jamais été aussi important de faire saisir que la démocratie réduite aux élections n'est pas la démocratie. Avec beaucoup d'autres, chercheurs ou simples acteurs locaux, je veux m'y employer.

jeudi 3 mai 2012

Voter Hollande quand même ?


Voter pour un "socialiste libéral", c'est-à-dire une contradiction vivante ? Voter pour qui, rapidement, va me transformer en opposant ? Voter pour celui qui se contentera, comme l'avait fait Mitterrand, en 1981, avec Plogoff, de limiter à une centrale la dénucléarisation de la France ? Voter pour celui qui expulsera, tout autant que son prédécesseur, les Roms, les sans papiers et les mauvais payeurs, brefs les plus démunis des hommes  vivant près de nous ? Voter pour un responsable politique qui dit, contre toute évidence, pouvoir compter sur la croissance pour redonner de l'emploi ? Voter pour qu'une équipe de ministres et de conseillers comprenne les Vals, Moscovici, et autre Rebsamen, tous plus à droite qu'un centriste à la Bayrou ? Voter pour le candidat d'un parti, dont nombre de leaders étaient près, voici moins d'un an, en dépit de ce que tout le monde savait, à se rallier à un DSK ?

Et néanmoins, voter, sans illusion, pour nous soulager d'un mal par un moindre mal ? Voter, en tombant, consciemment, dans le bipartisme qu'on n'a pourtant cessé de dénoncer ? Voter en sachant que, bientôt, nos maigres espoirs se transformeront en résignations ? S'en tenir, ainsi, à chasser Sarkozy, champion des riches, des "forts" et des nationalistes ? Voter sans voter en quelque sorte. Fermer les yeux ; ne plus chercher à choisir ; éliminer...


Maintenant que le vote blanc, confisqué par Marine Le Pen, est devenu brun, il me va falloir, comme au premier tour, où j'avais voté blanc-vert, (une goutte d'écologie dans un océan de bienpensance politicienne) voter blanc-rose, un rose très pale (une goutte de socialisme dans une mer de bienpensance social-démocrate).

Impossible de voter blanc, alors que ce serait l'acte logique de tous ceux qui  voudraient choisir de ne pas choisir. En France, si "blanc n'est pas nul", voter blanc est transparent et n'est pas une opinion exprimée ! Encore un dispositif électoral antidémocratique...

Je vais voter en acceptant la faute constitutionnelle que constitue ce mode de scrutin dont il faudra bien que la France se débarrasse. Je vais voter la honte au cœur et l'amertume aux lèvres. Je vais voter sans rien accorder au PS. Je m'y apprête... Hélas ! Je vais faire ce que je me refusais, hier encore, obstinément, de faire !

Et dès le 7 mai, il faudra, je le sais aussi, que rentrent, par la fenêtre, les questions écologiques majeures, décisives pour l'humanité, qu'on aura froidement, sciemment, cyniquement, mises à la porte. Le 7 mai, une fois passées cette élection-spectacle et son cirque médiatique, reviendra le temps de la politique, la vraie politique libérée de toute doxa, celle des citoyens capables de penser et vivre sans partis. Ce disant, je sais que Don Quichotte n'est pas loin de moi... J'accepte volontiers qu'on rie de ma naïveté mais je ne veux pas, et ne peux d'ailleurs pas, ne vivre que de doutes.

Je serai donc parmi ceux qui sèment des graines en pensant que si l'une d'elles, une seule, germe, des événements vont balayer les fausses évidences dont les politiciens se nourrissent. La victoire probable de François Hollande sera, paradoxalement, une défaite provisoire et tactique, une de plus, subie par ceux qui ont tort d'avoir raison trop tôt et qui savent que le siècle ne peut s'écouler paisiblement dans la quête du "toujours plus" de croissance, le maintien du nucléaire civil et militaire, l'épuisement des ressources naturelles vivantes ou minières, la pollution lente des sociétés, la dérive climatique accélérée, et la paupérisation de ceux qui ne sont pour rien dans le malheur qui s'acharne sur eux ...


Que je prête la main à l'installation d'un pouvoir qui ne fera pas, de l'essentiel, sa préoccupation principale, me désole et m'accable. Mais je vais le faire. J'éviterai de regarder le visage de celui qui me tend le seau d'eau qui peut éteindre l'incendie. Je vais, la rage aux dents, me motiver pour que le changement en soit un et pas seulement "un changement de personnel", comme disait Sartre.

vendredi 23 mars 2012

La fabrication d'un meurtrier.


Il portait un nom : Mohamed Merah. C'est une personne humaine qui a tué et qui a été tuée. Pas « un monstre », mais un meurtrier dont la pensée a été pervertie, et par les influences qu'il a reçues et par sa propre histoire qui fut une suite d'échecs.

L'épouvante qui nous a touchés, au plus profond de nous-mêmes, en particulier quand des enfants ont été exécutés, nous oblige à chercher les causes réelles de cette horreur si nous voulons les éradiquer.


 Relisons Hannah Arendt : le moment en est venu.

Ce n'est pas l'Islam qui est en cause, même il faut toujours s'interroger sur les fanatismes qu'engendrent toutes les religions. Les prétextes fournis par Mohamed Merah lui-même, au cours des « négociations », quand il fut encerclé, sont  mal fondés mais reposent pourtant sur une réalité : les meurtres de civils, y compris d'enfants, en Afghanistan et en Palestine. Toutefois, l'assassinat d'innocents ne souffre aucune justification.

 Ce n'est pas l'immigration qui est en cause. L'origine algérienne de l'assassin n'a rien à voir avec son comportement ! Il serait trop facile de tout faire reposer sur les les épaules de cet « individu », (c'est le mot qu'on emploie quand on veut dépersonnaliser quelqu'un), cet homme, ce jeune Français, né en France, qui a sombré, progressivement, dans une violence exacerbée conduisant à la mort, la mort donnée puis la mort reçue. Tous ceux qui l'ont approché, éduqué, contrôlé, emprisonné, surveillé, oublié, ont leur part de responsabilité dans cette « banalisation du mal », cette fabrication du meurtrier, cette construction d'une machine à détruire, si bien décrite par Hannah Arendt.

La violence ultra médiatisée, dont on a fait un spectacle permanent et vide, durant des heures et des heures, au moment de la découverte du lieu où s'abritait Mohamed Merah, renvoie aux images sanglantes, choquantes, déshumanisées, que déversent, sans relâche, la télévision, le cinéma et les jeux vidéo, lesquelles constituent des modèles fascinants notamment pour les esprits les plus faibles.

Il est beaucoup trop facile de se procurer des armes ! Leur trafic est trop peu réprimé, leur vente trop peu encadrée et le permis de port d’arme est trop souple... Les "outils qui tuent" donnent l'illusion de la puissance et les marchés de l'armement, officiels ou parallèles, font le reste : nous vivons dans un monde où l'on veut faire reposer d'abord la loi et la justice sur la force. La conséquence en est que les insensés, qui veulent faire justice eux-mêmes et qui se donnent à eux-mêmes des lois, parfois faussement appuyées sur des considérations religieuses, s'arment et risquent de se perdre dans la vengeance et la haine.

Il n'y a, hélas, rien d'exceptionnel dans cette guerre que l'homme se fait sans cesse à lui-même et le caractère brutal, insupportable des événements survenus en France, ne doit pas masquer que le monde entier subit chaque jour des crimes semblables. Les commentaires à jet continu des médias, durant la période sensible, prendront vite fin et les questions resteront sans solution si les citoyens ne s'en soucient que par compassion ou colère.

Allons-nous accueillir, enfin, nos compatriotes, nés ailleurs où enfants d'immigrés, qui sont reclus dans des quartiers où règnent la désespérance et l'inutilité ? Allons-nous cesser de prétendre défendre les droits de l'homme au bout de nos bazookas, en Afghanistan ou ailleurs ? Allons-nous supprimer les appels au meurtre des inconscients qui s'en prennent à Israël au lieu de s'en prendre à la politique de l'État d'Israël, dangereuse pour tous les Juifs du monde ? Allons-nous, enfin, quitter cette doctrine selon laquelle les fautes ne sont jamais dues qu'à la responsabilité individuelle de ceux qui commettent le pire ?

Refusons cette moralisation sans éthique qui nous mettrait à l'abri de nos responsabilités.

mardi 20 mars 2012

Les quatre erreurs de Charles de Gaulle

Cinquante ans après les accords d'Évian, je m'étonne de de l'impossibilité de contester encore la politique mise en œuvre par Charles de Gaulle, à partir de 1958 !

La guerre d'Algérie, de 1954 à 1958, appelée "pacification", (il faudra attendre 1999 pour qu'elle soit appelée par son nom !), dont tout a dépendu par la suite, a enfermé la France, durant quatre ans, dans un enfer politique auquel l'intelligence et l'autorité du héros des années 1940 n'ont pas suffi à nous faire échapper.

"Le recours au Général" a pesé, alors, sur les destinées de la France.

Il a fait quatre erreurs funestes dont la majorité des Français n'ont pas encore tous conscience.



La première fut de flatter l'armée avant de la décevoir ou de la trahir. La fin de la tentative de conciliation avec l'armée, aux comportements coloniaux, afin de sortir la France de la guérilla dont on ne venait pas à bout, a conduit à une contradiction majeure. Entre le "je vous ai compris" lancé de la place du Forum à Alger, le 4 juin 1958,  et le discours télévisé du le 16 septembre 1959, où est lâché le mot tabou d’autodétermination (conduisant au référendum du 8 janvier 1961), il y eut un retournement, sans doute inévitable, mais qui a abouti à dresser les Français d'Algérie contre leur pays. On a flatté le nationalisme et l'on a encouragé les colons avant de s'incliner devant les faits. L'Algérie n'était pas française et  le "Vive l'Algérie française" du 6 juin 1958, à Mostaganem, avait été bien plus qu'une faute politique : une justification a priori de la violence perpétrée contre quiconque n'accepterait pas l'assimilation des Musulmans devenus officiellement des "Français à part entière". L'Algérie n'était pas la France mais de Gaulle, venu au pouvoir, à cause de la guerre d'Algérie, s'est trompé et nous a trompés avant de tomber dans un réalisme brutal dont nombre de harkis et de Français d'Algérie feront les frais...




La seconde fut de profiter du désordre général pour changer de République. De Gaulle, incontesté, rappelé par ceux-là mêmes qui n'avaient su résister aux factieux d'Algérie, a commis alors l'erreur institutionnelle dont la Vème République est porteuse : en reprenant et en mettant en œuvre le contenu de son discours de Bayeux, en 1946, il a fait de la République parlementaire (qui avait fonctionné de 1871 à 1958) une république monocratique, mainte fois modifiée, mais toujours plus centralisée et autoritaire (y compris quand le Chef de l'État était diminué par la maladie ou par son incapacité !). L'abandon du lien direct entre le Président de la République et le peuple qui faisait, de chaque référendum un possible plébiscite et qui conduisit au départ, historique et choisi, de De Gaulle en 1969, a transformé la République monocratique en République oligarchique, ce qui n'est pas mieux... L'invention de la cohabitation a achevé de décrédibiliser les institutions gaulliennes.




La troisième fut  le choix d'une défense nationale fondée sur l'arme atomique. Le 13 janvier 1960, à Reggane, dans le désert saharien d'Algérie (alors encore "française") eut lieu la première explosion nucléaire, en plein air. La décision avait été prise, un mois avant le 13 mai 1958, par Félix Gaillard, président du Conseil, qui avait écarté les Pyrénées, les Alpes et la Corse, au profit du Sahara...! De  Gaulle la confirma et fut présent sur les lieux, à distance de l'explosion. Tout s'ensuivit : le lien entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire était, pour De Gaulle, une nécessité de garantie de l'indépendance énergétique et diplomatique de la France. Aujourd'hui notre dépendance au nucléaire, cette fois, constitue un boulet que nous n'avons pas fini de trainer au pied de la république !



Le quatrième fut de n'avoir rien "compris" aux événements de mai 1968 qui n'ont rien changé au gouvernement de la France mais qui, en profondeur, ont changé la France elle-même grâce à l'apparition d'exigences écologiques jusqu'alors inconnues. De Gaulle n'y résista que de justesse. Parti à Baden-Baden, le 29 mai 1968, allé vérifier le soutien de l'armée auprès du général Massu, "vainqueur" de la bataille d'Alger en 1957, ce fidèle, en dépit de ses critiques de la politique algérienne de De Gaulle, et de son rappel en métropole en 1960. On avait changé d'ère, peut-être de civilisation et De Gaulle, épuisé, submergé, n'a tenu ensuite la barre qu'une seule année. Ne pouvant et ne sachant incarner des valeurs n'appartenant pas à sa culture, il n'a pu tirer parti des apports du printemps 1968 qui ont été, ensuite, méconnus et rejetés sans qu'on puisse pourtant les rejeter totalement.

Aujourd'hui, il faut tirer le bilan de ce quadruple échec
 devenu l'échec de la France tout entière. 

Dans les années qui viennent, nous verrons un rapprochement avec les pays du printemps arabe, francophones, dont l'Algérie finira par faire partie, à la suite du renouvellement de ses dirigeants trop âgés pour se réclamer longtemps encore de la libération et de l'indépendance du pays.

Dans les années qui viennent, nous verrons le passage à la VIème république qui s'effectuera, espérons-le, sans heurts, par modernisation de nos institutions rendues compatibles avec celles des autres États d'Europe. La république actuelle qui n'est plus ni gaullienne ni gaulliste a vécu.

Dans les années qui viennent, nous verrons le recul, puis le renoncement progressif à l'énergie nucléaire. L'indépendance énergétique passera par l'autonomie liée à une transition énergétique provenant de la diversification des sources d'énergies renouvelables. Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne résistera pas à la réalisation d'une Europe politique nouvelle qui aura bien d'autres moyens d'assurer sa défense à commencer par sa solidarité économique !

Dans les années qui viennent, nous verrons, enfin, l'apparition d'une démocratie où les citoyens seront davantage gouvernants que gouvernés, grâce aux nouveaux moyens techniques d'information et de communication. Nous verrons, surtout une prise en compte des nécessités écologiques dont les années 1968 n'auront été que l'annonce.




dimanche 4 mars 2012

Vivre et penser avec Albert Camus





"Vivre et penser avec Albert Camus" est le titre de l'émission de France Culture, Répliques, en date du 2 mars 2012, à laquelle Michel Onfray et Maurice Weyembergh, philosophes, furent invités, par Alain Finkielkraut. Je reçois d'un ami proche, Jean-Claude Borrel, auditeur de cette émission, une réaction qui donne à penser :

Dans les dernières secondes de l'émission, Michel Onfray, à deux reprises, va affirmer à propos de la guerre d'Algérie, que tous les historiens s'accordent à penser que cette guerre était « militairement
gagnée ».

Comment, à la veille du 19 mars 2012, a-t-on laissé proférer une telle stupidité ?

J'étais en Kabylie en 1960. Pour « gagner » la guerre, il eût fallu maintenir en place le dispositif militaire (400.000 hommes ) durant quelques décennies. Un poste abandonné et les résistants le reprenaient immédiatement.

Quelques instants avant, le même M. Onfray, après avoir déploré que Louis XVI eût été guillotiné, avait affirmé que le F.L.N. « Robespierriste » était exclusivement mu par le projet de « décapiter ». On ne peut que rester interdit devant autant d'ignorance et d'outrance.

Il semble qu'il parvienne à tenir pour négligeables les conditions de la colonisation, les évènements de Sétif en 1945 (« je vous donne « la paix » pour 10 ans »), les pratiques militaires utilisées pour obtenir cette « victoire », la guillotine fonctionnant sans désemparer, la torture généralisée, les exécutions sommaires, le viol comme arme de guerre... Bref tout ce que Aussaresse et ses disciples ont été enseigner dans les écoles de guerre, tant aux U.S.A. qu'en Amérique latine.

Il apparaît bien ici que M. Onfray utilise Camus ( et Monsieur Maurice Weyembergh l'a suggéré
discrètement à plusieurs reprises ) comme une arme lourde dans le combat qu'il a engagé contre ses
ennemis intimes dont la liste ne cesse de grossir. Il ne fait ni dans la nuance ni dans le détail. Il cogne
avec autant d'arrogance que les idéologues qu'il prétend dénoncer.

La gauche libertaire a du souci à se faire avec son avocat autoproclamé.

Qu'il s'autorise à utiliser la tragédie algérienne avec autant de cynisme et de légèreté (« ...Si De Gaulle avait été camusien … »!) laisse pantois .

Certes, il semble avoir lu les articles de Camus sur la misère en Kabylie. Peut-on lui recommander s'il veut échapper à sa problématique grossière et indigne de lire le « Journal » de Mouloud Ferraoun.
 
À entendre M. Onfray, tant à la radio qu'à la télévision, je ne suis pas sûr qu'il soit en capacité de s'extraire de ses préjugés pour suivre le discours subtil de ce Journal, élaboré au cours d'une guerre où Ferraoun fut partie prenante avec Germaine Tillion et ses amis, avant enfin d'être victime de ceux-là mêmes qui avaient, depuis toujours, exclu le « vivre ensemble » dont avaient rêvé Camus et quelques autres.
 
Ferraoun, fils de pauvre, instituteur, était lui au cœur de la question. Il en a mesuré et décrit tous les
dangers, tous les risques, loin de l'idéologie « carrée » de M. Onfray. À l'écoute de la parole de
Feraoun, nous échappons aux simplismes affligeants et réducteurs. Mais M. Onfray n'a jamais lu non
plus les attendus du Congrès de la Soumam de 1956...

En ce qui concerne l'histoire algérienne, M. Onfray est un ignorant et il se sert d'une manière tout à fait indécente tant de cette histoire, qu'il méconnaît, que de Camus qu'il utilise comme un faire valoir.
 
BORREL Jean-Claude
 
 

samedi 18 février 2012

Pouvoir

Depuis que les hommes pensent, ils savent qu'il y a pouvoir et pouvoir.
Le pouvoir-verbe et le pouvoir-nom.
Pouvoir, c'est avoir la capacité d'agir.
Le pouvoir, c'est le lieu où s'exerce la capacité d'agir.
Le lieu aussi où se concentre, voire se confisque, cette capacité d'agir.

Le pouvoir d'État enlève au citoyen son pouvoir.
Au mieux, il le limite ; au pire, il le supprime.
Les hommes qui disposent du pouvoir d'État se prennent pour des dieux.
Ils jouissent du pouvoir sur autrui qui est force.
La politique non démocratique, ou d'apparence démocratique, s'appuie sur cette force.

Pouvoir être maître de sa vie est la démocratie même.
"Avoir" le pouvoir de s'imposer aux autres y fait obstacle.
Qui confond le pouvoir et la force glisse vers la violence.
La violence est viol du pouvoir sur soi.
Le pouvoir est, alors, une agression de tous les intimes.


Tant que l'organisation des pouvoirs publics sera verticale, il y aura violence.
Depuis des décennies, on a admis que l'État disposait de la violence légitime.
Les États se sont institués en puissances rivales, dominatrices ou dominées.
La chance de la France est qu'elle cesse d'être une grande puissance.
Son malheur est qu'elle croit l'être encore !

Siècle après siècle, le pouvoir sur soi aura été une quête.
Il aura toujours été contrarié par le pouvoir des puissants sur "les sans"
Sans avoir et sans savoir, on est sans pouvoir.
Un temps viendra que je ne verrai pas
Où le pouvoir d'agir ne tombera plus du ciel.





"Est-ce ainsi que les hommes vivent"

Qui est en dette, les peuples ou leurs gouvernants ?
Pourquoi les pays riches seraient-ils devenus pauvres ?
Peut-on revenir à l'économie réelle supplantée par l'économie financière ?
Peut-on produire de l'argent ?

L'écart entre les revenus n'est-il pas devenu obscène ?
Comment en est on arrivé à accepter qu'un homme gagne plus qu'il ne pourra jamais dépenser ?
Le culte du veau d'or, stigmatisé depuis l'antiquité, ne conduit-il pas encore à la guerre ?
Chaque homme ne pourra-t-il donc jamais avoir la chance de vivre dans la dignité ?


Pourquoi faire de l'Allemagne un exemple ?
L'Allemagne n'a-t-elle pas une économie prospère mais injuste ?
L'Europe se limite-t-elle à l'Allemagne et la France ?
Faudra-t-il des révoltes pour mettre fin à la misère planifiée ?

Parler de croissance au futur : n'est-ce pas un leurre ?
Est-ce de croissance, au reste, que le monde a besoin dans un monde limité ?
Comment expliquer l'impuissance du plus grand nombre des hommes face aux riches ?
Quand cesserons-nous de croire que le brio verbal est une preuve de savoir ?

Comment peut-on estimer que la vente d'un rafale (avion-tueur) est une bonne nouvelle ?
Pourquoi ne pas essayer la non-violence, la force immense des faibles selon Gandhi ?
D'armes sophistiquées en armes surpuissantes, qui protège-t-on encore ainsi ?
Tout soldat ne devient-il pas, désormais, un assassin amnistié par avance ?

Ces questions et mille autres plus radicales encore sont-elles interdites ?
Le réalisme est-il définitivement cynique ?
Le désespoir des humains privés de raisons de vivre ne les conduira-t-il pas au suicide ?
"Est-ce ainsi que les hommes vivent ?"

« Et moi pour la juger que suis-je
Pauvres bonheurs pauvres vertiges
Il s'est tant perdu de prodiges
Que je ne m'y reconnais plus
Rencontres Partances hâtives
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus »
— Louis Aragon, Le Roman inachevé, Poèsie/Gallimard, Paris, 1980, p. 72-75


Ferré et Aragon

lundi 13 février 2012

La contradiction absolue.


Israël prépare une intervention militaire contre l'Iran.
Il recherche le soutien des USA où une partie de l'opinion publique n'attend que ça.

Le motif de cette menace tient à la crainte d'Israël d'être agressée par l'Iran.
L'Iran en effet pourrait disposer de l'arme atomique.

Tout État où est maîtrisée l'énergie nucléaire peut, en effet, se doter d'un armement nucléaire.
Plusieurs pays ont prouvé qu'ils en avaient la capacité mais ont renoncé à ce moyen de défense.

Quatre États ont associé leurs capacités nucléaires civiles et militaires sans se le voir reproché.
Il s'agit des États-Unis d'Amérique, de la Russie, de la France et de la Grande-Bretagne.

Cinq États se sont, à leur tour, dotés d'armes nucléaires, sans solliciter d'approbation.
Il s'agit de : la Chine, l'Inde, Israël (avec le concours des USA), le Pakistan et la Corée du Nord.

Pourquoi ce à quoi se sont autorisés ces neuf États serait interdit à l'Iran.
La cause en est le jugement négatif porté sur sa politique, brutale et agressive à l'égard d'Israël.

La mise en péril de tout le moyen orient due à l'ouverture d'un conflit n'est pas contestable.
Les risques d'extension de ce conflit (en zone « pétrolière ») au monde occidental, non plus.


Faire la guerre pour la prévenir est un vieux discours éculé qui ne fonctionne pas.
Toute guerre préventive est un crime contre l'humanité.

La contradiction éclate quand elle concerne les questions nucléaires !
Quel État a le pouvoir et le droit de dire : ce qui est bon pour moi sera refusé aux autres ?

Le partage entre les bons et les méchants États relève du jugement politique, pas de la vérité !
Le poison de la prolifération nucléaire est répandu par ceux-là mêmes qui s'en défient !

Les États qui veulent imposer leur puissance ont recouru au nucléaire.
Refuser qu'un État affirme ainsi sa puissance, à son tour, est une discrimination insoutenable.

L'Iran démontre que l'on ne peut séparer totalement les nucléaire civil et militaire.
Les États qui ont renoncé à l'arme nucléaire peuvent abandonner le nucléaire civil.

Les États qui ont accédé au pouvoir absolu de l'atome ne peuvent que tenir à l'un et à l'autre.
Les USA en ouvrant la boîte de Pandore du nucléaire, en1943, ont mis le feu au monde.

Le feu a brûlé à Hiroshima, à Nagasaki, a couvé souvent ailleurs, et ne peut cesser de s'étendre.
Après l'Iran, il y aura le Qatar ou tout autre État qui a les moyens de montrer sa force.


Impossible de sortir de ce piège infernal sans renoncer totalement aux usages du nucléaire.
Après Fukushima, un monstrueux accident ou conflit y contraindront-ils l'humanité ?

La contradiction absolue est de vouloir le bien des hommes en menaçant leur être même.
La civilisation ne peut se développer sous la menace d'un atome non maîtrisable.

La responsabilité des USA reste immense quand ils s'enferment dans des logiques de guerre.
Les « armes de destruction massive » sont dans leurs arsenaux, ni en Irak, ni en Iran.

Les fanatismes nationalistes et les illusions de la puissance peuvent conduire au pire.
La fin des temps pour les consciences humaines peut survenir en ce siècle.

Les logiques de défense fondées sur un recours à des forces illimitées sont impuissantes.
On ne protège pas un peuple en lui faisant menacer tous les autres.

Il est angoissant de constater qu'aucune sagesse, aucune philosophie ne conduit ailleurs.
Est-il donc impossible aux humains de placer la paix ailleurs que dans leurs rêves ?

En échappant même au bon sens, n'y a-t-il pas encore quelque prudence due à la peur ?
Car il n'y aura pas de nouvel équilibre de la terreur : les temps nucléaires nous seront fatals.

La contradiction est absolue quand c'est par la mort qu'on recherche la vie.
Essayer de vivre sur une planète libérée du nucléaire est notre espoir principal.

Il y faudra, sans doute, une autre approche de la grandeur, de la puissance, donc du pouvoir.
Nous avons désormais le choix entre l'impossible et notre disparition en tant qu'espèce.

Le choix est vite fait : mais il est à engager longtemps avant qu'il ne produise ses effets.
Comme pour corriger le dérèglement climatique, en serons-nous capables ? Disons : oui !

L'autre choix est celui-ci : l'être humain subit-il son sort, constamment, ou l'affronte-t-il ?
S'il n'y avait toujours qu'à se soumettre à ce qui nous dépasse, mieux vaudrait ne pas avoir vécu.



samedi 11 février 2012

2012 : deux France affrontées


"La civilisation occidentale dont je parle, qui s'est du reste mondialisée, est une civilisation qui se définit par l'ensemble des développements de la science, de la technique, de l'économie.  Et c'est cette civilisation, qui aujourd'hui apporte beaucoup plus d'effets négatifs que d'effets positifs, qui nécessite une réforme, donc une politique de civilisation. /.../ 
Une politique de civilisation ne doit pas être hypnotisée par la croissance.  Il faut abandonner la recherche du toujours plus pour une recherche du toujours mieux. La croissance est un terme purement quantitatif. Il faut savoir quels sont les secteurs où il doit y avoir croissance, et ceux, au contraire, où il doit y avoir décroissance. "

Edgar Morin (http://www.lemonde.fr/politique/chat/2008/01/02/edgar-morin-la-politique-de-civilisation-ne-doit-pas-etre-hypnotisee-par-la-croissance_995373_823448.html)



Edgar morin inventeur du concept de "politique de civilisation".


Le débat autour des civilisations est révélateur d'un différend profond entre les Français.

S'opposent actuellement deux "idées de la France" (De Gaulle s'en faisait une, mais il en est d'autres...! ). Oui, deux France s'affrontent. Non pas, en cette période électorale, la gauche contre la droite, mais la France des "civilisateurs" contre la France des civilisés.

La France des civilisateurs est celle qui prétend que, puisque toutes les civilisations ne se valent pas, les civilisations supérieures ont vocation à dominer les autres. La France des civilisés est celle qui se veut le pays des droits de l'homme mais qui a conscience que ces droits peuvent être bafoués en notre pays même, autant que dans les autres.

La lettre ouverte de Serge Letchimy, député et président du Conseil Régional de la Martinique, à Claude Guéant, a ceci de fondamental qu'elle rappelle qu'il n'y a pas de supériorité de la civilisation occidentale sur les autres. Elle souligne qu'au sein de cette civilisation, dite judeo-chrétienne, ont pu surgir, au cours de l'histoire antérieure ou récente, des négations mêmes de l'apport des Lumières, qu'il s'agisse de l'esclavage, du colonialisme, ou des totalitarismes du XXe siècle : hitlérien et stalinien.

Les cris d'orfraie poussés par les propagandistes médiatiques aux ordres du président sortant, ou par les affidés de l'actuelle majorité politique, sur le point de virer au neo-fascisme, disent assez bien que tous les partisans de l'Algérie française, de l'empire colonial français, de l'idéologie pétainiste ne sont pas morts et continuent, avec énergie, à s'en prendre aux "cosmopolites" (comprendre ceux qui n'ont pas le nationalisme comme repère) ! De Gaulle lui-même fut considéré comme un traitre par ceux qui ont vu et continuent de voir en lui le fourrier principal de l'indépendance des pays africains francophones.

Aujourd'hui, entre ceux qui se réclament encore de De Gaulle et ceux qui voulaient sa mort, un pont a été jeté. La Ve république est nationaliste, monocratique, et surtout imbue d'une civilisation qui n'en est pas une car, en prétendant donner des leçons au monde entier, elle s'enlève toute crédibilité !

Nous vivons la fin d'une époque où l'Europe et son enfant américain, sous couvert d'une idéologie faussement chrétienne (puisque attachée à l'or, au glaive et au sceptre !), s'appropriaient la vérité universelle. Les Blancs quittent, à présent, l'avant-scène de l'histoire. Des Noirs qui ont lié leur sort à celui de la France, aux Antilles, le leur rappellent et cela scandalise. Tant mieux que cela vienne d'eux. La France, et les pays anglo-saxons n'ont pas le monopole de la culture et, désormais, chaque jour qui passe le démontre.

  L'avancée de la civilisation

On peut considérer cette remise à sa place de l'occident comme un recul, voire un drame. Ne peut-on y voir, plutôt, une chance, car l'apport de la France sera d'autant plus visible qu'il ne sera pas caché dans la gangue de la société des riches, insensibles au monde réel !

Il n'y a rien à recevoir de la part des nostalgiques, des réactionnaires au sens premier du mot, des néo-conservateurs qui ne vivent pas qu'aux USA et n'acceptent que les changements assurant le maintien de leurs privilèges. Cette France là, qui s'est imposée pendant des décennies, y compris pendant le passage de François Mitterrand à la tête de l'État, arrive à sa fin. Elle n'a pas été contestée de l'intérieur suffisamment mais elle s'affaisse sous le poids des pressions exercées par les peuples du monde entier.

Soixante millions d'habitants ne vont pas longtemps encore déterminer, fut-ce avec l'aide de l'Allemagne, la politique de l'Europe tout entière ! La civilisation, en Europe, sera plurielle ou ne sera pas. La France qui est déjà composite, et qui doit à sa composition bigarrée d'être riche de potentialités hors du commun, ne peut rester centralisatrice, autoritaire, maîtresse des destinées de ses voisins. Elle n'est plus une grande puissance et son influence, pour rester grande, devra échapper à l'illusion de la domination intellectuelle, technique, militaire, industrielle, agricole... Elle a autre chose à dire au monde que des généralités sur un art de vivre en collectivité par ailleurs contredit par un manque de solidarité qui détruit les apports des survivants de la deuxième guerre mondiale lesquels voulaient une France plus fraternelle après l'épouvante du IIIe Reich.

Il faut changer de France, redonner la parole à ceux qui, dans la tradition qui fit rêver d'elle, - la France des modestes, des humbles et des créateurs - , donnait à espérer qu'un avenir toujours meilleur était promis aux générations : la civilisation du partage.



jeudi 2 février 2012

L'impossible absence de l'écologie politique




L'écologie politique est quasi absente de la campagne électorale, jusqu'à présent. Ce ne sont pas les deux candidates s'y référant qui sont en mesure de faire bouger les lignes ! Corinne Lepage, pourtant compétente dans sa critique de l'énergie nucléaire, porte sur elle l'image d'une ancienne ministre insuffisamment opposée au capitalisme pour pouvoir contester une économie libérale productiviste, incompatible avec les exigences écologiques. Éva Joly, pourtant compétente et courageuse, souffre d'un accord préalable passé entre EELV et le PS qui bloque sa liberté de parole.

Les candidats dits « de gauche » sont à peu près mutiques sur le sujet, à commencer par François Hollande, incapable de se dégager d'une idéologie collectiviste et croissantiste, « progressiste », mais, plus encore, refusant de reconnaître que la crise économique est aussi une crise écologique. Quant à Jean-Luc Mélenchon, ses préférences personnelles pour une sortie du nucléaire sont vidées de toutes propositions du fait de son alliance privilégiée avec le parti communiste plus que frileux sur le sujet ! Le NPA ne pèse plus rien et moins encore Lutte ouvrière...

Cette situation ne peut durer. La sensibilité de l'opinion, et notamment des plus jeunes citoyens, vis à vis du réchauffement climatique, de l'importance de l'isolation des logements, de la transition énergétique en faveur des énergies renouvelables, de la nourriture bio, du démantèlement des centrales nucléaires, de la toxicité des produits de consommation courante, de la pollution publicitaire, ne pourront très longtemps encore rester passés sous silence.
L'écologie politique facultative ! Elle n'est pas un simple aspect de la problématique politique ; elle en est désormais le cœur. Elle n'est pas un complément ou un supplément politiques ; elle est, à notre époque, intimement mêlée à tous les dossiers. Elle est non seulement indissociable de notre présent et de notre avenir, elle domine la pensée parce qu'elle aborde toutes les questions qui sont posées à l'humanité tout entière. Que cette évidence soit masquée montre assez la peur et le rejet qu'inspire une approche économico-politique qui rompt avec les habitudes pratiques et idéologiques de la société occidentale.
On pourrait attendre que les mutations de société, engagées, inévitables, aient produit leurs effets mais ce serait d'une grave imprudence. Les décisions qui ne sont pas prises à présent auront des conséquences d'autant plus désastreuses qu'elles ne pourront être corrigées. L'enfermement idéologique dans lequel s'inscrivent les leaders d'opinion et les décideurs économiques fait peser sur le monde entier des menaces chaque jour plus importantes. La situation internationale est chargée de violences inouïes et les pires ne sont pas celles qui sont liées aux conflits armés. Ce à quoi nous préparent les pollutions par les métaux lourds, les nanotechnologies et autres technologies que les apprentis-sorciers diffusent et vendent avec grand profit, c'est... la terre inhabitable.

Point de catastrophisme dans ces affirmations. Rien de ces menaces n'est ignoré des chercheurs libres, ceux qui ne sont pas payés pour dire le contraire de ce qu'ils savent. La question n'est pas de savoir si l'écologie fait partie de la compréhension du monde dans sa complexité ! La question est de savoir ce qu'il va nous coûter de l'avoir ignorée. La question subséquente étant : pourquoi nous laissons nous faire comme moutons chez le boucher ou pourquoi le peuple est-il impuissant devant ceux qui le dominent !

La campagne électorale n'est qu'un moment de la vie politique et pas même le plus important. Néanmoins, c'est un moment sensible. C'est la période de conscientisation ( mais aussi d'enfumage) la plus intense dans une démocratie active. L'impossible absence de l'écologie politique ouvre un immense espace de contradictions. Ceux qui s'en contentent ou s'en satisfont vont déchanter. L'écologie s'invitera dans les débats avec ou sans l'autorisation des partis et des candidats, (y compris les candidats "écologistes" empêtrés dans des pratiques politiciennes qui  les rendent inaudibles). Si Fukushima, par exemple, ne laissait aucune trace, ou trop peu, sur la politique française, l'élection de 2012 constituerait une impasse politique totale. Mais ce n'est là que l'événement majeur de 2011, voici un an bientôt, qui a changé la perception des Terriens. Il y a bien d'autres préoccupations écologiques pesant sur l'avenir des États dont le nôtre. 


L'oublier ou faire semblant serait la pire des irresponsabilités, la désespérance la plus noire et priverait les citoyens de leur droit à rester maîtres de leur vie. Ce serait le "début de la fin" de toute construction démocratique. Puissions-nous nous épargner cette erreur historique.

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