jeudi 24 mars 2016

Du terrorisme et des terroristes


« Une organisation terroriste est une organisation dont l'objectif ou le moyen d'action principal, revendiqué et assumé comme tel, est le meurtre de civils innocents. »1

« Un État est une communauté humaine qui revendique
le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné. »2

On ne naît pas terroriste.
On n’est pas terroriste par essence !
On le devient.

Le terrorisme ne se résume pas à l’usage de la violence.
Il se présente comme un droit à tuer. Y compris des civils.
Avec des motivations très diverses, politiques, religieuses ou racistes.

Le terrorisme implique des individus, mais pas seulement.
Les États terroristes existent depuis toujours.
Et le meurtre ou la torture de masse sont pires que les assassinats individuels.

Tout pouvoir assis sur la force est en peu ou prou terroriste.
Chaque État qui dispose du « monopole de la violence légitime » devient terroriste.
De nos jours, la puissance et la sophistication des armes engendrent et augmentent le terrorisme.

On est toujours le terroriste de quelqu’un.
De Gaulle fut déclaré terroriste et déchu de sa nationalité
Yasser Arafat, aux yeux des Israéliens, fut un terroriste.

Ben Gourion fut considéré comme terroriste par la Grande-Bretagne.
Le terrorisme juif a précédé et suivi l’annexion de la Palestine par Israël.
Et depuis 1948, terrorisme et contre-terrorisme n'ont pas cessé de s'opposer.

De même, Nelson Mandela fut-il condamné comme terroriste.
L’ancien président sud-africain, resta même, jusqu’en 2008,
présent sur la liste noire américaine du terrorisme.

Tout combattant qui se dresse contre un État est réputé terroriste.
Les résistants luttant les armes à la main contre les nazis, de 1940 à 1945,
Furent qualifiés de terroristes, jugés et exécutés comme tels.

Les États totalitaires n’ont pas été tous immédiatement qualifiés de terroristes.
Le 3e Reich allemand, l’URSS stalinienne, La Chine de Mao Tse Tung, entre autres,
finirent pourtant par l'être car le meurtre de masse leur fut un outil politique !

Tous les génocides survenus au XXe siècle furent, par nature, terroristes.
La Shoah, l’extermination des Juifs et Tsiganes, ne fut pas le seul génocide nié ou oublié.
Partout, on a voulu, organisé et perpétré l’éradication totale de peuples entiers.

En Turquie, au Cambodge, au Rwanda, au Timor-Oriental, en Australie, au Congo,
à Madagascar, en Ukraine, en Chine, en Australie, aux États-Unis dès le XIXe siècle...,
Les armées officielles ont beaucoup plus assassiné « légalement » que les bandes de brigands !

Les massacres indonésiens, le génocide arménien de 1915, l’élimination des Aborigènes d’Australie, 
le colonialisme belge ultra violent au Congo, les Malgaches tués en en 1947,
et bien d’autres crimes d’État furent tous décidés pour soumettre des populations par la terreur.

Ce rappel historique ne minimise en rien les horribles attentats commis en France et en Belgique 5201.
Sans effectuer de comptabilités morbides, il faut admettre, cependant,
que les guerres proche-orientales ont, depuis 2002 bien davantage tué que tous les terrorismes.

Pour éliminer le terrorisme, il faut en supprimer les causes.
Le salafisme, cette religion dévoyée, n’est pas seul responsable.
Les États d’occident, prédateurs et dominateurs, ont, par leurs excès, motivé aussi les assassins.

Car nous nous interrogeons trop peu sur les raisons qui ont conduit
des Français ou ds Belges, jeunes, à sombrer dans le fanatisme et le crime.
Reconnaissons que nous n’avons pas encore « purgé » notre passé colonial aux effets restés dévastateurs !

Vaine querelle, ainsi, à propos de la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie :
La date du 19 mars rappelle la fin de l’empire colonial français.
Cela suffit à faire ressurgir les rancœurs et les haines chez certains de nos compatriotes.

Ceux qui voulaient l’Algérie française n’ont jamais admis que la France
soit devenue en partie algérienne ou marocaine ou tunisienne…, voire malienne !
Et moins encore musulmane.

Là se trouve, pourtant la clef explicative des erreurs et des folies
de ceux qui, à l’abandon, souvent sans avenir professionnel,
ont cherché en vain un sens à un engagement en Syrie, quitte à se « radicaliser » comme on dit…

Qu’avons-nous fait, pour accueillir, non pour intégrer (cela ne se fait qu’avec le temps),
les enfants et les petits enfants de ceux que nous sommes allés chercher et avons employés, hier ?
Le racisme et le mépris ont laissé trop de traces dans nos mœurs et créé des ghettos.

Le terrorisme n’est pas seulement la conséquence d’un fanatisme.
Ce n’est pas non plus seulement la rage de ceux qui se constatent sans avenir.
C’est aussi l’une des manifestations épouvantables de conflits internationaux sans solution.

Surveillance, renseignement, police et armée ne suffiront jamais à installer la paix.
Il faut donner leur citoyenneté à ceux qui n’en ont pas, plus, ou pas assez.
Bref, il s’agit de rendre aux Français non encore acceptés comme tels, toute leur place.

La France n’y est pas prête.
Elle est atteinte du virus nationaliste et identitariste.
Pourtant, lutter contre le terrorisme commence en France.

Pas en Syrie, en Lybie, au Mali, en Centrafrique, ou ailleurs.
On n’écrasera pas le terrorisme sous des bombes elles-mêmes terroristes.
Finissons en avec la Françafrique politique et économique qui nous fait tant haïr.

1 Selon Nicolas Tavaglione, philosophe, professeur de science politique à l’Université de Genève.
2 Max Weber, Le savant et le politique, 1919, rédité en 2002 chez 10/18

lundi 15 février 2016

L'écologie n'est pas socialo-compatible.


Trois nouveaux ministres se réclamant de l'écologie viennent de la trahir !
Se fourvoyer au sein d'un gouvernement social-libéral était et reste suicidaire.
Ceux qui s'y étaient essayé, dans le gouvernement Ayrault, ont déchanté.
Ceux qui viennent d'entrer dans un exécutif Vals, en fin de parcours, ne pèseront pas et se sont déconsidérés.

EELV a cessé d'être l'outil pouvant faire progresser l'écologie politique.
Mais, depuis qu'est né le mouvement écologiste, ne savait-on pas déjà qu'un parti ne peut jouer ce rôle ?
C'est, aujourd'hui, dit Noël Mamère, une formation « en soins palliatifs ».
Autrement dit, c'est un instrument usé, obsolète, mort.

Sera-ce la chance de l'écologie de devoir se refonder en actes et en idées ?
D'André Gorz à Nicolas Hulot, puis à Pierre Rhabi, on sait dans quelle direction aller
Fondateur des Verts, René Dumont, se disait « à la gauche de la gauche », radicalement anti-capitaliste.
Sans un retour aux sources, l'écologie n'aurait plus aucune expression spécifique et autonome.

La radicalité n'est pas l'extrêmisme. L'écologie est radicale ; elle n'est pas dans l'excès.
La gauche, dans toutes ses composantes, est à repenser quitte à changer de nom.
L'écologie en est désormais le cœur.
Car, par-dessus tout, il y a incompatibilité entre l'écologie et l'économie libérale.

Le pouvoir ne se prend plus par les urnes ni d'ailleurs par les armes.
Il se prend par la vie, par l'échange et le débat qui construit l'opinion.
Ainsi le veut l'écologie : la politique a changé d'âme et les schémas classiques sont dévalués.
L'opposition public-privé, par exemple, ne recouvre plus totalement le conflit droite-gauche.

L'État n'est pas tout le public et l'en commun déborde l'initiative privée ou l'entreprise.
L'écologie a rejoint les coopératives, les mutuelles, les associations « à but non lucratif », toutes à revitaliser.
La privatisation, qui en est le contraire, est même voulue et organisée par les gouvernements !
L'abandon par la social-démocratie de ces outils anticapitalistes a engendré une rupture.

La fin des privilèges, proclamée pendant la nuit du 4 août1789, n'est plus garantie par l'État.
L'intérêt général, né au XVIIIe siècle, avec Rousseau, n'est plus assuré par « les pouvoirs publics »
La chose publique, la res-publicae, la République elle-même, ne s'appuie plus guère sur les services publics.
L'écologie n'est concevable que dans une société qui se libère du pouvoir de la finance

L'écologie est, dès lors, la remise à l'endroit de l'économie : la bonne gestion de « la maison commune ».
Elle privilégie le travail face au capital.
Car le travail est beaucoup plus que l'emploi qui ne cesse de régresser en temps et en effectifs.
Le temps de la croissance est révolu.

Les citoyens ont à prendre leur vie en main et s'ils le veulent ils ont à en prendre les moyens
Ils n'ont plus à être gouvernés mais à se gouverner.
L'utopie écologique a cessé d'en être une.
C'est de croire en la perpétuation d'un modèle économique dépassé qui est utopique car non pérenne.

La révolution n'est plus une bataille pour la conquête violente du pouvoir !
C'est un renversement idéologique.
Il accompagne une mutation irréversible qui se produit lentement.
Les tenants de l'écologie ont d'abord à expliquer, à accompagner et à organiser cette mutation.

Vouloir « avoir des places et des postes » pour pouvoir agir écologiquement sur le réel est vain et stupide.
C'est une trahison parce que c'est tourner le dos à l'avenir qu'on ne peut plus envisager différent.
C'est penser la politique comme on la pensait au siècle dernier et même avant.
C'est penser trop court et conduit à faire des compromis qui sont des compromissions.

Laissons mourir un petit parti écologique inefficace mais faisons vivre l'écologie.
Laissons le social-libéralisme lui-même se détruire dans l'État et les partis qui le soutiennent actuellement.
N'accompagnons pas une fin de règne programmée : l'écologie à tout à y perdre.
Dépassons les logiques électorales qui nous piègent et qui ramèneront la droite extrême aux affaires.

Programmons, au contraire, notre mise en perspective politique :
Sortons des institutions monarchiques qui permettent l'autoritarisme totalitaire.
Opposons-nous à la démocratie inégalitaire qui n'a plus rien de démocratique.
Libérons la politique de la domination économiste.

Nous devons penser la France dans le monde au lieu de mondialiser la France !
Abandonnons ce qui nous ruine à commencer par les nucléaires.
Formons tous les citoyens en permanence plutôt que de sombrer dans l'élitisme.
Donnons à chaque humain assez pour vivre en partageant entre tous nos richesses.

Ne nous contentons pas de respecter la nature, mais remettons-y l'homme à sa place.
Vivons dans cette « Maison commune » ou Gaïa, la Terre-mère, sans en épuiser les ressouces.
Opposons-nous aux puissances qui veulent, indûment, dominer la planète et l'exploiter.
Préparons les générations nouvelles à cet autre monde qui vient.

La « trahison des clercs » (des intellectuels, des chercheurs, des universitaires) est la plus grave.
On oubliera vite les Placé, Pompili et autre Cosse.
Ils se sont trahis eux-mêmes et ont perdu ainsi, hélas, leur droit à la considération.
La pire trahison aura été, de fait, le renoncement à l'écologie politique elle-même.

Car Vals, Hollande et nombre de ministricules sont hostiles à toute écologie.
Ils sont infréquentables, ils ont été les premiers à se trahir et il n'y a rien à attendre d'eux.
L'abstention massive, la montée du FN, la banalisation de l'idéologie libérale l'ont déjà démontré.
Le désespoir des sans emplois, l'égoïsme d'État qui fustige les réfugiés le prouvent tout autant...

La déchéance de la nationalité n'est pas à installer dans la constitution : elle est déjà dans toute la société !
Il y a inégalité entre les citoyens, on a séparé les bons et les mauvais et fondé l'ordre sur la répression.
Là n'est pas la Cité réelle, c'est devenu un corps social brutal, sans vitalité, sans projet commun.
Mais la trahison des trahisons, c'est d'avoir installé la réussite dans le culte de l'argent.

Ceux qui tolèrent cette médiocrité politique, cette absence de créativité, génèrent la violence.
On déplore, on dénonce, on prétend combattre le terrorisme, mais sans savoir l'expliquer.
On ne vient pas à bout du fanatisme par des discours et des bombes.
Il faut en éradiquer les causes idéologiques, ce qu'on ne fait pas ou que l'on fait mal.

L'écologie politique c'est l'art du vivre sur Terre, ensemble, avec tout le vivant.
Notre civilisation ne se fonde pas encore sur cette proximité de l'animal, du végétal et du minéral.
Elle ne sait la regarder, l'entendre, l'aimer et elle lui préfére la concurrence et la rivalité.
Toutes les trahisons, petites et grandes, se rejoignent dans cette trahison de notre espèce.

De siècle en siècle, se sont élargis les domaines de la violence.
Nous avons progressivement éteint les lumières de l'espérance.
Il nous est offert de survivre en attendant la mort : ultime trahison.
La seule politique qui vaille est celle qui donne envie de vivre, d'agir et qui ouvre des futurs heureux.

Ce sont l'écologie et pas l'écologisme, les écologues et pas les écologistes qui fondent la politique.
L'écologue n'est pas qu'un scientifique, c'est un bâtisseur de projets à venir.
« Il n'est plus, désormais, de politique, d'organisation du vivre ensemble sur Terre, qu'écologique ».
Cette phrase, écrite le 5 décembre 2015, je la maintiens et la re-signe.



mercredi 10 février 2016

Les réfugiés privés de refuges

Chaque jour nous apprenons de nouveaux drames : la Méditerranée est devenue le cimetière des "malchanceux" que la tempête ou les criminels ont envoyé par le fond.

La solidarité des humains n'est, pour une partie des opinions publiques, qu'une tentation laxiste à laquelle il faudrait savoir s'opposer pour protéger les populations européennes de l'envahissement des misérables et de l'intrusion des extrémistes musulmans qui se mêleraient à eux !

C'est une erreur stupide et un faute lourde que de refuser d'accueillir les réfugiés qui fuient, avec leurs enfants, en famille, la mort, la misère et la famine. On n'arrêtera pas, du reste, le flux des exilés qui préfèrent affronter les risques de la mort par naufrage plutôt que de continuer à subir, dans leur propre pays, des violences inouïes et sans fin. Nous ne pouvons, notamment en France, continuer à  renier nos valeurs en abandonnant dans le froid, la boue et la peur les personnes qui stagnent à Calais et Grande-Synthe, dans le Nord de la France, bloqués face au Royaume-Uni.

Nous allons payer très cher cette inhumanité qui, dans toute l'Europe, conduit à tenter d'interdire l'accès à nos pays soit disant démocratiques. Les contradictions et les incohérences ont commencé, d'ailleurs, à nous mettre en porte à faux ! Contradiction, en effet, que de continuer à nous réclamer des Droits de l'homme tout en écartant toute recherche d'une concertation en vue d'une répartition de l'effort, assurément considérable, qu'ont à effectuer les peuples qui voient arriver des centaines de milliers de réfugiés, nullement migrants et qui n'espèrent plus qu'en nous. Incohérence, plus encore, que de vouloir fermer, en vain, nos frontières. Nous ne pouvons ni arrêter ni supprimer les arrivants qui ont tout quitté et n'envisageraient de repartir que si disparaissaient les causes multiples et profondes de leur fuite vers l'inconnu !

Mais il est d'autres contradictions et d'autres incohérences encore. Nous avons oublié l'exode tragique des Français, en 1940. Nous avons oublié que des millions et des millions d'Allemands et d'Allemandes ont été réfugié(e)s, maltraité(e)s, violé(e)s, en 1945. Nous oublions que des millions de Syriens ont déjà fui au Liban, en Jordanie et en Turquie. Nous oublions que les Irakiens, les Afghans, les Érythréens qui, en plus des Syriens, tentent de trouver un avenir en Europe, sont les victimes de guerres qui ont été déclenchées souvent par des Occidentaux, et notamment par les USA. Nous oublions que les arrivants, désespérés s'ils sont massivement repoussés, ne pourraient, un jour, que se retourner contre nous. Nous oublions que, sauf à éliminer physiquement tous les réfugiés, (perspective qui n'est envisageable que par des néo-nazis !), ces autres humains finiront, avec le temps, à partager nos vies. Nous oublions, en bref, que l'Europe comme les Amériques ont été, sont et demeureront (ce qui fait leur force) des terres d'immigration.

Les insensés et les fanatiques qui ne veulent "aucun migrant chez nous" iraient-ils jusqu'au bout de leur irascibilité en faisant appel à l'armée, non seulement pour canonner les bateaux des passeurs mais pour mitrailler les foules qui franchissent nos frontières sans droit ni titre ?

L'hebdomadaire le 1, daté du 10 février 2016, sous la plume de Laurent Godé qui écrit Ci-git la France, dénonce cet égoïsme tragique qui ne peut conduire qu'à des flambées de racisme meurtrières et inefficaces s'il s'agit d'éviter l'entrée de nouveaux arrivants en Europe. Quand on a connu les atrocités de l'armée de Bachar el Assad, les épouvantes liées aux crimes multiples du pseudo "état islamique", sans oublier les massacres perpétrés par les avions russes, on ne craint plus les brutalités, ni même les risques de pogroms que les nationalistes de toutes sortes n'hésitent pas à envisager voire à réaliser, soit disant au nom de notre culture judéo-chrétienne, contre toute évidence si l'on entend la parole du Pape François (2) !

Quand la mer use de toute son énergie, on ne l'arrête pas, même avec des digues. "L'hospitalité n'est pas un devoir, c'est un droit" s'exclamait, le 17 septembre 2015, l'historien Patrick Boucheron, nouveau membre du Collège de France (1). Quiconque apparaît sur Terre a droit à la sollicitude de tous les autres êtres humains. C'est, sinon, la fin de la civilisation ! Des philosophes des Lumières jusqu'au Pape François, venu à Lampedusa, une seule exigence s'est exprimée : la solidarité et la fraternité entre tous les habitants de "la Maison commune" est notre unique horizon. Y renoncer serait détruire en nous notre humanité même !

Rien n'arrêtera les réfugiés car ils n'ont d'autre choix qu'entre le maigre espoir de trouver un avenir (en partant) ou l'absence totale d'espoir (s'ils demeurent là où les moyens élémentaires de vivre ont disparu). Selon le HCR (l'Agence des Nations unies pour les Réfugiés), 60 millions de "Sans-terre", un humain sur 122, ont dû quitter leur pays d'origine. C'est énorme et ce n'est rien ! Ce n'est pas une question de nombre ! Qu'est-ce qu'un à deux millions de nouveaux venus dans une Europe de plus de 500 millions d'habitants ?

Angela Merkel, le véritable "homme politique" en Europe, a su dire que son pays ne fuirait pas ses responsabilités, en dépit des difficultés qui s'accumulent et perdureront. Serait-elle la seule à être consciente de l'avenir et des valeurs sur lesquelles se bâtit toute démocratie ? Elle résiste, de son mieux, aux oppositions que rencontre sa politique d'accueil, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Allemagne ! Elle mérite notre soutien.

Priver les réfugiés de refuges serait ruiner le crédit moral et l'avenir politique de l'Europe tout entière. Nous ne tarderons pas à le constater. Il faudra bien, alors, nous aussi, faire face à nos responsabilités. L'Allemagne a besoin de la France qui ne saurait, plus longtemps, demeurer inhospitalière.

(1) Interview recueilli par le quotidien La Croix.
(2) Pape François. Où est ton frère ? Paroles sur les migrants et les réfugiés. Bayard, 2015.


samedi 23 janvier 2016

Que répondre au terrorisme ?

Le terrorisme n'est pas une réalité seulement contemporaine.
Il a toujours accompagné les pouvoirs totalitaires.
C'est aussi l'un des outils de ceux qui sont prêts à tout pour conquérir le pouvoir.

Aujourd'hui le terrorisme des"fous de Dieu" nous posent des questions nouvelles.
Plutôt mourir en se suicidant plutôt que de ne pas réussir à tuer !
Peu importe qui l'on tue s'il vit dans une société qu'on condamne !

Bref ceux qui sèment la terreur changent notre rapport à la mort.
Elle peut surgir de partout ; on ne la voit pas venir ; elle est aveugle.
Nous ne lui connaissons pas de justification ; elle donnée par des fanatisés.

Changer notre mode de vie pour nous protéger serait déjà une victoire pour les tueurs.
Réussir à nous faire vivre dans la peur permet de nous manipuler.
Les militaires et policiers surarmés qui nous côtoient ne nous rassurent guère.

Et puis, il faut voir plus loin que notre territoire, même si cela nous choque.
Daech ou Al Qaïda tuent moins que nos drones et nos avions en Syrie ou ailleurs.
Chaque victime "collatérale" est mise au débit des États d'occident.

De nombreuses morts en Afghanistan, Irak, Syrie, Lybie, Mali nous sont imputées.
Se "mondialisent" les attentats en Tunisie, en Égypte, au Mali, au Burkina, en Asie aussi !
La fuite des réfugiés vers l'Europe trouve là, avec la misère, sa cause principale.

Nous n'éliminerons pas la violence par une guerre qui ne peut se gagner pas par les armes.
Il faut comprendre : pourquoi cette haine aveugle contre les démocraties ?
Pourquoi les assassins se sont-ils réchauffés dans le sein de la France ou de la Belgique ?

Oui la terreur permet de nous faire tout accepter y compris la limitation des libertés !
Nous ne pouvons vivre durablement, sainement, dans un État d'urgence !
La Constitution n'est pas faite pour justifier un régime d'exception même temporaire.

Le plan Vigie-pirate, né en 1991, renforcé en 1995, fut actualisé entre 2000 et 2006.
Ne sortirons-nous donc jamais de ces protections qui ne protègent plus ?
De nombreux pays ne vivent pas sous cette épée de Damoclès. Pourquoi nous ?

La "déchéance de nationalité" créerait deux types de Français : les bons et les suspects.
Il ne s'agit pas de chasser mais de punir les Français qui se retournent contre leur pays.
Mais la nationalité, une fois acquise, ne se perd jamais.

En 1944, les collaborateurs ont été déclarés indignes mais n'ont pas été déchus !
Ces jeunes intolérants, dangereux, pourquoi sont-ils perméables aux conditionnements,
Pourquoi sont-ils partis pour soutenir les Syriens et revenus pour se venger de nous ?

Oui, si les tueurs nous entrainent vers cette angoisse permanente, ils ont déjà gagné.
Quelle raison de vivre, pour nous, si nous vivons sous des menaces permanentes ?
Ne laissons pas détruire nos espoirs : La seule "guerre sainte" est celle que la fraternité.


lundi 18 janvier 2016

La laïcité n'est pas ce qu'on en dit.



Des affirmations pour relancer un débat qui ne peut avoir de fin

La laïcité n'est pas la liberté de religion.
C'est la liberté de conscience.

La laïcité n'est pas la neutralité.
C'est l'impartialité.

La laïcité n'est pas le respect de ce que pense autrui.
C'est le respect de celui qui pense ce que je ne pense pas.

La laïcité n'est pas la tolérance à l'égard des idées.
C'est la tolérance à l'égard des personnes.

La laïcité n'est pas « la libre pensée ».
C'est la pensée libre.

La laïcité n'est pas le rejet du religieux.
C'est le renoncement au cléricalisme.

La laïcité n'est pas la promotion du « laïque ».
C'est le pouvoir laissé au « laïc » et non au clerc.

La laïcité n'est pas un contre dogme.
C'est l'indifférence par rapport aux dogmes.

La laïcité n'est pas un élément de la devise républicaine.
C'est le contenu même de la fraternité mise en actes citoyens.

La laïcité n'est pas le désintérêt par rapport aux cultes.
C'est la garantie du libre exercice de tous les cultes.

La laïcité n'est pas que la liberté de choix d'une religion.
C'est la liberté de croire ou de ne pas croire et de changer, ou non, de religion.

La laïcité du XXI siècle n'est pas celle du siècle dernier.
Parmi les Français, l'Islam est devenu la seconde religion pratiquée.

La laïcité ne respecte pas que les religions du Livre : celles des Juifs, Musulmans et Chrétiens.
Les athées et les agnostiques sont à respecter et considérer autant que les croyants.

La laïcité de la République ne permet pas de privilégier une confession ou une autre.
Il ne saurait y avoir, en France, aucune religion d'État.

La laïcité n'est pas la juxtaposition silencieuse des religions.
Le dialogue interreligieux et le débat philosophique sont indispensables à la recherche de la vérité.

La laïcité n'est pas ce qui définit un domaine étranger au religieux.
La liberté de pensée et de s'exprimer, aujourd'hui, est cette laïcité qui permet le vivre ensemble.

La laïcité n'est pas la séparation de la société civile et de la société religieuse.
Il n'est qu'une seule société, plurielle, acceptant diverses composantes, religieuses ou non.

Il n'est pas une laïcité de l'école (apparue en 1882) et une laïcité de l'État (proclamée en 1905).
L'unique laïcité de toutes les institutions publiques institue l'égalité et l'unité de tous les citoyens.

La laïcité n'est pas ce qui distingue la sphère publique de la sphère privée.
Laïc, issu du latin laicus ou du grec laos (de « commun, peuple ») signifie hors du clergé.

La laïcité n'établit pas la distinction entre le spirituel et le temporel.
Le temporel est autre chose que le banal, le temps qui passe, ou le matériel, il est politique.

La laïcité ne peut être opposée au spirituel.
Le spirituel concerne ce qui relève de l'esprit, de l'élévation de la pensée avec ou sans foi religieuse.

La laïcité n'est pas incompatible avec l'Islam.
Averroès (1126-1198) affirmait déjà que la loi religieuse devait être soumise à l'examen de la raison.

La laïcité n'est pas islamophobe ou anti-islamique.
Ce qui n'interdit pas la critique de l'Islam, comme de toute religion ou philosophie.

La laïcité ne se définit pas seulement par rapport aux religions.
Socrate disant : « je ne sais qu'une seule chose, c'est que je ne sais rien » fut un agnostique laïque.

La laïcité n'est pas une idéologie parmi d'autres.
C'est un un principe de cohésion sociale dans toute société multiculturelle.

La laïcité n'est pas une conception strictement française de l'organisation des pouvoirs publics.
Bien que née en France et inspirée des Lumières elle est présente en nombre d'États démocratiques.

La laïcité n'interdit pas l'enseignement de l'histoire des religions.
Elle refuse, cependant, que ce soit pour favoriser quelque prosélytisme que ce soit.

La laïcité ne récuse pas l'héritage chrétien de l'Europe.
Elle refuse, aujourd'hui, qu'il soit fait des religions chrétiennes le fondement de l'européanité.

La laïcité n'est pas ce qui partage le sacré du profane.
Elle éloigne des sacralisations du sacré comme des profanations du profane.

La laïcité n'est pas l'interdiction du blasphème même si elle rejette l'insulte religieuse.
La condamnation pour blasphème a conduit souvent à des mises à mort, dont celle de Jésus !

La laïcité n'est viable qu'au sein d'une république démocratique.
Démocratie et laïcité sont deux termes identiques (Jean Jaurès, Castres, le 30 juillet 1904).

« Laïcité » n’existe pas en anglais et en allemand mais figure dans notre Constitution.
C'est la réponse la plus claire aux menaces de division du pays.

La laïcité n'est pas l'instrument politique contre le « communautarisme ».
C'est un vocable pour le commun, la commune, la communauté, l'en-commun..., la République.



Quelques documents à lire ou relire et à étudier :

La Charte de la laïcité à l'école

De Jean Baubérot :
La Laïcité falsifiée (La Découverte-poche, 2014)
et Les Sept Laïcités françaises (éd. la Maison des sciences de l'homme). 

De Henri Pena-Ruiz :
Le dictionnaire amoureux de la laïcité (Plon, 2014)

Sur Wikipedia :
Laïcité

La loi scolaires de Jules Ferry
Gratuité et laïcité à l'école

La loi sur les signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics
Loi du 15 mars 2004 sur le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse

La loi de séparation :
Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État.

Le point de vue des protestants
Petite histoire de la laïcité (décembre 2005)

Le point de vue d'un Juif pourchassé : Spinoza
Laïcité et liberté - la ressource spinoziste (Pierre Hayat, Les cahiers rationalistes,août 2005)

Un point de vue historique
La laïcité, une approche historique (Christine Guimonnet, conférence, 2006)

Laïcité, démocratie et catholicisme
Laïcité et république. Le lien nécessaire, (Guy Coq, Éditions du Félin, 2003)

L'héritage chrétien de l'Europe
L'héritage chrétien de l'Europe. Retour sur une controverse historique» (René Rémond, 2004)

2016 : La laïcité, « un régime de cohabitation civilisée » ?
La laïcité au quotidien: Guide pratique (Régis Debray et Didier Leschi, 1er janvier 2016)






 



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