jeudi 23 décembre 2010

De la véritable ou trouble transparence

Transparence est un mot opaque ! On ne voit guère au travers car il recouvre des intentions obscures. Quand certains hommes ou femmes politiques en appellent à la transparence, c'est qu'il y a quelque chose à cacher?

Faire connaître à tous les Français ce qui se dissimulait derrière la vente des frégates Afficher l'image en taille réelleà Taïwan, ou les assassinats de Karachi, reste et restera mystérieux et, même si se trouve levé le secret défense, les juges qui réussiront à faire émerger la vérité auront besoin de beaucoup de courage ou de chance, s'ils n'y laissent pas la vie. Invoquer ici la transparence est pur mensonge.

Faire connaître à tous les Français ce qui se dissimule derrière l'affaire du Médiator est-il possible si l'on veut continuer à vendre des médicaments comme des marchandises et si l'on veut protéger l'industrie pharmaceutique et ses méthodes de gangster utilisées pour "convaincre" médecins et clients ? Invoquer ici la transparence est pur mensonge.

Faire connaître à tous les Français, toujours dans la chaîne économique-pharmaceutique, ce qui s'est caché derrière l'opération de vaccination contre la grippe H5N1, mettrait en cause des personnalités politiques trop liées à l'actuelle majorité pour que l'on place dans la lumière les responsables de ce fiasco. Invoquer ici la transparence est pur mensonge.

Faire connaître à tous les Français pourquoi, (après le tumulte médiatique qui opposa la mère et la fille Bettencourt ainsi que leurs avocats, ces grands affabulateurs !), une réconciliation "inattendue" est survenue, révélerait sans doute l'épaisseur du dossier L'Oréal avec son cortège de lourds financements illicites. Impossible ! Invoquer ici la transparence est pur mensonge.

Faire connaître à tous les Français, toujours dans la chaîne économico-politique, pourquoi Éric Woerth a été soutenu, puis écarté, pourquoi il s'est cru intouchable, pourquoi il risque l'avanie de la présentation devant la Cour de Justice de la République, serait bien utile à ceux qui cherchent ce qui se cache dans les isoloirs de la Sarkosie. Ne rêvons pas ! Invoquer ici la transparence est pur mensonge.

Faire connaître à tous les Français que les revenus des députés et sénateurs seront désormais portés à la connaissance des citoyens, quand ces revenus proviennent d'autres sources que celles des seules confortables indemnités perçues pour exercer leur mandat, est illusoire. Les élus honnêtes en feront, hélas, les frais. Mais les profiteurs n'ouvriront pas leurs comptes. Invoquer ici la transparence est pur mensonge.



Ces grands et petits "événements" ne sont pas les seuls à prendre en considération. La transparence est invoquée, désormais, partout. En parler est même devenu suspect. Car la transparence ne se voit pas ! Elle permet seulement de voir. On peut donner à croire que tout est dit, que tout est montré, et masquer la réalité sans que nul ne s'en doute ! Une vitre, incassable et transparente, laisse apparaitre ce qui est placé derrière, mais ne permet pas qu'on en approche.

C'est l'art des financiers et des banquiers d'emporter la conviction, mais aussi l'argent, de ceux à qui l'on fait accroire, faussement, que tout a été montré.

C'est l'art des élus locaux indélicats, ou simplement inquiets pour leurs sièges, de faire présenter les budgets de façon incompréhensible pour tout un chacun.

C'est l'art des politiciens qui se prennent pour de brillants politiques de dire, avec brio, ce qu'ils ne pensent pas, mieux que ceux qui le pensent.

Bref, si, comme l'affirme le texte évangélique, "la vérité vous délivrera", (Jean-8-32) encore faudrait-il l'approcher ! On demeure, sinon, enfermé dans le discours et les promesses de ceux qui invoquent d'autant plus la transparence qu'ils n'ont nul intérêt à partager, avec l'ensemble des citoyens, les informations qui les concernent, même, et parfois surtout, si elles ne touchent pas leur sphère privée !

La société de surveillance fouille nos vies mais ceux qui sont placés derrière les caméras et les micros n'ont nul désir de se laisser eux-mêmes observer.



À en juger par les torrents de protestations qui accompagnent la publication de documents révélés par Wikileaks - et l'on n'est qu'au tout début de ce scandale... utile ! -, l'enjeu politique des années à venir va se situer dans cette guerre des transparences. La propagande et la publicité étaient, et sont toujours, des mensonges transformés en vérités crédibles et souvent fausses.

Afficher l'image en taille réelleLa transparence, dans les médias, prend le relais : il s'agit de tout montrer sans rien montrer. Quand ce strip-tease politique qui ne va pas jusqu'au bout se trouvera confronté à la vérité... toute nue, la transparence, dont il nous est rebattu les oreilles apparaitra pour ce qu'elle était : un leurre nous empêchant d'aborder en pays réel : le nôtre. Substituons la clarté, la limpidité, à la transparence, la réalité à l'apparence.


mercredi 22 décembre 2010

L'Europe en liberté surveillée

Carte Espace Schengen

En mars 2011, la Roumanie et la Bulgarie devaient entrer dans l'espace Schengen. Il n'en sera rien. Mme Merkel et M. Sarkozy s'y opposent. Comme il faut l'unanimité pour décider des évolutions de cet espace de liberté, tout est bloqué.

Les ministres de l’intérieur de l'Allemagne et de la France ont adressé une lettre conjointe à la Commission européenne en estimant que les gouvernements bulgare et roumain n’auraient pas fait assez de progrès dans la lutte contre la corruption et contre le crime organisé. La France explique, par ailleurs, avoir raidi sa position en raison du risque d’affaiblissement de la capacité de l’Europe à gérer et à contrôler ses flux migratoires.

Les 25 États qui coopèrent dans l'espace Schengen (22 de l'Union européenne et 3 associés, le dernier ayant été la Suisse) sont soumis, de fait, à la volonté des plus puissants, ce que le président de la Roumanie a aussitôt relevé : je considère la lettre des deux ministres comme un acte de discrimination contre la Roumanie. Nous n’accepterons aucune discrimination de quiconque, même s’il s’agit des États les plus puissants de l’Union européenne”.

Ce qui saute aux yeux, si l'on considère cet "événement européen", c'est que l'avis des 22 autres États de l'espace Schengen n'a pas eu besoin d'être sollicité, que c'est la gestion des flux migratoires qui soucie le plus le gouvernement français, que le jugement sur la corruption des deux pays entrés en 2007 dans l'Union européenne vient un peu tard et que l'on balaie volontiers devant la porte du voisin sans se préoccuper de la corruption qui règne chez soi.

Mais ne peut-on rapprocher cette limitation de l'espace Schengen de la récente décision d'accorder des visas d'entrée aux citoyens d'Albanie et de Bosnie-Herzégovine qui n'ont plus besoin de visa pour entrer dans l'espace Schengen depuis le mercredi 15 décembre 2010 ? Le règlement du Parlement européen et du Conseil de l'Union européenne en décidant avait été édicté le 24 novembre 2010. Les Macédoniens, les Monténégrins et les Serbes avaient déjà été libérés de l'obligation de visa il y a déjà un an.

L'exemption n'est valable que pour les titulaires d'un passeport biométrique. Le séjour, sans activité lucrative, ne doit pas dépasser trois mois.

Tout se passe comme si les pays "riches" voulaient à la fois préserver leur espace national de la venue des Européens pauvres (et des immigrés non-européens, cela va de soi) et marquer leur domination sur la totalité de l'espace européen pour contrôler les frontières à leur gré, quitte à enfreindre l'esprit et la lettre des textes européens permettant la libre circulation des personnes.

C'est bien entendu impossible ! Les restrictions n'ont eu et n'auront qu'un temps. On ne peut accorder à la Suisse (non membre de l'Union européenne) ce qu'on interdit à la Roumanie et à la Bulgarie (membre de l'Union européenne). On ne peut surtout bloquer toutes les portes d'une maison dont on a élargi les ouvertures et agrandi le périmètre !

Reste la question des questions : La France et l'Allemagne veulent-ils encore une Europe dont ils ne seraient pas les seuls maîtres ?

samedi 18 décembre 2010

L'impossible révolution

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Allons nous reperdre, comme en 2007, la bataille idéologique dont dépendent tous les résultats électoraux à venir ? Nous voici très au-delà des pré-occupations électorales ! C'est de vivre qu'il s'agit, à présent.

Toute perspective de véritable révolution sociale semble actuellement écartée. On peut comprendre qu'on se refuse à un bouleversement violent qui ne débouche pas, d'ailleurs, -l'histoire l'enseigne-, sur autre chose que le remplacement d'une tyrannie par une autre.

Non! Si révolution veut dire tout autre chose que guerre civile, elle est, bel et bien, un renversement, un retournement des valeurs. Mais il est bien des révolutions...

Quand on cesse, par exemple, de faire du service public une priorité absolue, qu'on conditionne une opinion entière à s'en remettre aux élites et à l'enrichissement personnel, on effectue une révolution, une révolution blanche, impitoyable, silencieusement, mais épouvantablement meurtrière, la révolution du néocapitalisme, celle, renouvelée, réussie, permanente, et démesurément agrandie, du pouvoir absolu de l'argent ! Et nous y sommes plongés.

Quand s'effectua le renversement du régime tsariste en 1917, la dictature du monarque absolu fut remplacée par la dictature du prolétariat, en fait la dictature absolue du parti. Ce fut une révolution rouge de sang. Le communisme léniniste, puis stalinien n'en sortit jamais !

Dictature de l'argent ou dictature du parti via un État aux ordres : le peuple cherche, ailleurs, à tâtons, "la bonne révolution".

"Le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple" (bref la démocratie), "liberté, égalité fraternité", (bref la république), ces formules cernent des définitions et des concepts qui émerveillent encore mais qui restent inopérants. Ils n'ont cessé d'accompagner la première déclaration des Droits de l'Homme, celle, révolutionnaire, de 1789, reprise fort longtemps après, en 1948, juste après une guerre encore jamais vue sur terre ! Mais point de révolution dans les faits, là encore : la droit à la guerre qu'a le plus fort et le droit à la propriété qu'a le plus riche n'ont pu être abolis.

La prochaine révolution sera-t-elle verte, c'est-à-dire faisant du respect de la nature, de l'environnement, de la planète tout entière un nouvel absolu ? N'en croyons rien ! Les meilleures idées se fracassent sur un mur d'acier : celui des privilèges dont les cyniques se contentent le temps de leur vie terrestre. Après moi le déluge, que ce soit un déluge d'eau, de feu ou de vent... Qu'importe !

La révolution des esprits est la seule qui puisse donner corps à ce que les idées révolutionnaires, trahies mille fois, pouvaient, et peuvent encore, signifier en résumé : le partage et l'hospitalité universels à faire passer du niveau de "belle utopie" à celui de "nécessité urgente".

Résignation ou rébellion non-violente ? Désespérance après le désenchantement ou désobéissance citoyenne sans retour ? Le siècle qui s'est ouvert nous a déjà donné le choix entre la fin du monde de la domination ou la fin du monde tout court.

Quand on approche cette alternative tranchée, il n'est plus, pour un être humain vivant, qu'une seule question à se poser : "que reste-t-il à faire, l'essai de l'utopie ou le suicide collectif ?"

Je veux croire que la révolution utopique est plus raisonnable et plus crédible que le suicide politique qui laisserait nos dernières années de vie au pouvoir de ceux qui ont été convaincus que le chacun pour soi est à jamais la loi du monde.

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEicAR8g4TI85bN4Ljegg8kNg_XD5yZV2LBt8ia3Fac1raxalgdul9WjHWQPjLVjwiQvWfuqEDzq58r4c0_4_JGHwoWou_2bKdiLdzTW54tV3S7ALTXFBcoJVRpvLI15z9oUsoWqgYzSwLzK/s400/revolution.jpg

jeudi 16 décembre 2010

De l'obsolescence du Sénat



Courant 2011, le Sénat sera en partie renouvelé.

Cette Assemblée parlementaire est le symbole même de la non-politique.

Le Sénat est constitué d'élus du second degré. Ils n'ont donc, en principe, de compte à rendre qu'à une partie des élus des assemblées locales qui les ont désignés (lesquels n'auront aucune occasion de leur demander ces comptes !). Le Sénat est, en majorité, composé de gérontes expérimentés, entourés de collaborateurs qualifiés et disposant de moyens de travail sans équivalents. Le Président du Sénat (on se demande pourquoi !) est le second personnage de l'État. La "Haute Assemblée" (ainsi nomme-t-on aussi, à mes yeux ridiculement, le Sénat !) est censée équilibrer les éventuels excès du suffrage universel direct. En réalité, ce fut toujours, depuis 1875, un contre-pouvoir conservateur chargé de veiller à ce que la République reste centrée à droite.

Depuis que le l'Assemblée nationale est plus à droite encore que le Sénat, et depuis que les Collectivités territoriales, (Régions, Départements et grandes villes) sont majoritairement dominées par des élus membres du parti socialiste, on se prend à rêver, dans les rangs de l'actuelle opposition que le Sénat passe "à gauche" en septembre 2011. Voilà qui crée des ambitions nouvelles ! D'anciens ministres de la République, du temps de Lionel Jospin, cherchent à se recaser là où d'importants et nouveaux moyens d'exister politiquement peuvent apparaitre.

L'attrait des traditions a ses limites. La Sénat n'est pas une tradition républicaine mais une contradiction républicaine. Il n'a plus sa raison d'être, mais c'est une trop belle sinécure pour qu'on mette en question son existence. De Gaulle avait été battu quand il voulut le réformer. Ce n'est peut-être pas demain la veille qu'on écartera de la représentation populaire cet outil au service des riches et qui collabore si bien avec le pouvoir autoritaire actuel.

Curieux retournement : c'est au moment où le PS passe à la gauche de la droite qu'il lui devient possible de faire élire une majorité qui ne soit pas franchement à droite. Le Sénat est bien le thermomètre qui mesure l'état de conservatisme de la France. Quels que soient les partis dominants, c'est le pouvoir libéral qui se tapit dans l'ombre de ce Sénat fastueux et obsolète.


lundi 13 décembre 2010

Monstruosité officielle

On recule toujours les limites de l'invraisemblable ! Cette fois, il s'agit de mesurer si un homme mâle peut en faire bander un autre, moyennant quoi il pourra avoir droit à l'asile politique. Si, si... Un homosexuel doit être un véritable homosexuel s'il veut être protégé des menaces qu'il encourt dans le pays qu'il fuit ! Il est des hétérosexuels qui jouent les homosexuels pour obtenir l'asile ! Il faut donc les démasquer ! On a trouvé la bonne méthode, que révèle un communiqué de l'AFP... Ces pratiques affreuses glacent le sang. Les humains peuvent être des monstres...

 
Asile: la Commission dénonce les "tests phallométriques" tchèques 10.12.10

La Commission européenne a dénoncé vendredi des pratiques jugées humiliantes imposées par les autorités tchèques aux demandeurs d'asile pour vérifier qu'ils sont bien homosexuels et peuvent à ce titre arguer de persécutions subies dans leurs pays. La pratique du "test phallométrique" est "dégradante", "non conforme aux droits de l'Homme" et "le refus de s'y soumettre ne peut constituer un motif de refuser l'asile", a mis en garde le porte-parole de la Commission pour les questions d'immigration, Michele Cercone.

Ce test consiste à mesurer les réponses érectiles masculines obtenues pendant la présentation de divers stimuli sexuels et non sexuels. Il a été mentionné par l'Agence européenne pour les droits fondamentaux dans un rapport. La Commission exige du "respect" dans l'examen des demandes. Les autorités tchèques utilisent ces tests pour vérifier l'homosexualité des demandeurs d'asile en leur projetant des images pornographiques hétérosexuelles, a déploré la Commission. "Cette pratique suscite des doutes quant à sa conformité avec les articles 4 et 7 de la Charte des droits fondamentaux (de l'UE) qui interdisent la tortures et les traitements dégradants", avertit la Commission.

"L'examen des demandes d'asile doit toujours être mené dans le respect des droits fondamentaux et les principes généraux de la législation européenne ", rappelle Bruxelles.



http://www.rtbf.be/info/monde/asile/asile-la-commission-denonce-les-tests-phallometriques-tcheques-284485


jeudi 9 décembre 2010

Le désamour démocratique

Le vote, même libre, n'est pas un gage de démocratie. J'ai déjà tenté d'approcher les limites d'une construction politique qui a donné d'immenses espérances et qui génère, actuellement, des déceptions multiples. La démocratie n'est plus que la caricature de ce que des partis populaires ont loué pendant des générations : prendre le pouvoir par les urnes, sans violences. Cet idéal, que des millions de petites gens ont visé, tout au long de leur vie d'adultes, et porté donc par le peuple (ainsi nommait-on "la classe ouvrière") s'est affadi avant de s'évanouir.

Aujourd'hui, il saute aux yeux que la force armée, les mensonges des dirigeants, la manipulation médiatique contraignent ou orientent les électeurs vers des choix pré-établis. Il n'y a pas besoin de se rendre en Égypte, en Côte d'Ivoire ou en Haïti pour se convaincre que les tricheurs commandent et sont prêts à ouvrir le feu sur les mauvais votants ! C'est dans les pays occidentaux autoproclamés démocratiques qu'il convient de débusquer les agents de l'oligarchie financière toute puissante, détentrice des moyens permettant de tout acheter, sans même qu'il soit besoin de recourir à la concussion ou à la malversation ! Il suffit à ces professionnels de la politique de prouver qu'on a les moyens d'agir pour convaincre les citoyens que le pouvoir ne peut aller ailleurs et en particulier pas entre les mains inexpérimentées d'amateurs impécunieux.

On le voit bien avec ce qui s'est passé aux USA : la panique et le désespoir apparus en pleine crise économique mondiale, l'incompétence révoltante du président Bush, l'extraordinaire personnalité intellectuelle du candidat démocrate, la nouveauté que ce dernier incarnait pour une large part des citoyens américains jusqu'alors oubliés, la faiblesse du camp républicain écrasé par sa responsabilité dans la guerre d'Irak, tous ces facteurs ont conduit Barak Obama à la Maison Blanche. Moins de deux ans après, il a perdu la majorité au Parlement et le désenchantement de son camp est à la mesure du retour aux commandes de Représentants inféodés au capitalisme. Rien n'a changé : la peine de mort, le rejet des choix écologiques majeurs, l'assimilation de toute mesure de justice sociale à un communisme sectaire et étatiste caractérisent, de nouveau, la politique américaine. Rien ne changera, en tout cas, par le haut : ce qui vaut aux USA, comme ailleurs, c'est l'initiative de millions d'hommes qui ont tourné leur vie dans une direction nouvelle, sans tenir compte de de ce qui se vote ou ne se vote pas dans les assemblées parlementaires.

Jean-Jacques Rousseau, qui avait de l'oligarchie une conception tout autre que la nôtre, n'était pas un défenseur de la démocratie parce que, selon lui, le peuple ne pouvant abandonner sa souveraineté et ne pouvant pas fonctionner en agora permanente, ne pouvait que confier le gouvernement à un petit nombre d'exécutants. Sa pensée toujours travestie, déformée ou ignorée n'a jamais été prise en considération même si elle a influencé profondément la période révolutionnaire. Le Contrat social ne débouchait pas sur la démocratie représentative telle que la défendirent, dès 1790, Condorcet et Séyès. La voie de la "démocratie directe" étant, pour Jean-Jacques, bouchée par le trop grand nombre d'avis à prendre en compte, et celle de la "démocratie représentative" étant, à ses yeux, interdite par l'impossibilité de déléguer à quiconque son pouvoir citoyen, ne restait que la voie oligarchique, celle du petit nombre d'acteurs ayant, pour un temps, la charge d'accomplir (et non de concevoir) les opérations nécessaires, la mise en œuvre d'une politique.

La nuance relative au gouvernement oligarchique est considérable : elle interdit pratiquement le gouvernement des riches et exige, oui, la vertu et la probité ! On peut en rire, c'est pourtant la condition même d'existence de ce gouvernement qui ne dirige pas, qui allie l'art du pilote, au gouvernail, avec la volonté des passagers qui se sont embarqués en ayant choisi eux-mêmes leur port. Chaque voyage (chaque mandat) dépend alors de la détermination d'un objectif dont l'équipage du navire et son commandant ne devront jamais se détourner.

Le désamour de la politique n'a qu'une seule explication : la constatation de l'impuissance du peuple constituant la République, avec ou sans les élections. La comédie démocratique, les jeux scéniques qui permettent de mimer la démocratie, sans obéir à ses exigences fondamentales, ne peuvent que faire s'éloigner de la politique ceux qui voudraient y consacrer leur vie et ne le pourront jamais.

Le retour des États généraux, peut-être, ou mieux encore, le recours à de nouveaux Cahiers de doléances, permettraient d'entendre la voix du peuple dans le détail de ses espérances. Encore faudrait-il que la volonté révolutionnaire se réexprime en 2011 comme en 1788 : le contenu de ces Cahiers ne pouvant qu'être accepté, développé et... exécuté. Là se trouve la question majeure : re-susciter l'élan démocratique qui doit ne rien confier, les yeux fermés, à des représentants, quels qu'ils soient, élus, au premier comme au second degré, députés ou sénateurs.

Actuellement les tâtonnements qui conduisent à rechercher, sur "la toile" des chemins de la connaissance et de l'influence politiques, où l'État et les partis ne puissent aller effectuer leurs contrôles, nous donnent à penser que des risques dangereux vont être pris mais aussi que des expériences nouvelles seront tentées pour échapper à un système vieillissant qui a conservé l'apparence de la démocratie et pas la substance.

Ma recherche d'une démocratie véritable plus proche de celle de Simone Weil, la philosophe, que de celle de Simone Veil, la femme politique devenue Immortelle, me conduit vers ceux qui se sont écartés des partis pour mieux agir en politique. Je ne m'éloignerai plus de ce lieu politique aux contours flous, mais non bornés, mais sans me laisser enfermer dans le coin du... mauvais citoyen, celui qui maugrée sans s'engager.

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Voir sur la naissance de la démocratie représentative : http://www.laviedesidees.fr/La-democratie-representative-est.html

mercredi 1 décembre 2010

De l'élection comme faux gage de démocratie

http://aubergiste.lesdemocrates.fr/files/2010/03/medium_aux_urnes.jpg

L'élection est une désignation.
C'est la désignation de représentants.
C'est un choix fait par un corps électoral.

Le corps électoral est constitué par une liste de citoyens majeurs.
Tous les citoyens majeurs ne sont pourtant pas électeurs.
Votent, en général, des inscrits de la nationalité du pays qui s'exprime.

L'élection au suffrage universel devrait recueillir l'avis de tous les citoyens.
Mais l'élection tend vers le suffrage universel sans l'atteindre.
L'élection des sénateurs (par des "déjà élus") en est un contre-exemple.

Si ne vote pas celui qui vit où l'on vote, l'élection est dévaluée.
Un humain, étranger ou pas, vivant durablement en France, doit pouvoir voter.
L'inscription à 18 ans, sur les listes électorales, n'est pas, à tort, entièrement automatique.

Choisir un par un, ou sur une liste, des noms de candidats n'est pas politique.
Le choix d'une politique doit précéder le choix de ses porte parole.
La personnalisation des scrutins obture la pensée citoyenne.

La personnalisation atteint son sommet d'ambiguïté dans le scrutin uninominal.
La confusion extrême, à cet égard, se situe dans le scrutin présidentiel.
Sur deux tours, le pays, se trouve enfermé dans une dualité dont il ne peut sortir.

L'élection, où qu'elle soit organisée sur Terre, semble obéir à une contrainte fatale.
Là, elle n'est qu'une farce et les électeurs sont conduits vers un résultat préfabriqué.
Ailleurs, le conditionnement médiatique trouble tout jugement au moment du vote.

Le signe de l'hypocrisie instituée se vérifie dans les coûts des opérations électorales.
Un candidat qui ne dispose pas d'une fortune est incapable de se présenter.
Les oligarques ou les professionnels des partis sont seuls en mesure de concourir !

L'élection, dans ces conditions, s'apparente à une guerre ou à un jeu.
Dans les pays où règne le néocolonialisme économique, la force est aux aguets.
Dans les pays occidentaux, dits démocratiques, la compétition n'est qu'un sport et un spectacle.

Ces dérives, constatables partout, enlèvent tout suspense à l'élection.
Le choix est toujours, in fine, entre le candidat libéral et le libéral candidat.
Entre DSK et Fillon ou entre "Ségolène" et Sarkozy..., en 2012 ?

Déprésidentialiser le système électoral français serait nécessaire mais insuffisant.
Toute désignation doit sortir du système qui fait du candidat une marchandise.
Un représentant dont le mandat est multiple ou/et répétitif confisque le pouvoir.

La démocratie est bafouée quand la politique se professionnalise.
Les élites sont incapables d'innover parce qu'elles ne peuvent sortir de ce qui les fait.
Les citoyens ont à se réapproprier la politique car elle leur a été enlevée.

L'élection, dans cet esprit, serait l'aboutissement et non le point de départ d'une action.
Les oligarques (avec leurs partis) ou les partis (avec leurs vedettes) faussent les résultats.
Le choix des acteurs politiques doit être totalement repensé.

Comment en vouloir à ceux qui ne votent pas, ou plus ?
Qu'ils ne soient pas inscrits ou qu'ils fassent la grève du vote ?
Pourquoi critiquer ceux qui doutent qu'on puisse changer ce qui ne changera pas !

Sortons de deux logiques mortifères : ne pas voter ou voter pour rien.
Votons blanc quand on n'a pas de véritable choix, ou refusons publiquement de voter.
Ne renonçons jamais : quand s'abstenir revient à abandonner, nous nous contredisons.

Qui ne rêve est le "veau" dont parlait De Gaulle ; je rêve d'élections démocratiques réelles.
Sans candidats. Sans dépenses hallucinantes. Sans phallocratie. Avec mandat unique.
Les élus seraient tirés au sort dans une liste correspondant à celle des jurés populaires.

Il n'est pas plus difficile de gérer une ville que de juger un homme !
Il est indécent que tous les élus des assemblées nationales soient des riches !
Le temps des partis de la fausse gauche et de la vraie droite est révolu. Montrons-le !

La démocratie n'est donc pas produite par l'élection ; elle est la condition préalable de l'élection.
La démocratie suppose que chaque citoyen puisse agir entre deux élections.
Le théâtre politique est une scène ; nos vies, qui s'y jouent, se passent pourtant à l'extérieur !

La miniaturisation du monde est fausse : les vedettes internationales ne font pas la planète.
Le pouvoir n'est pas dans les palais, au fond des urnes, ou au bout des fusils !
Le pouvoir de faire n'est pas le pouvoir sur les autres ! Il nous appartient.

Saisissons-nous des questions dont tout dépend (climat, nucléaire, nourriture, démographie...).
Les savants et les sages ne sont pas tous des experts encravatés !
Le pouvoir est dans nos esprits, en concertation. L'élection vient longtemps après !

L'élection est souvent un enfumage : c'est un faux gage de démocratie.
Le gouvernement du peuple ne consiste pas à choisir les bergers qui font de nous des moutons !
L'élection est un moyen. Pas une fin. Cessons d'être les spectateurs de nos vies.




mardi 30 novembre 2010

Nous avons besoin de frontières perméables

Régis Debray expose que les frontières nous sont aussi indispensables que le sac de peau où loge notre corps, un sac poreux...



Je veux bien le suivre s'il s'agit de constater que chacun a besoin, ne fut-ce que pour dormir et s'asseoir, d'un espace de vie dont nul ne puisse vous interdire l'accès ! Il est donc, autour de chaque vivant, une zone où le respect s'impose. C'est vrai pour chaque personne. Est-ce vrai pour chaque peuple ?

Une frontière opaque se nomme un mur. Au Mexique, en Palestine, et ailleurs encore, on rend la frontière imperméable et qui la transperce peut en mourir. Ce qui ne peut être franchi, même avec l'accord d'autrui, de l'étranger, est la marque de la dictature.

Le propos de Régis Debray est paradoxal et provocateur car il vise non à sacraliser les frontières mais à y ouvrir des portes. L'hospitalité suppose l'accueil et donc l'ouverture du lieu où l'on reçoit celui qui ne sait où aller. Autrement dit, les frontières sont des limites de protection au sein desquelles le protégé est autant celui qui se présente à la frontière que celui qui vit à l'intérieur de cette frontière.

Les citoyens du monde, qui luttent pour que cesse la dictature des États, peuvent-ils se retrouver dans cette nouvelle visite du concept de frontière ? Je le pense, mais à certaines conditions. Ce qui, dans les frontières était insupportable, c'est qu'elles interdisaient d'entrer dans un monde clos à moins d'obtenir le visa, le sauf conduit, dont les dirigeants du pays étaient seuls à pouvoir formuler l'autorisation. Traverser une frontière sans avoir besoin de montrer patte blanche est, au contraire, le signe que nous vivons dans un même monde. Par exemple, si la Belgique commence ici, nul ne m'interdira à moi, l'Espagnol ou l'Italien, de rouler vers Bruxelles.

Le territoire d'une ville ne se confond pas avec le territoire d'une autre, mais aucun péage, aucune taxe ne sont exigés à l'entrée de Paris, Grenoble, Milan ou Rome... Dans les communes plus petites peuvent exister des "patriotismes de quartier" mais nul ne saurait être personna non grata dans ces quartiers, sauf à commettre un délit.

La frontière est une balise, un repère, ce n'est plus cette séparation qu'imposent et surveillent des douaniers ou des policiers. La guerre est le produit de deux erreurs majeures et inverses : le repli sur des frontières qu'on veut défendre les armes à la main ou la négation des frontières cernant l'espace où des voisins ont construit leurs cités et plus encore leurs modes de vie. La fermeture et la conquête, le nationalisme et la domination, rendent la paix fragile puis intenable.

La propriété du sol, impartageable, comme l'appropriation du sol, par la force, débouchent sur la même tragique conséquence : l'élimination de ceux qui n'ont pas, ou qui n'ont plus, de terre à travailler, à parcourir, à visiter. Une frontière qui se ferme est une frontière qu'on peut contester. Une frontière qui s'affiche est une frontière qui annonce la diversité humaine et le plaisir de la découvrir.

Les États ne sont pas des nations. Les nations sont beaucoup plus nombreuses que les États. Les frontières étatiques ne suppriment pas les frontières culturelles. Les ethnies ne sont pas des races mais des nations sans État ; elles sont la richesse du monde. Elles méritent le respect ; elles invitent à la découverte ; elles sont plus profondément enracinées que les États qui leur sont le plus souvent postérieurs.

Nier les frontières, c'est donc, tout à la fois du totalitarisme et une nécessité ! Car il y a frontières et frontières. L'unicité du monde, le mondialisme, ou la mondialisation d'une planète sans frontières, mènent à la dictature généralisée. L'universalité, au contraire est l'acceptation de la pluralité qui a des frontières, physiques ou pas, qui ne juxtaposent pas les territoires mais les mettent en communication. De l'interpénétration des cultures, de leurs confrontations sans haine peuvent jaillir de nouvelles cultures, de nouvelles langues, de nouvelles histoires alors qu'aujourd'hui c'est la compression des peuples qui fait disparaitre leur diversités et leurs apports à l'humanité.


Dérisoires barbelés qui tombent avant d'avoir rouillé...

mercredi 24 novembre 2010

L'inépuisable source de la violence : le désespoir

Les médias informent et nourrissent un sentiment d'impuissance qui fait monter, en chacun, une haine dangereuse.



Que nous dit-on, aujourd'hui même ?

Que nombreuses sont les femmes qui meurent sous les coups de leur compagnon. En France, par exemple, on sait qu'une femme sur dix est frappée par son époux ou son concubin. Danger au quotidien !

Qu'un président de la République, maître de la dissuasion nucléaire, peut "péter les plombs" au point d'invectiver des journalistes en les comparant à des pédophiles ! Le chef de l'État est devenu un danger pour la France.

Que des "retro-commissions", non payées, ont pu, à Karachi, entrainer la mort d'innocentes victimes d'un trafic détourné. Les responsables se sont mis à l'abri... Le danger est au cœur des ventes d'armes tout à fait "légales" !

Que le meilleur concurrent de Nicolas Sarkozy, pour l'élection présidentielle de 2012, serait un socialiste qui ne l'est pas, un machiste déjà âgé, un "professionnel de la politique", un soutien de la politique dangereuse de l'État d'Israël. DSK est un danger pour "la gauche".

Que, depuis 60 ans, les deux Corée ne connaissent qu'un armistice et qu'il est possible que la guerre, qui fit des millions de morts, reprenne. Une île sud coréenne a été bombardée : deux morts et de nombreuses destructions. Un danger asiatique qui ne s'éteint jamais...

Que malheur après malheur, en Haïti, de séisme en ouragan, de misère sans nom en choléra, on en arrive à des violences électorales affreuses. Qui fournit les armes ? Qui les achète et les paie? Danger pour les plus meurtris des hommes !

L'Irlande souffre : pour renflouer les banques, il faudrait écraser les Irlandais sous un plan d'austérité que les plus pauvres seront les premiers à payer. Après la Grèce, l'Espagne, le Portugal et (on l'oublie trop!), la Hongrie, la Roumanie..., et peut-être, bientôt, l'Italie, la France... Danger pour l'Europe tout entière.

Une manifestation symbolique contre la réforme des retraites hier. En même temps l'entreprise Renault facilite le départ à 58 ans des employés inemployés. Même le MEDEF relève la contradiction avec la loi toute récente reportant l'âge du départ en retraite à 62 ans. La colère et la peur couvent devant tant de cynisme. Nous ne sommes pas sortis de la fin des conflits sociaux : danger social permanent !

Et j'en oublie. Et cela ne concerne que les événements du jour...


Miguel de Cervantes ! Au secours !

Quand l'on ne peut que constater l'effondrement des raisons d'espérer, on entre dans l'ère de tous les dangers, de toutes les violences.

Nous avons, au moins, la chance de voir disparaitre les illusions. Nous sommes nus face à la cruauté de notre temps, mais de plus en plus lucides. Notre tâche citoyenne consiste, désormais, non plus à prendre un rôle, une place dans des dispositifs politiques, religieux, associatifs tout faits. Il faut "faire le pas de côté", s'installer "ailleurs" et oser ce qui fera sourire ou ricaner : la non-violence car nulle sécurité ne repose visiblement sur la force.

La guerre faite par la plus grande des démocraties en Iran, en Afghanistan, risque de blesser à mort la démocratie elle-même : aucune excuse à l'emploi de sous-munitions contre les enfants des Talibans. Les États-majors, tous les États-majors, sont peuplés de professionnels de l'assassinat de masse.

Le recours au taser, à la vidéo surveillance, aux écoutes téléphoniques, aux polices suréquipées, à la propagande sécuritaire n'empêcheront pas les révoltes des misérables.

Utopie ou pas, il n'y a plus le choix, sauf à devoir accepter le conflit généralisé qui, comme les précédentes guerres "mondiales" en engendreront une suivante. La paix ne peut s'appuyer sur la violence. Tout le monde le sait mais il est "irréaliste" de l'affirmer. Et puisqu'on ne sait faire autrement, on continue à installer, tous azimuts, des rapports de force qui nous tuent à petit feu ou dans des crises suraiguës !

Et si l'on essayait l'amour ? Pas celui qu'on nous susurre. Pas la charité gnan-gnan, pas celui de la presse du cœur, pas la simple solidarité : le difficile partage de tout entre tous. Folie ? Évidemment ! Très vieille folie même ! Soyons les bouffons de ce monde plus fou encore, où la vie ne vaut que si l'on rompt avec les fausses évidences.


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Mais, éteins-le, ce feu qui consume les désespérés !

mardi 23 novembre 2010

Il y a nation et nation

Bienvenue à Patrick Chamoiseau qui bouscule un peu les concepts, ce dont nous avons besoin si nous voulons ne pas lâcher la proie pour l'ombre, c'est-à-dire troquer un"État-nation" pour une nation nationaliste.


«... En salut aux nations naturelles et aux peuples sans État.»

1 - Beaucoup de souverainetés existant par le monde, parfois inscrites à l'ONU, sont composites, c'est-à-dire tissées de plusieurs États, peuples ou nations (Nigeria, Espagne, Saint Kitts-et-Nevis, Chine, Micronésie, USA, Suisse, Inde, etc...)

2 - Le peuple : entité historique, culturelle et identitaire. La nation : perception collective d'un destin commun dont l'intensité peut atteindre ou pas l'exigence d'un État. L'État : appareillage politique de tout cela.

3 - Celui qui parvient à doter une nation naturelle d'un outillage politique en devient le « père ». Celui qui l'a dotée d'une haute conscience d'elle-même en est le « catalyseur ». D'une manière générale, le « catalyseur » rend possible l'avènement du « père de la nation ».

4 - Ce qui relie, rallie, relate, États peuples nations, quelle que soit leur complexité constitutive ou découlant de l'Histoire, c'est souvent une idée, une éthique référentielle. Cela peut aussi être une intention autour d'un projet global ; une stratégie d'ensemble liée à une vision du monde ; un pacte républicain ou autre qui autorise le respect des différences et surtout leur expression positive. En clair : une Politique et son appareillage.

5 - Par l'appareillage politique, la nation naturelle concrétise son optimal degré de souveraineté.

6 - La forme la plus historiquement répandue, sans doute maintenant obsolète, en tout cas à problèmatiser, de l'appareillage politique est celle de l'État.

7 - La nation naturelle naît à elle-même par le Politique. La nation politique est une nation naturelle dotée d'une intention et des moyens d'agir dans le concert du monde.

8 - Mieux que l'idée d'indépendance, l'idée de souveraineté est la seule qui puisse mettre fin à toute forme de colonisation. On peut être indépendant et ne pas être souverain. La Françafrique est la gestion néocolonialiste d'un lot d'indépendances. Durant l'esclavage, beaucoup de nègres marrons n'étaient pas « libres » : peu souverains en leur imaginaire malgré les chaînes rompues.

9 - Je me dis « indépendantiste » (toujours pour aller vite) non pas parce que je me range aux conceptions nationalistes des années 50 - supposant un espace international d'entités étatiques égocentriques, concurrentes et antagonistes - mais simplement parce que je ne renonce pas à l'idée d'une souveraineté martiniquaise inscrite tel un écosystème dans l'écosystème-monde.

10 - Une souveraineté peut recouvrir plusieurs espaces de souveraineté, plusieurs États, plusieurs peuples, plusieurs nations, car toute souveraineté exprime une volonté commune, une intention partagée, un pacte défini pour mettre en branle une entité collective vivante. Or tout ce qui est vivant se trouve par nature en diversité, en différences et en changements. Dans l'actuelle globalisation du monde qui redistribue la gamme des peuples, des cultures et des identités, une République « une et indivisible » est un archaïsme désormais improductif. C'est ce vieil imaginaire de l'Un comme seul vecteur du vivre-ensemble qui rend indépassable l'abîme israélo-palestinien. C'est lui qui pétrifie chez nous, en Martinique, l'idée d'indépendance, et qui nous garde irresponsables en république française.

11 - La souveraineté met fin à toute forme de colonisation en dotant une entité collective d'un outil politique d'abord capable de s'auto- organiser, puis de maîtriser et de choisir les interdépendances qui lui sont nécessaires (ses relations extérieures, ses adhésions, ses alliances historiques, ses associations, ses choix économiques, son réseau écologique international, sa coopération régionale, son maillage de luttes dans les combats mondiaux, etc...)

12 - Les souverainetés peuvent établir entre elles toutes formes d'alliances et d'associations, et s'articuler sur des formes de convergences infiniment complexes, bien au-delà des fédérations ou confédérations. En la matière, la capacité inventive seule confronte désormais les limites.

13 - L'idée de souveraineté, articulée en différents niveaux et différents espaces, est adaptée à l'écosystème interdépendant du monde contemporain. Là où l'assistanat-dépendance accule les pays dits DOM-TOM à une rupture avec l'écosystème du monde, le processus de souveraineté optimale pourrait les réinstaller par la responsabilité dans leurs propres réalités, dans celles de leur région et dans celles du monde. S'opèrerait ainsi l'affirmation positive et sereine d'une volonté commune et d'une intention s'articulant en pleine conscience à d'autres volontés et d'autres intentions. Par « volonté » et « intention » j'entends : une autorité intérieure, individuelle et collective. Par « processus de souveraineté optimale » j'entends : la récupération de tous les espaces de souveraineté qu'autorisent le niveau de conscience collective et le rapport de forces politiques en présence.

14 - Toute accession à l'autorité intérieure, nous délivre des enfermements idéologiques, du verrou des mots d'ordre, et des vieilles conceptions de l'État-nation. Toute autorité intérieure est génésique en ces matières : elle crée des formes toujours nouvelles et toujours dynamiques, en relation avec le monde.

15 - Ce qui, pour les nations naturelles et les peuples aujourd'hui sans État, rend tout projet politique difficile, c'est qu'il doit exprimer la vision complexe de ce que pourrait être une nation-relation ou une méta-nation. C'est à dire : une présence collective inédite, dynamique, agissante et féconde dans la complexe fécondité et fluidité du monde.

En Martinique, à l'orée de cette collectivité unique que nous devons penser - dont l'opportunité constitue pour nous tout autant une chance qu'un abîme potentiel - nous avons tout à inventer. La simple fusion des deux collectivités précédentes (Conseils régional et général) qui n'ont montré que leurs limites, constituerait une indigence, une perte de temps, et pire : un renoncement.

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Mort mais pas fin du Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire : Besson a passé la main à Hortefeux, et tout se passera désormais "à l'Intérieur" ! Pas rassurant...

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