mercredi 30 avril 2014

Qu'est-ce que "faire des économies" ?

Le mensonge sur "la crise" semble s'être imposé à tous !

Il faudrait, pour en venir à bout, "faire des économies" (comprendre : accepter une cure d'austérité).


L'austérité est une violence dès lors qu'elle est imposée. On peut être austère, rigoriste, sobre ou simple pour des raisons strictement personnelles, mais c'est alors tout différent s'il s'agit d'un choix. Les discours qui n'avouent qu'indirectement la décision économique de recours à l'austérité, tout comme ceux qui dénoncent l'austérité sans précision, sont marqués du sceau de l'ambiguïté !

Une société de gâchis, de surconsommation, de gaspillage pourrait réduire ses excès. Oui ! "Faire des économies" signifie, alors, entrer dans une décroissance ciblée pour éviter des dépenses devenues ou étant manifestement inutiles.

Quand on prétend encourager la croissance tout en "faisant des économies", on commet une double erreur : ou bien il faut, pour produire et vendre plus,  fournir davantage de revenus (donc pas d'austérité) ou bien il faut, pour produire de quoi satisfaire strictement tous les besoins, renoncer à l'inutile (donc une forme d'austérité particulière : la sobriété).

Mon choix est fait : je suis contre l'austérité imposée et pour la sobriété. La vie simple n'est pas une douleur ! On peut jouir de la vie sans sombrer dans la consommation. Il est vrai que cela suppose des acceptations fondées sur une conception du monde qui ne soit pas celle du "toujours plus". Rien de dramatique !

Réduire le train de vie de l'État n'est pas d'abord diminuer le nombre des fonctionnaires ! L'État, c'est nous. Réduire les dépenses auxquelles nous incitent les publicités est tout aussi nécessaire et plus encore.

mercredi 16 avril 2014

Ne laissons pas la désespérance s'emparer du monde


Le réel est complexe mais les choix sont simples.

Il n'est rien, absolument rien, de plus utile et urgent que de concevoir et proposer de quoi donner aux humains des raisons de vivre. La haute technologie n'est pas autonome et passe désormais après les orientations et les résolutions philosophiques dont dépend l'avenir de l'humanité.

Car les raisons de la désespérance surabondent mais, parmi elles, vu de France, il en est plusieurs qui sont prioritaires. Exposées, elles apparaissent insurmontables, mais il n'est pas supportable de penser que la fin du monde est venue à nos portes. Prendre en compte la situation des humains à naître oriente nos pensées.

Les menaces sur l'humanité, dans le désordre, - car elles ne se hiérarchisent pas et chacune peut déclencher le pire -, me semblent les suivantes :
• La non prise en considération des génocides du XXe siècle, dont les causes n'ont pas été explorées profondément, et notamment celui du Rwanda, qui affecte toute l'Afrique et nous avec, qu'on commémore, au lieu d'en pourchasser l'origine historique, politique, intellectuelle et « religieuse ».
• Le rôle prédominant des USA qui n'ont cessé, au nom de la lutte contre le terrorisme, de s'écarter de leurs propres principes, qui ont organisé une guerre secrète qui s'est étalée sur toute l'étendue du globe, qui a restauré le droit à la torture, et qui a justifié l'usage de moyens nouveaux de tuer (dont les drones qui banalisent la mort à distance et ne distinguent pas les innocents des supposés criminels).
• L'augmentation épouvantable des budgets d'armement qui permettent à des entreprises privées et d'état de faire d'immenses profits rendant inévitable la multiplication des conflits locaux, régionaux et internationaux.
• Le refus obstiné de tirer les enseignements économiques, agronomiques et politiques du réchauffement climatique, lequel se produit, s'aggrave et va vite, à présent, bouleverser la vie des peuples.
• La lente imprégnation des esprits, les médias aidant, qui aboutit à l'acceptation comme inévitable de sociétés où triomphent les riches et où le partage est relégué au rang de valeur appartenant au passé.
• L'entêtement historique de savants et de politiques qui persistent à vouloir maintenir et développer l'industrie nucléaire civile et militaire en dépit des enseignements (non retenus) des catastrophes survenues entre 1945 et 2011.
• La perversion des systèmes politiques se réclamant de la démocratie et qui ont confisqué, détourné, défiguré, travesti, (jusqu'à dénaturer, par de subtils modes de scrutin, les élections elles-mêmes), ce qu'elle recelait d'historique : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes loin de toute forme de monocratie.
• le blocage de tous les acquis culturels de la pensée et de l'art humains, (un trésor laissé enfermé dans les bibliothèques et les musées), qui sont niés, oubliés, ridiculisés, au profit d'une gestion comptable et économiste des organisations communes, brisant ainsi les espoirs des humbles.
• L'absence des débats essentiels relatifs la démographie et au vieillissement, pesant sur la fin du siècle engagé.
• La course en avant, appelée croissance, qui laisse entendre que les limites planétaires n'existent pas et qui conduit à l'épuisement des ressources ainsi qu'à la saturation des économies développées.
• Le maintien d'une conception du travail strictement lié à l'emploi lequel ne peut plus, pourtant, que reculer, dès lors que produire plus est possible avec une main d'œuvre de plus en plus réduite.
• L'incapacité de penser et donc de distribuer des revenus qui ne dépendent plus du salaire.

Décrire, à grands traits, ces causes de la désespérance, mais aussi de la colère des peuples du monde, fournit aussi la liste des chantiers sur lesquels les citoyens de toutes les nations, (et plus État par État), ont à travailler, de toute urgence, sans volonté de pouvoir sur autrui mais seulement sur la réalité de nos vies.

Il n'y a du reste pas le choix : entre le renoncement définitif à tout engagement dans l'ouverture d'une autre « voie » (qui n'est plus alors qu'attente de la mort) et la participation à la découverte d'un futur qui sera très éloigné que ce que contiennent les temps présents (et qui oblige à des ruptures avec les idéologies d'un passé persistant mais déjà ruiné), il faut vivre, écrire, parler, prendre les risques de l'erreur et aimer le vivant dont nous faisons partie.


mardi 8 avril 2014

8 avril 2014 : journée mondiale de défense des droits des Rroms






Les informations du jour, fournies sur internet, en cette journée commémorative annuelle, portent souvent sur les violences et discriminations faites aux Rroms. Elles disent peu de chose sur la culture et de la place de ce peuple en Europe. Loin de n'être que la Journée internationale des Rroms, ce 8 avril 2014 devient, alors, la journée mondiale de défense des droits des Rroms.

Selon Amnesty International :
« Les États européens ne font pas barrage à la discrimination, à l'intimidation et aux violences envers les Roms, et parfois même les favorisent », déclare Amnesty International1 à l'occasion de cette Journée internationale des Roms, le 8 avril 2014.

Le rapport d'Amnesty International, intitulé "We ask for justice": Europe's failure to protect Roma from racist violence, insiste sur les actes de violence et de harcèlement infligés aux Roms par des représentants de l'État et de simples citoyens en République tchèque, en France et en Grèce, illustrant les préoccupa
tions de l'organisation dans toute l'Europe.

Selon Les Enfants du Canal :
L'enquête réalisée par l'association Les Enfants du Canal qui est rendue publique, ce 8 avril, , révèle que les Roms veulent travailler. Est-ce bien une révélation ? Selon les résultats, sur les 119 personnes interrogées et vivant dans sept bidonvilles d'Ile-de-France (Bobigny, Champs-sur-Marne, Ivry, Grigny, Paris et Saint-Denis), 95 % des Roms souhaitent occuper un emploi salarié et 82 % souhaitent s'installer définitivement en France2.

Lancé en novembre dernier par l'association Les Enfants du Canal, le programme Romcivic, qui permet à 24 jeunes Roms, pour la plupart vivant dans des campements en Ile-de-France, d'effectuer un service civique, a été présenté le 18 février dernier, à Paris, en présence de trois ministres ( Cécile Duflot , Marie-Arlette Carlotti et Valérie Fourneyron, depuis sorties du gouvernement ).

Selon la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et l'European Roma Rights Center (ERRC) :
Près de 3 000 Roms ont été évacués de force, en France, au premier trimestre 2014, un chiffre comparable à celui de 2013, selon un décompte publié lundi à la veille de la journée internationale des Roms. Du 1er janvier au 31 mars, les autorités ont démantelé 27 bidonvilles, ce qui a forcé 2.904 personnes à quitter leur lieux de vie3.



Selon l'hebdomadaire Le Point :
Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, a toujours défendu les démantèlements de campements roms, au motif que, selon lui, « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie4. Moins de 17 000 Roms vivent dans environ 400 campements illicites, selon des statistiques officielles. Le nombre annuel de personnes déplacées est supérieur, car de nombreux Roms ont été déplacés à plusieurs reprises au cours de 2013, quand d'autres ont échappé aux démantèlements5.

Et c'est à peu près tout...

Pénible coïncidence : le nouveau Premier ministre se présente devant le Parlement et lui demande sa confiance, en ce jour anniversaire d'un peuple actuellement maltraité en France ! On ne peut guère espérer de changement de comportement de la part du Gouvernement ou, plutôt, on doit s'attendre à une aggravation du sort des familles rroms, avec l'appui d'un nombre croissant de maires qui leur sont hostiles. Cette situation est révélatrice, d'une part, d'un glissement général vers le nationalisme et la xénophobie, et d'autre part, vers une complicité des politiciens, de droite comme de gauche, qui se refusent à accepter la présence, sur notre sol, de 20 000 européens qui ont le droit d'y vivre. Ce droit est-il strictement européen ? Alors, nous dit-on, il faut lui désobéir et condamner ce laxisme européen, voire même sortir de cette Union qui impose des directives inacceptables ! Les Rroms serviront, à n'en pas douter, pendant la campagne électorale toute proche, de boucs émissaires permettant aux europhobes de se trouver un argument supplémentaire en proclamant leur hostilité à un peuple européen, afin de rentrer en masse au... parlement européen !

Les Rroms sont ainsi devenus, à leur insu, la pierre de touche du respect des Droits de l'homme, de la pratique de la démocratie et d'une conception de l'Europe politique que l'Union européenne ne suffit plus à définir. C'est le sens profond de cette journée internationale des Rroms, évidemment très peu commémorée et qu'il convient de considérer comme la journée mondiale de défense des droits des Rroms, indissociable de l'ensemble des droits de l'homme, partout proclamés et toujours bafoués.


1 http://www.amnesty.ch/fr/themes/racisme-et-discrimination/docs/2014/les-roms-deurope-en-butte-aux-violences
2 http://www.metronews.fr/paris/95-des-roms-d-ile-de-france-veulent-un-emploi-salarie/mndg!ZP15KJ7MFXf62/
3 http://www.20minutes.fr/societe/1345081-pres-de-3-000-roms-expulses-de-leur-bidonville-au-premier-trimestre
4 http://www.lepoint.fr/societe/valls-nous-ne-resoudrons-pas-le-probleme-des-roms-par-l-insertion-24-09-2013-1734440_23.php
5 http://www.lepoint.fr/societe/environ-3-000-roms-expulses-de-leur-bidonville-depuis-le-debut-de-l-annee-07-04-2014-1809929_23.php

dimanche 6 avril 2014

Pierre Rhabi et la décroissance.

 Photo le Midi Libre

Pierre Rhabi est un philosophe mais il n'est pas un doctrinaire. C'est un praticien. Depuis sa ferme de Monchamp, il incarne ce qu'il pense dans et sur un territoire rocailleux depuis bientôt cinquante ans. L'agroécologie qu'il préconise, il la met en action. Il est radicalement « non-capitaliste ». L'avidité et l'insatiabilité lui semblent des travers dont souffre l'humanité tout entière. « Toujours plus ne génère pas de la joie » dit-il.

La décroissance dont parle Rhabi n'a rien de subversif, c'est une lucidité. La planète est limitée et le « système duel » (repus/affamés) est une guerre économique qui ne peut déboucher que sur la guerre tout court. Ce qui est subversif, ce n'est pas l'intention des écoagriculteurs, c'est la réalité qui, peu à peu, lentement, irréversiblement, bouleverse les affirmations péremptoires des maîtres du pouvoir, un pouvoir qui ne mord plus sur le quotidien des peuples.

On a toujours présenté la révolution comme une contestation violente et comme un renversement des gouvernements par la force. Pierre Rhabi ne se situe pas parmi les tenants de cette révolution-là qui connaît soit l'échec de ses moyens, soit, pire, l'échec de ses objectifs quand celui qui renverse les tyrans devient un tyran. « La colère ne doit pas blesser les autres » affirme encore Pierre Rhabi. La prise de conscience de notre inconscience est seule à même de retourner la logique qui nous détruit.

La conquête est illusoire. Se penser humain n'est pas s'investir dans un territoire à dominer, à occuper et à défendre. La concentration des avoirs entre les mains de 1300 milliardaires engendre le malheur. Comme depuis des siècles et des siècles, l'injustice produit des conflits meurtriers, de plus en plus meurtriers. C'est pourquoi l'écologie mise en œuvre tout de suite, sans attendre l'autorisation de quiconque est la seule voie de changement ouverte.

Au primat absolu de l'économie, Pierre Rhabi oppose le réalisme de la bio-économie et se réfère à Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) qui n'a cessé d'annoncer que la croissance indéfinie et sans contenu ne conduisait qu'à des excès temporaires, ravageurs à échelle historique. Cette évidence que de nombreux penseurs ont décrite dans de multiples livres est rejetée par la plupart des politiques comme un rejet du progrès humain.

Les techniques n'ont pas d'autonomie de développement. Elles sont voulues et déployées par des cerveaux humains. Les technologies mises au service du vivre ensemble sur une même terre peuvent s'avérer positives ou pas. Pierre Rhabi propose « une posture », un art de vivre, une vigilance éthique (« on peut faire manger bio et exploiter son prochain » dit-il). Son approche du monde sans compétitivité mais avec créativité est sans agressivité mais exige une coopération permanente à laquelle nous ne sommes pas éduqués.

C'est une manière de révolution culturelle non violente à laquelle nous sommes invités par tous les « colibris » du monde, à l'instar de ces oiseaux si nombreux, si petits, si actifs, si présents et si efficaces. Plus encore que la lutte des classes qui oppose victimes et exploiteurs, le recours immédiat à des moyens adaptés aux fins auxquelles aspirent les humains peut inverser la logique mortelle à laquelle nous souscrivons à regret mais par résignation.

Pierre Rhabi est un utopiste concret.

vendredi 28 mars 2014

Désespérant et prometteur !

Il y a peu d'envie d'écrire quand le paysage s'assombrit au point qu'on ne sait plus où diriger ses pas et sa pensée. Et voici que les élections municipales apportent de quoi se repérer...

L'abstention est massive au point qu'on ne peut plus cacher qu'une abstention peut être politique... Voilà la première nouvelle intéressante. Quand il n'y a pas de choix on ne choisit pas. Entre la droite ultra libérale et la gauche droitière, l'écart est si mince qu'on peut les confondre. Il n'y a plus alors motif à les séparer. On s'abstient d'entrer dans ce jeu truqué. La démocratie, contre toute attente, y gagne !

La bipolarisation est mise à mal. Le vote Front National prend une ampleur qu'amplifie l'abstention. Les pourcentages qu'il obtient croissent sans que le nombre de votants soit considérable. Au reste, toutes les organisations politiques obtiennent des scores faibles, sauf exception ici ou là. Entre la droite extrême, la droite dure et la droite dite de gauche, un tripode a été posé sur la terre de France. Les professionnels de la politique politicienne s'y sont assis. Les trois pôles n'en font qu'un qui constitue l'obstacle à toute velléité de voir les citoyens prendre eux-mêmes leur sort en main. On assiste à un "démocracide", (pardon pour ce néologisme), dont il faut prendre la mesure pour l'interdire.

Il n'y a pas d'alternative de gauche. Le repli national est dû à la globalisation de l'économie voulue ou acceptée par les ultra libéraux et les démocrates libéraux, qui dominent au sein de l'UMP et du PS. La gauche est morte, vive la gauche mais une gauche qui doit changer et de nom et de contenu. Cessons de parler de gauche pour parler du PS. Le Conseil constitutionnel vient de fonder l'un de ses arrêts sur le caractère intangible de la liberté d'entreprise et le droit de propriété. Autrement dit, le Droit est à droite : on ne peut ni limiter l'exploitation des richesses et des hommes, ni ouvrir des espaces communs qui n'auraient pas leur propriétaire. C'est le triomphe absolu du capitalisme financier.

Au moins on y voit clair : un nouveau partage politique s'effectue où les partis n'ont d'autre place que celle de valets efficaces des riches et des possédants qui détiennent le pouvoir réel. Un recul de plus d'un siècle est en cours. Les productivistes qui cherchaient, et cherchent encore, à agrandir le gâteau, pour que les miettes et les petites parts laissées aux pauvres augmentent, sont en train de perdre la partie, mais ils l'ignorent ou ne veulent pas le savoir. Les convives sont trop nombreux et un autre partage commence à s'imposer. Il n'est d'avenir envisageable que si l'on répartit sans gâcher et si l'on accepte les limites du monde. Qui s'y refuse régresse. Des citoyens de plus en plus nombreux l'ont compris ou comprennent déjà qu'il faut échapper au système économico-politicien, coûte que coûte.

Les élections municipales le confirment. Ce ne sera pas un "retour de la droite" et une implantation de l'extrême droite qu'elles révèleront d'abord - quoi qu'en diront les médias ! -, mais bien le désaveu de ceux qui font semblant de s'opposer et veulent, ensemble, "une croissance forte seule productrice d'emplois" qui n'est plus possible dans une Europe saturée. Le relatif succès des écologistes, de certains communistes et de quelques acteurs du parti "de gauche", s'additionnant aux très nombreux abstentionnistes ayant fait "la grêve des urnes", donne une indication importante : l'autre politique qui se cherche depuis des années est engagée. Les élections européennes continueront à éclairer le paysage. Nous venons d'entrer dans un autre temps qui contient une menace et un espoir. Ce n'est pas le moment de baisser les bras !


samedi 25 janvier 2014

Qui est « la première Dame de France » ?

Depuis le passage à l'Élysée de Nicolas Sarkozy, il n'y a plus d'indiscutable « première Dame de France ». Durant son mandat présidentiel, deux femmes ont partagé ses appartements privés et s'y sont succédées. Laquelle aura été, pour les auteurs de manuels d'histoire de France, la « Première Dame » ? La... première ou la seconde ?

À peine parvenu à la tête de l'État, l'hôte actuel du « Château » est passé du statut conjugal -abandonné peu avant son élection-, à celui de concubin – faisant de sa compagne nouvelle une célébrité officielle –, pour parvenir à celui de simple amant – avec une maîtresse qui, elle, se serait bien passé de la célébrité qu'un paparazzi lui a apportée, en même temps que le viol photographique de sa vie privée –.


Le paparazzi, celui par qui le scandale peut arriver...

Dans ce château républicain, le personnel, notamment celui qui est chargé de la sécurité, a vu bien d'autres femmes passer dans les couloirs conduisant vers le lit du Chef de l'État. Au cours même de l'un de ces ébats non conjugaux, un président, un seul, est mort, Félix Faure, en 1899, dans les bras de sa maîtresse, mais d'une congestion... cérébrale (1).

On a pu rire de ces pratiques sexuelles mal cachées qui semblent prouver que le pouvoir politique est inévitablement associé à la croissance de la... libido des monarques, quel que soit le régime constitutionnel. Le pouvoir du roi sur le corps des jolies femmes qui étaient à sa portée était sans partage et nul confesseur n'interdisait, à sa Majesté très catholique, détenteur d'un absolu et divin pouvoir, quelque frasque que ce soit.

Les cinq derniers Présidents de la France sont connus pour avoir eu ou, pour certains des survivants, avoir encore, une vie sentimentale agitée. Parmi les femmes qui ont accompagné, publiquement, les présidents de la cinquième république (auxquelles il faut ajouter l'épouse du dernier président de la quatrième, René Coty), plusieurs ont été pourtant, à notre sens, plus particulièrement, estimées des Français : Germaine Coty (2), « Tante Yvonne » (3), l'épouse du Général, mal connue et influente, Claude Pompidou (4) qui modernisa l'Élysée, et enfin Danielle Mitterrand (5), qui su rester elle-même, pendant et après les septennats de son mari, dans la dignité et l'engagement public.
 
Ce temps-là n'est plus. Il n'y aura vraiment une première dame en France le jour où une femme sera Présidente de la République française (ou Première des Ministres, peut-être, à la manière d'Angela Merkel, la Chancelière, quand on en aura fini avec la Vème République). 

Désormais, on peut être la compagne du Président sans en être l'épouse. « La vie privée » des personnages publics est difficile à protéger dans une société où la chasse à l'image est devenu un sport professionnel. Si les mœurs ont évolué dans une société où jamais la durée de vie des couples n'a été aussi brève et les unions, officielles ou pas, fragiles, il peut rester ce que la pudeur et la dignité continuent d'exprimer : le respect de soi et d'autrui.

La première Dame de France est aussi bien, en une période donnée et pour un temps donné, hors de l'Élysée, la plus appréciée (que ce soit ou non dans la sphère politique, telle Simone Veil) ou la plus respectée (telle Marie Curie, prix Nobel, ou Jacqueline Auriol, première femme pilote d'essai en France, et bru d'un autre président : Vincent Auriol).

Seule Ségolène Royal, si elle avait été élue, aurait pu revendiquer le titre de première Dame de France (6). Celles qu'on a ainsi baptisées (notamment Claude Pompidou et Danielle Mitterrand) ne l'ont jamais accepté. L'époux de Margaret Thatcher ne fut pas davantage le « Premier Monsieur » de Grande-Bretagne et la reine est bien autre chose que la Première dame d'Angleterre car elle est unique en le Royaume, un symbole sans concurrence...

Il serait simple et de bon ton que l'on ne fasse pas jouer aux « toutes proches » du Chef de l'État, ce rôle de belle-à-montrer... Supprimer cette fonction pour laquelle on n'a pas été élue et résultant de la seule élection de son compagnon, ne nuirait à personne. Ou bien alors, réinventons le mariage obligatoire pour le Chef de l'État, comme pour les rois soumis à des obligations politiques mais disposant alors d'un droit absolu à l'infidélité !

L'ancien régime, la monarchie ne pouvant, espérons-nous, être réinstallés, mieux vaut que la compagne, ou le compagnon, du, ou de la, Chef de l'État ne confie aucune fonction particulière à son amant(e) ou à son époux(se)..., - car peuvent venir, prochainement, des jours où le Premier ou la Première personnalité politique au pouvoir sera homosexuel(le) –.

La liberté sexuelle et le respect de la vie privée ont une conséquence : qu'il n'y ait plus motif - et il faut en prendre les moyens médiatiques et institutionnels- à attirer l'attention sur quelque personne que ce soit susceptible de dormir dans le même lit qu'une célébrité politique !

Le 26 janvier 2014.- Suite et pas fin : le soir du jour où a été écrit ce texte, François Hollande (le citoyen et non le président !) fait savoir à l'AFP que sa liaison avec Mme Trierweiler est terminée. Le voici... célibataire, ce qui ne veut pas dire solitaire. Le Pape n'ayant pu lui donner aucun conseil, on doit retenir de cet épisode, où le public et le privé se sont enchevêtrés, qu'il n'y a plus et qu'il n'y aura probablement plus jamais de "Première dame de France" non élue par les Français.

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 Et le film de la vie continue de se dérouler...

1 L'anecdote tragico-comique fut ainsi rapportée : "Le président a-t-il encore sa connaissance ?" demande le curé venu porter l'extrême-onction au président mourant. "Non, monsieur l'abbé, elle est partie par une porte dérobée", lui répond-on...Cf. http://www.linternaute.com/histoire/magazine/magazine/dossier/vie-privee-presidents/felix-faure.shtm
2 Germaine Coty, née Germaine Alice Corblet (1886-1955), décédée au château de Rambouillet qui eut des obsèques quasiment nationales.
3 Consulter : Yvonne de Gaulle de Frédérique Neau-Dufour, Fayard, 590 p, 27 €.
Yvonne De Gaulle, née Vendroux, (1900-1979), plaida en faveur de la contraception auprès de son mari, hésitant voire réticent sur le sujet. Paradoxalement, Lucien Neuwirth, promoteur de la pilule, n'eut pas de meilleur soutien que cette femme d'un autre temps que la naissance de sa fille (trisomique) avait amenée à évoluer sans renier ses principes.
4 Claude Pompidou, née Cahour, (1912-2007) déclarait déjà, en 1970, lorsque l'on lui demandait ce qui lui manque le plus depuis qu'elle est Première dame de France : « Être libre, pouvoir me promener dans les rues lorsque j'en ai envie. Faire des courses comme autrefois, entrer au hasard dans un cinéma ». Surnommant le Palais « la maison du malheur », elle n'y remettra, après le décès de son époux, le 2 avril 1974, plus jamais les pieds.
5 Danielle Mitterrand (1924-2011), née Gouze, fut une ancienne résistante et une personnalité engagée dans le monde associatif. Elle a créé la fondation France-Liberté, qu'elle a présidée jusqu'à sa mort. « Je ne suis pas une potiche », disait-elle. Celle qui préférait se faire nommer « l'épouse du président de la République » que « première dame de France » a eu son bureau personnel au palais présidentiel, mais habita toujours au 22 rue de Bièvre.

mercredi 15 janvier 2014

De l'offre et de la demande politiques

Inutile d'invoquer, à mots couverts, Jean-Baptiste Say (1767-1832) et donc ses idées passées, dépassées, comme le fit  François Hollande, hier, 14 janvier 2014, depuis son palais de l'Élysée !

 "JBS", ce protestant (Dieu sait ce que le capitalisme doit au protestantisme !), républicain, girondin, proche de Mirabeau, très brillant intellectuel (2), qui fit affaire sous l'Empire, industriel du coton très lié à l'esclavage (1), est la référence française d'une pensée libérale assumée. Il soutint que l'économie se fondait sur la propriété privée, la libre concurrence et le rôle limité de l'État, ce que ses successeurs entrepreneurs n'ont cessé d'approuver depuis. Dans le même temps, il écrivit aussi, et là est apparue la contradiction innée entre le libéralisme et l'écologie : « Les richesses naturelles sont inépuisables, car, sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être ni multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques » !


Cette perspective conduit à favoriser l'offre et non la demande. Autrement dit la production commande. Le consommateur achète ce qu'on lui offre. La satisfaction des besoins passe après la satisfaction des désirs que l'entrepreneur suscite. Le client n'est roi que s'il paie bien, cher et souvent. Sans croissance, il n'est pas d'économie durable. Le gouvernement vient de verser dans cette doctrine rétrograde et pourtant non encore éculée, puisqu'elle fonctionne.

Il est acquis, semble-t-il, dans les sphères où circulent les dirigeants officiels ou clandestins, que le socialisme est incompatible avec la démocratie capitaliste. Quel que soit le socialisme, il porterait atteinte à la liberté d'entreprendre et déboucherait sur une dictature franche, ou larvée, qui nuirait aux démocraties en place ou en construction. Les "socio-démocrates" qui ne s'avouent pas encore socio-libéraux, mais ça ne saurait tarder, conduiront donc des politiques économiques s'inspirant de Jean-Baptiste Say... Après Shroeder et Blair en voici, avec Hollande, la version française. Le patronat se réjouit. Ce que Sarkozy n'avait pas totalement réussi, Hollande va le faire. Il s'assure, ainsi, les soutiens nécessaires (bien que non suffisants) à sa réélection.

Les écologistes de parti, en avalant une couleuvre de plus, risquent de s'étouffer car le contenu de cette couleuvre c'est, tout simplement, l'abandon, de leur conviction fondamentale (l'inverse de celle de J-B Say) selon laquelle les richesses naturelles sont épuisables. Ils devront donc, tôt ou tard, accepter les OGM, le gaz de schiste, le maintien de l'industrie nucléaire, la poursuite de la production d'armements, la reconquête néocoloniale de marchés africains, la privatisation poursuivie des services publics, etc...

Il n'est, dès lors, plus question, pour qui conteste le système économique prédateur, où la demande est principalement produite par une offre publicitaire, toujours plus subtile ou/et massive, de rechercher un compromis politique avec les partis ex-socialistes : ils sont devenus l'équivalent, sur l'essentiel, des partis libéraux. 


Tel est l'enseignement majeur de ce début d'année 2014. Il n'est plus d'offre électorale anticapitaliste crédible. Nous vivons une trahison historique : le productivisme (qui a son ministère, en France) a envahi tous les esprits (y compris dans le monde syndical) et, en dépit de la certitude que l'illimité trouvera ses limites, on offre une croissance défaillante comme modèle économique incontournable. 

Il ne reste plus aux citoyens non convertibles à cette dynamique implacable qu'à refuser leur concours à ce monde libéral inhumain et, à terme, condamné. D'abord en votant blanc (et en luttant pour la prise en compte effective de cette expression politique), ensuite en votant "libre" (c'est à dire, ici ou là, en appuyant telle ou telle initiative clairement écologique et antilibérale) enfin, et surtout, en prenant des initiatives intellectuelles et pratiques préparant l'après capitalisme, que ce soit demain (comme nous l'avions un peu vite cru, en 2008) ou dans cent ans. Le vieux monde est mort et tous ceux qui le servent, quelle que soit l'étiquette de leur parti, doivent être abandonnés.

(1) La part dans la production mondiale du coton brut des plantations américaines est passée brutalement de 5 % à 70 % en moins de quinze ans, entre 1790 et 1805, les nouveaux États-Unis d'Amérique tentant difficilement de suivre l'explosion de la demande des fabriques de la région de Manchester où le coton est sur cette courte période le ferment de la première révolution industrielle. 

(2) Auteur, en 1803, du premier Traité d'économie politique.

mercredi 1 janvier 2014

De l'inanité des vœux

Chacun sait, en son for intérieur, qu'un 1er janvier vaut un 31 décembre, ni plus ni moins. Le bonheur ou le malheur ne choisissent pas leur jour.

Il est sain, toutefois, pour ses proches, pour l'humanité tout entière, pour soi-même, d'espérer plus de paix et plus d'amour, car nous voyons les ravages causés d'abord, au fil du temps, par les comportements humains, bien plus cruels que les soubresauts naturels infligés par les grandes catastrophes.

Ce qu'on découvre, année après année, à l'approche "des Fêtes", c'est l'hypocrisie, l'excès, l'aliénation auxquels il est difficile d'échapper, sans compter avec la marchandisation des relations humaines, de moins en moins sincères et de plus en plus intéressés.

L'hiatus est considérable entre le Noël historique, fait de louange de la pauvreté et d'espérance en la lumière, et la frénésie, l'addiction, de la consommation suscitée, nourrie, encouragée par les industries du commerce, de la Saint Nicolas début décembre,  jusqu'à la galette des Rois, début janvier.

À peine passée la bénédiction urbi et orbi du pape, parfaitement intégrée dans le conditionnement médiatique, voici venir le déchaînement gastronomique de la Saint Sylvestre. Après le sapin, le petit Jésus, le Père Noël et ses cadeaux obligés, les chocolats, nous avons droit, via les médias, à l'étalage des recettes de cuisine, aux visites de Rungis, puis à l'addition des envois de cartes postales et de messages téléphoniques ou sur internet. Ne pas s'y adonner est mal séant, grossier !

Car vouloir se soustraire à ces conditionnements isole. On passe pour un ours ou un pisse-vinaigre. Constater que les dettes des ménages, alourdies en fin d'année, ne s'embarrassent pas de la soi-disant " crise" ne peut guère s'exprimer durant ces quelques semaines d'oubli et d'insouciance. Oser déplorer que le triptyque production-vente-consommation ne soit pas entamé mais, au contraire, soit bien en place, dominant presque tous les comportements quotidiens rompt avec l'opinion commune.

J'y vois, certes, une volonté d'être "heureux-quand-même", de faire un pied de nez à la médiocrité, de prendre sa part d'une richesse mal partagée et j'ai scrupule à en faire la critique si elle peut atteindre le désir des plus modestes de vivre aussi dans la joie et le plaisir.

Et pourtant, je ne peux que faire la distinction entre ce qui se partage et ce qui s'engloutit, entre l'exubérance d'être ensemble et l'abêtissement généralisé dans lequel des peuples entiers sombrent. Les feux d'artifices et les pétards (avec leur lot d'accidents), les flots d'alcool (associé à toute rencontre festive), le foie gras (présenté comme devant faire partie de tout repas de réveillon), les huitres (obligatoires), les cadeaux (de plus en plus revendus...), le French Cancan du Moulin Rouge (et les festivités des autres cabarets exhibant des filles)..., tout cela fait partie d'une fausse culture bien installée dans nos cerveaux de consommateurs.

Quant aux vœux officiels, ces cérémonies où se montrent ceux qui veulent séduire encore une fois leurs électeurs, c'est paroles vaines et dépenses inutiles, mais tout le monde y tient. C'est l'occasion de rencontres informelles  qui permet de recueillir informations avis et confidences.

Il faut du courage et de fortes convictions pour se retirer de ces jeux futiles et immanquables ! On ne passe pas seulement pour un rustre ; on sort de la société. 

Il importe pourtant de "limiter les dégâts", de rester sobres en ses paroles et en ses achats, de résister à des comportements induits qui, pour certains, déshumanisent ou éloignent de la dignité.

On ne peut, tout à la fois, prendre ses distances avec la société de surconsommation et souscrire, en même temps, au culte frénétique et impulsif des vœux incontournables.

Je le pense depuis des années. Il me semble, en 2013-2014, plus que jamais indispensable de l'affirmer.

Sans plus...







dimanche 17 novembre 2013

Au delà de la dénonciation du capitalisme

 Avec le capitalisme, on ne risque rien...

On a pu reprocher à Stéphane Hessel d'avoir seulement appelé à s'indigner. En réalité, pour qui savait le lire, il invitait à une prise de conscience dynamique : le refus du capitalisme commence par la connaissance de ce qui nuit à l'humanité et qui ne doit plus être supporté.

Oui, dénoncer ne suffit pas, mais il faut commencer par dénoncer. 

Voici des générations que l'on dénonce le capitalisme et cela ne l'a pas anéanti pour autant et seulement modifié. Il s'agit donc de comprendre pourquoi, à présent, le capitalisme est dépassé et c'est pourquoi il faut dénoncer non ses excès mais sa raison d'être.

Deux approches sont parallèles et peuvent se recouper un jour : la fin du capitalisme sous le poids de la critique et de l'hostilité des exploités, d'une part, ou bien la fin du capitalisme, en fin de vie, qui ne parvient plus à dominer l'ensemble des peuples du monde, d'autre part.

Il fut un temps, qui n'est pas loin, où parler de la fin du capitalisme faisait ringard. Cela ne se disait plus. Depuis la fin du socialisme soviétique, il était entendu que la démocratie et le capitalisme ne faisaient plus qu'un. Le "monde libre" avait gagné la partie et la dernière page de l'histoire était écrite : il n'y avait plus d'alternative.

"La crise" (comprendre l'échec bancaire, financier et monétaire) de 2008 a permis d'entendre de nouveaux discours où le capitalisme cessait d'être considéré comme incontournable. La réalité économique et sociale, que masque l'usage permanent du vocable crise (comme s'il s'agissait d'un trouble passager !), entraine les peuples vers une mutation historique à laquelle s'oppose un conservatisme brutal, intelligent, adaptable, et qui ne lâche rien sur le maintien des inégalités et du profit.

Il est plusieurs voies pour aller au cœur du capitalisme, là où il est fragile et peut être ruiné dans l'esprit de nos contemporains avant d'être ruiné tout court, c'est à dire privé de ses gains. Il en est deux.

D'abord ceci : les humains pensent encore, dans leur majorité, - ainsi ont-ils été et sont-ils encore formatés - que du plus jaillit inévitablement le mieux ; et donc, si le partage touche à la croissance et au profit, en réduisant les intérêts de certains pour satisfaire l'essentiel des besoins de tous, ce n'est pas la solution. La condamnation de l'égalitarisme, jugé in fine totalitaire, n'a pas d'autre explication. Le socialisme est inacceptable pour les théoriciens du libéralisme, parce qu'il est, par essence, autoritaire et démagogue. Le fond du débat git là : le partage est-il accessible à une société structurée, démocratique et libre ? La liberté, premier principe de la devise républicaine française, est-elle compatible avec l'égalité, second principe de la même devise ? À l'idéal égalitaire on oppose le réalisme libéral. L'accès à l'égalité véritable, telle est l'entrée dans ce qui fait problème pour le capitalisme : tout espoir de voir les riches cesser de dominer la Terre et les autres hommes qui l'habitent est considéré comme subversif, irresponsable et dangereux. Une lutte historique s'est engagée là et les pauvres l'ont jusqu'à présent perdue.

Mais il y a une suite à cette lutte des classes qui vient relayer des décennies, voire des siècles, de résistance à l'exploitation des modestes par les puissants, et c'est ce que j'appelle la lutte des fins. L'apparition des thématiques écologiques, qu'aucun parti n'a su prendre en compte, a mis en évidence que le capitalisme repose sur une illusion, un irréalisme : la possibilité de faire fonctionner les sociétés avec des ressources énergétiques et minières non renouvelables. Plus largement encore, le productivisme sans frein, la croissance indéfinie n'offrent comme modèle de civilisation que la fuite en avant en refusant d'accepter l'idée qu'il y a une fin indépassable qui, en tout cas sur cette Terre, interdit de vivre sans limites. Une fois la liberté réservée à ceux qui disposent du pouvoir, une fois l'égalité réduite à la propriété de ceux qui disposent de l'avoir, à qui appartient la fraternité, troisième principe fondateur de la République, sinon à ceux qui s'appuient sur le savoir véritable ?



Cet anonyme n'est pas n'importe qui...

Mais résumons-nous, brièvement, sèchement. 

1 - Brisons le lien politique entre le capitalisme et la démocratie, non en réinventant la démocratie populaire qui ne fut que la dictature du parti, mais en administrant la preuve que, non seulement, démocratie et capitalisme ne sont pas l'envers et l'endroit d'une même médaille mais, surtout, qu'il n'y a pas de démocratie viable là ou domine le capitalisme.

2 - Affirmons et prouvons que la démocratie ne peut se fonder que sur l'égalité, non par la résurgence d'un collectivisme menant tout droit au totalitarisme, mais par l'affirmation constante qu'un homme vaut un homme et peut bénéficier d'un sort non pas équivalent mais commun à celui de son voisin quand il s'agit des fondamentaux de toute existence digne et honorable.

3 - Constatons que l'humanité est entrée dans l'ère de la connaissance et de la communication complète et rapide des données indispensables aux choix décisifs. La démocratie n'appartient plus aux représentants des citoyens délégant leur pouvoir ; elle appartient aux citoyens eux-mêmes, de plus en plus nombreux, qui, avec ou sans conseils associés, peuvent décider de leur sort. La décérébration produite par la publicité et la propagande tend à ralentir où ruiner ce processus, mais en vain car in fine ce sont les intérêts vitaux qui commandent.

4 - Enfin, pressons-nous de redéfinir la fraternité politique qui ne se limite pas à des sentiments humanitaires et à la bienveillance. Elle est une solidarité non occasionnelle mais permanente. Elle est l'esprit même de la République, de la res publica, de la chose publique, incompatible avec la priorité laissée aux intérêts privés. Elle est le lien civique qui unit la personne (non "l'individu" !) et la commune, communauté ou collectivité dans la responsabilité et non l'obéissance. Elle est cette attitude citoyenne sans laquelle la liberté autant que l'égalité se disloquent avant de se désagréger.

Et pour entrer dans ce monde là, à nos portes, il faut nous débarrasser du capitalisme lequel n'existe que parce qu'il nous habite, nous modèle, nous détermine, nous exploite, nous domine, nous assujettit et nous... gouverne ! Tendons à nous gouverner nous-mêmes, ce n'est plus un rêve ou une chimère. Soyons acteurs de nos vies.


"Les droits sont au-dessus des lois".

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