samedi 19 juillet 2014

Après deux siècles de guerres...

 
...quelle alternative pour sortir d’un cauchemar historique ?



 
1814-1914, 1914-2014 : deux siècles au cours desquels l’Europe a connu les plus violentes guerres jamais connues par l’humanité.

Trois dates repères :
• 1814 : Napoléon abdique une première fois, le 6 avril, à Fontainebleau, après plus d’une décennie de guerres très meurtrières.
• 1914 : une guerre industrielle, pour la première fois qualifiée de mondiale, s’engage et va laisser des millions de morts sur les champs de bataille.
• 2014 : le 6 juin, en Normandie, est commémoré le débarquement gigantesque de 1944, qui a conduit vers la fin du régime nazi en Europe.

Avons-nous tiré tous les enseignements de ce cycle historique de conflits au cours desquels on a saigné les peuples, puis entraîné les survivants dans l’illusion de la victoire ?

La réponse est non!

L’aventurier Bonaparte, qui mit fin à la Révolution française tout en prétendant porter ses valeurs universelles à la pointe des baïonnettes, dans toute l’Europe et au-delà, reste encore un héros national ! Il fallut, une coalition de monarchies européennes pour, à Waterloo, mettre une fin définitive au pouvoir de ce génie malfaisant qui avait emporté la France loin de la République, puis l’avait plongée dans des échecs et des souffrances horribles. Peu d’historiens et d’analystes politiques1 ont osé décrire comme une catastrophe aux prolongements désastreux2 l’action d’un dictateur, non encore reconnu comme tel, en 2014, dans notre pays !

Un siècle exactement après la première abdication de « l’Empereur des Français », et en dépit de l’avertissement poignant de Jean Jaurès3, s’ouvrait un conflit de quatre ans, une boucherie infernale dont l’horreur ne calma pas l’exaltation et ne réduisit pas les erreurs de la hiérarchie militaire et des dirigeants politiques d’alors. Après avoir conduit plus d’un million de leurs concitoyens à la mort (et quelle mort !), les autorités civiles et militaires françaises qui se proclamaient vainqueurs, allaient, par le traité de Versailles de 19194, imposer à l’Allemagne défaite des conditions économiques et territoriales les plus humiliantes. Ainsi allaient se trouver dispersées les graines de la revanche, préparé le terrain politique facilitant l’installation du national-socialisme et, finalement, vingt ans plus tard, rassemblées toutes les conditions de la guerre « mondiale » suivante, plus meurtrière encore pour tous les peuples qui y seraient engagés.

En 2014, nous constatons que nous étions restés enfermés dans la logique des fausses victoires. Se réjouir de la fin d’une guerre ne saurait être confondu avec la joie d’avoir terrassé l’adversaire. Sans réconciliation, la guerre reprend inévitablement. L’impérialisme, le nationalisme, le fascisme, le totalitarisme5 n’ont pas éclairé nos jugements. Avant même les XIXe et XXe siècles s’étaient déjà installés l’esclavagisme6 et le colonialisme dont beaucoup d’entre nous n’ont pas voulu et ne veulent toujours pas admettre, sans détour, tous les crimes innommables.7

L’exploitation industrielle et mercantile des armes de guerre, qui s’était développée pendant les deux siècles écoulés, a perduré et même s’est largement amplifiée. Aussi, quand la deuxième guerre mondiale s’est achevée avec les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, Albert Camus a-t-il pu s’exclamer, dans l’incompréhension générale, que « la civilisation mécanique venait de parvenir à son dernier degré de sauvagerie »8.

En deux siècles, cette « civilisation » dont s’est réclamé l’Occident, se sera donné les moyens politiques et techniques de conduire des millions d’êtres humains à des morts atroces, considérées non seulement comme inévitables mais comme nécessaires ! Aujourd’hui, aveugles ou résignés, nous essayons d’oublier que nous continuons de vivre sous la menace d’exterminations massives, en particulier celles qui ont été rendues possibles par la captation, la maîtrise, l’emploi militaire de l’énergie nucléaire.

Ne pas vouloir sortir de cet engrenage fatal qui place des peuples entiers sous l’épée de Damoclès géante que peuvent abattre des maladroits, des fous, des cyniques ou des pervers, est, à l’évidence, la plus lourde de toutes les fautes que commettent les dirigeants politiques contemporains, mais aussi tous les citoyens qui les approuvent !

L’arme nucléaire est devenue le symbole même de cette folie tolérée qui nous donne à croire et nous fait rabâcher qu’il faut, « préparer la guerre si l’on veut la paix ». Utilisée une première et unique fois, par les forces américaines, pour réduire totalement la résistance japonaise, l’arme atomique, a été, par la suite, multipliée, accumulée, « modernisée », et elle remplit encore les arsenaux des « grandes puissances 9». Elle contient, en germe et en réserve, les possibilités de pousser à l’extrême les meurtres de masse, de façon infiniment plus brutale qu’à Waterloo, à Verdun ou à Dresdes ! Si le génocide est, au sens strict, le droit, que s’accorde indûment un État, d’éliminer une population entière, civils et militaires confondus, pour des raisons politiques, racistes ou de prétendue défense, alors il faut admettre que la simple détention de l’arme nucléaire est révélatrice d’une capacité génocidaire.

Quiconque accepte ne fut-ce que l’idée de l’éventualité de l’usage des armes de destruction massives, atomiques, bactériologiques ou chimiques, est un criminel qui ruine le droit international. Affirmer que, durant la « Guerre froide », l’équilibre de la terreur10 réduisait la probabilité d’une guerre atomique, ne supprime pas, de nos jours, le risque de génocide puisque la doctrine de la dissuasion ne peut l’exclure : si l’ultime menace dissuade, c'est parce qu’elle ne peut s’exercer, car rien n'est pire ! Nous restons prisonniers de cette aporie. 

Le terrorisme des États dotés de l’arme nucléaire devient, dès lors, l'une des formes possibles de leur action tout aussi condamnable que le terrorisme de bandes armées fanatisées. On ne terrorise pas les terroristes avec des bombes atomiques. Penser la défense des peuples en exposant agresseurs et agressés à une même extermination constitue une faute suprême contre l’esprit ! C’est, aurions-nous dit, quand dominait la pensée chrétienne, le péché mortel par excellence.

Il est temps de reconnaître, en 2014, que la volonté de pouvoir, la volonté de puissance auront tout justifié et continuent de tout justifier ! Les meilleures causes elles-mêmes auront été invoquées pour autoriser les conquêtes, les invasions, les oppressions, les tyrannies. Il revient aux hommes de notre temps d’établir le lien entre les massacres de masse des guerres passées, « mécaniques » disait Camus, avec, aujourd’hui comme hier, tous ces armements industriels surpuissants qui deviennent, de jour en jour, plus technologiques, redoutables et « efficaces ». Bientôt, ils seront à la portée de tous ceux qui disposeront des connaissances scientifiques et des fonds nécessaires à leur acquisition. Inutile, dans ces conditions, de dénoncer les terroristes puisqu’on leur offre et l’exemple exécrable de la production de machines à tuer sophistiquées et la possibilité d’accéder à des munitions toujours plus meurtrières.

Ou bien nous tournerons la page de la contre civilisation qu’est devenue la nôtre, qui a ruiné tant d’espérances humaines, au cours des deux siècles écoulés, ou bien, disposant, aujourd’hui, des outils et moyens de nous détruire, (lesquels surpassent ceux dont on a vu les effets dévastateurs durant les guerres précédentes), c’en sera fait, alors, de l’humanité tout entière. La Terre peut s’embraser partout au cours de ce nouveau siècle, que ce soit d’un seul coup, dans un nouveau conflit généralisé, ou en passant d’une région terrestre à une autre, partout où sourdent des conflits inexpiables et permanents, (Moyen et Proche-Orient, Afrique centrale et subsaharienne, Chine et Japon, Inde et Pakistan, Russie et marges de l’Europe, etc…).

Les politiques fondées essentiellement sur des rapports de force mènent toutes à l’amplification de l’exercice de cette force. Les armes nouvelles finissent toujours par être employées. Les plus récentes, dont la puissance n’est plus imaginable, ni maîtrisée, sont ou seront employées. Ou bien nous considérons comme inéluctable et faisant partie de la condition humaine cette domination aveugle de la violence, en tous lieux et en tous temps, (mais cessons alors de penser que la civilisation a un sens, acceptons la loi de la jungle, renonçons loyalement aux Droits de l’homme partout affirmés et nulle part mis en œuvre), ou bien alors, osons changer de paradigme, de logiciel philosophique, d’organisation politique, de pratiques économiques et de mode de vie quotidienne.

S'il s'agit de l'utopie des utopies, elle n'est pas plus irréaliste que de continuer à « progresser » dans l’impasse mortelle où nous voici engagés. Le conditionnement des esprits a pris, lui aussi, un caractère mécanique et tout se passe comme s’il était impossible d’échapper à la fatalité de la mondialisation du meurtre ! L’histoire des humains ne serait-elle donc qu’une tragédie sans échappatoire !

Cependant, un choix radical, et imprévisible voici quelques années encore, se présente à nous … Soit -dans notre inhumanité assumée- nous tolérerons un monde où l’on continuera de se faire la guerre, fut-ce de loin, sans risques pour qui tue, à l’abri de son bunker, au moyen de drones, parce qu’un monde sans guerre n’a jamais existé et ne peut exister, et nous survivrons quelque temps encore, privé d’espoir. Soit, au contraire, - dans une quête de civilisation réassumée -, nous rechercherons un monde qui soit désarmé progressivement et où se répartissent équitablement les biens et richesses que nous avons en partage. Ne faut-il pas redonner sens et réalité à cette égalité, devenue suspecte, et qui a été arrachée de notre devise républicaine ?

Entre l’échec fatal et l’utopie incertaine, il reste à choisir le moindre risque, à trouver des raisons de vivre ? Entre le cauchemar et le rêve mieux vaut encore tenter le rêve. 
 
 
1 Lionel Jospin s’y est efforcé, mais il n’a pas su ou pu affronter le discrédit qu’engendrerait la dénonciation complète de ce général aux visées impérialistes, qui, de coup d’État en coups de forces internationaux, a cherché à mettre à genoux l’Europe tout entière. Lionel Jospin, Le mal napoléonien, Paris, Le Seuil, 2014.
2 Le mythe impérial, incarné par le propre neveu de Napoléon Ier, (« Napoléon le petit » selon Victor Hugo), abolit la seconde République, et s’acheva par le désastre de Sedan qui, avec la perte de l’Alsace et de la Lorraine, contribua à nourrir la haine de l’Allemagne et à motiver les appels à une guerre de récupération plus de quarante ans après. Napoléon III (1808–1873), qui régna plus longtemps que son oncle, fut le dernier monarque français.
3 Jean Jaurès, pour avoir prédit, annoncé et dénoncé la guerre, fut assassiné le 31 juillet 1914, trois jours avant l’entrée en conflit, par le nationaliste Raoul Villain, lequel fut acquitté en 1919 ! Ce fut là l’un des signes évidents du triomphe du pseudo patriotisme d’après-guerre, en fait du nationalisme hégémonique français.
4 Le traité de Vienne, au terme du Congrès de Vienne de 1814-1815, n’avait pas humilié la France ramenée à ses frontières de 1790. Il permettra le maintien d’une paix précaire pendant plusieurs décennies.
5 Hannah Arendt a analysé les causes des totalitarismes hitlérien ou stalinien. Elle n’a que partiellement été entendue, comprise et approuvée.
6 En 1802, Napoléon réinstalla, de fait, l’esclavage aboli par la Révolution française, notamment à Saint Domingue ( Haïti), et son corps expéditionnaire y connut une défaite cinglante avant la création de la toute première République noire en 1804. Plus de 100 000 hommes perdirent la vie, dans des violences inouïes, au cours de toutes les expéditions, dans l’ensemble des Antilles et en Guyane !
7 Si le terme « colonialisme » apparaît dans les années 1902-1903, bien avant, à la conférence de Berlin, en 1884, les empires coloniaux d’occident avaient reconnu l’occupation des territoires déjà effectuée et entériné le partage de l’Afrique.
8 Albert Camus, éditorial du journal Combat, le 8 août 1945, entre les deux bombardements des 6 et 9 août.
9 Le concept de puissance, a fortiori de grande puissance, implique que certains pays, sur notre territoire planétaire, disposent des outils économiques, militaires et diplomatiques de la domination. Parmi les neufs États dotés de l’arme atomique, la France et la Grande-Bretagne notamment, seuls États européens, s’accrochent au mythe de cette grande puissance qu’elles furent et dont elles s’éloignent peu à peu.
10 L’argument, du reste, ne tient plus, car depuis la chute de l’Union soviétique, il n’y a plus d’« équilibre de la terreur ».

mercredi 30 avril 2014

Qu'est-ce que "faire des économies" ?

Le mensonge sur "la crise" semble s'être imposé à tous !

Il faudrait, pour en venir à bout, "faire des économies" (comprendre : accepter une cure d'austérité).


L'austérité est une violence dès lors qu'elle est imposée. On peut être austère, rigoriste, sobre ou simple pour des raisons strictement personnelles, mais c'est alors tout différent s'il s'agit d'un choix. Les discours qui n'avouent qu'indirectement la décision économique de recours à l'austérité, tout comme ceux qui dénoncent l'austérité sans précision, sont marqués du sceau de l'ambiguïté !

Une société de gâchis, de surconsommation, de gaspillage pourrait réduire ses excès. Oui ! "Faire des économies" signifie, alors, entrer dans une décroissance ciblée pour éviter des dépenses devenues ou étant manifestement inutiles.

Quand on prétend encourager la croissance tout en "faisant des économies", on commet une double erreur : ou bien il faut, pour produire et vendre plus,  fournir davantage de revenus (donc pas d'austérité) ou bien il faut, pour produire de quoi satisfaire strictement tous les besoins, renoncer à l'inutile (donc une forme d'austérité particulière : la sobriété).

Mon choix est fait : je suis contre l'austérité imposée et pour la sobriété. La vie simple n'est pas une douleur ! On peut jouir de la vie sans sombrer dans la consommation. Il est vrai que cela suppose des acceptations fondées sur une conception du monde qui ne soit pas celle du "toujours plus". Rien de dramatique !

Réduire le train de vie de l'État n'est pas d'abord diminuer le nombre des fonctionnaires ! L'État, c'est nous. Réduire les dépenses auxquelles nous incitent les publicités est tout aussi nécessaire et plus encore.

mercredi 16 avril 2014

Ne laissons pas la désespérance s'emparer du monde


Le réel est complexe mais les choix sont simples.

Il n'est rien, absolument rien, de plus utile et urgent que de concevoir et proposer de quoi donner aux humains des raisons de vivre. La haute technologie n'est pas autonome et passe désormais après les orientations et les résolutions philosophiques dont dépend l'avenir de l'humanité.

Car les raisons de la désespérance surabondent mais, parmi elles, vu de France, il en est plusieurs qui sont prioritaires. Exposées, elles apparaissent insurmontables, mais il n'est pas supportable de penser que la fin du monde est venue à nos portes. Prendre en compte la situation des humains à naître oriente nos pensées.

Les menaces sur l'humanité, dans le désordre, - car elles ne se hiérarchisent pas et chacune peut déclencher le pire -, me semblent les suivantes :
• La non prise en considération des génocides du XXe siècle, dont les causes n'ont pas été explorées profondément, et notamment celui du Rwanda, qui affecte toute l'Afrique et nous avec, qu'on commémore, au lieu d'en pourchasser l'origine historique, politique, intellectuelle et « religieuse ».
• Le rôle prédominant des USA qui n'ont cessé, au nom de la lutte contre le terrorisme, de s'écarter de leurs propres principes, qui ont organisé une guerre secrète qui s'est étalée sur toute l'étendue du globe, qui a restauré le droit à la torture, et qui a justifié l'usage de moyens nouveaux de tuer (dont les drones qui banalisent la mort à distance et ne distinguent pas les innocents des supposés criminels).
• L'augmentation épouvantable des budgets d'armement qui permettent à des entreprises privées et d'état de faire d'immenses profits rendant inévitable la multiplication des conflits locaux, régionaux et internationaux.
• Le refus obstiné de tirer les enseignements économiques, agronomiques et politiques du réchauffement climatique, lequel se produit, s'aggrave et va vite, à présent, bouleverser la vie des peuples.
• La lente imprégnation des esprits, les médias aidant, qui aboutit à l'acceptation comme inévitable de sociétés où triomphent les riches et où le partage est relégué au rang de valeur appartenant au passé.
• L'entêtement historique de savants et de politiques qui persistent à vouloir maintenir et développer l'industrie nucléaire civile et militaire en dépit des enseignements (non retenus) des catastrophes survenues entre 1945 et 2011.
• La perversion des systèmes politiques se réclamant de la démocratie et qui ont confisqué, détourné, défiguré, travesti, (jusqu'à dénaturer, par de subtils modes de scrutin, les élections elles-mêmes), ce qu'elle recelait d'historique : le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes loin de toute forme de monocratie.
• le blocage de tous les acquis culturels de la pensée et de l'art humains, (un trésor laissé enfermé dans les bibliothèques et les musées), qui sont niés, oubliés, ridiculisés, au profit d'une gestion comptable et économiste des organisations communes, brisant ainsi les espoirs des humbles.
• L'absence des débats essentiels relatifs la démographie et au vieillissement, pesant sur la fin du siècle engagé.
• La course en avant, appelée croissance, qui laisse entendre que les limites planétaires n'existent pas et qui conduit à l'épuisement des ressources ainsi qu'à la saturation des économies développées.
• Le maintien d'une conception du travail strictement lié à l'emploi lequel ne peut plus, pourtant, que reculer, dès lors que produire plus est possible avec une main d'œuvre de plus en plus réduite.
• L'incapacité de penser et donc de distribuer des revenus qui ne dépendent plus du salaire.

Décrire, à grands traits, ces causes de la désespérance, mais aussi de la colère des peuples du monde, fournit aussi la liste des chantiers sur lesquels les citoyens de toutes les nations, (et plus État par État), ont à travailler, de toute urgence, sans volonté de pouvoir sur autrui mais seulement sur la réalité de nos vies.

Il n'y a du reste pas le choix : entre le renoncement définitif à tout engagement dans l'ouverture d'une autre « voie » (qui n'est plus alors qu'attente de la mort) et la participation à la découverte d'un futur qui sera très éloigné que ce que contiennent les temps présents (et qui oblige à des ruptures avec les idéologies d'un passé persistant mais déjà ruiné), il faut vivre, écrire, parler, prendre les risques de l'erreur et aimer le vivant dont nous faisons partie.


mardi 8 avril 2014

8 avril 2014 : journée mondiale de défense des droits des Rroms






Les informations du jour, fournies sur internet, en cette journée commémorative annuelle, portent souvent sur les violences et discriminations faites aux Rroms. Elles disent peu de chose sur la culture et de la place de ce peuple en Europe. Loin de n'être que la Journée internationale des Rroms, ce 8 avril 2014 devient, alors, la journée mondiale de défense des droits des Rroms.

Selon Amnesty International :
« Les États européens ne font pas barrage à la discrimination, à l'intimidation et aux violences envers les Roms, et parfois même les favorisent », déclare Amnesty International1 à l'occasion de cette Journée internationale des Roms, le 8 avril 2014.

Le rapport d'Amnesty International, intitulé "We ask for justice": Europe's failure to protect Roma from racist violence, insiste sur les actes de violence et de harcèlement infligés aux Roms par des représentants de l'État et de simples citoyens en République tchèque, en France et en Grèce, illustrant les préoccupa
tions de l'organisation dans toute l'Europe.

Selon Les Enfants du Canal :
L'enquête réalisée par l'association Les Enfants du Canal qui est rendue publique, ce 8 avril, , révèle que les Roms veulent travailler. Est-ce bien une révélation ? Selon les résultats, sur les 119 personnes interrogées et vivant dans sept bidonvilles d'Ile-de-France (Bobigny, Champs-sur-Marne, Ivry, Grigny, Paris et Saint-Denis), 95 % des Roms souhaitent occuper un emploi salarié et 82 % souhaitent s'installer définitivement en France2.

Lancé en novembre dernier par l'association Les Enfants du Canal, le programme Romcivic, qui permet à 24 jeunes Roms, pour la plupart vivant dans des campements en Ile-de-France, d'effectuer un service civique, a été présenté le 18 février dernier, à Paris, en présence de trois ministres ( Cécile Duflot , Marie-Arlette Carlotti et Valérie Fourneyron, depuis sorties du gouvernement ).

Selon la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et l'European Roma Rights Center (ERRC) :
Près de 3 000 Roms ont été évacués de force, en France, au premier trimestre 2014, un chiffre comparable à celui de 2013, selon un décompte publié lundi à la veille de la journée internationale des Roms. Du 1er janvier au 31 mars, les autorités ont démantelé 27 bidonvilles, ce qui a forcé 2.904 personnes à quitter leur lieux de vie3.



Selon l'hebdomadaire Le Point :
Le nouveau Premier ministre, Manuel Valls, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, a toujours défendu les démantèlements de campements roms, au motif que, selon lui, « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie4. Moins de 17 000 Roms vivent dans environ 400 campements illicites, selon des statistiques officielles. Le nombre annuel de personnes déplacées est supérieur, car de nombreux Roms ont été déplacés à plusieurs reprises au cours de 2013, quand d'autres ont échappé aux démantèlements5.

Et c'est à peu près tout...

Pénible coïncidence : le nouveau Premier ministre se présente devant le Parlement et lui demande sa confiance, en ce jour anniversaire d'un peuple actuellement maltraité en France ! On ne peut guère espérer de changement de comportement de la part du Gouvernement ou, plutôt, on doit s'attendre à une aggravation du sort des familles rroms, avec l'appui d'un nombre croissant de maires qui leur sont hostiles. Cette situation est révélatrice, d'une part, d'un glissement général vers le nationalisme et la xénophobie, et d'autre part, vers une complicité des politiciens, de droite comme de gauche, qui se refusent à accepter la présence, sur notre sol, de 20 000 européens qui ont le droit d'y vivre. Ce droit est-il strictement européen ? Alors, nous dit-on, il faut lui désobéir et condamner ce laxisme européen, voire même sortir de cette Union qui impose des directives inacceptables ! Les Rroms serviront, à n'en pas douter, pendant la campagne électorale toute proche, de boucs émissaires permettant aux europhobes de se trouver un argument supplémentaire en proclamant leur hostilité à un peuple européen, afin de rentrer en masse au... parlement européen !

Les Rroms sont ainsi devenus, à leur insu, la pierre de touche du respect des Droits de l'homme, de la pratique de la démocratie et d'une conception de l'Europe politique que l'Union européenne ne suffit plus à définir. C'est le sens profond de cette journée internationale des Rroms, évidemment très peu commémorée et qu'il convient de considérer comme la journée mondiale de défense des droits des Rroms, indissociable de l'ensemble des droits de l'homme, partout proclamés et toujours bafoués.


1 http://www.amnesty.ch/fr/themes/racisme-et-discrimination/docs/2014/les-roms-deurope-en-butte-aux-violences
2 http://www.metronews.fr/paris/95-des-roms-d-ile-de-france-veulent-un-emploi-salarie/mndg!ZP15KJ7MFXf62/
3 http://www.20minutes.fr/societe/1345081-pres-de-3-000-roms-expulses-de-leur-bidonville-au-premier-trimestre
4 http://www.lepoint.fr/societe/valls-nous-ne-resoudrons-pas-le-probleme-des-roms-par-l-insertion-24-09-2013-1734440_23.php
5 http://www.lepoint.fr/societe/environ-3-000-roms-expulses-de-leur-bidonville-depuis-le-debut-de-l-annee-07-04-2014-1809929_23.php

dimanche 6 avril 2014

Pierre Rhabi et la décroissance.

 Photo le Midi Libre

Pierre Rhabi est un philosophe mais il n'est pas un doctrinaire. C'est un praticien. Depuis sa ferme de Monchamp, il incarne ce qu'il pense dans et sur un territoire rocailleux depuis bientôt cinquante ans. L'agroécologie qu'il préconise, il la met en action. Il est radicalement « non-capitaliste ». L'avidité et l'insatiabilité lui semblent des travers dont souffre l'humanité tout entière. « Toujours plus ne génère pas de la joie » dit-il.

La décroissance dont parle Rhabi n'a rien de subversif, c'est une lucidité. La planète est limitée et le « système duel » (repus/affamés) est une guerre économique qui ne peut déboucher que sur la guerre tout court. Ce qui est subversif, ce n'est pas l'intention des écoagriculteurs, c'est la réalité qui, peu à peu, lentement, irréversiblement, bouleverse les affirmations péremptoires des maîtres du pouvoir, un pouvoir qui ne mord plus sur le quotidien des peuples.

On a toujours présenté la révolution comme une contestation violente et comme un renversement des gouvernements par la force. Pierre Rhabi ne se situe pas parmi les tenants de cette révolution-là qui connaît soit l'échec de ses moyens, soit, pire, l'échec de ses objectifs quand celui qui renverse les tyrans devient un tyran. « La colère ne doit pas blesser les autres » affirme encore Pierre Rhabi. La prise de conscience de notre inconscience est seule à même de retourner la logique qui nous détruit.

La conquête est illusoire. Se penser humain n'est pas s'investir dans un territoire à dominer, à occuper et à défendre. La concentration des avoirs entre les mains de 1300 milliardaires engendre le malheur. Comme depuis des siècles et des siècles, l'injustice produit des conflits meurtriers, de plus en plus meurtriers. C'est pourquoi l'écologie mise en œuvre tout de suite, sans attendre l'autorisation de quiconque est la seule voie de changement ouverte.

Au primat absolu de l'économie, Pierre Rhabi oppose le réalisme de la bio-économie et se réfère à Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) qui n'a cessé d'annoncer que la croissance indéfinie et sans contenu ne conduisait qu'à des excès temporaires, ravageurs à échelle historique. Cette évidence que de nombreux penseurs ont décrite dans de multiples livres est rejetée par la plupart des politiques comme un rejet du progrès humain.

Les techniques n'ont pas d'autonomie de développement. Elles sont voulues et déployées par des cerveaux humains. Les technologies mises au service du vivre ensemble sur une même terre peuvent s'avérer positives ou pas. Pierre Rhabi propose « une posture », un art de vivre, une vigilance éthique (« on peut faire manger bio et exploiter son prochain » dit-il). Son approche du monde sans compétitivité mais avec créativité est sans agressivité mais exige une coopération permanente à laquelle nous ne sommes pas éduqués.

C'est une manière de révolution culturelle non violente à laquelle nous sommes invités par tous les « colibris » du monde, à l'instar de ces oiseaux si nombreux, si petits, si actifs, si présents et si efficaces. Plus encore que la lutte des classes qui oppose victimes et exploiteurs, le recours immédiat à des moyens adaptés aux fins auxquelles aspirent les humains peut inverser la logique mortelle à laquelle nous souscrivons à regret mais par résignation.

Pierre Rhabi est un utopiste concret.

vendredi 28 mars 2014

Désespérant et prometteur !

Il y a peu d'envie d'écrire quand le paysage s'assombrit au point qu'on ne sait plus où diriger ses pas et sa pensée. Et voici que les élections municipales apportent de quoi se repérer...

L'abstention est massive au point qu'on ne peut plus cacher qu'une abstention peut être politique... Voilà la première nouvelle intéressante. Quand il n'y a pas de choix on ne choisit pas. Entre la droite ultra libérale et la gauche droitière, l'écart est si mince qu'on peut les confondre. Il n'y a plus alors motif à les séparer. On s'abstient d'entrer dans ce jeu truqué. La démocratie, contre toute attente, y gagne !

La bipolarisation est mise à mal. Le vote Front National prend une ampleur qu'amplifie l'abstention. Les pourcentages qu'il obtient croissent sans que le nombre de votants soit considérable. Au reste, toutes les organisations politiques obtiennent des scores faibles, sauf exception ici ou là. Entre la droite extrême, la droite dure et la droite dite de gauche, un tripode a été posé sur la terre de France. Les professionnels de la politique politicienne s'y sont assis. Les trois pôles n'en font qu'un qui constitue l'obstacle à toute velléité de voir les citoyens prendre eux-mêmes leur sort en main. On assiste à un "démocracide", (pardon pour ce néologisme), dont il faut prendre la mesure pour l'interdire.

Il n'y a pas d'alternative de gauche. Le repli national est dû à la globalisation de l'économie voulue ou acceptée par les ultra libéraux et les démocrates libéraux, qui dominent au sein de l'UMP et du PS. La gauche est morte, vive la gauche mais une gauche qui doit changer et de nom et de contenu. Cessons de parler de gauche pour parler du PS. Le Conseil constitutionnel vient de fonder l'un de ses arrêts sur le caractère intangible de la liberté d'entreprise et le droit de propriété. Autrement dit, le Droit est à droite : on ne peut ni limiter l'exploitation des richesses et des hommes, ni ouvrir des espaces communs qui n'auraient pas leur propriétaire. C'est le triomphe absolu du capitalisme financier.

Au moins on y voit clair : un nouveau partage politique s'effectue où les partis n'ont d'autre place que celle de valets efficaces des riches et des possédants qui détiennent le pouvoir réel. Un recul de plus d'un siècle est en cours. Les productivistes qui cherchaient, et cherchent encore, à agrandir le gâteau, pour que les miettes et les petites parts laissées aux pauvres augmentent, sont en train de perdre la partie, mais ils l'ignorent ou ne veulent pas le savoir. Les convives sont trop nombreux et un autre partage commence à s'imposer. Il n'est d'avenir envisageable que si l'on répartit sans gâcher et si l'on accepte les limites du monde. Qui s'y refuse régresse. Des citoyens de plus en plus nombreux l'ont compris ou comprennent déjà qu'il faut échapper au système économico-politicien, coûte que coûte.

Les élections municipales le confirment. Ce ne sera pas un "retour de la droite" et une implantation de l'extrême droite qu'elles révèleront d'abord - quoi qu'en diront les médias ! -, mais bien le désaveu de ceux qui font semblant de s'opposer et veulent, ensemble, "une croissance forte seule productrice d'emplois" qui n'est plus possible dans une Europe saturée. Le relatif succès des écologistes, de certains communistes et de quelques acteurs du parti "de gauche", s'additionnant aux très nombreux abstentionnistes ayant fait "la grêve des urnes", donne une indication importante : l'autre politique qui se cherche depuis des années est engagée. Les élections européennes continueront à éclairer le paysage. Nous venons d'entrer dans un autre temps qui contient une menace et un espoir. Ce n'est pas le moment de baisser les bras !


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