mercredi 5 janvier 2011

Comment l'élection tue la démocratie




Comment celà ? L'élection tue la démocratie ? N'est-ce pas le contraire : là où l'on ne vote pas, il n'y a pas de démocratie... Eh bien, s'il faut des élections pour qu'il y ait démocratie, cela ne suffit pas. Pire : on peut, par le biais d'élections, limiter ou supprimer, voire interdire, la démocratie.

On m'objectera que cela se passe ou s'est passé, dans des Républiques bananières, loin des pays démocratiques occidentaux, ou dans des pays totalitaires où régnait la dictature du parti unique ! Pas du tout ! Regardons à notre porte : en France, et au plus près de soi, dans notre propre département puisque les dernières élections cantonales approchent. Le mien est le Val d'Oise.

L'organisation administrative de la France va changer, au prétexte que, avec 36 783 communes, 100 départements, 26 régions, 15 900 syndicats intercommunaux, 371 pays, « le millefeuille administratif » est devenu illisible. La loi n°2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales crée une nouvelle catégorie d'élu : le conseiller territorial. Les députés ont ratifié, par 258 voix contre 219, le texte de la Commission mixte paritaire (Assemblée nationale/Sénat, ou CMP). La réforme a été validée, pour l'essentiel, par le Conseil constitutionnel (décision du 9 décembre).

Siégeant à la fois au conseil général et au conseil régional, ces conseillers territoriaux remplaceront les 4.037 conseillers généraux et les 1.880 conseillers régionaux actuels, à l'issue des élections du printemps 2014. Le mandat des conseillers régionaux, élus les 14 et 21 mars 2010, était donc de quatre ans, et celui des conseillers généraux, qui seront élus les 20 et 27 mars 2011, sera de trois ans.

Détenteurs d'un mandat unique, les conseillers territoriaux appelés à siéger, dès 2014, dans les assemblées régionale et départementale, seront élus pour six ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, dans le cadre de cantons redécoupés et élargis. Le gouvernement a écarté l'instauration d'une dose de proportionnelle.

L'élection cantonale des 20 et 27 mars sera donc la dernière ! C'en est fait des Conseils généraux tels qu'ils existaient depuis au moins 140 ans.

La moitié des cantons actuels, 2023 exactement, dont 1941 en métropole, vont donc être renouvelés, à l'occasion de cette dernière élection cantonale qui a gardé, depuis l'origine, un mode de scrutin particulièrement antidémocratique : le scrutin uninominal à deux tours.

Tout y est prévu qui interdise l'élection et même la candidature des candidats des petites formations politiques. Il faut, en effet, au premier tour, obtenir 50% des suffrages exprimés et 25% des électeurs inscrits pour être élu. S'il y a second tour, ne peuvent se re-présenter que les candidats ayant obtenu au moins 10% des inscrits, ce que le fort taux d'abstention habituel rend malaisé (les deux candidats en tête du scrutin de premier tour ne sont pas, eux, soumis à cette règle ; ce qui arrive quand trois, voire quatre candidats, obtiennent des résultats proches). En 2014, ce sera pire : les élus territoriaux devront recueillir au moins 12,5% des inscrits pour être présents au second tour...

Une page se tourne, et se déchire même, que Nicolas Sarkozy a voulu supprimer du droit électoral. Les élus du 17 mars 2008 auront été les derniers à siéger six ans. Les élus du 27 mars 2011 seront les premiers à ne siéger que trois ans. Les 58 assemblées "de gauche" et les 44 assemblées "de droite" seront recomposées en 2014 et le pouvoir actuel espère bien que le rapport des forces y sera modifié.

Ce remue-ménage politicien intrigue les électeurs avertis. Il a pour objectif, cependant, d'accentuer le bipartisme, d'éliminer les petites formations, de limiter encore le recours à la proportionnelle, de diminuer le nombre des élus, et de tenter de reconquérir des collectivités territoriales qui échappent à la majorité politique actuelle.

C'est dans ce contexte que se préparent les ultimes élections cantonales dans le Val d'Oise. Créé en 1967 et composé actuellement de 39 membres, le conseil général du Val-d'Oise, avait basculé à gauche, pour la première fois de sa jeune histoire, avec un siège d'avance, lors des dernières élections cantonales de 2008.

Même si Didier Arnal, élu PS, sera resté président du conseil général jusqu'au prochain renouvellement de mars 2011, la droite a repris l'avantage, depuis septembre 2009, après avoir reconquis le canton d'Argenteuil-Est lors d'une élection partielle consécutive à l'annulation de l'élection de la communiste Marie-José Cayzac.

Actuellement, la répartition des sièges est la suivante : 20 élus s'affichant de droite (dont 14 UMP et 6 divers droite) et 19 élus s'affirmant de gauche (dont 18 PS et 1 PCF). 19 cantons seront renouvelables en 2011 : 12 sont détenus par le PS (Argenteuil-Nord, Argenteuil-Ouest, Eaubonne, Ecouen, Franconville, Garges-lès-Gonesse-Est, Gonesse, Magny-en-Vexin, Saint-Ouen-l’Aumône, Sannois, Sarcelles-Nord-Est et Sarcelles-Sud-Ouest), 4 par l'UMP (Herblay, Marines, Montmorency et Viarmes) et 3 par des divers droite (Beauchamp, Beaumont-sur-Oise et la Vallée-du-Sausseron).

On relèvera que le Val d'Oise ne compte aucun élu écologiste.

La question mathématique est la suivante : le PS gardera-t-il ses sièges et en gagnera-t-il au moins un pour conserver la majorité durant les trois ans à venir ? En vérité, les électeurs s'en moquent. Ils ont perdu les repères qui fixaient les limites de ce qu'on a du mal encore à appeler la gauche et la droite. Et là commence la réflexion sur la destruction électorale de la démocratie.

Il y eut en France, par le passé, au début du XXème siècle, trois élections au suffrage universel : municipale, cantonale et législative. L'élection des sénateurs (pour 9 ans !) et du Président de la République ( des"élus d'élus" ! ) s'effectuaient au second degré.

Divers modes de scrutin ont été essayés mais toujours le conseiller général fut élu au scrutin uninominal à deux tours, y compris quand les assemblées départementales étaient sous la tutelle du Préfet.

De nos jours, en France, on a ajouté trois élections au suffrage universel : l'élection présidentielle (en 1965), puis l'élection européenne (en 1979) enfin l'élection régionale (en 1986). Cela n'a pas empêché de créer, en outre, des collectivités territoriales élues au scrutin indirect : les syndicats, communautés ou agglomérations de communes, notamment. Le mille feuille institutionnel est bien institué mais il est indigeste !

L'élection cantonale a ceci de commun et de particulier avec l'élection présidentielle qu'elle a toujours été individuelle (uninominale), majoritaire (il faut obtenir 50% des suffrages validement exprimés) et à deux tours, si le premier ne donne pas cette majorité absolue (avec seulement deux candidats pour la présidentielle, mais c'est, on l'a vu, presque toujours le cas aussi pour les cantonales).

Qu'en sera-t-il en 2011 ? C'est fort simple : l'UMP et le PS se partageront la gâteau. Ni le Front national, ni les écologistes, ni le Front de gauche (PG+PCF), encore moins le NPA... ou tout autre formation politique, n'obtiendront plus qu'un ou deux sièges, au hasard de départements insolites. Aucune présidence de département n'échappera au bipartisme.

Dans le Val d'Oise l'équation est posée : le PS veut garder la majorité et l'UMP la reprendre. Les autres formations n'ont d'intérêt que si elles concourent à ce maintien ou à cette reconquête. PCF et écologistes passeront sous les fourches caudines du PS, au second tour. Le FN seul, et c'est ce qui fait, hélas, sa force, ne cherchant pas à exister par des élus, fera, selon sa capacité de nuisance, ce qui peut révéler sa force : faire ou défaire des majorités.

Il est bien des recherches pour échapper à cette mécanique électorale broyeuse, mais le mode de scrutin écrase ces velléités. Les électeurs qui en sont conscients soit se désintéressent de ces complications politiciennes, soit refusent de voter. Les bureaux de vote des cantonales seront, comme souvent, peu fréquentés.

Ce n'est pas la faute du mode de scrutin m'objectera-t-on puisque l'élection présidentielle est la plus populaire, avec des taux de participation très élevés ! Cela tient à ce que tout électeur français sait que, s'il ne veut pas que s'effondre l'édifice institutionnel, il ne doit pas en enlever la clef de voute ! Or, et c'est ainsi depuis 1958 et la Vème République, gaulliste, puis gaullo-mitterrandienne, avec l'apparition de l'alternance et de la cohabitation, tout est présidentialisé et, de la commune à l'État, un seul compte : le chef ! Les autres élus n'étant que des faire valoir, des machines à voter. Plus de surprise : ce sera l'un ou l'autre, avec des politiques voisines.

C'est pourquoi le paysage politique est et restera bouché, en France, tant que n'aura pas sauté le verrou du mode de scrutin qui paralyse et détruit, plus que jamais, l'expression démocratique du pays. Mais qui osera en faire l'un des choix politiques majeurs de la prochaine élection présidentielle, pour libérer l'électeur ?


mardi 4 janvier 2011

Du bon usage de son temps de vivre

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Nous entrons dans le temps de la nouvelle année avec deux questions majeures placées devant nous : le temps du grand âge et le temps du travail.

Devons-nous souhaiter mourir ou nous suicider avant de devenir dépendants ?
Devons-nous travailler pour un patron toujours plus et toujours plus longtemps ?

Le débat sur la dépendance fait évidemment apparaitre qu'il y a profit à réaliser sur les vieux dès qu'ils sont devenus bien incapables de résister au "prélévement"de leurs derniers sous, dans la poche des dirigeants privés d'entreprises gériatriques.

Le débat sur les 35 heures relancé par l'ex-socialiste Manuel Valls se situe dans le cadre, plus vaste, du temps global de travail salarié tout au long de sa vie.

Il s'agit de deux questions de civilisation sur lesquelles il convient de travailler avec rapidité car les rapaces et les volent déjà au-dessus de nos têtes.

Si quelque bon sens inspirait les bavards qui nous enfument avec des discours péremptoires sur ces sujets, en vérité liés, ils devraient nous rappeler que :
• depuis le XIXème siècle le temps de vie consacré à l'emploi a constamment reculé sans que soit affectée la production de biens.
• la France, qui a des résultats économiques inférieurs à ceux de l'Allemagne (dans la logique productiviste et capitaliste dominante en cours), a des durées moyennes annuelles de travail salarié supérieures et n'a nulle leçon à donner.
• le travail en entreprise, au-delà d'un certain âge (variable selon la santé et le désir de chacun) ne peut être soumis à la contrainte rigide de la loi.
• le partage des revenus dans une société civilisée s'entend de la naissance à la mort et ne peut faire l'objet d'une marchandisation de la dépendance.
• la croissance du chômage, quoi qu'on fasse, n'est qu'une manifestation de la diminution du temps à consacrer à l'activité salariée dans les sociétés technologiquement développées.
• les salariés dont on désire qu'ils travaillent plus de 35 heures par semaine sont souvent obligés de travailler beaucoup moins !
• la volonté patronale de diminuer la part du travail rémunéré par rapport au capital rétribué ne peut que conduire à diminuer le nombre de salariés ou le nombre d'heures employées.
• la productivité, conçue comme une efficacité productive en constante croissance, conduit à une fatigue et une usure affectant la santé et la durée de vie.
• entre l'allongement de la durée de la vie permettant de travailler plus sans du reste gagner plus, et la possibilité de consacrer du temps à une vie choisie, paisible et saine, il faudra choisir : ou travailler jusqu'à en mourir ou disposer librement de ses dernières années.
• payer les retraites et payer l'accueil des personnes dépendantes exige plus que des solutions financières ; il y faut de la solidarité en actes et une conception de l'homme fraternelle.
• c'est à la façon dont se prépare et s'organise la possibilité de vivre dans la dignité pour les citoyens âgés qu'on mesure le niveau de civilisation d'un peuple.

Une rupture idéologique totale apparait : l'insécurité sociale, qui est en marche pour satisfaire des intérêts financiers, va très vite devenir intenable. Nous avons atteint une limite, c'est celle du cynisme absolu appuyé sur des justifications qui ne sont que ratiocinations. Il faut s'indigner si l'on veut pouvoir conserver l'autonomie et la carté d'esprit d'un Stéphane Hessel nonagénaire ! Il faut aussi dire "non" et encore "non", manifester et multiplier les cortèges jusqu'à ce que les murs de la honte, comme à Jéricho, s'effondrent.

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samedi 1 janvier 2011

En 2011 : mettre l'utopie en actes




L'utopie, en 2011, c'est d'affronter le réel, non de le fuir.


C'est de tenter de s'opposer à notre propre autodestruction.


L'utopie, en 2011, c'est de se permettre d'affronter plus puissant que soi

parce qu'il ne faut pas laisser la terre de nos enfants aux mains des insensés.


L'utopie, en 2011, c'est d'oser dire non à ce qui est cause du malheur terrestre

et, d'abord, à ce qui reste « l'exploitation de l'homme par l'homme ».


L'utopie, en 2011, c'est de sortir du troupeau des autruches

qui s'aveuglent et ne voient rien des périls immenses qui s'avancent.


L'utopie, en 2011, c'est d'affirmer que le changement climatique est réversible

car c'est l'activité humaine, mal menée, qui produit ce qui nous tue.


L'utopie, en 2011, c'est de révéler que la dissuasion nucléaire ne protège personne

et que la prolifération conduit inévitablement à une guerre mondiale atomique.


L'utopie, en 2011, c'est d'expliquer pourquoi doit cesser la marchandisation de l'eau

alors que nous en manquerons, au point d'en mourir, si nous n'en faisons pas un nouvel usage.


L'utopie, en 2011, c'est de cesser de prétendre que la nature nous appartient

alors que nous l'épuisons et que nous épuisons nous-mêmes puisque nous en faisons partie.




L'utopie, en 2011, c'est de mettre en pratique, au quotidien, la politique

sans s'en remettre à ceux qui attendent d'une élection le changement qui ne vient jamais.


L'utopie, en 2011, contient l'énergie politique qui fait défaut

à ceux qui confondent politique et gestion, animation et comptabilités.


L'utopie, en 2011, c'est de nier qu'il soit utopique de s'occuper de ce qui nous regarde

afin que toute délégation de pouvoir doit temporaire et limitée.


L'utopie, en 2011, c'est une foi, non en la divinité ou en un avenir mythique,

mais en la capacité d'exercer une influence positive sur ce qui nous entoure.


L'utopie, en 2011, c'est de ne plus jamais séparer la Terre et les Terriens


car la propriété individuelle du sol est une illusion qui n'est utile qu'aux profiteurs.


L'utopie, en 2011, c'est donc une an-archie, non anarchiste,

une prise de pouvoir de chacun sur sa vie, sans désordre et sans violence.


L'utopie, en 2011, c'est, finalement, la citoyenneté accomplie,

l'engagement dans le monde les yeux grands ouverts.


L'utopie, en 2011, c'est le contraire de la naïveté,

mais la capacité intacte d'indignation, de résistance et d'invention.


L'utopie, en 2011, est la force qui emplit ceux qui ne s'inclineront plus

devant les vedettes, les nantis et les maîtres des pouvoirs.


L'utopie, en 2011, est un mot qui renaît, jamais comme vérité ou comme dogme,

seulement, pour vivre en société, comme l'usage de la raison, fondée sur la lucidité.


L'utopie, en 2011, sera encore la quête du chemin qui conduit hors des impasses

dans lesquelles le monde entier se perd et se désenchante.


L'utopie, en 2011 et au-delà, n'est qu'un souffle, une chaleur, un flux puissant

qui supprime tout découragement et motive chaque journée à vivre.


vendredi 31 décembre 2010

Mettre l'utopie en marche

Thomas More, fondateur d'Utopia..



Nous avons besoin d'utopie.

Car nous avons besoin d'une espérance crédible.

L'utopie est une réalisation en marche qui a un temps d'avance.

La politique sans utopie n'est qu'une gestion cynique.

Quand l'utopie est une illusion elle n'est pas l'utopie.

Elle est une inconscience.

L'utopie est une conscience exacerbée.

Elle dit les besoins du monde et, pour cela, choque.

Elle dit qu'un homme vaut un homme

et que l'égalité n'est rien de plus qu'une nécessité vitale.

Elle dit que partager n'est pas une générosité

mais le meilleur moyen d'occuper humainement la Terre.

Elle dit que « Liberté, égalité, fraternité »

n'est pas une devise de pure forme.

Elle dit, avec Aragon, que « le bonheur existe

ailleurs que dans les rêves, ailleurs que dans les nues »

Elle dit, avec Kant, que l'hospitalité,

sur une Terre ronde, est notre sort inévitable.

Elle dit que le réalisme n'est qu'une résignation

et qu'il faut inventer notre avenir.

Elle dit que le pouvoir sur autrui

n'est pas le pouvoir sur le réel.

Elle dit que prendre parti, c'est vouloir choisir

mais que se donner à un parti, c'est se limiter.

Elle dit que l'espoir n'est pas d'attendre un mieux,

c'est d'oser le créer contre toute évidence contraire.

Elle dit que l'universel n'est pas loin, mais en soi,

et que le sort de l'humanité entière, c'est le mien.

Elle dit que dominer est une violence

et que nul ne peut se vouloir maître de quiconque.

Elle dit que la tendresse n'est pas une faiblesse

et que la dureté de cœur est pire que celle d'un roc.

Elle dit le mal n'est pas en l'homme, ni le bien,

et que nous sommes responsables de notre histoire.

L'utopie est le lieu de nul lieu, ce lieu du bonheur qui n'existe pas

et qu'il faut pourtant faire exister, mot à mot, acte par acte.

L'utopie est un pari : celui qui nous fait penser

que la vie vaut d'être vécue.

Là où aucune utopie ne subsiste

c'est la mort qui s'installe.

L'utopie est une écosophie, une sagesse

qui donne le droit d'être aux sept milliards d'humains.

L'utopie est l'énergie spirituelle qui fait agir

et sans laquelle la société serait morne et plate.

L'utopie amène à regarder devant soi

pour savoir quel autre monde est possible.

L'utopie est une négation des cultes et des clôtures

à commencer par ceux qui nous enferment dans l'or.

L'utopie est l'activité d'une conscience suraiguë

qui ne se résout pas à subir la médiocrité des temps.

La fin de l'utopie serait la fin du monde

la fin de toute recherche d'un mieux pour les vivants.

L'utopie est l'opposé du renoncement

le refus du « il n'est pas d'autre choix possible »

L'utopie a cent noms et mille formes,

mille perversions aussi qui la font disparaître.

Le communisme soviétique fut une utopie pervertie,

un en-commun confisqué par la dictature du parti.

Le socialisme contemporain est une utopie pervertie,

une trahison de ce qui lui donna naissance.

L'utopie est politique ou n'est pas.

Une politique sans utopie, sans but, n'est qu'arrivisme.




mercredi 29 décembre 2010

De l'intérêt des élections inutiles

En 2011, deux élections vont exciter la curiosité des politiciens en tous genres.

L'élection cantonale des 20 et 27 mars sera, probablement la dernière ! Les Conseillers territoriaux cumulant, à dater de 2014, les fonctions de Conseiller général et de Conseiller régional, c'en sera fait, alors, des Assemblées départementales, du moins telles qu'elles existaient depuis environ 140 ans.

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On votera donc, au printemps prochain pour désigner, exceptionnellement, des conseillers généraux pour trois ans.

La moitié des cantons, 2023 exactement, dont 1941 en métropole, vont être renouvelés, à l'occasion de cette dernière élection cantonale qui a gardé, depuis l'origine, son mode de scrutin particulièrement antidémocratique : le scrutin uninominal à deux tours.

Tout y est prévu pour interdire l'élection et même la candidature des candidats des petites formations politiques et favoriser le bipartisme. Il faut, en effet, au premier tour, obtenir 50% des suffrages exprimés et 25% des électeurs inscrits pour être élu. Au second tour, sinon, ne peuvent se re-présenter que les candidats ayant obtenu au moins 10% des inscrits, (ce que le fort taux d'abstention habituel rend fort malaisé !). Les deux candidats en tête du scrutin de premier tour ne sont pas, eux, soumis à cette règle, ce qui arrive quand trois, voire quatre candidats, obtiennent des résultats proches). En 2014, ce sera pire : les élus territoriaux devront recueillir au moins 12,5% des inscrits pour être présents au second tour...

Une page se tourne, se déchire même, celle que Nicolas Sarkozy a voulu écarter des livres du droit électoral. Les élus du 17 mars 2008 auront ainsi été les derniers à siéger six ans. Les élus du 27 mars 2011 seront les premiers à ne siéger que trois ans. Les 58 assemblées "de gauche" et les 44 assemblées "de droite" seront recomposées en 2014 et le pouvoir actuel espère bien que le rapport des forces y sera modifié. Mais, d'ici là, la logique institutionnelle actuelle peut subir une véritable épreuve.

Les élections sénatoriales de septembre 2011 risquent de créer un événement inédit : créer un alternance entre l'Assemblée nationale à majorité UMP et le Sénat pouvant obtenir une majorité PS. Le corps électoral de second degré a, en effet, subi, des modifications : les quelques 577 députés, 1870 conseillers régionaux, 4 000 conseillers généraux, 142 000 délégués des conseils municipaux qui le composent ne sont plus aussi conservateurs. Les 348 sénateurs, après 2011, dont aucun ne siégera plus de six ans (contre neuf ans, pendant longtemps) éliront le deuxième personnage de l'État, le Président du Sénat, lequel pourrait donc devenir un rival de fait du Président de la République.

Ce remue-ménage est fort intéressant et cependant plus curieux qu'utile.

Je ne pleurerai pas sur la fin des départements, des cantons, des sous-préfectures tôt ou tard destinés à disparaitre dans une recomposition de l'organisation territoriale de la France qui finira bien par cesser d'être... napoléonienne ! S'il n'y avait, dans les intentions du clan sarkoziste, la volonté de mettre au pas ces élus qui regimbent, il me serait bien indifférent de voir apparaitre des élus territoriaux aux responsabilités régionales et locales tout à la fois.

Malheureusement, il faut se méfier des changements qui n'en sont pas, des réformes qui déforment, et ce qui importe c'est de conforter l'opposition politique à un régime qui se durcit de façon très inquiétante. Est-ce qu'une candidature aux élections cantonales y peut contribuer ? Sans doute pas, mais la mise en évidence des effets de ces élections sur le paysage politique peut fournir l'occasion de manifester un peu plus, sous des formes variées, le rejet de l'actuel hôte de l'Élysée, et de ses soutiens. Et cela, par contre, n'est pas inutile.

Je ne peux croire que le Sénat devienne le siège de l'opposition républicaine. Il est, depuis sa création, le siège du conservatisme. Tout ce qui y réside devient, peu à peu, bien pensant et résistant à tout changement radical. Autant dire que la gauche de la droite, constituée par les sénateurs socialistes, n'y fera ni la révolution ni même un rempart efficace aux initiatives de l'Assemblée nationale. Un jeu subtil, qui n'intéressera pas le peuple, permettra aux parlementaires d'user leur temps, leur parole et leurs écrits pour aboutir à des compromis dont les trois quarts seront des compromissions. Le Journal d'extrême droite Minute estime même que le passage du Sénat "à gauche" serait la chance de Nicolas Sarkozy pouvant, alors, diaboliser ses adversaires en imputant au Sénat la responsabilité de sa propre paralysie politique. Ce qui est irritant avec le Front national, c'est que, lui, peut se payer le luxe de faire de la politique, ce que nous nous interdisons trop souvent ! Ne peut-on craindre, en effet, que l'on s'use à rechercher comment, en 2012, refaire le coup qui aurait été gagnant en 2011 : glisser vers une alternance, mais sans alternative.

Tant que ne seront pas remises en question les institutions de la Vème République, -mais nul n'en parle plus, ni de la dissuasion nucléaire d'ailleurs, ni du bouleversement écologique et énergétique, ni de la paupérisation d'une part croissante de la population, etc...- les élections locales ou nationales pourront bien nous amuser et nous donner de la lecture... Cela ne changera rien sur l'essentiel de ce qui fait nos vies. À moins que ce soit les événements, actuellement inattendus et imprévisibles, qu'aucun scrutin ne déclenche mais enregistre, qui renouvelle l'intérêt d'élections trop souvent inutiles.

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mardi 28 décembre 2010

Mieux vaut être fou que réaliste.


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De quel avenir rêvent nos enfants...?

Sur quelle planète sommes nous tombés entre les jambes de nos mères ?
Depuis toujours, et chaque jour encore, la violence s'empare de l'humanité.
L'homme tue, enferme, viole, et ce lui semble une nécessité !
Des États et des religions incitent à supprimer ceux qui, croit-on, sont causes de malheur.
Il n'est pas de question plus angoissante que celle-ci : pourquoi vivons nous dans cette mort ?

Il en est même pour qui réussir sa vie est de mourir en pulvérisant des innocents.
Les kamikazes nippons avaient, au moins, la mauvaise excuse de se sacrifier pour leur pays.
Les extrémistes qui se font exploser dans des mosquées sont parfois loués comme des martyrs !
Et il suffit de quelques uns de ces insensés pour ruiner l'existence d'innombrables humains !
La perversion mentale a atteint ces désespérés ne supportant plus la domination des forts.

Pendant ce temps, on joue, on danse, on chante, on prend des vacances, on oublie...
La vie en société devient un remplissage de temps qui éloigne des préoccupations essentielles.
Tandis que les affaires nous occupent, nous laissons nos maîtres décider de notre sort.
Et l'on envoie des enfants se battre avec des armes sophistiquées qui attisent les haines.
Quand commencerons-nous à essayer d'autres outils que les bombes, aveugles ou pas...

L'année 2010 qui s'achève ne fut pas pire qu'une autre et pas meilleure non plus.
On aura pleuré, en France, la mort de soldats en Afghanistan,
On aura pleuré aux USA, la mort de soldats en Irak.
On aura pleuré, partout, la mort de professionnels de la mort.
Mais qui a pleuré la mort de ceux qui se sont trouvés, malgré eux, là où il ne fallait pas être ?

Me vient souvent à l'esprit qu'il faut quitter ce monde sans espoir.
Mais il est deux façons de le quitter.
La première est le suicide : de ce monde je ne suis pas, je pars.
La seconde est le refus : de ce monde je ne suis pas, j'objecte.
Je ne juge pas celui qui choisit la première voie, pourtant je choisis la seconde.

Il s'agit d'une objection totale.
Je n'attends plus rien des discours politiques creux, mensongers, inefficaces et rabâchés.
Je sais devoir les subir, mais ils sont temps perdu, illusion et bavardages dangereux.
Seules importent ces utopies qu'on ridiculise : paix, hospitalité et partage.
Encore faut-il entrer dans ces mots pour en user jusqu'à changer le quotidien autour de soi.

Le réalisme, voilà l'ennemi.
Au nom du réalisme, je le répète, on tue, on enferme et l'on viole !
"On ne pouvait faire autrement ; telle est notre nature ; on ne pouvait se laisser faire..."
L'ennemi n'est pas celui qui est derrière une frontière, physique ou mentale; il est celui qui nuit.
Le réalisme est une abdication mortelle, une attente résignée de la fin des temps.

J'abhorre le réalisme par... réalisme mais quand réalisme veut dire lucidité.
Je préfère chercher hors des sentiers battus le chemin qui conduit à la vie.
J'aborde 2011 avec une conviction dont je ne peux plus changer.
Je veux essayer l'amour, pas l'affectivité, l'égalité portée à l'absolu, qui n'exclut pas la tendresse.
Aucun homme n'est supérieur à un autre, le penser et le vivre décide de tout.

J'affronte, sans peur, le sourire et l'ironie de ceux qui, au mieux, me diront "vieux naïf".
Je ne suis pourtant ni plus ni moins rêveur que quiconque.
mais je voudrais mourir en ayant tué en moi toute source de désespoir.
Et en sachant que ces États qui ont le monopole de la violence légitime ont achevé leur course.
Il est temps que les hommes ne s'en remettent qu'à eux-mêmes pour occuper la Terre.

Pari dangereux ! Je raisonne comme un fol anarchiste.
Pourtant il est fou surtout de renoncer à toute folie.
Ma folie est de croire qu'il y a encore du sens à chercher et à trouver dans l'histoire humaine.
Sinon, tout ce qui s'est passé, depuis des siècles, doit s'effacer dans un embrasement final.
Nous les hommes pouvons engendrer ce néant apocalyptique mais aussi son contraire.

Telle est ma foi.
Fou, oui, fou est celui qui choisit l'amour.
À peine peut-on oser le dire.
Eh bien, moi, je le dis.
C'est mon ultime et improbable raison de vivre.




lundi 27 décembre 2010

Quand l'Europe et l'euro n'ont pas sort commun



Regardez bien cette carte :
L'Union européenne compte 27 États-membres.
La zone euro en comptera 17 (avec l'Estonie) au premier janvier prochain.
Le Vatican, Saint Marin et Monaco, liés à l'Italie ou à la France, utilisent l'euro.
Andorre, entre la France et l'Espagne, est de fait obligée d'utiliser l'euro.
Le Kosovo et le Montenegro, qui faisait usage du deutch Mark, lui ont substitué l'euro.
Le Nord de Chypre, dépendant de la Turquie, emploie la livre turque, mais accepte l'euro.
La Grande-Bretagne dispose d'un statut d'exception et a gardé, sa monnaie, la livre sterling.
Le Danemark a déjà refusé l'euro; mais un nouveau référendum d'acceptation est prévu.
Les pays entrés dans l'Union après 2004 peuvent espérer disposer de l'euro à partir de 2014.

De nombreuses questions sont engendrées par cette situation pleine de contradictions !
• Pourquoi dix États-membres de l'Union européenne restent-ils hors de la zone euro ?
• Pourquoi, officiellement ou de facto, y sont des micros-États non membres de l'Union ?
• Pourquoi deux États des Balkans, non acceptés dans l'Union, ont-ils l'euro comme monnaie ?
• Pourquoi la Hongrie et la Pologne envisagent-elles de retarder leur entrée dans la Zone euro ?
• Pourquoi la Suisse est-elle utilisatrice du franc suisse et de l'euro, indifféremment ?
• Pourquoi certaines parties d'États membres sont-elles exclues de la zone euro (les territoires français du Pacifique utilisent le franc CFP, et Campione, territoire italien enclavé en Suisse, utilise officiellement le franc suisse par exemple) ?
• Pourquoi le le quatrième plus petit État indépendant d'Europe, le Liechtenstein, a-t-il le franc suisse comme monnaie ?

On devine aisément les réponses à donner à ces questions.

La réalité est telle : la tradition ou la précaution, l'intérêt ou la dépendance politique ont fait la décision au cas par cas. On peut aussi y voir la fragilité d'une Europe économique et monétaire sans assise politique. On peut surtout découvrir l'absence de volonté unificatrice de l'Europe qui est, et reste, un conglomérat d'États-nations, un noyau de puissances entouré de satellites plus ou moins attirés et proches des lieux de décision. Ce n'est pas ainsi qu'une Europe d'égalité et de fraternité, unie dans sa diversité, manifestera son poids et sa force dans l'ensemble du monde.



vendredi 24 décembre 2010

Noël est une fête païenne



Si, dans le passé, paganus signifiait « civil », ou « paysan », il en en ressort, aujourd'hui, qu'être payen est soit avoir plusieurs dieux, soit n'en avoir aucun, soit s'adonner à un culte naturel... comme il est possible en toute société plurielle et laïque.

Noël est une fête païenne parce qu'il s'agit, depuis la plus haute antiquité, de se réjouir, au moment du solstice d'hiver, du retour de la lumière. Le sapin, la bûche, le feu, font partie de ce Noël païen antique.



Noël est une fête païenne parce qu'il s'agit, à présent, d'adorer le nouveau Veau d'or : celui de la surconsommation. Le foie gras, l'oie grasse, les chocolats en papillottes par milliers, font partie de ce Noël païen moderne.

Et Noël est une fête païenne, enfin, y compris pour des hommes de culture chrétienne, ceux qui retiennent, du lointain passé, non les cérémonies sacrées mais le rejet de l'obscurité, le retour symbolique de l'espérance, la célébration de la faiblesse de l'enfance, l'affirmation du triomphe, contre toutes les évidences, de la pauvreté et de la paix.



Noël est donc la fête de ceux qui croient en l'impossible, qui ne se résignent pas aux malheurs de l'humanité, qui préfèrent mourir par fraternité que de vivre dans le luxe. Il n'y a pas d'équivalent à cette libération annuelle de la joie d'une attente d'un monde plus juste, plus chaud, plus heureux. Même Pâques, avec son appel à la résurrection et au triomphe sur la mort, contient moins de force régénératrice que Noël !

Tout le monde peut ainsi trouver son compte dans ce moment de partage d'un essentiel. La transformation, donc, de ce moment d'intensité en une célébration de la consommation est plus qu'impie : c'est une trahison du sens de la vie ! S'il fallait trouver un argument, un seul, pour condamner le capitalisme on le trouverait là : tout transformer en marchandise tue la foi en une humanité qui croit encore en elle-même.

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