lundi 23 août 2010

La politique impossible

Ce qui doit être fait ne sera pas fait. Dans le contexte actuel, les changements indispensables ne viendront pas de l'intérieur. Qu'on puisse, fort tranquillement, dans le journal Libération, titrer que, selon un sondage, pour n'avoir plus Sarkozy, les Français voteraient volontiers Strauss-Kahn, laisse pantois ! La politique politicienne nous éloigne de la politique nécessaire.

Ce que l'on présente comme nécessaire est, du reste, ce qu'il faudrait écarter, à commencer par la réforme des retraites. En réalité, la doxa l'emporte, le formatage médiatique fonctionne et, même hors des sphères gouvernementales, toute politique sociale est présentée comme impossible, car trop coûteuse. Or, ce qui sera fort couteux, sous peu, c'est le renoncement, de fait, à une politique sociale.


Viens, tôt où tard le temps où le gros ne peut plus manger les petits

Les Français le pressentent : s'ils souhaitent, en 2012, la victoire de la gauche, ils doutent qu'elle puisse faire mieux que la droite. Comprendre : il n'est plus de gauche puisqu'il n'est pas de politique de gauche qui soit, actuellement, possible.

Et pourquoi, diantre ? Parce qu'il est inscrit au fer rouge, dans notre chair, qu'il n'est pas de juste répartition des richesses possible sans augmentation de ces richesses. Leur partage, en l'état de l'économie occidentale, semble irréalisable. Nous sommes convaincus, sans oser le dire, que toute politique passe sous les fourches Caudines des possédants et aucune force politique n'est en mesure de modifier cette situation historique permanente. Aucune politique de gauche n'a encore été pérenne.

Dans un rapport capital/travail où les syndicats ont pour rôle de tempérer la domination des entreprises, rien ne peut changer, en effet. Dans un rapport riches/pauvres où quelques fortunes privées peuvent égaler celles de nombre d'États, rien ne peut changer, en effet. Rendre possible la politique impossible est une utopie de belle taille mais, sans doute, un pari d'autant plus utile à tenter qu'il est impossible que les politiques "possibles" réussissent.

L'échec des politiques, toutes inspirées par l'occident, est patent. Ceux-là mêmes qui ont les yeux rivés sur la croissance et le CAC 40, sont amenés à présenter l'austérité comme indispensable. L'austérité pour la masse des gens modestes, bien sûr ! On connait la rengaine. La préservation des profits supposerait toujours plus de compression de "la masse salariale", donc de chômage, donc de perte du pouvoir d'achat, donc de consommation, mais donc, aussi, de... production. Avec ses propres idées, le libéralisme annonce sa propre fin. Le capitalisme n'offre, comme possibilité de politiques économiques, que des politiques impossibles.

Politique impossible contre politiques impossibles : les États tournent en rond et ceux qui les dirigent, ou bien ne savent où ils vont, ou bien ne vont que là où se trouvent les chances d'une perpétuation (qu'ils savent pourtant temporaire) de leur pouvoir. C'est court ! Obama ne peut rien, en dépit de ses immenses pouvoirs présidentiels, face à des exigences économiques qui ne sauraient être remises en cause et qui laminent l'économie américaine autant que celle du reste du monde. Le monde... Quel monde ? L'antienne altermondialiste ("Un autre monde est possible"), bute sur la montagne d'obstacles que les maîtres de ce monde élève devant quiconque s'essaierait à mettre un tel slogan en actes.


La Terre n'est pas un citron qu'on presse

Pourtant, la politique impossible, celle où les hommes vivraient, tous, simplement pour que, simplement, tous les hommes vivent, pourrait bien devenir la seule possible. La volonté politique n'en serait pas à l'origine, mais pourrait finir par l'accompagner. Car, à cela, il y a une cause majeure et suffisante : nous détruisons plus que nous ne produisons, ne récoltons et ne consommons ! Ou bien nous supprimerons une partie de l'humanité (ce qui conduit au génocide par une euthanasie géante et monstrueuse) ou bien nous devrons entrer dans cette politique du partage jamais vraiment essayée. La 'journée du dépassement" (le 20 août, en 2010) nous sert de mesure : nous vivons dans une économie de l'impossible. Il est plus que temps d'oser la politique impossible qui ne se limite pas à la décroissance et qui donne droit à chaque vivant de vivre.

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À quoi bon, sinon, d'être...





vendredi 20 août 2010

Dosta !




Dosta ! Assez !

La chasse aux Roms a pris des proportions auxquelles nul ne songeait !

Quel compte Nicolas Sarkozy a-t-il à régler avec cette population ? Lui rappelle-t-elle un double passé familial ? Il est, certes, en Hongrie, des Sarkösi. Il est même des Tsiganes qui portent ce nom. Quant à Cécilia, ex-Sarkozy, née Ciganer, elle a, sans doute, des liens avec ces Tsiganes honnis. Ce ne serait pas la première fois que la politique aurait à voir avec des considérations personnelles...

Le Canard enchainé, 18 août 2010

Mais pourquoi fait-on une fixation sur ces Européens ? Pourquoi mélange-t-on les Voyageurs français (cessons d'appeler "gens du voyage", les Manush, les Gitans et autres Yénish !) avec les Rroms de Roumanie, ou de Bulgarie, qui ne connaissent les caravanes que pour s'y abriter, dans des campements, en les regroupant en bidonvilles !

Il y a un mystère dans cette folie furieuse qui s'abat sur une population qui n'est pas faite que de saints, mais qui n'est pas plus délinquante qu'une autre ! Au reste, les Roms étrangers, peu nombreux, n'ont guère de moyens de défense. On les chasse. Ils reviendront.

Quant aux "Roms de France", qui ne veulent surtout pas qu'on les nomme Roms, ils ont une si grande expérience des malfaisances des gadjé, qu'ils sauront traverser cette sombre période. Au passage, ils vont démontrer leur capacité de résistance...

Comme souvent, hélas, à quelque chose malheur est bon ! Nicolas Sarkozy, par ses excès et ses provocations, aura eu le mérite de mettre en évidence des questions mises sous l'éteignoir. Jamais on aura tant parlé des Roms et "gens du voyage". Jamais, donc, on n'aura eu une telle occasion de faire connaître un peuple auquel, depuis des siècles, il est refusé d'être ce qu'il est mais qui, en dépit des pires persécutions, n'a pas disparu et ne disparaitra pas.

Les Tsiganes, Roms, Manouches, Gitans..., quel que soit le nom qui leur est donné (1), sont des compatriotes européens avec lesquels il nous faudra vivre, non en les "intégrant", non en les pourchassant, non en les expulsant, -ce qui reste sans effet- mais en les re-connaissant !

Dosta (2) !


Fanny Ardant, marraine de la campagne Dosta

(1) Voir le glossaire établi par le Conseil de l'Europe : www.coe.int/t/dg4/linguistic/Source/Roma_Glossaire_FR.doc

(2) http://www.dosta.org/fr

Fanny Ardant a été reçue le 24 juin à Strasbourg par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, c’est-à-dire par les représentants de 47 pays qui tous, ou presque, comptent des Roms dans leur population. On estime que cette communauté compte 10 à 12 millions de personnes en Europe. Dans son film, dont le titre est tiré d'un sonnet, "Bohémiens en Voyage" extrait des “Fleurs du mal”, de Charles Baudelaire, Fanny Ardant joue une institutrice qui quitte son école pour enseigner la musique aux jeunes Tsiganes.

Le Conseil de l’Europe soutient les Roms depuis 20 ans, sans grand résultats. Partout, pourtant, ils pâtissent toujours de préjugés tenaces, de discrimination, voire de violences. On ne les voit jamais sur la scène politique. L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe invite donc les 47 à s’occuper sérieusement de cette minorité, de son éducation, de sa santé, de ses conditions de logement, bref de tout ce qui pourra lui assurer une vie décente et conforme aux standards européens.


dimanche 15 août 2010

15 août : Marie entre traditions et religiosité

C'est le 15 août : jour de l'Assomption. Le culte de la Vierge sera partout exalté en pays chrétien. Mais de qui parle-t-on ? De "la Vierge" ou de Marie, mère de Jésus ? L'une est mythique, l'autre est, sinon historique, du moins un personnage évangélique essentiel à la compréhension de l'apport du Christ à l'histoire humaine.

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Elle aime. Le reste est bavardages.

Avec Marie, on passe du merveilleux au réel le plus cru. J'ai plusieurs fois insisté sur le Magnificat, trop ignoré des "fidèles" et des pontifes, sans doute parce que ce message est non seulement révolutionnaire mais, dans la culture et le langage des Évangiles, un véritable hymne à l'insoumission.

En deux vers, tout est dit :
Il a renversé les puissants de leur trône et élevé les humbles.
Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.

Mais quel est donc ce Seigneur capable de briser la superbe des maîtres et de donner toute leur place aux pauvres, qui non seulement satisferait les besoins vitaux des privés de tout, mais chasserait les nantis en les laissant, à leur tour, sans richesse aucune ? Est-ce bien le Dieu Tout-puissant de l'Ancien Testament qui peut abattre le pouvoir des usurpateurs humains ayant confisqué le pouvoir divin, ou le Prince des Petits qui se dresse contre l'injustice des riches ? Est-ce l'un et l'autre, qui sont superposés dans l'imaginaire d'une jeune femme révoltée par le malheur des humbles ?

Je ne sais dire. Je suis ignorant de ces choses. Mais ce que je sais c'est que Marie a porté, annoncé, celui qui va refuser le pouvoir, l'argent et la force, celui qui n'entrera pas dans le monde du sceptre, de l'écu et de l'épée, celui qui vaincra les Trois Tentations : celle de la transformation illusoire des pierres en pain, celle de l'empire mensonger sur les esprits par le miracle et celle de la domination totale sur les royaumes par la fourberie et la violence.

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Qui promet de changer les pierres en pains est le même qui prive les hommes de pain

Ce que je sais, c'est que c'est une femme qui affirme une autre humanité : celle des humbles, des pauvres et des doux. Pas celle des résignés, des esclaves et des mous, non ! Celle de de la féminité de l'humanité qui suppose de regarder l'autre comme égal, sans peur et sans domination.

Folie pour les hommes ! Seule espérance pourtant que celle qui ne fait pas de son prochain un rival mais un frère. Marie est tendresse et point mollesse, résistance et non obéissance.

Ce n'est pas ce qu'enseignent les catéchismes, ce que montrent les tristes images pieuses ? Et alors ? Marie mérite mieux que des louanges fadasses. Elle inspire ceux qui ne s'agenouilleront jamais devant les détenteurs des monnaies, des armes et des lois. Vierge, elle ne le fut pas, mais elle fut pure de toute pensée aliénatrice.

Cette femme-là, qui lutte contre l'impitoyable, est, oui, mère de l'humanité véritable.


samedi 14 août 2010

De la norme et du relatif

Là où il y a norme, il y a culture. Là où il y a culture, il y a relatif. Si bien que nous sommes constamment en équilibre entre le stable et l'instable. Nous sommes en marche. Sans points d'appui on chute. Sans déplacement, sans échappée à la norme, il y a immobilisme et fin. Si bien que le compromis à rechercher sans cesse est une oscillation entre l'acquis et la remise en questions.



Cette hésitation fructueuse entre la certitude et le doute traverse toute politique digne de ce nom. Le conservatisme est une mort sociale. Les transformismes impatients peuvent conduire au pire et le nazisme autant que le stalinisme ont été des négations du passé et non un dépassement du passé.

Le malheur de l'humanité tient à cet enfermement dans la contradiction apparente entre la norme et le relatif. La norme est à droite. Le relatif est à gauche. Pourtant il est du relatif dans la norme et le relatif cherche de nouvelles normes. La tradition est un fixisme au nom duquel on fait violence à tout ce qui n'est pas dans l'ordre établi. La révolution est un retournement qui change les places ou les acteurs sans changer les rapports de domination. L'histoire nous a informés de tout cela mais il reste à penser une nouvelle histoire.

De toutes les contradictions celle que Max Weber a mis en évidence à propos du monopole de la légitimité de la violence par l'État m'apparait la plus douloureuse. Les violences d'État ont plus détruit de vies que l'ensemble des violences criminelles. Cela est su. Ce qui est moins abordé, hormis dans les milieux anarchistes, c'est que l'État lui-même est une violence. Changer de politique sans changer l'État, c'est s'enfermer dans une norme tabou, un pacte sacré qui rend impossible ce dont le XXIe siècle a besoin : l'autonomie.



L'autonomie jette un pont entre la norme et le relatif. Sans norme l'autonomie est impraticable. Sans relativité, il n'est pas de diversité des choix et des comportements, pas d'autonomie. La quête de la liberté véritable se situe là, entre l'établissement de repères durables (les normes) et la possibilité constante de supprimer des repères ou de les changer de place (le relatif). Le génie des hommes, c'est de disposer de cette culture qui permet de marier le repérable et le modifiable. La plongée dans le temps vécu fait le reste.

Encore un tâtonnement expérimental à effectuer : la vie en société dans l'autonomie maximale ne peut que bouleverser nos pratiques économiques et législatives. Le droit n'est plus droit, c'est-à-dire raide. Il deviendra souple, modifiable, pliable et d'autant plus solide. Telle est la perspective. L'éloge de la folie a été rédigé bien avant que je naisse ! Folie pour folie, utopie pour utopie, si l'on veut que l'homme continue d'être, et d'être un être de culture, il lui faudra bien entrer dans cette folie.



mercredi 11 août 2010

Urgence et compromis

Le compromis demande du temps.
L'urgence exige l'immédiat.



Le compromis est le contraire de l'abandon. C'est la recherche méthodique, patiente, exigeante d'un accord provisoire, d'un point d'équilibre, d'une reconnaissance des accords et désaccords existant entre deux thèses divergentes. C'est le refus du renoncement et l'acceptation de l'adversaire auquel on ne fait aucune concession mais qu'on respecte. C'est une attitude politique s'il en est, mais tout à fait incompatible avec la politique qui se pratique où l'on cherche à tromper, dominer ou réduire l'autre. Le plus célèbre des praticiens politiques du compromis fut, bien sûr, Gandhi.

L'urgence est le contraire de la précipitation. C'est ce que la lucidité fait découvrir : l'actualité d'un danger ou la nécessité d'une action. En politique tout est souvent présenté comme urgent, pour hâter la prise de décision, bien qu'il faille du temps pour satisfaire les plus urgentes des urgences !

Le compromis répète-t-on sans cesse, avec raison, n'est pas une compromission. L'urgence n'est pas dans la hâte mais dans la gravité !

Le compromis s'allie à l'urgence quand on veut obtenir des résultats durables. On ne fait, disait un pédagogue, pousser les fleurs en tirant dessus. Avant d'être un colosse, le chêne est une plantule. L'action humaine s'effectue à un rythme : trop rapide, elle s'effondre ou produit des effets désastreux; trop lente, elle disparait sans laisser de traces. Le bon tempo est déterminant et la gestion écologique du temps est devenue primordiale, ce que ne peuvent appréhender les acteurs qui sont enfermés dans des durées fixes, telles que celles des mandats des élus.

Changer le rythme de l'action publique constitue un enjeu difficile, redoutable et indispensable désormais. C'est au jour le jour qu'on modifie une situation dont on constatera les effets d'ici vingt ans ! Quand nos ancêtres faisaient pousser des arbres pour réaliser des mats de bateaux, non seulement ils attendaient la pousse, mais ils renouvelaient les plantations et, même, ils noyaient les fûts des arbres coupés pour les préparer au travail du charpentier ! Sans considérer l'utilité d'un retour en arrière, il est des enseignements à tirer de la sage lenteur. Paul Virilio, depuis longtemps, analyse les dangers, pour la civilisation, des sociétés dominées par la vitesse.

Hâte toi lentement et tu réussiras mieux que celui qui se jette dans l'action avec le souci de réaliser un profit prochain. L'accélération de nos sociétés techniciennes, devenues technologiques, nuit au monde entier et les avertissements des philosophes, depuis Jacques Ellul jusque André Gorz, parmi bien d'autres, n'y ont rien changé.

Nous sommes dans l'urgence et la multiplication de drames gigantesques, cet été, (notamment en Russie, Pakistan, Chine, Inde, Europe de l'est...) qu'il s'agisse d'incendies, d'inondations ou d'effondrements des sols nous fournit un terrible enseignement : il faut prévoir des dizaines d'années à l'avance les risques auxquels il faut faire face, et s'y préparer, pour les atténuer, voire pour les empêcher.

Le compromis entre les hommes, mais aussi le compromis avec la nature, est l'axe de toute politique intelligente, visant les moyen et long termes. Il ne faudra pas moins qu'une révolution intellectuelle pour en convenir et en tirer les leçons pratiques. Qui ne voit, à la lecture de l'information quotidienne, toute l'urgence de cette pratique du compromis ?


dimanche 8 août 2010

Intransigeance et radicalité

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Il est des penseurs qui confondent leurs certitudes et la vérité.

Pire : il est des philosophes qui pensent juste et interdisent aux autres de chercher la vérité.

Nul n'a jamais raison à 100% et qui approche du vrai peut, par son intransigeance, perdre, d'un seul coup, sa crédibilité.

Celui qui sait est modeste et ne doute pas que se loge, dans ce qu'il affirme, des erreurs qu'il ne voit pas lui-même.

Je crains ceux qui savent et plus encore ceux qui disent que les autres se trompent.

Je ne pense nullement que toutes les opinions se valent pourvu qu'elles soient sincères.

Je ne crois pas davantage qu'il faille taire ses différends.

C'est de l'esprit de la quête de vérité que je voudrais savoir témoigner. Dire à un interlocuteur : "je ne pense pas comme toi" et lui dire "tu te trompes" n'a pas du tout le même sens !

En esprit, dans le premier cas, on oppose une pensée à une autre. Dans le second, on s'oppose à celui dont on ne partage pas les convictions.

Il faut laisser, entre deux thèses, une marge de doute, fut-elle infime, afin de permettre la continuité du dialogue.

Je suis de ceux qui se rebellent quand j'entends dire, fut-ce par mon meilleur ami, qu'il faut choisir entre une assertion et une autre ! Ne suis-je donc pas apte à faire, moi-même, la part entre ce qui est compatible et ce qui ne l'est pas ?

La radicalité commande que l'on ne fasse pas de faux compromis. L'intransigeance exige de se rallier, sauf à passer pour un ignorant ou un lâche.

Je m'élève contre l'intransigeance parce que nous avons besoin de radicalité.

La radicalité va chercher la vérité à la racine, profond, lentement, et sans oublier les mille radicelles que sont toutes les nuances qui nourrissent le tronc de la proposition centrale.

L'intransigeance est voisine de l'intolérance et de l'inquisitoire.

Je veux pouvoir débattre avec celui dont je conteste l'avis sans qu'il puisse jamais voir en moi un ennemi ni même un adversaire ! L'ennemi est celui qui veut ma fin, physique ou intellectuelle. L'adversaire est celui qui s'oppose à moi autant qu'à ce que je dis.

Il suffit qu'on sache que je ne suis sensible qu'à ce qui me convainc, y compris à ce qui me convainc qu'il est des zones faibles dans mes certitudes.

J'ai rencontré, il y a peu, cette redoutable opposition entre celui qui s'exprime avec force et solidité et celui qui résiste à une approbation totale et immédiate.

C'est d'autant plus douloureux que l'on risque de passer pour un mou parce qu'on ne se laisse pas gagner entièrement par une argumentation dont on a approuvé l'essentiel !

Je m'exprimerai sur ce qui me conduit à cette mise au point intellectuelle, mais il m'apparait qu'il ne faut pas se laisser dominer par l'exemple. La question est générale : la nuance n'infirme pas mais conforte la radicalité. La confusion avec la rigidité de pensée est dramatique ! La radicalité est fermeté mais pas dureté. Elle est une clarification progressive et pas un acquiescement simple face aux meilleurs arguments assénés.

À cela je tiens, y compris si, ce disant, je me retrouve écarté de nombre de controverses. Sans souplesse, l'intelligence est toujours lésée.

samedi 24 juillet 2010

Y voir clair, enfin...

On nous a fait le coup de la transparence, depuis des années.

Le mot fait partie des "éléments de langage", autrement dit des mots-outils pour tromper l'opinion, c'est-à-dire le peuple.

Il est difficile pourtant de se camoufler derrière les mots très longtemps.

La transparence permet de voir à travers. Encore faut-il qu'il y ait de la lumière !

Voir à travers quoi? Et même s'il y a de la lumière... Une paroi transparente peut constituer un obstacle si dur qu'il soit impossible d'intervenir sur ce que l'on voit !

La transparence qui permet de voir, sous un bon éclairage, une réalité même accessible, n'offre pas encore la garantie que l'on n'est pas trompé ! Sous un certain angle de vue, on peut ne voir qu'une face d'un objet et pas ce qui se cache derrière. Encore faut-il que l'on ait le désir et la possibilité de contourner ce que l'on nous montre.

La politique est devenue l'art de rendre "transparent" ce qui ne l'est pas du tout. Donner toute l'information juste aux citoyens pour qu'ils puissent exercer leur pouvoir de jugement ne convient pas à ceux qui ne veulent en aucun cas partager ce pouvoir !

On dit de quelqu'un qu'il est transparent quand il est insaisissable, intouchable. L'homme invisible est tout-puissant, et pas seulemnt dans les bandes dessinées.

Fuyons la transparence et préférons lui la vérité toute nue, sans vitre de séparation...

mercredi 21 juillet 2010

Les Roms : ces pelés, ces galeux d'où nous vient tout le mal !

Il y a des soirs où les faits parlent d'eux-mêmes. Même les médias "modérés" constatent l'outrance d'un gouvernement aux abois.

Sarkozy et les Roms : "c’est sidérant"

Par Europe1.fr avec David Doukhan et Walid Berrissoul

Publié le 21 Juillet 2010

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En annonçant une réunion sur cette communauté, il s’est attiré les foudres d’associations.

Cette annonce a choqué les associations et l'opposition. Mardi, lors du Conseil des ministres, Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il convoquerait le 28 juillet une réunion sur "les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms". Le chef de l’Etat réagissait là aux événements de Saint-Aignan (Loir-et-Cher), où la gendarmerie a été attaquée et des voitures brûlées, après la mort d'un jeune de la communauté du voyage, tué dans la nuit de vendredi à samedi par un gendarme après avoir forcé un contrôle.

Les réactions outrées n’ont pas tardé, d’abord parmi les premiers concernés. "La France va mal, votre président va mal. Il cherche à détourner l'opinion publique vers des cibles faciles", a déclaré Saimir Mile, porte-parole de la Voix des Roms. "Nous nous préparons à en prendre plein la gueule comme ça a toujours été le cas pendant les crises politiques mais cette fois-ci, encore un peu plus. La situation est très grave. Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a été condamné pour injures raciales et il est toujours au gouvernement", a-t-il également déploré.
"La France ne veut pas des Roms"

La réunion de mercredi prochain aura également pour objet de décider "des expulsions de tous les campements en situation irrégulière", selon un communiqué de l'Elysée. Pour Coralie Guillot, de l'association Parada France, qui travaille avec les Roms de Seine-Saint-Denis, "ce n'est pas la peine qu'ils se réunissent car c'est déjà décidé: on n'a jamais vu autant d'évacuations en Ile-de-France que depuis deux ou trois mois".

La Ligue des droits de l’Homme est sur la même ligne. "C'est sidérant : on est dans la désignation de boucs émissaires après des faits divers", a estimé Malik Salemkour, chargé de la question au sein de la LDH. "Il ne faut pas faire une réunion pour stigmatiser une ethnie" car "ça donne l'impression que tous les gens du voyage et tous les Roms sont des criminels et des délinquants". Pour lui, la "réponse sécuritaire" proposée par Nicolas Sarkozy est "inadaptée" car "en réalité, la France ne veut pas des Roms".

"On n’est pas dans une idée de recherche de solution mais dans l’idée de stigmatiser un public déjà en difficultés et qui subit des discriminions depuis des siècles", a regretté Dominique Steinberger, représentant des gens du voyage auprès du Conseil de l'Europe. Il a rappelé sur Europe 1 qu'il y avait une grande différence entre les gens du voyage français et les Roms originaires de pays de l'Est : "deux problématiques complètement différentes qui demandent des réponses différentes".

Au PS, le député Jean-Jacques Urvoas dénonce lui aussi la "recherche de boucs émissaires". "Le président de la République devrait être un rassembleur, il n'est pas là pour désigner", a-t-il expliqué à Europe 1.
Déjà en 2002

Avant même que le feu prenne, Luc Chatel avait - en vain - tenté d’éteindre l’incendie. "Il ne cherche pas à stigmatiser une communauté mais il cherche à répondre à une problématique. On a beau être Rom, gens du voyage, parfois même Français au sein de cette communauté, eh bien on doit respecter les lois de la République", a lâché le porte-parole du gouvernement.

Ce n'est pas la première fois que Nicolas Sarkozy s'en prend à la communauté des gens du voyage. Le 10 juillet 2002, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, il s’était interrogé devant la commission des lois de l’Assemblée nationale : "Comment se fait-il que l’on voit dans certains de ces campements tant de si belles voitures, alors qu’il y a si peu de gens qui travaillent ?". Il avait ensuite promis de régler le problème. Huit ans plus tard, son annonce sonne comme un aveu d’échec.



Expulsion par Gabi Jimenez

lundi 12 juillet 2010

Heureux 11 juillet 2010

Fin du foot. Ouf !
J'ai fait comme des centaines de millions de téléspectateurs, j'ai regardé la finale.
On ne peut dire que le jeu fut attractif. L'enjeu a dépassé le jeu.
Les Néerlandais ont été brutaux. Déplaisant !
Les Espagnols ont été plus agréables à voir évoluer. Ils ont gagné.
Détresse au Nord de l'Europe, fiesta au Sud... Le cirque, quoi.
Cela n'a pas changé depuis les Romains : on déplace l'énergie du peuple vers des objets mythiques.


Les ballons au vestiaire, SVP

Fin du surhomme.
Enfin !
Armstrong a perdu le Tour de France.
Il a chuté. Trois fois. Son calvaire commence.
Enfin une occasion d'exprimer de la sympathie à cet athlète.
On ne va parler que de ses... 39 ans !
Les médias vont dévisser l'idole.
Pour un peu, on découvrirait qu'il se droguait.


Armstrong n'est plus strong. Il en devient humain.

Fin du monopole de le droite à Rambouillet.
Bon à prendre et à apprendre !
Une écologiste remporte une élection législative.
Puisse-t-elle rester une femme simple, active, convaincue et décidée.
Elle s'est engagée pour le réaménagement du temps scolaire.
Elle s'est opposée à la réalisation de nouvelles autoroutes en Ile de France.
Elle se nomme Anny Poursinoff.


Madame 51,7%

Fin du mensonge : Nicolas Sarkozy va parler ce soir..., 12 juillet.
Pourquoi riez-vous ?
Ce retour aux mauvaises nouvelles peut avoir son bon côté.
À vouloir défendre l'indéfendable..., on s'enfonce.
Le brio n'est jamais longtemps brillant.


La retraite est en marche

vendredi 9 juillet 2010

Ce monde dont je ne suis plus

Non, ce message n'est pas posthume. Je n'ai pas déserté le monde des vivants.

Je veux quitter le monde des apparences qui brille tant et tant qu'il fait écran à la réalité.

Je ne puis continuer à vivre dans l'univers des dupes. La démocratie n'est pas démocratique. La gauche n'est pas à gauche. La transparence est illusoire. Les partis sont des chapelles. Les discours sont des habillages. Le pouvoir n'appartient qu'aux riches. La politique est une guerre. Les élections sont des choix sans choix. La violence est permanente. Le machisme reste triomphant. Les questions essentielles sont éludées. L'économie est affaire de banquiers. Les misérables sont écartés de tout. Les enfants sont dressés pour n'être que des compétiteurs. Les décideurs se recrutent parmi les plus favorisés. Ces élites apprennent à dominer les majorités. Et, ainsi, siècle après siècle, auront duré l'injustice et la haine...



On pourrait, longuement, étendre la liste de ces constats amers.

Face à cela, faut-il se résigner, se suicider ou se révolter? Aucun de ces choix ne serait efficace. Il faut prendre le risque de tenter de vivre libre. Je me retire de ce qui me fabrique dépendant. Je le peux, disposant de quoi manger, dormir et me vêtir. Alors, pour moi-même, et plus encore pour ceux qui sont prisonniers du Système, j'essaie de sortir de cet univers indigne qui est un contre-monde. Je prends définitivement le parti des "sans", de tous ceux qui ont même droit humain que quiconque mais qui sont privés de ce que leur confisquent sciemment les nantis.

Ce monde dont je ne suis plus et qui, de toute façon s'autodétruit, est un monde de violence et d'impuissance. Violence faite à autrui pour vivre de son exploitation. Impuissance à faire face aux malheurs et aux périls qu'engendrent ceux qui usent de leur pouvoir de prédateur sans rien changer aux déséquilibres finalement meurtriers où stagne une humanité déshumanisée.

Je veux m'écarter de ce qui aura troublé mon cerveau et observer, sans crainte, puisque j'arrive en la vieillesse, ces rapports de force qui n'ont jamais rien résolu. La guerre, sourde ou aiguë, est l'outil des États mais ne produit que des bouleversements dont se paie toujours, lourdement, le prix. On commence à comprendre pourquoi Hitler fut la création des vainqueurs de la Guerre 1914-1918. On commence à comprendre pourquoi la Bombe atomique de Hiroshima a sali l'humanité à jamais. On commence à comprendre que l'histoire a changé de sens après Auschwitz. On commence à comprendre que le nationalisme n'a pas de patrie et engendre des haines inexpiables pour mille ans. On commence à comprendre que le colonialisme fut un esclavage dont les effets perdurent. Sans le recul de l'histoire on persiste dans l'erreur qui produisit le crime.

Je veux entrer, au risque du ridicule, dans une approche du vrai réel, celui qui détermine l'avenir de l'espèce humaine. Je veux que l'écologie, le rapport de l'humain à ce dans quoi il baigne, ne soit plus une affaire de petits marquis mais l'affaire de tout un chacun. Je veux pouvoir être naïf et projeter de l'espoir autour de moi.



Ce qu'il me reste à vivre je veux le porter avec cette force qui vient de ce qu'on a pensé possible un autre monde (*). Seul l'homme imagine un dépassement. Je veux abandonner le mieux pour ambitionner le meilleur. Je préfère l'échec de l'espoir à l'échec des réalismes plats. Rendre possible l'impossible est un objectif que seuls des hommes savent exprimer. Et tout ce qu'un homme peut dire pourra, pour le meilleur ou le pire, avoir lieu. Au-delà de toute utopie, il y a une certitude : la vie ne répète pas. Le rêve peut trouver chair. Tout le reste est un monde sans poésie qui ne peut que mourir. Et il meurt sous nos yeux...

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De Roger-Paul Droit, le 7 juillet 2010 :

Nous sommes en train de changer de monde. Sans l’avoir voulu, sans le comprendre encore clairement. Sans le penser encore à la hauteur qui convient. Il ne s’agit pas seulement, on s’en doute, du réchauffement climatique, mais aussi de la fin des ressources énergétiques, des modifications de la biodiversité, de l’interdépendance entre les activités humaines et les équilibres du globe. Sans oublier les multiples mutations de nos comportements, de nos gestes quotidiens aussi bien que de nos horizons politiques. Ce « monde émergent » soulève donc quantité de questions économiques, sociales, politiques, que des problématiques philosophiques nouvelles doivent aborder.

(*) « Le Monde émergent (tome 1) », sous la direction d’Yves Charles Zarka : pour une philosophie de l’écologie


lundi 5 juillet 2010

La contradiction des contradictions

Le constat est brutal et ne date pas de ce siècle : ceux qui parlent sans cesse de Jésus-Christ, qui le louent et le chantent, ne vivent guère de sa parole.

Non que ces chrétiens, catholiques, protestants ou orthodoxes soient moins bons que les autres hommes, mais ils ne prennent au sérieux que les formes et pas le fond, ils croient par prêtres interposés, et l'exigence de l'Évangile : ni pouvoir, ni richesse, ni violence est trop lourde à porter.


Les trois tentations

Penser, affirmer et vivre cette utopie suprême, apparaît insensé, dangereux et donc insupportable. Pour beaucoup, cela mérite la mort. Prêcher l'anarchie, la pauvreté et la douceur est hors du temps, hors du champ social, bref hors de la réalité.

"Mon royaume n'est pas de ce monde" ne veut pas dire le Royaume de Dieu n'est pas sur la Terre. Il veut dire ceci : il est un autre monde possible où ne règnent pas les puissants et les riches, mais l'amour. Inutile de l'aller chercher dans les nuages ou au-delà des étoiles, il est ici-bas, dans notre quotidien, mais hors de "ce" monde qui s'est construit sur la domination.

La folie du Christ est dans son affrontement radical du Prince et du Prêtre par la non-violence au risque de la mort subie.

Cette contradiction absolue entre une humanité qui recherche sans cesse son épanouissement dans la grandeur, la compétition et la force, d'une part, et l'humanité qui aspire au partage, à la lenteur et à la tendresse, d'autre part, est au cœur de l'apport chrétien mais n'est plus prise en considération.

L'échec des civilisations successives aurait pu réanimer ce message de paix qui permettait de dire : osons l'amour, pas l'empathie, pas l'élan du cœur ou du corps, non, mais l'égalité sans restriction, car tout homme en vaut un autre. Le refus définitif de disposer de plus de biens qu'autrui, de plus d'accès au savoir qu'un autre, de plus de droit à la décision que mon voisin, est révolutionnaire par simple inversion des valeurs. C'est, au cœur des sociétés, une affirmation d'un possible, partout et toujours contesté.

La fraternité avec quiconque qui, Terrien comme moi m'est infiniment proche, peut fonder une Cité de prochains. Saint Augustin l'appelait la Cité de Dieu parce que, décidément, les hommes semblaient incapables de cet amour-là, mais c'est la Cité des Hommes qui peut-être divine pas la cité imaginaire. À vouloir mettre Dieu partout, on en exclut jusqu'à l'hypothèse. Le Dieu dont parlent les hommes est haïssable. Jésus a nié la religion de ce Dieu de puissance qui fait à son gré le bonheur ou le malheur des nouveaux nés, siècle après siècle.

Alors, oui, notre Royaume n'est pas de ce monde", encore... Tout s'y oppose. mais s'il reste quelque chose de la bonne parole, c'est bien ceci : nous ne sommes pas condamnés d'avance au triomphe de l'or, de l'épée et du sceptre. Oser l'impossible c'est rendre possible l'utopie des utopies, la contradiction des contradictions, la défaite de la mort.

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