samedi 26 avril 2008

Se laisser, un soir, émerveiller...


Du plus grand au plus petit, mammifère ou poisson, les habitants des mers étonnent par leurs formes, leurs couleurs, leurs comportements, leur beauté. Ce sont des hymnes à la vie!


La baleine à bosse immense et svelte
L'émission de Thalassa, hier soir m'aura, encore une fois, démontré que l'homme en faisant de chaque habitant des océans une proie possible, se prive d'un grand bonheur. L'homme qui nageait près d'un géant, la baleine à bosse et de son balaineau, durant des jours et des jours et qui gagnait, progressivement, la confiance de l'animal, réalise ce qui ne se peut faire qu'avec amour : toucher la tête d'un cétacé qui pourrait d'un seul coup de sa nageoire caudale, assommer, tuer et rejeter au loin l'intrus! Bien au contraire, il veillait à ne pas le blesser! Un grand moment de télévision. Il y en a.


Le requin à aileron à pointe blanche; élégant et puissant.
Des requins je ne puis rien dire d'autre que ceci : là où le prédateur -l'homme- voit un danger, les scientifiques ne voient souvent que des élégances en mouvement qui ne s'en prennent que très rarement à l'homme. Alors que tout annonce leur disparition prochaine au rythme où l'homme les exterminent, des requins, tels que le requin à aileron blanc, surprennent par leur vivacité, leur stupéfiante aisance, leur noblesse. ce sont les princes de la mer.



Les poissons jaunes et noirs de la barrière de corail.

Quant aux poissons de la barrière de corail, leur aspect et leur variété laissent sans voix! Je ne m'en tiendrai qu'à l'un d'eux, parmi tous ces éclaboussements de couleurs, ces formes sans cesse renouvelées, ces curiosités de la nature à faire pâlir les peintres de jalousie. Je ne l'ai qu'entraperçu. Je n'en ai pas retrouvé l'image. Il était jaune et noir, comme ci-dessus, mais barré de noir, longitudinalement, de la tête à la queue, sur fond jaune intense, avec une large caudale tout aussi jaune mais, elle, semée de gros points noirs! Étonnant!

Dans une semaine en creux, alourdie par de multiples annonces affreuses, de voir ces réalités vivantes, qui, elles aussi, existent, me vient à l'esprit que d'avoir vu cela console d'être venu au monde.

vendredi 25 avril 2008

Le 25 Avril fait partie de notre histoire, celle de l'Europe

 Il était 1 h. du matin, le 25 avril 1974, quand une radio portugaise diffusa une chanson interdite de José Afonso: « Grandola Vila Morena ». 
C’était le signal  et le début de la Révolution des Oeillets, la fin du fascisme portugais.
Grândola, vila morena
Terra da fraternidade,
O povo é quem mais ordena
Dentro de ti, ó cidade

Grandola, ville brune,
Terre de la fraternité,
Le peuple est celui qui d'abord commande
A l'intérieur de toi, ô ville.

Écoutez la musique sur : http://www.ihecs.be/liens/tangente/oeil/pages/dossier/chanson.html








jeudi 24 avril 2008

Du 21 au 27 avril : la semaine sans télé.

Sortir. Sortir de la télé. Sortir de chez soi. Se sortir des conditionnements. Sortir du prêt à penser médiatique. Sortir de ses gonds. Sortir de l'ennui. Sortir dans la rue. Sortir pour vivre!

"Allez, sors de cette boîte ! Tu y es enfermé en moyenne 3 h 30 par jour. Tu ne vas passer ta vie dans cette prison mentale. Tu vas pas laisser tous ces animateurs débiles t'avilir. La semaine sans télé, c'est l'occasion de briser la glace, de se libérer de cette machine à abrutir. Allez viens, on a une vie à vivre et un monde à transformer".

mardi 22 avril 2008

Avec Césaire, faisons de la poésie une politique.



"Ma poésie est née de mon action"

Tellement prolongée est la lutte qu'elle se perd dans les sables.
Tellement menacée est la lutte qu'elle est abandonnée par les meilleurs.
Tellement décriée est la lutte qu'elle en devient surannée, désuète et obsolète!.
Et pourtant?

Au moment où le PS abandonne la révolution, officiellement, dans son principe,
au moment où le ludion roux, DCB, le juif allemand, ne rit plus à la face des flics,
au moment où l'écologie est récupérée par tous ceux qui craignent sa radicalité,
ne faut-il pas relever la tête?

Mai 68 n'est pas un évènement daté.
Mai 68 n'est pas un passé à retrouver.
Mai 68 n'est pas un mythe sacralisé.
C'est un esprit que rien ne peut effacer.

Mai 68 doit disparaitre en tant que nostalgie reportée dans le futur.
C'est un nouveau printemps politique qu'il faut voir venir.
Il assumera et dépassera mai 68.
Il se nourrira d'autres espoirs.

Aimé Césaire est mort: nous sommes tous des nègres esclaves.
Germaine Tillon est morte : nous sommes tous, à jamais, des résistants.
Lazare Ponticelli est mort : nous sommes tous des "poilus" haïssant la guerre.
Nos ancêtres vivent et guident nos pas.

Avec eux soyons donc des faiseurs d'histoire : là est la politique
Faisons lien entre les générations : là est la force.
Préparons l'éclosion d'œillets qui ne faneront pas : là est la révolution.
Sortons de nos rêves, entrons en poésie.

dimanche 20 avril 2008

À la grâce de Dieu...



Nous vivons, comme l'avait bien vu André Gorz, dans son dernier livre Ecologica, les débuts d'un temps de gratuité. Un vaste débat s'est ouvert qui concerne le sens de cette gratuité : appas économique, dérive consommatrice ou don!

L'écologie s'empare, pour le moment dans l'ambiguïté, de la réflexion sur les différente formes de développement : la recherche de la mesure des avancées collectives prend de nouveaux noms. Le PNB (Produit National Brut) n'y suffisant plus, on parle, avec le PNUD, à l'ONU, des indicateurs de développement humain, de Produit intérieur brut vert ( intégrant la mesure des destructions), de produit intérieur doux (comme au Québec)...

Où est la richesse? Patrick Viveret relève que "la question du développement soutenable, marginale hier, est en train de devenir essentielle" (1).

Le gratuit, c'est pour le riche. Il peut répondre à la la gratuité incitative, à son gré.

Le gratuit, c'est aussi pour le consommateur. Il y répond soit en succombant aux tentations publicitaires, soit... en trichant, en cueillant, sur ordinateur, des richesses mobiles, telles que la musique ou des films à la mode (celui de Dany Boon, Bienvenue chez les Ch'tis, ajoute la fraude au succès en salle -l'une nourrissant l'autre-).

Le gratuit, c'est aussi ce qu'on donne à qui ne peut vivre sans aide. Ou bien à qui l'on aime et avec qui l'on partage.

En régime capitaliste, le gratuit est une aubaine suspecte. Ou bien il aide à élargir les marchés ou bien il les désorganise, ou bien il les nie!

Francine Pessel-Markovits, philosophe, remarque que, athée ou chrétien, l'occidental est sensible à la théologie de la gratuité (2), ce background culturel qui se rapporte aux dons de Dieu, à la grâce divine. La charité n'est pas que l'apport du surplus au pauvre -ce dont le capitalisme se contente volontiers-, c'est aussi l'idéologie du partage qui, portée à un certain niveau de gratuité (3), sent son communisme à plein nez.

(1) Libération du 31 mars 2008.
(2) Francine Pessel-Markovits, C'est gratuit, éditions Albin Michel, mars 2007.
(3) Jean-Louis Sagot-Duvauroux,
De la gratuité, éditions de l'Éclat, avril 2006.

samedi 19 avril 2008

La crise alimentaire est aussi au fond des océans



Décidément l'émission "grand public" du vendredi soir sur FR3 :
"Thalassa, le magazine de la mer" veut mettre en garde les téléspectateurs contre des périls majeurs dont la mer est le révélateur. Je ne sais combien de temps encore on tolèrera cet éveil écologique et citoyen. Pour le moment, j'y trouve de quoi nourrir ma réflexion politique.

Hier, il s'agissait du recul rapide, dramatique et parfois irréversible des ressources halieutiques! Tout cela s'ajoute aux constatations multiples que font tous les travailleurs de la mer. Plus de morue ou tellement moins! Disparition possible de plusieurs espèces de requins. Destruction de barrières de coraux où pullulaient les poissons. Diminution très importante de la taille des prises. Menace sur le thon rouge en méditerranée. Multiplication de fermes aquacoles où l'on hâte la production de variétés carnivores qui se nourrissent de... ce qu'on va pêcher pour eux. Pollution grave par les plastiques, fatale à quantité de dauphins et tortues...

Il me vient, évidemment, qu'il en est, pour le poisson, en mer, comme pour tout ce qu'exploite l'homme, sur la terre ferme : on ne peut prélever plus que ce que la nature produit! Ne pas laisser se renouveler une population est le plus sûr moyen de la faire disparaitre! Cet irrespect est mortel pour toutes les espèces y compris l'espèce humaine.

Je songe au pardon demandé par le paysan africain à la chèvre qu'il sacrifiait, pour se nourrir. On en est loin! Quand les énormes orques s'échouent volontairement sur une plage pour dévorer un phoque ou un éléphant de mer et reculent vers les flots avec leur prise, ils ne causent pas plus de mal à la nature que lorsque le léopard des mers s'empare d'un pingouin ou quand l'anémone de mer capte du plancton. La taille du prédateur ne fait rien à l'affaire. C'est la quantité des prélévements qui désorganise les biotopes. Et le superprédateur qu'est l'homme, non seulement ne se préoccupe pas de la nourriture qui lui sera, dans l'avenir, nécessaire mais il rend impossible l'équilibre entre tous les vivants qui dépendent les uns des autres.

Chaque bateau de pêche est devenu une usine à tuer, équipée, scientifique, massive, qui ne laisse aucune chance au poisson que convoitent les entreprises géantes qui mettent au travail (ou au chomage) les travailleurs de la mer. Nous vivons des temps de guerre faite au vivant.

Je suis d'autant plus bouleversé par ces pratiques à contreproductives qu'elles massacrent la beauté. Chaque thon pêché est un obus vivant dont la ligne est étrangement aquadynamique. J'ai vu, pour la première fois, hier, un poisson plat, noir et blanc, au décor constitué de multiples taches d'une harmonie inouïe; un peu plus tard, une manière d'arc en ciel vivant et sous marin apparaissait sur l'écran. L'absence totale de considération pour ce milieu où l'on puise sans mesure, pour "faire de l'argent" dégoute de la fausse vie que s'imposent les hommes. La mer, (dont on commence, -attention aux nouveaux dégats- à découvrir les grandes profondeurs et... les trésors comestibles) n'est plus qu'un terrain de chasse. Nous ne l'aimons pas. Elle nous intéresse pour ce qu'elle rapporte. Et c'est tout.

Nous saurions pourtant y faciliter la vie. Il a fallu que nous constations l'habitat des épaves par la faune aquatique pour que nous vienne l'idée que l'homme pouvait aussi aider à la vie marine! Les récifs artificiels, immergés au large du Japon pour que les crustacés et les poissons côtiers s'y reproduisent et s'abritent, constituent une bonne solution sauf si ce ne sont rien d'autre que des aquafermes sousmarines... Un poisson n'a-t-il comme seul intérêt que de pouvoir être mangé?

J'en viens à penser que le végétalien, s'il sait équilibrer ses repas, loin d'être, comme on le présente, un monstre inconscient qui met en péril et sa vie et celle de ses enfants, offre une possibilité à l'humanité : celle de moins nuire. De toute façon la tempérance et la sobriété sont devenues des qualités vitales pour l'espèce humaine. Le plus est meurtrier. Le mieux passe par un moins. Moins..., en mieux. Pas l'identique en moins!

La crise alimentaire mondiale, qui conduit à un drame planétaire causé principalement par la confiscation de la production des céréales par les banques et les firmes, a son prolongement dans les océans. "Moins de viande, moins de poisson, plus de céréales" : voila un slogan qui ne peut que mettre en furie les prédateurs les plus acharnés qu'ils soient, ou non, conscients de ce qui devient un crime contre l'humanité, comme dit Jean Ziegler.

Je me sens loin de ce monde qui fonctionne comme s'il n'était jamais possible de vivre autrement, et qui n'a d'autre moteur pour ses activités que la recherche passionnée du "toujours plus" qui s'achève à tout coup par un toujours plus de misère.

mardi 15 avril 2008

« Élections, piège à cons » : le retour ?


Voici 40 ans fleurissait, sur les murs des grandes villes de France, de multiples affichettes, sombres ou, au contraire, hautes en couleurs, et toujours iconoclastes... L’une d’entre elles mettait en évidence le slogan anarchiste : « élections, piège à cons » ! (Slogan de mai 1968 en France, d’après une expression de Jean-Paul Sartre)

Les opinions qui circulent et prévalent en France actuellement, et notamment parmi les jeunes, sont plus que nostalgiques ; elles sont rageuses.

J'entends ceci :
" Qu’on vote rouge, bleu, orange ou vert : on est trahi ! "


Ou bien : "La démocratie est un cirque, un spectacle, un jeu qui n’intéresse plus personne".


Ou encore : "La fraude électorale n’a plus besoin d’être clandestine : le fric fait l’élection".


Ce n’est pas au lendemain du retour de Berlusconi en Italie que l’on va se réjouir !

On avait connu la réélection de Busch, le triomphe de Sarkozy, la comédie russe de Poutine, les émeutes post-électorales du Kénya, le maintien de Mugabe. Voici la chevauchée du Cavaliere.

Déjà, l'on ne votait plus pour qui l’on veut, mais contre qui l’on ne veut pas.
Tous les résultats s’en trouvaient bouleversés ?
À présent, on constate que le changement social ne vient pas par les urnes.



Alors faut-il encore voter ?


En 1933, Hitler est arrivé, fort légalement, au pouvoir.
En 1940, De Gaulle était jugé comme un traître et le Parlement avait élu Pétain!
L’histoire s’est faite ailleurs, en France, que dans les Assemblées : en 1789, 1871, 1936, 1945 ou 1968.

Être citoyen ce n'est pas agir en politique seulement en votant!

samedi 12 avril 2008

Les émeutes de la faim



Le Monde a faim titre le Journal du Dimanche (1). L'article de Matthieu Verrier souligne la gravité de la crise planétaire.

"La liste s'allonge de jour en jour. Partout dans le monde, des manifestations emplissent les rues, tournant parfois à l'émeute, comme en Haïti où cinq personnes sont mortes. L'Afrique de l'Ouest est particulièrement touchée, avec des "manifestions de la faim" au Burkina-Faso, au Cameroun, au Sénégal ou encore en Côte d'Ivoire. L'Egypte, où la population proteste contre la hausse du prix du pain, a interdit l'exportation de certaines denrées pour les réserver à son marché agricole. Face à la gronde croissante, les dirigeants s'inquiètent".

Faut-il s'étonner de cette irruption de la colère? Jean Ziegler, Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, avait prévenu : "La destruction de millions d’Africains par la faim s’effectue dans une sorte de normalité glacée, tous les jours, et sur une planète débordant de richesses". Il rappelle que le droit à l’alimentation est le premier des droits de l’homme et exhorte à réaliser une "distribution plus équitable des biens, qui satisferait aux besoins vitaux des gens et les protégerait contre la faim." (2)

Dans les 122 pays dits du tiers-monde vivent aujourd'hui 4,8 milliards des 6,2 milliards d'homme que nous sommes sur terre. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 35% entre janvier 2007 et fin janvier 2008, selon les données des Nations unies, ce qui porte l'augmentation à 65% entre 2002 et aujourd'hui. L'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) note une inflation, en 2007, de 80% sur les produits laitiers et 42% sur les céréales. Les projections ne prévoient pas d'amélioration à court terme.

Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer l'inflation. La hausse de la demande, notamment due à l'augmentation du niveau de vie dans des pays comme la Chine, créerait la pénurie. La flambée du pétrole concourt aussi à celle des denrées alimentaires. Autre mise en cause: le développement des biocarburants. Les cultures qui leur sont consacrées sont des productions alimentaires en moins.

Action contre la faim (ACF) réclame pour sa part la création d'un fonds mondial de lutte contre la faim.

Cela se passe sur une planète qui regorge de richesses. La FAO est dirigée par un homme de courage et de grande compétence, Jacques Diouf. Il constate qu’au stade du développement actuel de ses forces de production agricoles, la planète pourrait nourrir normalement (3) douze milliards d’êtres humains, soit le double de l’actuelle population mondiale. Il plaide pour un "transfert massif de semences", ce qui permettrait aux agriculteurs des pays pauvres de s'approvisionner en grain, engrais et fourrage. Il a par ailleurs appelé les dirigeants mondiaux à participer à un sommet sur la crise alimentaire du 3 au 5 juin à Rome.

Conclusion : ce massacre quotidien par la faim n’obéit à aucune fatalité. Jean Ziegler lève le ton et affirme : "Derrière chaque victime, il y a un assassin. L’actuel ordre du monde n’est pas seulement meurtrier. Il est aussi absurde. L’équation est simple : quiconque a de l’argent mange et vit. Qui n’en a pas souffre, devient invalide ou meurt. Il n’a pas de fatalité. Quiconque meurt de faim est assassiné".


(1) http://www.lejdd.fr/cmc/international/200815/le-monde-a-faim_109910.html
(2) Jean Ziegler vient de publier L’Empire de la honte (2007) en Livre de poche.
(3) Nourrir normalement veut dire procurer à chaque individu adulte, chaque jour, 2 700 calories.

vendredi 11 avril 2008

Sommes-nous "égoïstes par nature"? Ou du Grenelle impossible




J'ai entendu, sur France Culture; aujourd'hui même, un savant pédiatre, Aldo Naouri, fondant toute son analyse sur l'égoïsme naturel de l'homme. La thèse est bien connue, et aussi sotte que bien ancrée dans la majorité des esprits. Pour contribuer à abolir cette idée toute faite qui ruine toute action politique, on peut se tourner vers les philosophes. Pour cette fois, je préfère donner connaissance d'une note plus modeste mais qui n'en est pas moins utile à connaître. Elle conduit à deux évidences : le Grenelle de l'environnement était mort-né et l'écologie sarkozienne renvoie à la seule responsabilité individuelle donc à la négation du politique comme destin commun.


Emmanuel Giannesini, maître de conférence à Sciences Po, a publié dans le cadre de La Forge(1) une note intitulée Le Sarkozyxme n’est pas une écologie. On peut y lire ceci:

« Tout indique que le Grenelle de l’environnement, une fois retombé l’enthousiasme artificiel qui a suivi le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 5 octobre, jouera le même rôle que la Charte de l’environnement adossée à la Constitution : une déclaration d’intention vague et généreuse, et puis plus rien. Le changement climatique et l’épuisement des ressources (tant quantitatif que qualitatif ) appellent non pas une adaptation de nos modes de vie et de production, mais une révolution éthique de notre rapport au monde et à la nature, quelque chose comme l’inversion du rapport de domination utilitariste issu de la descendance cartésienne au profit d’une intelligence globale de notre position dans la nature. Ceci, tout le monde ou à peu près le sait. Même Nicolas Sarkozy, dans son discours du 5 octobre, a trouvé les mots pour le dire, fût-ce par le détour de métaphores empruntées : « Je veux que le Grenelle soit l'acte fondateur d'une nouvelle politique, d'un New Deal écologique en France, en Europe, dans le monde. » Les mots pour le dire, mais ni les actes, ni même la volonté pour le faire.
A la vérité, il fallait être naïf pour croire en ce domaine à une rupture. On se contentera de rappeler ici qu’il n’est pas une seule mesure aujourd’hui avancée dans le cadre du Grenelle (pas une seule, chacun pourra s’amuser à le vérifier) qui n’ait été inscrite dans la Stratégie nationale de développement durable élaborée par le gouvernement de Lionel Jospin en mars 2002 en vue du sommet de Johannesburg.
1) Le consensualisme sarkozien est un mot creux
Le consensualisme est totalement revendiqué par Nicolas Sarkozy, ses propos sont sans ambiguïtés : « Nous ne ferons pas accepter cette nouvelle ambition écologique par la contrainte. Personne ne doit se sentir injustement pénalisé par les mesures écologiques que nous déciderons. Sinon, nous échouerons. ». Curieusement, la réforme écologique « bénéficie » d’un régime de faveur, car nulle part ailleurs n’est revendiquée une telle obligation de consensus préalable. On se rappelle qu’à propos de la réforme des retraites ou de la carte judiciaire, par exemple, ou même dans le cadre de la réforme de l’Etat et de la réduction de ses effectifs, le gouvernement a franchement affiché ses objectifs politiques et s’est donné les moyens de contrecarrer ses opposants. Disons-le franchement et sans détours : il faut vraiment faire un effort de crédulité pour croire qu’un programme politique de quelque importance peut n’avoir que des amis. Rien n’est plus faux ni plus dangereux que de croire cela. Il est hors de question de placer sur le même plan l’agriculteur converti au bio dès le début des années 1990 et celui qui persiste à produire en répandant deux à trois fois plus d’azote que les sols épuisés n’en peuvent absorber. Il est aberrant de ranger côte à côte l’entreprise qui s’est dotée dès les années 1980 de dispositifs de collecte de ses effluents et les usines qui ont attendu le début des années 2000 pour se délocaliser vers des cieux plus compréhensifs afin de s’éviter une mise aux normes. Et il est choquant d’abstraire par principe de toute responsabilité une industrie publicitaire qui a vanté tour à tour tout ce dont est en train de mourir la planète. Si, comme affirme le penser Nicolas Sarkozy, la crise écologique nous oblige à repenser l’ensemble de nos modes de vie et de production, il est contre-productif de commencer par dire que personne n’y est pour rien. Ce faisant, nous accréditons l’observation du philosophe Günther Anders, qui notait avec prescience dès les années cinquante : « A l’instant même où le monde devient apocalyptique, et ce par notre faute, il offre l’image d’un paradis habité par des meurtriers sans méchanceté et des victimes sans haine. Nulle part il n’est trace de méchanceté, il n’y a que des décombres. »
2) La décision politique passe par l’éthique Les contradictions n’apparaissent qu’à la faveur d’une réflexion éthique, par exemple sur la légitimité d’une industrie nucléaire dont les risques associés – même faibles, même maîtrisés – sont à proprement parler apocalyptiques, et qui ne laisse pas d’autre choix aux générations futures que de gérer nos propres déchets. Le philosophe Jean-Pierre Dupuy note : « Le commissariat à l’énergie atomique a confié à des sociologues la tâche d’analyser ce qui fait que les gens ont peur du nucléaire. Je crois urgent de réaliser une étude anthropologique sur ce qui fait que les nucléocrates n’en ont pas peur. » L’absence de réflexion éthique préalable de Sarkozy, et partant l’incapacité de désigner des fins indépendamment des moyens, se traduit dans le discours du 5 octobre par un traitement des risques ne reposant sur aucune logique et qui confine parfois au cynisme. Ainsi, l’interdiction des 50 substances les plus toxiques (oui, dont la toxicité est avérée !) est-elle subordonnée à l’existence « d’alternatives possibles », tandis que la réduction des pesticides, dont la dangerosité n’est plus à prouver, est limitée à 50 % « si possible dans les dix ans qui viennent ». Pour bien comprendre le non-sens éthique de ces restrictions en apparence banales, voire « de bon sens », il suffit de les transposer dans un autre champ que nous sommes plus habitués à mettre en relation avec la dimension morale. Par exemple la loi pénale. Imagine-t-on qu’une loi énonce avec placidité : « Interdiction des braquages sous réserve de la disponibilité de ressources financières alternatives pour les braqueurs » ou « Réduction de 50 % du nombre des viols conjugaux, dans un délai de dix ans si possible et sous réserve de la disponibilité d’exutoires » ? Il est juste que nous soyons plus sensibles au sort des hommes qu’à celui de l’humanité, mais le but de l’activité de penser, c’est justement d’établir les conditions par lesquelles nous pouvons sortir de ce qui serait à long terme un paradoxe suicidaire.
En conclusion de son discours, le président de la République a donné la clé, quasi-psychologique, de son approche de l’écologie : « Je ne crois pas à la responsabilité collective. La responsabilité est toujours individuelle. » Cette pétition de principe incarne l’essence même de la politique de droite, ce qui après tout ne surprendra personne et relève du droit le plus strict de l’homme-Sarkozy, qui n’a jamais prétendu, contrairement à son prédécesseur Chirac, jouer aux hommes de gauche. Mais en matière écologique, le rétrécissement du champ de la responsabilité aux seuls individus est une contradiction dans les termes. L’écologie est par essence le lieu d’une responsabilité collective parce que le destin qu’elle engage est lui-même collectif ; parce que les effets des comportements individuels sont dérisoires par rapport à ceux de nos choix collectifs ; surtout, même si l’idée peut sembler abstraite ou difficile, parce que notre capacité à donner des droits aux absents, et notamment à cette humanité future qui est le sujet même du développement durable, repose entièrement sur une extension du principe de souveraineté à plus que nous-mêmes. Nier que la responsabilité collective existe, c’est nier l’existence d’un destin commun et d’une capacité à agir en commun. S’en remettre à la seule responsabilité individuelle, c’est accepter par avance la stratégie du passager clandestin, où prime le calcul des intérêts de court terme. C’est en ce sens qu’on peut affirmer sans grand risque d’être démenti, si les mots ont encore un sens, que le sarkozysme est tout ce qu’on veut sauf une écologie. Il ne s’est rien passé le 5 octobre dernier.

(1) Visitez La Forge.
http://la-forge.info
Publié par biosphere.ouvaton.org

lundi 7 avril 2008

L'olympisme et les droits de l'homme



La tragi-comédie de ce jour donne à rire et à pleurer! On découvre, tout à coup, que le Tibet est sous le joug? On s'aperçoit qu'on tue, on enferme, on massacre en Chine!

Que ne s'en est-on rendu compte plus tôt, quand on a choisi Pékin comme Ville d'accueil des Jeux olympiques? Quelle hypocrisie?

On découvre que la Chine va devenir la première puissance économique du monde alors, après en avoir attendu de somptueux marchés, on prend peur et on cherche à abaisser le géant en ruinant le crédit qu'il avait acquis.

Gageons que Sarkozy vendra moins facilement ses usines nucléaires à la Chine après le camouflet pour les autorités chinoises, ce jour, à Paris.

Je n'ai aucune sympathie pour le capitalisme d'État dont le monde entier s'est entiché, ces dernières années. Pourtant, donner des leçons de démocratie à la Chine vient non seulement trop tard mais au moment où d'autres pays font bien peu de cas des droits de l'homme. Les braillards qui se dressent, sans grand risque ici, contre la Chine, exigent-ils que la France balaie devant sa porte?

Que les Tibétains manifestent a une autre allure! Eux souffrent. Eux risquent. Eux luttent pour exister en tant que peuple.

Mais, de grâce, l'usine à dollars que constituent les Jeux n'a rien à voir avec l'olympisme de Coubertin. Le marché du sport est une gigantesque entreprise. Les Droits de l'homme ne peuvent guère y être pris en considération. Les enjeux passent avant les jeux? L'or, l'argent et le bronze représentent bien plus que des médailles : ils sont le reflet des affaires et l'exacerbation des nationalismes. Du pain et des jeux? Même pas! Des jeux d'abord pour distraire les peuples. Le pain viendra après, s'il y en a.

samedi 5 avril 2008

"L'écologie, c'est aussi la croissance" : le débat est enfin ouvert






Borloo : L'écologie, c'est aussi la croissance
titre Valeurs actuelles, dans son édition du 4 avril.

La vérité oblige de préciser qu'à la question de la journaliste qui l'interrogeait : "Avez-vous le sentiment que cette économie durable peut se développer malgré le climat de sinistrose de la croissance ?", le ministre Jean-Louis Borloo avait exactement répondu : "elle constitue justement un moteur de croissance".

Le vrai débat est ouvert. Quand le ministre dit du Développement durable compte sur les emplois et l'activité économique engendrée dans tous les secteurs où il devient urgent d'intervenir pour pallier les pollutions, l'effet de serre, la chute des réserves énergétiques naturelles, l'effondrement de la biodiversité, etc..., on peut acquiescer. Quand le même ministre ne dispose pas des moyens d'empêcher la majorité, dont il dépend, de rendre possible la culture des semences OGM, le développement du nucléaire et la relance de l'automobile, il s'éloigne de l'écologie véritable et reste imbibé par l'idéologie productiviste.

Une écologie qui serait le moteur de la croissance (sans que rien ne soit dit du contenu de cette croissance) ne serait pas l'écologie mais une duperie géante qui apparaitra vite aussi vaine que le Grenelle de l'Environnement.

Le propre des leaders politiques est de parler haut et clair au bon moment, c'est-à-dire avant que les évènements ne les contredisent! Toute parole sans humilité est devenue une parole de mensonge. Dire avec assurance ce qu'il faut faire, alors que nous ne savons pas où aller, a quelque chose de ridicule mais surtout de tragique!

Chaque jour des informations nouvelles révèlent une crise de civilisation liée à une dégradation galopante de notre environnement. Jamais encore l'espèce humaine n'avait connu pareille accumulation de risques, risques qui sont là, devant nous, mais pas encore ressentis de façon directe et violente.

Et ne voilà-t-il pas que l'on demande à l'écologie de développer l'activité économique alors que c'est cette économie même -conçue, comme toujours, comme une rentabilité et non un équilibre- qui est à l'origine des perturbations gigantesques qui s'abattent sur la planète!

Oui, le débat est ouvert : il faudra soit choisir la voie de la sobriété soit celle du profit et chacune de ces voies ne conduit pas au même aboutissement. Sobriété et non rigueur; sobriété et non austérité; sobriété et non économies demandées à ceux qui sont en manque.

La chance de la France, aujourd'hui, est que la caricature qui sert de
politique au pays est révélatrice. On ose y dire ce qu'on cache avec habileté ailleurs. Non que le discours des gouvernants actuels soit malhabile mais il est d'un cynisme absolu et annonce, sans vergogne, des réponses données à la crise qui font et feront souffrir, sans partage de l'effort demandé.

L'écologie de la croissance fait partie de cet attirail de formules faites pour masquer les réalités. Ceux qui ont pu, un instant, se laisser séduire par le brio du bonhomme Borloo vont vite déchanter.

Non seulement le débat est ouvert. Le vrai combat politique commence.


www.valeursactuelles.com/public/valeurs-actuelles/html/fr/articles.php?article_id=2226

vendredi 4 avril 2008

Il y a 40 ans, mourait Martin Luther King.

C’est le 4 avril de cette fabuleuse année 1968, celle où la face du monde a failli changer que des fanatiques ont cru pouvoir tuer un rêve en assassinant Martin Luther King, le porte-parole des Noirs. Cinq ans plus tôt, au cours de la plus importante manifestation jamais organisée à Washington, le pasteur King s'était écrié :


«J'ai fait un rêve qu'un jour,
Les fils des anciens esclaves
Et les fils des anciens propriétaires d'esclaves

Pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité (...)

J'ai fait un rêve
Que mes enfants habiteront un jour une nation
Où ils seront jugés
Non pas par la couleur de leur peau,
Mais par le contenu de leur caractère
(...).

le 14 octobre1964, il devient le plus jeune de tous les Prix Nobel de la Paix.

Le mercredi 3 avril 1968, dans la nuit, des tempêtes balayaient les États de l’Arkansas, du Kentucky, du Tennessee, détruisant des maisons, arrachant des arbres, des lignes de haute tension. Le Tennessee justement où Martin Luther King était arrivé le matin même. Dans cette nuit d’apocalypse, le Révérend King prononça, au temple Mason, son dernier discours, sûrement l’un des plus prophétiques. Il se terminait ainsi :

« Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant.
Nous avons devant nous des journées difficiles.
Mais peu m'importe ce qui va m'arriver maintenant,
Car je suis allé jusqu'au sommet de la montagne.
Je ne m'inquiète plus.
Comme tout le monde, j’aimerais vivre longtemps.
La longévité a son prix.
Mais je ne m'en soucie guère maintenant.
Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite.
Et il m’a permis d’escalader la montagne et j’ai regardé au loin
Et j’ai vu la Terre promise.
Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous.
Mais je veux que vous sachiez, ce soir,
Que notre peuple atteindra la Terre promise.
C’est pourquoi je suis heureux ce soir.
Je ne m’inquiète de rien,
Je ne crains aucun homme.
Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur ! »

Le lendemain, au « Motel Lorraine » à Memphis, Tennessee, vers 18 heures, Martin Luther King tombait, la gorge trouée …

Si Barack Obama devait devenir président des États Unis, à qui le devrait-il?
Il y a 40 ans, la perspective d'un Noir président ressemblait au mieux à un gag, au pire à un sacrilège...

Martin Luther King est mort quand à son combat pour les droits civiques s'est ajouté la dénonciation de la guerre du Vietnam et la lutte contre la pauvreté. À Memphis, il était venu soutenir les éboueurs!

La force de la non-violence tient à ce qu'elle ne se satisfait de rien, pas même de ses succès. Elle veut la perpétuelle avancée de la justice et affronte le pouvoir des violents.

Aujourd'hui un immense chemin à été parcouru mais celui qui reste à faire est plus long et plus difficile encore : passer de l'égalité formelle, légale, entre Blancs et Noirs, à l'égalité réelle, économique et sociale. On est loin aux USA et ailleurs. En 1968, en France, Dany Cohn-Bendit lançait : "nous sommes tous des Juifs allemands". Qui dira, en 2008, au nom de tous les peuples exploités, aliénés, dominés, humiliés, toujours plus nombreux, au Tibet comme ailleurs : "nous sommes tous des Noirs assassinés et nous voulons passer du rêve à la réalité"?


jeudi 3 avril 2008

Rigueur ou sobriété ?

On nous l'a chanté :
Les mots font mal, les mots... (Guy Béart)





On fera des économies.
Sans rigueur, dit-on.
La rigueur, ça ne s'avoue pas.
Et la sobriété, c'est ringard.
Faire des économies,
C'est bon pour l'économie.
Mais qui économise?
Qui paiera ce qu'on ne paiera plus?

La réduction des dépenses publiques?
Voilà du sérieux.

Ralentir le train de l'État?
Voilà du populaire.
L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
Le train de l'état ne ralentit pas!

L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
Les dépenses publiques sont... les nôtres!

L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
L'économie des uns enrichissent les autres!
L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
La réduction des dépenses privées : ce n'est pas n'est prévu.
L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
L'effort demandé n'est jamais partagé.
L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
Cette rigueur qui n'a pas de nom, c'est l'injustice.
L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
Rigueur ou économies pour toi, profit pour moi...

L'ennui, c'est que ce n'est pas crédible.
Vivre tous plus simplement, modestement...
... Mais agréablement!
De cet effort, il ne sera pas question.



mercredi 2 avril 2008

L'argent n'a pas d'odeur et l'or pas de couleur





Que l'or soit noir, bleu, blanc, jaune, ou vert, on s'en fout du moment que c'est de l'or.


Le pétrole. Or noir. Hubert Reeves rappelle qu'on en a consommé la moitié des réserves en un siècle. Qu'importe. Investissez sous le pôle Nord. Il devient accessible.

L'eau. Or bleu. On manque d'eau potable sur cette Terre. Qu'importe. Investissez chez Véolia. C'est l'entreprise française qui va nous arranger ça.

La neige. Or blanc. On urbanise la montagne pour accueillir les touristes et les faire cracher quatre mois par an. Qu'importe. Investissez dans les canons à neige qui nous protègent du réchauffement durable, pardon du développement climatique. Bref, vous avez compris.

L'or-métal. L'or jaune. Le vrai. Le dur. Le durable. Le métal des rois et le roi des métaux. Son prix grimpe? Qu'importe. Investissez dans le lingot ou les napoléons. Un Napoléon, c'est un étalon. Il peut sauter haut et n'importe quoi. Sans risque.

Le bio. L'or vert. Le vivant transformé en or. Mieux que Midas! On peut faire de l'or avec du bois, de l'huile ou du vent. Et tuer toute biodiversité. Qu'importe. C'est l'avenir. Investissez dans tout ce qui ne produit pas d'effet de serre. Le nucléaire, par exemple. Oui, parfaitement le nucléaire, c'est de l'or vert.

D'ailleurs
Le Monde de ce jour vous le dit : "Or vert : l'environnement, un investissement rentable"... Ah, j'oubliais...

Le sang. L'or rouge. Pourquoi oublier cet autre investissement? Parce que ça fait Dracula? Parce que le sang contaminé, ça ne paie plus? Et les organes? Et tout ce qu'on peut arracher au corps humain de rentable? Ne soyez pas ringard. Soyez de votre temps. Investissez dans ce qui rapporte.

Et foin des hontes ou remords. Ce qui est rentable vous absout.

dimanche 30 mars 2008

Un dimanche qui parle...





..En un mot..., ou en deux!

Dimanche.
Heure.

Bettencourt.
FARC.

Olympie.
Tibet.

Âge.
Centenaires.

Zimbabwe.
Élections.

Oliviers.
Palestine.

Sidaction.
Cancer.

Handicapés.
Revenu.

Hydrolienne.
Bretagne.

Capitalisme.
Gratuité.

Gandrange.
Mittal.

Football.
Racisme.

Médicis.
Élysée.

Tintin.
Vendu.

Lionne.
Zoo.

À jamais unique en l'histoire.
Ce dimanche, avec ses couples de mots,
parle et me parle...
Le sens est sous les mots.
Tout est dit.

samedi 29 mars 2008

Vous avez dit développement durable




La semaine du développement durable, qui est organisée du 1er au 7 avril 2008, est placée cette année sous le signe de la production et de la consommation ...
(La presse)


Vous l'avalerez le concept de développement durable.
Qu'il soit contestable nul n'en a cure.
C'est officiel, je vous dis!
D'abord dès le 1er avril s'ouvre "la semaine du développement durable".
Et ce n'est pas un poisson d'avril.
On risque même d'y entendre dire des choses très intéressantes.
On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre!
Nous sommes les mouches.

Jamais l'on ne nous demande qu'est-ce qui est à développer.
On risquerait d'ouvrir le débat sur le contenu de la croissance.

Jamais on ne nous dit ce qui doit durer.
On risquerait d'avouer que c'est le système qu'on veut voir durer.

Le développement ou la croissance sans contenu assassine l'humanité.
Faire durer ce qu'il faut contester, c'est le contraire de l'écologie.

Ce qui doit se développer, c'est le partage de nos richesses.
Et non les richesses qui rapportent à une petite minorité d'humains.

Ce qui doit durer, c'est la planète elle-même.
Et non ce qui est la cause de sa mise en danger.

Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006 rappelle que 60% des hommes ne dispose que de 6% des revenus disponibles. Est-ce durable? Non.

On peut approuver l'édito ci-dessous qu'on lit sur le site du Développement durable (1) auquel Yann Arthus-Bertrand apporte son concours et son talent.

" La Terre, notre planète, va mal, et c’est de notre faute.

Les habitants des pays riches, comme la France, consomment et gaspillent énormément. Aujourd’hui, on ne fait même plus la différence entre envie et besoin. Consommer toujours plus, c’est piller toujours plus les ressources naturelles que la planète a mis des millions d’années à créer (air, eau, océans, forêts, terres cultivables, biodiversité, pétrole), et qui ne se renouvellent pas assez vite pour satisfaire la demande croissante… Et rejeter toujours plus de pollutions et de déchets dans l’environnement, qui commence à être saturé…

Cette situation ne peut pas durer : les catastrophes écologiques et sanitaires montrent déjà les limites du système. Et cela ne va faire que s’aggraver : la Terre compte 6 milliards d’habitants ; en 2050, nous serons 3 milliards de plus.

Aujourd’hui, la grande majorité de l’humanité vit toujours dans la pauvreté. Des millions de femmes, d’hommes et d’enfants n’ont ni eau potable, ni électricité, ni éducation, ni assez à manger… Mais si tous les habitants de la terre vivaient comme nous, il faudrait deux planètes supplémentaires pour satisfaire leurs besoins !

Or, nous n’avons pas de planète de rechange. Alors, comment améliorer les conditions de vie de tous les citoyens du monde sans épuiser définitivement la Terre ? Comment satisfaire les besoins des hommes d’aujourd’hui tout en léguant la Terre en bon état aux générations qui l’habiteront après nous ?

En apprenant à économiser et à partager de manière équitable les ressources, en utilisant les technologies qui polluent moins, qui gaspillent moins d’eau et moins d’énergie, et surtout en changeant nos habitudes de consommation et nos comportements. C’est cela, le développement durable. Ce n’est pas un retour en arrière, mais un progrès pour l’humanité : celui de consommer non pas moins, mais mieux. Il est devenu urgent d’agir. Nous en avons tous les moyens. Et surtout, le devoir."

L'ambiguïté n'est pas levée. Qu'est ce qui est cause de ce désastre et que faut-il faire pour en sortir?

J'affirme que si l'on ne recherche pas la démocratie économique, c'est à dire le pouvoir des citoyens sur les marchés, il n'y a pas de solution écologique et il n'y aura ni développement humain, ni humanité durable.

Toute autre tentative pour nous vendre la révolution verte en continuant à promouvoir le développement des profits et en installant le pouvoir des riches de façon durable est mensonge et illusion.

(1) http://www.ledeveloppementdurable.fr/developpementdurable/page/pourquoi.html

vendredi 28 mars 2008

Mai 1968 - Mai 2008 et au-delà...

Il me vient qu'il est nécessaire de préparer mai 2008 et de s'y préparer.
Non pour commémorer.
Non pour un anniversaire!
Non pour "se rappeler".
Pour se mettre en situation d'avoir à repenser ensemble la politique.
Du moins pour essayer.

Car, si l'on devait ne retenir qu'un seul aspect des évènements de mai 68, quel serait-il?
Je crois bien que c'était : tout citoyen pouvait parler et le faisait.
Dans chaque lieu de vie, professionnel, familial ou de quartier, on parlait.
Et l'on ne parlait pas, le plus souvent, pour ne rien dire.
Ceux qu'on n'entendaient jamais... parlaient.
Ceux qui doutaient toujours de tout... espéraient.
Ceux qui "ne faisaient pas de politique"... en faisaient.

Quand la politique déborde du cercle où s'enferment les politiciens, la vie change.
Le temps où la politique cesse d'être l'affaire de ceux qui en vivent va-t-il se représenter?
Que ce soit en mai 2008, ou en décembre 2010, peu importe.
Ce qui s'entraperçoit, c'est que mai 68 n'est pas derrière nous.
L'évènement peut surgir; ce n'est pas sûr; ce n'est plus impossible.

Pourquoi?
Parce qu'un besoin de parole citoyenne se manifeste partout.
Parce que la tentative de mise aux archives des succès de luttes historiques est engagée.
Parce que la riposte des partis politiques de "gauche" à cette libéralisation de l'économie, au profit de ceux qui en sont déjà les bénéficiaires, est totalement insuffisante.
Parce que les organisations syndicales sont trop faibles.
Parce que le stress au travail, la violence contre les salariés, détruit des familles.
Parce que le système bancaire, économique et financier entre dans une crise longue.
Parce que l'écologie politique s'empare de la politique mondiale.
Parce qu'aucun homme ne peut se construire dans la résignation.

Que va-t-il se passer?
Beaucoup répugnent à agir sans savoir où aller...
C'était déjà, en 1968, ce qui engendrait la défiance des institutionnels de la politique et du syndicalisme.
C'est ce que la jeunesse ne craint pas, car l'avenir lui semble a priori ouvert.
C'est ce que les exploités ne craignent pas, dès qu'ils estiment que rien ne peut être pire que ce qu'ils vivent.
C'est ce que les pauvres ne craignent pas, si l'avenir s'annonce un peu moins dur.
Ce qui va se passer n'est plus hexagonal : l'espèce humaine se sait menacée et va réagir.
Quand et comment? Nul ne peut encore le savoir.

Mais se préparer à la mondialisation de la conscience politique s'impose.
Ce n'est pas une affaire de forme.
Ce n'est pas une affaire de partis.
Ce n'est pas une affaire d'élections.
Ce n'est pas une affaire de défense-du-pouvoir-d'achat!
C'est une question de survie.
Survie de la politique avalée, absorbée, phagocytée par l'économique.
Survie des habitants de la planète, bêtes et gens, placés sous la loi d'airain du Capital.

Se préparer à l'autre temps, l'autre politique, l'autre monde, n'a pas commencé hier.
Préparer mai 2008 n'est pas préparer un retour.
Ce n'est pas préparer un mois de retrouvailles, de rappels et de réminicences.
Avec l'espoir que ça re-vive et re-parte!
Non, c'est supprimer le "r", le "re" des mots qui re-commencent.
Le neuf ne jaillit pas à la commande!
Il ne surgit pas de la volonté de quelques uns.
Il se manifeste quand la parole déborde et que le peuple s'exprime.
Et cela ne se produit que quelques fois par siècle.

Nous sommes très prêts, ou encore loin, d'un nouveau bouleversement historique.
On ne déclenche pas de telles émergences de la conscience populaire.
On n'a ni le droit de se contenter d'y croire!
Ni celui de la voir passer sans s'y associer.
C'est cela être prêt : savoir que les conditions de l'événement sont désormais remplies.

Contribuer à mettre le feu dans le champ des possibles suppose qu'on commence, tout de suite, à projeter des étincelles sur la paille des mots.
Rien ne vaut tant que de chercher, penser, proposer, essayer, se rencontrer, se parler, s'écouter.
Dans la flambée des échanges, hier encore on ne voyait guère matière à changements.
Mais nous n'en sommes plus là.
Nous n'en sommes pas pour autant à l'aube du jour annonçant un Grand Soir!
L'événement ne sera pas rapide et brutal; il sera lent et presque invisible. Quotidien.
Du reste, il ne sera pas... Sans que nous le sachions, il est déjà engagé.

Il faut lire lire, mais avec tout son esprit critique, ce livre décapant; il n'annonce pas l'avenir; il révêle que d'autres façons de penser la politique existent :



Comité invisible, L'insurrection qui vient, éditions La Fabrique, Paris; 2007.

jeudi 27 mars 2008

Désespoir démocratique

Entre ici, Alba Rico Santiago.
Toi, le philosophe espagnol.
Je t'accueille et te donne à lire.

Mercredi 19 mars 2008

Je ne condamne pas le roi Fahd, honoré par le roi d’Espagne, qui taille les têtes, coupe les mains et arrache les yeux, qui humilie les femmes et bâillonne les opposants, qui fait l’important en l’absence de presse, de parlement et de partis politiques, qui viole les Philippines et torture Indiens et Egyptiens, qui dépense le tiers du budget de l’Arabie Saoudite entre les 15.000 membres de sa famille et finance les mouvements les plus réactionnaires et violents de la planète.

Je ne condamne pas le général Dustum, allié des USA en Afghanistan, qui a asphyxié dans un container mille prisonniers talibans auxquels il avait promis la liberté y qui sont morts en léchant les parois métalliques de leur prison.

Je ne condamne pas la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’UE, qui a rayé 3.200 villages kurdes de la surface de la terre dans les années 90, qui a laissé mourir de faim 87 prisonniers politiques et emprisonne celui qui ose transcrire en Kurde le nom de leurs villes.

Je ne condamne pas le sinistre Kissinger, l’assassin le plus ambitieux depuis Hitler, responsable de millions de morts en Indochine, au Timor, au Chili et dans tous les pays dont le nom lui est sorti de la bouche.

Je ne condamne pas Sharon, homme de paix, qui dynamite les maisons, déporte les civils, arrache les oliviers, vole l’eau, mitraille les enfants, pulvérise les femmes, torture les otages, brûle les archives, fait exploser les ambulances, rase des camps de réfugiés et caresse l’idée « d’extirper le cancer » de trois millions de Palestiniens pour renforcer la pureté de son état « juif ».

Je ne condamne pas le roi Gienendra du Népal, éduqué aux USA, qui le mois dernier a exécuté sans jugement 1.500 communistes.

Je ne condamne ni la Jordanie ni l’Egypte qui bastonnent et emprisonnent ceux qui manifestent contre l’occupation de la Palestine par Israël.

Je ne condamne pas le Patriot Act ni le programme TIPS, ni la disparition de détenus par le FBI, ni la violation de la Convention de Genève à Guantanamo, ni les tribunaux militaires, ni la « licence pour tuer » accordée à la CIA, ni la fouille de tous les touristes qui entrent aux USA en provenance d’un pays musulman.

Je ne condamne pas le coup d’Etat au Venezuela ni le gouvernement espagnol qui l’a appuyé, ni les journaux qui, ici et là, ont financé, légitimé et applaudi à la dissolution de toutes les institutions et la persécution armée des partisans de la Constitution.

Je ne condamne pas la compagnie états-unienne Union Carbide qui, le 2 décembre 1984, a assassiné 30.000 personnes dans la ville indienne de Bhopal.

Je ne condamne pas l’entreprise pétrolière états-unienne Exxon-Mobil accusée de séquestrer, de violer, de torturer et d’assassiner des dizaines de personnes qui vivaient dans un édifice propriété de la compagnie dans la province de Aceh (Indonésie).

Je ne condamne pas l’entreprise Vivendi qui a laissé sans eau tous les quartiers pauvres de La Paz, ni Monsanto qui a laissé sans semence les paysans de l’Inde et du Canada, ni Enron qui, après avoir plongé dans le noir une demi-douzaine de pays, a laissé 20.000 personnes sans le sou.

Je ne condamne pas les entreprises espagnoles (BBVA, Endesa, Telefonica, Repsol) qui ont vidé les caisses de l’Argentine, obligeant les Argentins à vendre leurs cheveux aux fabricants de perruques et à se disputer un cadavre de vache pour pouvoir manger.

Je ne condamne pas la maison Coca-Cola qui est entré en Europe dans l’ombre des tanks nazis et qui licencie, menace et assassine aujourd’hui des syndicalistes au Guatemala et en Colombie.

Je ne condamne pas les grands laboratoires pharmaceutiques qui se sont mis d’accord pour tuer 20 millions d’Africains malades du SIDA.

Je ne condamne pas l’ALCA qui viole et dépèce les ouvrières des « maquilladoras » de Ciudad-Juarez et fait naître des enfants sans cerveau à la frontière du Mexique avec les USA.

Je ne condamne pas le FMI ni l’OMC, providence de la famine, de la peste, de la guerre, de la corruption et de toute la cavalerie de l’Apocalypse.

Je ne condamne ni l’UE ni le gouvernement des Etats-Unis qui placent les accords commerciaux au-dessus des mesures pour la protection de l’environnement et qui ont décidé, sans referendum ni élections, l’extinction d’un quart des mammifères sur Terre.

Je ne condamne pas les tortures sur Unai Romano, jeune Basque qui, il y a un an, fut transformé en ballon tuméfié dans un commissariat espagnol, défiguré à un tel point que ses parents le reconnurent uniquement à un grain de beauté sur son visage.

Je ne condamne pas le Gouvernement espagnol qui, au mois d’avril, a mis en place l’état d’exception sans consulter le Parlement et a suspendu pendant trois jours les droits fondementaux de notre Constitution (liberté de mouvement et d’expression), avec la circonstance aggravante que les Basques ne pouvaient se rendre à Barcelone à l’occasion du dernier sommet de l’UE.

Je ne condamne pas la loi sur les Etrangers qui expulse les hommes faibles et affamés, les enferme dans des camps de rétention ou les prive du droit universel à l’assistance sanitaire et à l’éducation.

Je ne condamne pas le « coup de décret » qui précarise encore plus l’emploi, supprime les aides et laisse les travailleurs, comme des feuilles mortes, à la merci des caprices du vent des patrons.

Je ne condamne pas, cela va de soi, Dieu quand il pleut, quand la foudre tombe ou que le tonnerre gronde, ni quand la terre tremble ou qu’un volcan crache ses flammes.

Je suis un démocrate : peu m’importe la mort d’enfants qui ne sont pas espagnols ; peu m’importe la persécution, le silence sur l’assassinat de journalistes et d’avocats qui ne pensent pas comme moi ; peu m’importe l’esclavage de deux millions de personnes qui ne pourront jamais acheter un de mes livres ; peu m’importe les atteintes aux libertés du moment que c’est moi qui manie en toute liberté les ciseaux ; et peu m’importe la disparition d’une planète sur laquelle je me suis tant amusé.

Je suis un démocrate : je condamne l’ETA, ceux qui l’appuient ou qui gardent le silence, même s’ils sont muets de naissance ; et j’exige, en outre, qu’on prive de leurs droits de citoyens 150.000 Basques, qu’on les empêche de voter, de manifester et de se réunir, qu’on ferme leurs bars, leurs journaux, et même leurs halte-garderie ; qu’on les mette vite en prison, eux et tous leurs camarades (du jeune militant anti-globalisation à l’écrivain affirmé) et si ce n’est pas suffisant pour protéger la démocratie, qu’on demande l’intervention humanitaire de nos glorieuses forces armées, déjà auréolées de la reconquête de l’île Perejil. Je suis un démocrate car j’ai condamné l’ETA.

Je suis un démocrate et je ne condamne que l’ETA. Je fais donc partie de toutes les autres bandes armées, les plus sanguinaires, les plus cruelles, les organisations terroristes les plus destructrices de la planète.

Je suis un démocrate. Je suis un connard.

Santiago Alba Rico
Ecrivain et philosophe

Source : http://www.legrandsoir.info/spip.php?page=imprimer_article&id_article=6180

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