On le voit bien avec ce qui s'est passé aux USA : la panique et le désespoir apparus en pleine crise économique mondiale, l'incompétence révoltante du président Bush, l'extraordinaire personnalité intellectuelle du candidat démocrate, la nouveauté que ce dernier incarnait pour une large part des citoyens américains jusqu'alors oubliés, la faiblesse du camp républicain écrasé par sa responsabilité dans la guerre d'Irak, tous ces facteurs ont conduit Barak Obama à la Maison Blanche. Moins de deux ans après, il a perdu la majorité au Parlement et le désenchantement de son camp est à la mesure du retour aux commandes de Représentants inféodés au capitalisme. Rien n'a changé : la peine de mort, le rejet des choix écologiques majeurs, l'assimilation de toute mesure de justice sociale à un communisme sectaire et étatiste caractérisent, de nouveau, la politique américaine. Rien ne changera, en tout cas, par le haut : ce qui vaut aux USA, comme ailleurs, c'est l'initiative de millions d'hommes qui ont tourné leur vie dans une direction nouvelle, sans tenir compte de de ce qui se vote ou ne se vote pas dans les assemblées parlementaires.
Jean-Jacques Rousseau, qui avait de l'oligarchie une conception tout autre que la nôtre, n'était pas un défenseur de la démocratie parce que, selon lui, le peuple ne pouvant abandonner sa souveraineté et ne pouvant pas fonctionner en agora permanente, ne pouvait que confier le gouvernement à un petit nombre d'exécutants. Sa pensée toujours travestie, déformée ou ignorée n'a jamais été prise en considération même si elle a influencé profondément la période révolutionnaire. Le Contrat social ne débouchait pas sur la démocratie représentative telle que la défendirent, dès 1790, Condorcet et Séyès. La voie de la "démocratie directe" étant, pour Jean-Jacques, bouchée par le trop grand nombre d'avis à prendre en compte, et celle de la "démocratie représentative" étant, à ses yeux, interdite par l'impossibilité de déléguer à quiconque son pouvoir citoyen, ne restait que la voie oligarchique, celle du petit nombre d'acteurs ayant, pour un temps, la charge d'accomplir (et non de concevoir) les opérations nécessaires, la mise en œuvre d'une politique.
La nuance relative au gouvernement oligarchique est considérable : elle interdit pratiquement le gouvernement des riches et exige, oui, la vertu et la probité ! On peut en rire, c'est pourtant la condition même d'existence de ce gouvernement qui ne dirige pas, qui allie l'art du pilote, au gouvernail, avec la volonté des passagers qui se sont embarqués en ayant choisi eux-mêmes leur port. Chaque voyage (chaque mandat) dépend alors de la détermination d'un objectif dont l'équipage du navire et son commandant ne devront jamais se détourner.
Le désamour de la politique n'a qu'une seule explication : la constatation de l'impuissance du peuple constituant la République, avec ou sans les élections. La comédie démocratique, les jeux scéniques qui permettent de mimer la démocratie, sans obéir à ses exigences fondamentales, ne peuvent que faire s'éloigner de la politique ceux qui voudraient y consacrer leur vie et ne le pourront jamais.
Actuellement les tâtonnements qui conduisent à rechercher, sur "la toile" des chemins de la connaissance et de l'influence politiques, où l'État et les partis ne puissent aller effectuer leurs contrôles, nous donnent à penser que des risques dangereux vont être pris mais aussi que des expériences nouvelles seront tentées pour échapper à un système vieillissant qui a conservé l'apparence de la démocratie et pas la substance.
Ma recherche d'une démocratie véritable plus proche de celle de Simone Weil, la philosophe, que de celle de Simone Veil, la femme politique devenue Immortelle, me conduit vers ceux qui se sont écartés des partis pour mieux agir en politique. Je ne m'éloignerai plus de ce lieu politique aux contours flous, mais non bornés, mais sans me laisser enfermer dans le coin du... mauvais citoyen, celui qui maugrée sans s'engager.

