mardi 23 novembre 2010

Il y a nation et nation

Bienvenue à Patrick Chamoiseau qui bouscule un peu les concepts, ce dont nous avons besoin si nous voulons ne pas lâcher la proie pour l'ombre, c'est-à-dire troquer un"État-nation" pour une nation nationaliste.


«... En salut aux nations naturelles et aux peuples sans État.»

1 - Beaucoup de souverainetés existant par le monde, parfois inscrites à l'ONU, sont composites, c'est-à-dire tissées de plusieurs États, peuples ou nations (Nigeria, Espagne, Saint Kitts-et-Nevis, Chine, Micronésie, USA, Suisse, Inde, etc...)

2 - Le peuple : entité historique, culturelle et identitaire. La nation : perception collective d'un destin commun dont l'intensité peut atteindre ou pas l'exigence d'un État. L'État : appareillage politique de tout cela.

3 - Celui qui parvient à doter une nation naturelle d'un outillage politique en devient le « père ». Celui qui l'a dotée d'une haute conscience d'elle-même en est le « catalyseur ». D'une manière générale, le « catalyseur » rend possible l'avènement du « père de la nation ».

4 - Ce qui relie, rallie, relate, États peuples nations, quelle que soit leur complexité constitutive ou découlant de l'Histoire, c'est souvent une idée, une éthique référentielle. Cela peut aussi être une intention autour d'un projet global ; une stratégie d'ensemble liée à une vision du monde ; un pacte républicain ou autre qui autorise le respect des différences et surtout leur expression positive. En clair : une Politique et son appareillage.

5 - Par l'appareillage politique, la nation naturelle concrétise son optimal degré de souveraineté.

6 - La forme la plus historiquement répandue, sans doute maintenant obsolète, en tout cas à problèmatiser, de l'appareillage politique est celle de l'État.

7 - La nation naturelle naît à elle-même par le Politique. La nation politique est une nation naturelle dotée d'une intention et des moyens d'agir dans le concert du monde.

8 - Mieux que l'idée d'indépendance, l'idée de souveraineté est la seule qui puisse mettre fin à toute forme de colonisation. On peut être indépendant et ne pas être souverain. La Françafrique est la gestion néocolonialiste d'un lot d'indépendances. Durant l'esclavage, beaucoup de nègres marrons n'étaient pas « libres » : peu souverains en leur imaginaire malgré les chaînes rompues.

9 - Je me dis « indépendantiste » (toujours pour aller vite) non pas parce que je me range aux conceptions nationalistes des années 50 - supposant un espace international d'entités étatiques égocentriques, concurrentes et antagonistes - mais simplement parce que je ne renonce pas à l'idée d'une souveraineté martiniquaise inscrite tel un écosystème dans l'écosystème-monde.

10 - Une souveraineté peut recouvrir plusieurs espaces de souveraineté, plusieurs États, plusieurs peuples, plusieurs nations, car toute souveraineté exprime une volonté commune, une intention partagée, un pacte défini pour mettre en branle une entité collective vivante. Or tout ce qui est vivant se trouve par nature en diversité, en différences et en changements. Dans l'actuelle globalisation du monde qui redistribue la gamme des peuples, des cultures et des identités, une République « une et indivisible » est un archaïsme désormais improductif. C'est ce vieil imaginaire de l'Un comme seul vecteur du vivre-ensemble qui rend indépassable l'abîme israélo-palestinien. C'est lui qui pétrifie chez nous, en Martinique, l'idée d'indépendance, et qui nous garde irresponsables en république française.

11 - La souveraineté met fin à toute forme de colonisation en dotant une entité collective d'un outil politique d'abord capable de s'auto- organiser, puis de maîtriser et de choisir les interdépendances qui lui sont nécessaires (ses relations extérieures, ses adhésions, ses alliances historiques, ses associations, ses choix économiques, son réseau écologique international, sa coopération régionale, son maillage de luttes dans les combats mondiaux, etc...)

12 - Les souverainetés peuvent établir entre elles toutes formes d'alliances et d'associations, et s'articuler sur des formes de convergences infiniment complexes, bien au-delà des fédérations ou confédérations. En la matière, la capacité inventive seule confronte désormais les limites.

13 - L'idée de souveraineté, articulée en différents niveaux et différents espaces, est adaptée à l'écosystème interdépendant du monde contemporain. Là où l'assistanat-dépendance accule les pays dits DOM-TOM à une rupture avec l'écosystème du monde, le processus de souveraineté optimale pourrait les réinstaller par la responsabilité dans leurs propres réalités, dans celles de leur région et dans celles du monde. S'opèrerait ainsi l'affirmation positive et sereine d'une volonté commune et d'une intention s'articulant en pleine conscience à d'autres volontés et d'autres intentions. Par « volonté » et « intention » j'entends : une autorité intérieure, individuelle et collective. Par « processus de souveraineté optimale » j'entends : la récupération de tous les espaces de souveraineté qu'autorisent le niveau de conscience collective et le rapport de forces politiques en présence.

14 - Toute accession à l'autorité intérieure, nous délivre des enfermements idéologiques, du verrou des mots d'ordre, et des vieilles conceptions de l'État-nation. Toute autorité intérieure est génésique en ces matières : elle crée des formes toujours nouvelles et toujours dynamiques, en relation avec le monde.

15 - Ce qui, pour les nations naturelles et les peuples aujourd'hui sans État, rend tout projet politique difficile, c'est qu'il doit exprimer la vision complexe de ce que pourrait être une nation-relation ou une méta-nation. C'est à dire : une présence collective inédite, dynamique, agissante et féconde dans la complexe fécondité et fluidité du monde.

En Martinique, à l'orée de cette collectivité unique que nous devons penser - dont l'opportunité constitue pour nous tout autant une chance qu'un abîme potentiel - nous avons tout à inventer. La simple fusion des deux collectivités précédentes (Conseils régional et général) qui n'ont montré que leurs limites, constituerait une indigence, une perte de temps, et pire : un renoncement.

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Mort mais pas fin du Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire : Besson a passé la main à Hortefeux, et tout se passera désormais "à l'Intérieur" ! Pas rassurant...

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEiIk3aVkWP3Mq_y3kvMA55CvAY0qCdqzpLD3rrl6_KB-mNrfVvDWFgi9Zwh1alPx8walEQNGpVhkzYQ5NCyjPPjK1TLjT-5X-MO5w-s48cBBwy43dN_z54qsYaggGht6msWOxrmHYyvLNg/s1600/Patrick+Chamoiseau+tract+po%C3%A9tique.jpg

samedi 6 novembre 2010

Dérision


La loi a été votée.
Deux filles l'ont déjà détournée.

" Nous avons toutes les deux une petite vingtaine d'années, et bien que l'une de nous soit musulmane, nous ne nous sentons pas directement concernées par le vote de la loi anti-burqa, (bien que "niqab" soit plus approprié).

Nous avons néanmoins senti le besoin de nous exprimer sur le sujet. Nous n'avons certes pas monté d'association, ni manifesté notre réticence à cette loi en défilant dans les rues, mais plutôt fait le choix de détourner la représentation classique que l'on a du niqab.

Mettre une simple burqa aurait été trop simple. Alors on s'est posé la question : comment réagiraient les autorités face à des femmes portant une burqa ET un minishort ?

On ne cherchait pas à attaquer ou à dégrader l'image des intégristes musulmans. Mais plutôt à interpeller les élus de la République qui sont allés au bout du vote de cette loi que l'on estime être largement anticonstitutionnelle¦

Malheureusement, notre promenade dans le quartier des ministères ne nous a fait croiser aucune superstar de la politique nationale, mais on a bien rigolé.

Les citoyens, eux, ont l'air d'apprécier le look ; les policiers sont mi-génés, mi-enthousiastes ; les pompiers nous klaxonnent. Finalement tout irait bien si le gouvernement s'imprégnait de l'état d'esprit de la rue ! "

Une femme voilée et son mari (MYKAIA)










vendredi 5 novembre 2010

Mitterrand, la peine de mort et la politique moderne


On reste quelque chose de celui qu'on était à 20 ans
J'avoue.
J'étais dans la contradiction.
J'étais aussi dans l'ignorance...
Dans les années 1970, je n'avais pas de sympathie pour le Mitterrand garde des Sceaux, durant le début de la guerre d'Algérie, en 1956.
En 1956, j'avais 20 ans...
Je militais pour l'indépendance de l'Algérie.
Je vendais des livres contre la torture et l'assassinat politique : Alleg, Audin...
Je ne savais pas, alors, que Mitterrand avait de lourdes responsabilités dans l'exécution, sous la guillotine, de 45 Algériens, notamment dans le cadre de la prison Barberousse, à Alger !
Ma honte, c'est que je ne le savais pas davantage quand je l'ai soutenu, comme tant de Français qui voulaient en finir avec la permanente domination de la droite française.
Les attitudes de Pierre Mendès-France et d'Alain Savary, seules, étaient dignes, quand ils démissionnèrent du gouvernement Mollet, en pleine connaissance des crimes d'État perpétrés par le pouvoir d'alors. Ils l'ont payé de leur sortie définitive de la sphère des responsabilités publiques ! L'histoire, avec grand retard, comme toujours, leur donnera raison.

Ce qui m'étonne et me trouble profondément, c'est qu'il ait fallu attendre 2010 pour révéler à l'opinion que celui qui a aboli la peine de mort en 1981 est celui qui l'a approuvée et pratiquée dans le cadre d'une politique coloniale épouvantable.
Que Badinter avoue, aujourd'hui, que tout n'a pas été dit avec Mitterrand, dans leurs conversations privées, sur le sujet, fait peur. En réalité, y compris le courage et la clarté des propos de celui qui allait succéder à Giscard d'Estaing, lequel avait envoyé à l'échafaud un possible innocent, faisaient sans doute partie d'un choix politique plus que d'une conviction.

Et voilà où la question des questions surgit : au pouvoir, on ne décide pas selon ce qu'on croit juste, mais selon ce qu'on croit nécessaire de faire même si c'est injuste, meurtrier et condamné à être rejeté par l'histoire.
En 1981, Mitterrand avait politiquement besoin d'être lavé de ses crimes de 1956.
Quant à nous, alors petits larbins du parti socialiste, nous avons lâchement fermé les yeux et oublié notre curiosité vigilante, en frétillant à l'approche d'une conquête de pouvoirs restés inconnus depuis 1936 et, pour peu de temps, à la sortie de la guerre, en 1945.

Eh bien, si la politique n'était que cela, nous avions de quoi le savoir ! Les échecs, les trahisons, les compromis compromettants, les renoncements, les abandons qui ont suivi ne sont pas seulement ceux de Mitterrand : ce sont les nôtres.

Le réalisme politique est une lâcheté. Il mène à la plus haute violence. Ceux qui se vautrent dans les grands et petits pouvoirs se trahissent eux-mêmes et gâchent leur vie.

Il en est qui désertent le combat politique par claire conscience de l'impossibilité d'agir pour le bien de tous quand on accède au sommet de l'État ou à la plupart des fonctions exécutives. Certains replis religieux, au reste mensongers, qui correspondent à la généralisation des méthodes d'éminences grises, au lobbying dirait-on aujourd'hui, ne sont pas moins lâches car ils correspondent à du "poncepilatisme" : on influence mais on ne se salit pas les mains.

J'ai pensé et pense encore que la peine de mort est le révélateur de la sortie totale du système démocratique, plus largement de l'action citoyenne responsable au XXIe siècle. La mort donnée est la résignation à l'échec de la civilisation. Et là se trouvent convoqués tous les chercheurs en politique, tous les acteurs de la vie publique : pour être efficace, c'est à dire pour "changer la vie", comme nous le pensions en 1972, faut-il "prendre le pouvoir" ou... "vous le rendre" comme l'écrivait imprudemment ou cyniquement François Mitterrand ?

S'il faut tuer pour diriger, - les bons politiques ne sont-ils pas des "tueurs", d'habiles manipulateurs d'opinions sachant éliminer leurs adversaires ? -, alors, il y a rupture, une rupture philosophique absolue. Dans une société mondialisée dont chaque humain est un condamné à mort, l'espérance consiste à tenter de renoncer à cette loi de la jungle faite pour les loups. Nous sommes des hommes. La politique qui n'est pas politique, c'est-à-dire qui ne vise plus le bien commun, mais la puissance et la gloire, monarchique en droit ou en fait, ne saurait intéresser que ceux dont les ambitions sont hautes mais étroites, celles de la domination préférée au service.

Entre la naïveté du citoyen et le réalisme de son représentant, il y a , souvent un abîme, celui où sombrent les espoirs à courte vue. Le temps que l'on vit, il faut risquer davantage : refuser l'inhumanité construite pas l'homme. Si l'on échoue, c'est moins grave que d'être infidèle à ses propres raisons d'être.


Mitterrand est le reflet de notre propre image : il a trahi !

mardi 2 novembre 2010

Pas de politique sans écologie, ni d'écologie sans philosophie

Philosophie et écologie sont désormais unies. Non pas seulement parce que Félix Guattari les a rapprochées dans l'écosophie, mais parce que des livres, sortis en 2010, mettent au premier plan des problématiques nouvelles, qui vont transformer les politiques planétaires. Ainsi en est-il, notamment, du Monde émergent, mais aussi, plus modestement, plus en direction du grand public, Philosophie et écologie d'Anne Dalsuet. Il est urgent que de tels ouvrages soient connus, lus, critiqués, utilisés et débattus.

Ci-dessous, un article de Roger-Pol Droit publié dans “Le Monde” du 7 juillet dernier. Sous le titre "Pour une philosophie de l’écologie", cet article présente les trois tomes du livre “Le Monde émergent”, dont le 1er exemplaire vient de paraître au éditions Armand Colin, sous la Direction de Yves-Charles Zarka.

Nous sommes en train de changer de monde. Sans l’avoir voulu, sans le comprendre encore clairement. Sans le penser encore à la hauteur qu’il convient. Telles sont les convictions de départ qui ont donné naissance à un vaste programme de recherche du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), en collaboration avec l’Université Paris-Descartes (Sorbonne). L’objectif est pour le moins ambitieux : dresser un premier état des lieux de toutes les dimensions de la crise écologique, dont la planète commence à prendre conscience. Il ne s’agit pas seulement, on s’en doute, du réchauffement climatique, mais aussi de la fin des ressources énergétiques, des modifications de la biodiversité, de l’interdépendance entre les activités humaines et les équilibres du globe. Sans oublier les multiples mutations de nos comportements, de nos gestes quotidiens aussi bien que de nos horizons politiques.

Des problématiques philosophiques nouvelles

Ce "monde émergent" soulève donc quantité de questions économiques, sociales, politiques, que des problématiques philosophiques nouvelles doivent aborder.
Il ne faudra pas moins de trois volumes pour embrasser les lignes de force et les perspectives de ces changements en cours.
Maître d’œuvre de cet ensemble original, le philosophe Yves Charles Zarka, qui dirige notamment la revue "Cités", réunit dans ce premier tome onze contributions d’économistes, géographes, sociologues, juristes et philosophes.
Ces études portent sur les problèmes cruciaux qui se posent à présent dans l’espace social et politique. L’urgence écologique et le politique, les nouveaux territoires urbains, les cycles de vie des produits, la diversité des cultures et l’universalité de l’environnement, l’Europe et le développement durable figurent parmi les thèmes retenus.

Quelle démocratie ?

Si la diversité des analyses et des objets d’études interdit tout résumé laconique de l’ensemble, il saute aux yeux que ce livre devrait devenir une référence importante pour ceux que préoccupent le renouvellement de la réflexion qu’exige le basculement du monde. Car l’intérêt de ce vaste projet, on l’aura compris, n’est pas de proposer une prospective de plus, mais bien de contribuer à poser les questions de fond.
C’est pourquoi il s’intéresse notamment à l’impact politique des changements d’attitude envers la consommation et la production, et demande, par exemple, comment le passage à une société différente est possible sans détruire la démocratie.

Réflexion interdisciplinaire

Après ce 1er volume consacré au "Lieux" doivent paraître, dans les mois à venir, un volume sur les "Défis" et un troisième intitulé "Dénouement".
Outre cette trilogie collective, la collection Émergences, que ce volume inaugure, doit également accueillir un "Manifeste sur l’urgence du temps présent", d’Yves Charles Zarka, et un livre du philosophe Robert Damien, sur "l’État d’urgence environnementale".
L’écologie a connu le temps des militants, celui des pensées radicales comme celui des climato-sceptiques. Voici que commence peut-être, avec cette série de projets, le temps de la réflexion interdisciplinaire, philosophie et politique. Et celui des débats. Car rien ne devrait être moins dogmatique que ce monde à venir. C’est en tout cas ce qu’il faut espérer. C’est pourquoi, les prochains développements seront à suivre de près.

Roger-Pol Droit

Voir les sources :

http://www.temoignages.re/pour-une-philosophie-de-l-ecologie,44505.html

http://mneaquitaine.wordpress.com/2010/07/02/%C2%AB-philosophie-et-ecologie-%C2%BB-ouvrage-de-anne-dalsuet-chez-gallimard/


http://www.zeblog.com/blog/uploads/d/demain/80879-67.jpg

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dimanche 31 octobre 2010

la citoyenneté européenne de résidence est toujours d'actualité


On va solliciter l'avis des électeurs dans plusieurs villes de France, au cours des semaines et mois à venir. Il s'agit toujours d'obtenir l'accord des électeurs pour que les résidents permanents puissent, en France, comme c'est le cas, dans bien d'autres pays européens, participer aux élections locales, quelle que soit leur nationalité.

Cette initiative correspond à une vieille revendication démocratique, mais révèle, aujourd'hui, en même temps que son utilité non encore reconnue, toute son insuffisance politique !

Habiter dans une ville avec sa famille, y payer ses impôts, y envoyer ses enfants à l'école et ne pouvoir rien exprimer quant à l'orientation des politiques municipales a quelque chose d'inadmissible et de grotesque ! Pourtant, ce minimum de participation à la vie citoyenne est encore fort éloigné de la pleine citoyenneté.

On peut se demander si l'on n'a pas échoué à faire reconnaître l'évidence du droit de vote aux élections locales parce qu'on avait limité les ambitions citoyennes ! Voter à l'occasion des élections locales est bien le moins, mais ce n'est pas le mieux !

Enfermer la citoyenneté dans la nationalité marque le triomphe du nationalisme et les partis politiques de la droite dure, en France, de l'UMP au Front national, ont obtenu que la citoyenneté européenne de résidence soit renvoyée aux oubliettes.

Le temps est donc revenu de mettre les points sur les i devant tous les timides et sectaires qui s'opposent, de façon muette ou virulente, au droit de vote des étrangers à toutes les élections, lesquelles pourtant les concernent !

La citoyenneté de résidence est l'équivalent de la citoyenneté mondiale dès lors que notre planète, la Terre, est notre unique lieu de vie, de résidence, là où nous sommes citoyens, c'est-à-dire acteurs de la vie commune. La citoyenneté européenne de résidence est, dès lors, la forme localisée de cette co-responsabilité, sur le territoire européen.

La citoyenneté européenne existe en droit mais, hélas, point en fait. Les citoyennetés nationales la précèdent et lui font obstacle. L'Europe politique est une "communauté d' États-nations" qui restent tout puissants en leur espace et qui, presque tous, n'acceptent pas les limitations de souveraineté, pourtant très réduites, que suppose le vote des immigrés ou autres habitants étrangers.

Soyons clairs : pouvoir voter aux élections locales et européennes (mais pas législatives ou référendaires) quand on détient le passeport ou la carte d'identité de l'un des 27 États de l'Union européenne, est discriminatoire par rapport aux étrangers « non communautaires » qui ont le même vécu en France ! Un Suisse de Chambéry ne dispose pas des mêmes droits électoraux qu'un Italien de Grenoble. Un Irlandais peut voter, pas un Islandais, un Roumain pas un Moldave, un Suédois pas un Norvégien, un Slovène pas un Croate, etc... Ne parlons pas des étrangers venant d'un ex-pays colonial : un Malien de Paris ou un Algérien de Marseille, en France depuis plus de vingt ans, n'ont aucun droit de vote en France, (Zinedine Zidane, oui, son père, non !).

Tout cela pourrait être tourné en ridicule s'il ne s'agissait du suffrage universel. Voter là où l'on vit est un acte d'insertion utile au pays d'accueil !

Les Roms, une fois de plus, interpellent notre citoyenneté. Leur résidence, c'est l'Europe tout autant que le pays où ils séjournent, souvent depuis de nombreuses générations. Sans territoire de référence, sans romanoland, ils sont nos concitoyens et pas toujours nos compatriotes. C'est insensé ! Les résistances rétrogrades des professionnels de la délimitation des pouvoirs demeurent efficaces. De même que la France fut l'un des derniers États à ouvrir le droit de vote aux femmes, elle sera l'un des derniers à l'accorder à ses habitants permanents non Français.

Mais ne faut-il pas se porter plus loin dans l'avenir ? Pendant combien de temps encore un Rom belge ou bulgare, demain serbe ou kossovare, monténégrin ou macédonien, ne pourra exercer ses droits de citoyen qu'en fonction de sa nationalité ? Comme on comprend que les Roms soient si peu nombreux à voter ! Qu'est-ce que cela changerait ? La mondialisation des marchandises, des capitaux, des entreprises va décidément plus vite que la mondialisation des politiques ? Se prononcer sur le réchauffement climatique, d'ici dix ou quinze ans, pourra-t-il dépendre des votes émis État par État ?

Élargir nos vues, penser en citoyen de l'Europe, en habitant de l'Europe, en résident de l'Europe, ce à quoi sont amenés les Roms qui y vivent depuis six à sept siècles, devient une nécessité qui ne fait pas abandonner son amour pour le pays natal mais qui ne nous y enferme pas.

Voter, pour certains, à toutes les élections, et, pour d'autres, à certaines élections seulement ou à aucune, bien que tous résidents du même pays, rompt l'unité de la vie sociale, peut engendrer la discorde, et retarde la nécessaire conscience du sort commun des hommes et des femmes établis sur un même territoire.

La régression républicaine se manifeste-t-elle donc avec toujours plus de constance ? Sauf à sortir des repliements idéologiques et institutionnels, nous entrerions dans une stagnation démocratique désespérante ! Le vote n'est jamais que le prolongement d'un vie sociale commune. Limiter l'un c'est limiter l'autre. La citoyenneté de résidence, européenne d'abord, ne se vit pas en tranches mais globalement. Des élections locales aux élections politiques les plus décisives, c'est du vivre ensemble, du tout vivre ensemble qu'il s'agit.

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dimanche 24 octobre 2010

Ne tue pas

Le tu ne tueras pas biblique, second "commandement", n'a pas produit les effets que ceux qui prétendent que Dieu est amour pouvaient espérer.

Ni guerre, ni peine de mort, jamais : tel popicasso_colombes.jpguvait être l'utopie chrétienne majeure. Au lieu de cela on a vu des pontifes disposant d'armées, des justifications pseudo théologiques justifiant les exécutions capitales, sans parler de la participation massive des chrétiens d'occident à des crimes historiques au côté desquels les guerres de religions entre chrétiens catholiques et protestants ne sont que des drames locaux et limités !

Il suffit de dire que priver un homme de sa vie, ordonner sa mort ou accepter sa disparition violente est inacceptable, insupportable, incompréhensible à celui qui a pour absolu l'amour, non le sentiment d'amour mais la volonté d'amour, celle du "bon samaritain" pour qui un homme vaut un homme, tout homme est l'égal d'un autre homme...

Face à cette radicale objection opposée à toute possibilité de supprimer une vie humaine au nom du bien commun vont se dresser des hordes d'intellectuels, d'officiers et de juges. Cela ne saurait étonner les chrétiens qui ont lu, dans le récit évangélique, s'il est exact, quel sort fut réservé à Jésus par ceux qui ont prévu, voulu, et réalisé sa crucifixion, parmi lesquels des prêtres, des hommes de pouvoir et des fanatiques.

Je réaffirme, car ce fut mille fois écrit, que l'on tue plus au nom de l'État que l'on ne tue pour des motifs criminels. Je soutiens qu'un chrétien qui ne prend pas le risque de refuser de tuer en toutes circonstances, même s'il a de bonnes "raisons" de le faire, ne peut plus se dire chrétien. Je pense qu'essayer l'amour, en toute naïveté, est moins dangereux que de multiplier les moyens d'assurer la sécurité des hommes.

Du flash-ball à l'arme atomique, la logique est la même : dissuader le rebelle, le résistant, autant que le délinquant et l'assassin. On mélange et confond les opposants à l'ordre établi pour mieux assurer un pouvoir infiniment plus destructeur et malfaisant que ne le sont tous les malfrats et autres salauds rassemblés.

On n'a toujours pas jugé le bombardement d'Hiroshima comme un crime contre l'humanité. On ne le fera pas. Cela aboutirait à un bouleversement idéologique : il y aurait des circonstances dans lesquelles on ne peut employer la violence extrême. Admettre cela c'est interdire à la politique le tout pouvoir. Impensable dans notre civilisation.

On a toujours plus de 50 États qui fusillent, électrocutent, empoisonnent, lapident... au nom du droit. La peine de mort est incompatible avec une conception de l'homme qui permet de vivre sans haine et sans peur. Non seulement quantité de condamnations ont été appliquées à des innocents, ce qui devrait nous remplir d'épouvante, mais se donner ce droit à éliminer un humain même coupable disqualifie toute pensée. La vie d'un humain n'appartient pas à d'autres humains.

Mais tout n'est pas dit encore quand on a dénoncé les crimes d'État que sont les tueries individuelles (dans les prisons ou en public, sur décision d'un tribunal) ou les tueries collectives (aux moyens d'armes toujours plus sophistiquées, sur décision de gouvernement). Les religions qui justifient et appellent la mort des athées, des irréligieux ou des infidèles sont, quelles qu'elles soient, des ennemies du religieux, du questionnement permanent de chaque homme devant le mystère de sa vie, de nos vies.


Bombes miniaturisées offertes en cadeaux aux peuples rebelles à la civilisation.

Lutter contre la violence, la délinquance, le meurtre, le crime, en usant des outils que la science et l'industrie ont mis à notre disposition pour détruire des vies, une par une ou mille par mille, tue la civilisation.

Tuer autrui, quel que soit ses fautes et les horreurs qu'il a commises, c'est tuer, avec lui, en lui, les raisons philosophiques nous avons de refuser sa violence fut-elle impardonnable. Copier celui qu'on condamne, c'est se condamner.






mercredi 20 octobre 2010

L'impensable peut être pensé.

Il nous est asséné des vérités dont il semble impossible de sortir sous peine de ridicule.
Les fausses évidences pleuvent.
Vouloir ce à quoi l'on aspire apparait insensé.
Bref, on se gausse de celui qui affirme qu'on peut mieux vivre, dès à présent !

L'utopie est permise mais à condition qu'elle reste un rêve.
Le bonheur est un gros mot dont on n'autorise à goûter que le parfum.
Le visage grave des puissants dit assez qu'ils ont le sérieux sculpté en eux.
Tenez vous en, disent-ils, au certain, au sûr, à ce qu'on a déjà expérimenté !

On peut ainsi traverser une vie en se résignant.
L'art des maîtres c'est de faire croire aux esclaves que tout n'est que fatalité.
Le changement s'en trouve réduit à ce que l'on peut récupérer aux marges de l'histoire.
Espérer est un verbe qui n'a de sens que s'il s'applique à l'au-delà !

http://www.demaziere.fr/eve/pp_images/paradis.jpg
Ah ! Les fleurs, les petits oiseaux, le paradis terrestre. Tout ça, dit-on, c'est bon pour les nigauds !

Et bien, c'est cette armure dans laquelle on nous enferme qu'il faut faire craquer.
Il faut porter le regard au-dessus des lois qui délimitent notre possible.
Comme le nouveau-né, ouvrons les yeux sur un monde tout neuf.
N'attendons pas la mort pour retourner au paradis dont nous aurions été chassés.

Ce qui est dit impensable peut être pensé : c'est ce qui n'a jamais encore été essayé.

Car il n'est pas vrai que pour vieillir plus il faille travailler plus.
Car il n'est pas vrai que plus de violence d'État assure plus de sécurité.
Car il n'est pas vrai que plus de richesses apporte la richesse.
Car il n'est pas vrai que la vitesse fait gagner du temps.

Car il n'est pas vrai que la misère soit le lot des paresseux.
Car il n'est pas vrai que le partage soit une sanction pour les méritants.
Car il n'est pas vrai que le don appartienne aux cultures de "sauvages".
Car il n'est pas vrai que le mieux s'obtienne par la croissance.


http://www.devoir-de-philosophie.com/images2/philo/Rousseau_caricature.JPG

"Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité" (Jean-Jacques Rousseau.)

"La vie, enfin la vie comme il faudra la vivre" n'est pas dans un au-delà.
Le pouvoir des États est un leurre qui masque les pouvoirs des riches.
Les peuples sont interdits de pouvoir, du pouvoir de décider de leur propre sort.
Qui veut faire le bonheur du peuple contre le peuple est donc un tyran.

Tout philosophe est un fou.
C'est un bouffon.
Il cherche une vérité qui se dérobe.
Mais c'est à lui de rendre possible l'impossible !

jeudi 14 octobre 2010

Suis-je un biogéen ?


Michel Serres, après avoir popularisé le mot de biogée, se dit à présent biogéen. Je voudrais l'être avec lui... Le biogéen est un Terrien conscient de son rapport au monde complexe, souple, poétique, qui n'a jamais fini de renaître et qu'on n'a jamais fini de connaître.

"Re-naissances, co-naissances, nouvelles conduites" écrit Michel Serres. Les nouveaux mots servent à pénétrer un nouveau monde ou plutôt un monde qui ne cesse de se présenter nouveau. Le constat est merveilleux et déprimant. Le réel est insaisissable. Comment vivre dans l'instable ?

Les Roms ont inventé une mobilité qui suit les mouvements du monde. Cela leur donne des repères plus sûrs que ceux que se donnent les propriétaires qui s'évertuent à posséder ce qui ne leur appartient pas. Il est donc deux sédentarités : la fixe qui est illusoire et où l'on s'enkyste et la mobile qui bouge au rythme de la terre ou du moins s'y essaie.

Le nomade traditionnel s'y efforçait aussi mais il n'a plus de troupeaux à faire pâturer toujours ailleurs, ni de sel à aller vendre, à dos de chameaux, au-delà du désert. Est nomade, pour le commun des hommes, celui qui se déplace constamment. Erreur ! Entre celui que son emploi oblige à bouger sans arrêt et celui qui choisit de ne pas choisir de lieu où s'installer à vie, il y a une immense différence. Le nomade est devenu celui qui sait avoir reçu la Terre en héritage, qu'il en fasse la visite ou pas.

Le biogéen pourrait bien être un néo-nomade, c'est-à-dire celui qui n'a pas besoin de bouger pour être mobile. Mobile en sa tête et donc impossible à enfermer dans des doctrines ou religions à vérités définitives. Mobile en son comportement et donc imprévisible pour les faiseurs de politiques intangibles.

Le biogéen n'est ni instable, ni versatile, ni inconstant. Il est attentif, curieux, en recherche et donc dans le doute, et en quête de certitudes difficiles et utiles, même quand elles s'avèrent provisoires.

Je suis un enfant de la Terre. On ne prend pas possession de sa mère. Une mère qui me donne tout ce dont j'ai besoin pour vivre mais ne veille pas sur moi. Gaya n'est ni vigilante ni compréhensible à l'aide de nos anthropomorphismes. Elle est. Nous sommes un infime morceau d'elle-même. Tous nos efforts pour parler à sa place en la définissant comme nature sont insuffisants voire vains. Toute pensée écologique qui échappe à cette modestie se contredit.

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Suis-je le biogéen que j'aimerais être ? Ce n'est pas même sûr ! Je suis un enfant face au mystère, un enfant qui ne sait encore où va tout ce qu'il découvre, un mystère qui se dévoile et se recouvre d'heure en heure. Finalement, être un homme ce n'est pas savoir mais vouloir savoir, c'est engranger des savoirs en sachant qu'aucun savoir n'englobe tous les savoirs.

Voilà pourquoi s'agrandit, en mon esprit, la distance d'avec les religions, toutes les religions, y compris celles qui ne sont que de l'anti-religion et se définissent donc par rapport aux religions ! Les religions s'approprient le mystère et bien sûr n'y parviennent pas. Elles définissent le contenu de la connaissance et, inévitablement, échouent. Elles sont courtes parce qu'elles s'interdisent de dire qu'elles ne savent pas et du coup se contredisent. Les religions ne relient pas mais lient. Elles n'ouvrent pas l'esprit à l'incommensurable; elle le réduisent à des certitudes qui ne résistent pas un siècle. Elles osent parler de Qui.. ? De Qui vous ne savez pas...

Le biogéen, s'il devait venir à exister dans les paroles des hommes serait celui qui en sait trop pour oser dire qu'il sait, qui trouve en ce doute constant et modeste, de quoi respecter quiconque a d'autres approches que les siennes, c'est quelqu'un qui a dépassé la laïcité en l'intégrant dans sa pensée au point de n'avoir plus à en faire état.


Michel Serres. Biogée, aux éditions Dialogues

Extrait de la critique de la critique de Christiane Frémont :

Michel Serres, philosophe, mais écrivain d’abord et toujours, publie aujourd’hui un livre au titre étrange et beau : Biogée – Bio signifie la vie, Gée désigne la terre. Pourquoi ce titre s’est-il imposé à lui ? c’est que, répond-il, la Vie habite la Terre et la Terre se mêle à la Vie ; c’est aussi – les lignes de Valéry et de Bernanos inscrites en exergue le disent – les choses, comme les vivants, ont un langage, et que l’âme d’un poète sait devenir arbre. Et le philosophe, lui, devient récitant, mêlant légende, histoire, récit, choses vues ou rêvées, avec des paroles de philosophie. /.../
Si surprenant soit ce livre, il est dans le droit fil de l’œuvre, car Michel Serres est l’un un des rares philosophes contemporains à toujours avoir fait entrer le monde dans ses écrits /.../ La Biogée est la nation , nous y sommes tous nés depuis notre première aurore, disait le philosophe après Copenhague, invitant à la création d’une institution véritablement mondiale.
Biogée est une rhapsodie où alternent le conteur et le philosophe, tissant ensemble une puissance verbale encore jamais atteinte, poétique au sens étymologique du terme, et la précision de la pensée
/.../
« Joie » est le dernier mot du livre. Pourquoi ? L’auteur répond : ce livre célèbre une antique et fabuleuse nouveauté…Nous savons désormais que nous jouissons d’un codage commun, nous sommes et vivons comme le monde. Le monde communique entre soi aussi bien que nous communiquons entre nous et avec lui. Gardons-nous de voir là le mythe d’une unité fusionnelle retrouvée avec le grand Tout : c’est plutôt l’idée d’une connivence, d’une familiarité ; et, pour nos savoirs et nos techniques, la compréhension et l’échange. La communication, philosophie douce, seule alternative à la maîtrise ?"

Voir : www.editions-dialogues.fr/.../michel-serres-biogée/

mercredi 13 octobre 2010

Le peuple et la nation

La nation est aimable, passionnément, quand elle épouse le peuple. Quand elle en divorce, elle devient une marâtre pour ses enfants.

Passer de la nation qui rassemble à la nation qui exclut, c'est passer de l'amour à la haine, de l'union des natifs à la fureur des nationalistes.

Le passage d'une conception de la nation à l'autre se fait à l'occasion d'un viol. Quand un événement brutal, tel une guerre, éteint toute passion et tout amour et ne laisse subsister que le désir de domination. La violence alors s'installe et abolit toute fraternité.



Aujourd'hui, au Parlement, a été, une nouvelle fois, votée une loi restrictive qui fait obstacle à l'immigration et la rend coupable de générer la délinquance. Sous la rhétorique des discours et des textes, il y a le retour du nationalisme, celui qui tend à enfermer la France dans un superbe isolement, un enfermement qui l'étouffe, la limite et la menace en son être.

Je tiens pour nulle et non advenue toute loi qui est faite pour contrôler le peuple et non l'entendre. Et je ne parle pas de n'importe quel peuple. Je parle du souverain. Je parle de ce peuple dont la Constitution du 24 juin 1793, votée et jamais appliquée, affirmait, en son article 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

La nation, celle de Valmy, est la nation qui embrase le pays et fait de la patrie une idole enflammée à laquelle un culte doit être rendu sous peine de mort. La mythologie rapporte que Phalaris (~570-~554), tyran d'Agrigente ("la plus belle des cités mortelles » sur la côte méridionale de la Sicile, selon Pindare), faisait rôtir ses victimes dans les flancs d'un immense taureau d'airain. La cruauté est indissociable du pouvoir.

Le peuple n'est pas la foule. Il baigne dans sa conscience. Il n'a pas une pensée; il en a mille. Son unité n'est pas unicité. Il est complexe. Il est divers. Il est rebelle à toute unification. Il ne se voit pas de près. À distance, il est harmonie. Qui le veut diriger le détruit. Comme Phényx, mis en cendres, il renaît encore. Il est la vie même d'un orchestre sans chef. La vie des hommes est plurielle. Chacun y tient une partition.

La France n'est pas un bric à brac de mythes et de symboles. Les défilés s'additionnent, au fil des ans, entre la République et la Nation. Entre les deux places, il y a la Bastille, qui n'est plus une forteresse mais un génie, brillant au sommet d'une colonne... Le peuple est en marche mais ne défile pas seulement, il veut créer, par son génie, l'avenir de la démocratie. Du moins le croyons-nous en son sein, et si nous ne le croyions plus, nous entrerions dans le néant des dictatures, féroces ou anesthésiantes, ce qui est tout un...

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lundi 11 octobre 2010

Supprimer le prix Nobel d'économie ou pas ?

Maurice Allais est mort à 99 ans. Il fut prix Nobel d'économie. Le seul Français à l'avoir été.

Peut-on être prix Nobel d'économie ?
L'économie est-elle une science ?
Ne confond-on pas
les savoirs en économie et le savoir économique ?

On saura, aujourd'hui, qui est le prix Nobel d'économie en l'an 2010.

Je ne croirai à l'opportunité de décerner cette distinction que le jour où le lauréat aura répondu à cette question simple : pourquoi et comment est-il possible que 0,5 % des humains détiennent le tiers des richesses terrestres et, question complémentaire, que faut-il faire pour que cesse ce qui n'est pas seulement un scandale, mais un dysfonctionnement majeur de l'économie mondiale ?


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