lundi 17 janvier 2011

Guérison miraculeuse ou inexpliquée ?

ô miracle !

Pour nombre de catholiques, tout est clair : Jean-Paul II a guéri une religieuse qui souffrait, comme lui, de la maladie de Parkinson. Il sera donc canonisé !

Imprudence scientifique et imprudence religieuse !

Si, chaque fois que se produisent, dans nos corps humains, des événements incompréhensibles, il fallait y donner des explications miraculeuses, nous serions, tôt ou tard, amenés à rectifier nos erreurs, au fur et à mesure que des informations médicales viendraient rendre clair ce qui était opaque, évident ce qui était douteux. Mais convenons qu'il est des situations où des malades, parfois gravement atteints, guérissent, subitement, et que nul ne sait pourquoi !

Si, et c'est beaucoup plus grave, la preuve de la toute puissance de Dieu est fournie par ces miraculeuses guérisons, il n'est plus besoin de foi, et quiconque doute encore est soit un sot, soit un homme rigide enfermé dans ses a priori. Autrement dit, un athée devient, objectivement un homme de "mauvaise foi". Seuls des insensés peuvent dire encore que le miracle et l'Auteur des miracles sont des illusions !

Toutes les religions du monde ne se donnent pas la main...

Je n'ai aucun temps à passer sur les maladies des "miraculés", compte tenu de mon ignorance et surtout parce que l'essentiel est ailleurs. Ces événements sont, trop souvent, l'occasion d'exubérances fanatiques, de manifestations hystériques, d'exploitations pitoyables des leurres ou des superstitions de personnes simples, de braves gens. Que l'Église laisse accroire que Dieu choisit parmi ses enfants, en laisse périr beaucoup et en sauve quelques uns, est impie !

Mais admettons encore que la liberté de chacun aille jusqu'à croire des fariboles ou conduise des adultes à fournir une explication sacrée à ce qu'ils ne se comprennent pas, fut-ce pour se rassurer ou éliminer leurs angoisses... Ce qui ne peut ni s'admettre ni se dire, c'est que toute zone de doute soit effacée ! Il est des présentations médiatiques qui relaient des propos de miraculés de telle façon que c'est l'auditeur, ou le téléspectateur, qui se trouvent quasi "obligés de croire" l'évidence du miracle, ne fut-ce que durant quelques minutes !

Je respecte la personne qui croit en son miracle. Je ne respecte pas du tout les hommes et les femmes cultivés qui sèment les fausses certitudes. Je dénonce, enfin, les chrétiens qui éliminent la foi en forçant les consciences, comme on force la serrure d'une demeure privée. La liberté de croire est au cœur de l'Évangile. De Lourdes à Fatima, du Padre Pio à Sœur Marie Simon-Pierre, je n'ai jamais vu, je ne vois encore, qu'une trahison du religieux.

Car le religieux est, de beaucoup, supérieur aux religions. Le religieux interroge chaque personne humaine depuis la plus haute antiquité. Il ne fournit pas les réponses. Il interpelle ceux qui se font une vérité du doute ou de la négation autant que ceux qui parient sur l'ineffaçabilité de la conscience. Les religions qui ferment la recherche en la déclarant aboutie sont négatrices du religieux. Préserver bien plus que la liberté de pensée ou la liberté de conscience : la liberté religieuse, exclut le recours au miracle. Qui tue le doute tue la foi.


Fragile est la lumière pour qui cherche la vérité.

dimanche 16 janvier 2011

Ben Ali - DSK : même combat.

Tout est dit. Et par Dominique Strauss-Kahn lui-même.

La Tunisie de Ben Ali donne le bon exemple. Sa croissance est encourageante. Le FMI a confiance en la politique qui est suivie. Etc.

On trouve, dans la courte vidéo dont les références suivent, tous ces encouragements que Dominique Straus-Kahn avait cru pouvoir donner au dictateur, actuellement en fuite, il y a peu de temps.



Ouvrirons-nous les yeux, nous Français ? Pourrions-nous faire confiance à un candidat, prétendument socialiste, tenant de tels propos ? Qui s'est acoquiné, si visiblement, ne fut-ce que pour la forme, avec un personnage aussi trouble que Ben Ali, est déconsidéré.

http://www.europalestine.com/spip.php?article5778

vendredi 7 janvier 2011

Mal nommer est meurtrier

On prête à Albert Camus, et on le cite sans cesse, d'avoir dit " Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde ". Cela sonne bien, mais Albert Camus n'a pas dit exactement ça !


Dans un essai de 1944, paru dans Poésie 44, (Sur une philosophie de l'expression), Albert Camus écrivait : " Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde ". Je vois entre les deux phrases plus qu'une nuance...

Bien sûr, "un objet" n'est pas "les choses" ; c'est un objet philosophique, le réel-là, ce qui tombe sous notre observation, tout ce qui est appréhendable par le sujet, par chacun de nous.

"Le malheur du monde" est bien plus que "les malheurs du monde". "La logique du révolté, écrit encore Camus, est /.../ de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel". (1).

Le révolté de Camus est l'indigné, le résistant qui s' élève devant le menteur qui trompe les citoyens en "mal nommant", en déformant le réel, en masquant la vérité, alors que, comme le démontre la contemporaine de Camus, Simone Veil, toute politique qui n'est pas quête de vérité est criminelle. (2)

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41DVZ7VCJYL._SL500_AA300_.jpg

Oui, mal nommer est meurtrier. Déjà l'injure engendre la colère, voire les coups, mais, plus lents, plus subtils, mieux déguisés, les paroles de propagande, de communication, de médiatisation faites pour obtenir le consentement dont parle Chomski (3), "ajoute au malheur de ce monde".




(1) Voir, Albert Camus, Œuvres complètes, tome 1, Paris, La Pléiade, p.908.
(2) "Simone Weil, par la seule attention à ce qui est, arrive à des vues qui, après coup, nous frappent par leur caractère prophétique : l’hitlérisme, le stalinisme, le totalitarisme, le colonialisme, l’oppression sociale, la machinerie de la force et les illusions du pouvoir, la marche des États, le dépérissement et le salut des nations, l’importance de la recherche technique, le rôle des groupes dans la prise en main des masses, l’intensification et la mondialisation des guerres font de sa part l’objet d’analyses qui, à plus d’un demi-siècle de distance, n’ont pris aucune ride".
Voir Bertrand Saint-Sernin : L'action politique selon simone Veil, Paris, Le Cerf, 1988,
deuxième édition; 16-novembre 2008.
(3) Voir Le lavage de cerveau en liberté. le monde diplomatique, août 2007.

mercredi 5 janvier 2011

Comment l'élection tue la démocratie




Comment celà ? L'élection tue la démocratie ? N'est-ce pas le contraire : là où l'on ne vote pas, il n'y a pas de démocratie... Eh bien, s'il faut des élections pour qu'il y ait démocratie, cela ne suffit pas. Pire : on peut, par le biais d'élections, limiter ou supprimer, voire interdire, la démocratie.

On m'objectera que cela se passe ou s'est passé, dans des Républiques bananières, loin des pays démocratiques occidentaux, ou dans des pays totalitaires où régnait la dictature du parti unique ! Pas du tout ! Regardons à notre porte : en France, et au plus près de soi, dans notre propre département puisque les dernières élections cantonales approchent. Le mien est le Val d'Oise.

L'organisation administrative de la France va changer, au prétexte que, avec 36 783 communes, 100 départements, 26 régions, 15 900 syndicats intercommunaux, 371 pays, « le millefeuille administratif » est devenu illisible. La loi n°2010-1563 du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales crée une nouvelle catégorie d'élu : le conseiller territorial. Les députés ont ratifié, par 258 voix contre 219, le texte de la Commission mixte paritaire (Assemblée nationale/Sénat, ou CMP). La réforme a été validée, pour l'essentiel, par le Conseil constitutionnel (décision du 9 décembre).

Siégeant à la fois au conseil général et au conseil régional, ces conseillers territoriaux remplaceront les 4.037 conseillers généraux et les 1.880 conseillers régionaux actuels, à l'issue des élections du printemps 2014. Le mandat des conseillers régionaux, élus les 14 et 21 mars 2010, était donc de quatre ans, et celui des conseillers généraux, qui seront élus les 20 et 27 mars 2011, sera de trois ans.

Détenteurs d'un mandat unique, les conseillers territoriaux appelés à siéger, dès 2014, dans les assemblées régionale et départementale, seront élus pour six ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours, dans le cadre de cantons redécoupés et élargis. Le gouvernement a écarté l'instauration d'une dose de proportionnelle.

L'élection cantonale des 20 et 27 mars sera donc la dernière ! C'en est fait des Conseils généraux tels qu'ils existaient depuis au moins 140 ans.

La moitié des cantons actuels, 2023 exactement, dont 1941 en métropole, vont donc être renouvelés, à l'occasion de cette dernière élection cantonale qui a gardé, depuis l'origine, un mode de scrutin particulièrement antidémocratique : le scrutin uninominal à deux tours.

Tout y est prévu qui interdise l'élection et même la candidature des candidats des petites formations politiques. Il faut, en effet, au premier tour, obtenir 50% des suffrages exprimés et 25% des électeurs inscrits pour être élu. S'il y a second tour, ne peuvent se re-présenter que les candidats ayant obtenu au moins 10% des inscrits, ce que le fort taux d'abstention habituel rend malaisé (les deux candidats en tête du scrutin de premier tour ne sont pas, eux, soumis à cette règle ; ce qui arrive quand trois, voire quatre candidats, obtiennent des résultats proches). En 2014, ce sera pire : les élus territoriaux devront recueillir au moins 12,5% des inscrits pour être présents au second tour...

Une page se tourne, et se déchire même, que Nicolas Sarkozy a voulu supprimer du droit électoral. Les élus du 17 mars 2008 auront été les derniers à siéger six ans. Les élus du 27 mars 2011 seront les premiers à ne siéger que trois ans. Les 58 assemblées "de gauche" et les 44 assemblées "de droite" seront recomposées en 2014 et le pouvoir actuel espère bien que le rapport des forces y sera modifié.

Ce remue-ménage politicien intrigue les électeurs avertis. Il a pour objectif, cependant, d'accentuer le bipartisme, d'éliminer les petites formations, de limiter encore le recours à la proportionnelle, de diminuer le nombre des élus, et de tenter de reconquérir des collectivités territoriales qui échappent à la majorité politique actuelle.

C'est dans ce contexte que se préparent les ultimes élections cantonales dans le Val d'Oise. Créé en 1967 et composé actuellement de 39 membres, le conseil général du Val-d'Oise, avait basculé à gauche, pour la première fois de sa jeune histoire, avec un siège d'avance, lors des dernières élections cantonales de 2008.

Même si Didier Arnal, élu PS, sera resté président du conseil général jusqu'au prochain renouvellement de mars 2011, la droite a repris l'avantage, depuis septembre 2009, après avoir reconquis le canton d'Argenteuil-Est lors d'une élection partielle consécutive à l'annulation de l'élection de la communiste Marie-José Cayzac.

Actuellement, la répartition des sièges est la suivante : 20 élus s'affichant de droite (dont 14 UMP et 6 divers droite) et 19 élus s'affirmant de gauche (dont 18 PS et 1 PCF). 19 cantons seront renouvelables en 2011 : 12 sont détenus par le PS (Argenteuil-Nord, Argenteuil-Ouest, Eaubonne, Ecouen, Franconville, Garges-lès-Gonesse-Est, Gonesse, Magny-en-Vexin, Saint-Ouen-l’Aumône, Sannois, Sarcelles-Nord-Est et Sarcelles-Sud-Ouest), 4 par l'UMP (Herblay, Marines, Montmorency et Viarmes) et 3 par des divers droite (Beauchamp, Beaumont-sur-Oise et la Vallée-du-Sausseron).

On relèvera que le Val d'Oise ne compte aucun élu écologiste.

La question mathématique est la suivante : le PS gardera-t-il ses sièges et en gagnera-t-il au moins un pour conserver la majorité durant les trois ans à venir ? En vérité, les électeurs s'en moquent. Ils ont perdu les repères qui fixaient les limites de ce qu'on a du mal encore à appeler la gauche et la droite. Et là commence la réflexion sur la destruction électorale de la démocratie.

Il y eut en France, par le passé, au début du XXème siècle, trois élections au suffrage universel : municipale, cantonale et législative. L'élection des sénateurs (pour 9 ans !) et du Président de la République ( des"élus d'élus" ! ) s'effectuaient au second degré.

Divers modes de scrutin ont été essayés mais toujours le conseiller général fut élu au scrutin uninominal à deux tours, y compris quand les assemblées départementales étaient sous la tutelle du Préfet.

De nos jours, en France, on a ajouté trois élections au suffrage universel : l'élection présidentielle (en 1965), puis l'élection européenne (en 1979) enfin l'élection régionale (en 1986). Cela n'a pas empêché de créer, en outre, des collectivités territoriales élues au scrutin indirect : les syndicats, communautés ou agglomérations de communes, notamment. Le mille feuille institutionnel est bien institué mais il est indigeste !

L'élection cantonale a ceci de commun et de particulier avec l'élection présidentielle qu'elle a toujours été individuelle (uninominale), majoritaire (il faut obtenir 50% des suffrages validement exprimés) et à deux tours, si le premier ne donne pas cette majorité absolue (avec seulement deux candidats pour la présidentielle, mais c'est, on l'a vu, presque toujours le cas aussi pour les cantonales).

Qu'en sera-t-il en 2011 ? C'est fort simple : l'UMP et le PS se partageront la gâteau. Ni le Front national, ni les écologistes, ni le Front de gauche (PG+PCF), encore moins le NPA... ou tout autre formation politique, n'obtiendront plus qu'un ou deux sièges, au hasard de départements insolites. Aucune présidence de département n'échappera au bipartisme.

Dans le Val d'Oise l'équation est posée : le PS veut garder la majorité et l'UMP la reprendre. Les autres formations n'ont d'intérêt que si elles concourent à ce maintien ou à cette reconquête. PCF et écologistes passeront sous les fourches caudines du PS, au second tour. Le FN seul, et c'est ce qui fait, hélas, sa force, ne cherchant pas à exister par des élus, fera, selon sa capacité de nuisance, ce qui peut révéler sa force : faire ou défaire des majorités.

Il est bien des recherches pour échapper à cette mécanique électorale broyeuse, mais le mode de scrutin écrase ces velléités. Les électeurs qui en sont conscients soit se désintéressent de ces complications politiciennes, soit refusent de voter. Les bureaux de vote des cantonales seront, comme souvent, peu fréquentés.

Ce n'est pas la faute du mode de scrutin m'objectera-t-on puisque l'élection présidentielle est la plus populaire, avec des taux de participation très élevés ! Cela tient à ce que tout électeur français sait que, s'il ne veut pas que s'effondre l'édifice institutionnel, il ne doit pas en enlever la clef de voute ! Or, et c'est ainsi depuis 1958 et la Vème République, gaulliste, puis gaullo-mitterrandienne, avec l'apparition de l'alternance et de la cohabitation, tout est présidentialisé et, de la commune à l'État, un seul compte : le chef ! Les autres élus n'étant que des faire valoir, des machines à voter. Plus de surprise : ce sera l'un ou l'autre, avec des politiques voisines.

C'est pourquoi le paysage politique est et restera bouché, en France, tant que n'aura pas sauté le verrou du mode de scrutin qui paralyse et détruit, plus que jamais, l'expression démocratique du pays. Mais qui osera en faire l'un des choix politiques majeurs de la prochaine élection présidentielle, pour libérer l'électeur ?


mardi 4 janvier 2011

Du bon usage de son temps de vivre

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Nous entrons dans le temps de la nouvelle année avec deux questions majeures placées devant nous : le temps du grand âge et le temps du travail.

Devons-nous souhaiter mourir ou nous suicider avant de devenir dépendants ?
Devons-nous travailler pour un patron toujours plus et toujours plus longtemps ?

Le débat sur la dépendance fait évidemment apparaitre qu'il y a profit à réaliser sur les vieux dès qu'ils sont devenus bien incapables de résister au "prélévement"de leurs derniers sous, dans la poche des dirigeants privés d'entreprises gériatriques.

Le débat sur les 35 heures relancé par l'ex-socialiste Manuel Valls se situe dans le cadre, plus vaste, du temps global de travail salarié tout au long de sa vie.

Il s'agit de deux questions de civilisation sur lesquelles il convient de travailler avec rapidité car les rapaces et les volent déjà au-dessus de nos têtes.

Si quelque bon sens inspirait les bavards qui nous enfument avec des discours péremptoires sur ces sujets, en vérité liés, ils devraient nous rappeler que :
• depuis le XIXème siècle le temps de vie consacré à l'emploi a constamment reculé sans que soit affectée la production de biens.
• la France, qui a des résultats économiques inférieurs à ceux de l'Allemagne (dans la logique productiviste et capitaliste dominante en cours), a des durées moyennes annuelles de travail salarié supérieures et n'a nulle leçon à donner.
• le travail en entreprise, au-delà d'un certain âge (variable selon la santé et le désir de chacun) ne peut être soumis à la contrainte rigide de la loi.
• le partage des revenus dans une société civilisée s'entend de la naissance à la mort et ne peut faire l'objet d'une marchandisation de la dépendance.
• la croissance du chômage, quoi qu'on fasse, n'est qu'une manifestation de la diminution du temps à consacrer à l'activité salariée dans les sociétés technologiquement développées.
• les salariés dont on désire qu'ils travaillent plus de 35 heures par semaine sont souvent obligés de travailler beaucoup moins !
• la volonté patronale de diminuer la part du travail rémunéré par rapport au capital rétribué ne peut que conduire à diminuer le nombre de salariés ou le nombre d'heures employées.
• la productivité, conçue comme une efficacité productive en constante croissance, conduit à une fatigue et une usure affectant la santé et la durée de vie.
• entre l'allongement de la durée de la vie permettant de travailler plus sans du reste gagner plus, et la possibilité de consacrer du temps à une vie choisie, paisible et saine, il faudra choisir : ou travailler jusqu'à en mourir ou disposer librement de ses dernières années.
• payer les retraites et payer l'accueil des personnes dépendantes exige plus que des solutions financières ; il y faut de la solidarité en actes et une conception de l'homme fraternelle.
• c'est à la façon dont se prépare et s'organise la possibilité de vivre dans la dignité pour les citoyens âgés qu'on mesure le niveau de civilisation d'un peuple.

Une rupture idéologique totale apparait : l'insécurité sociale, qui est en marche pour satisfaire des intérêts financiers, va très vite devenir intenable. Nous avons atteint une limite, c'est celle du cynisme absolu appuyé sur des justifications qui ne sont que ratiocinations. Il faut s'indigner si l'on veut pouvoir conserver l'autonomie et la carté d'esprit d'un Stéphane Hessel nonagénaire ! Il faut aussi dire "non" et encore "non", manifester et multiplier les cortèges jusqu'à ce que les murs de la honte, comme à Jéricho, s'effondrent.

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samedi 1 janvier 2011

En 2011 : mettre l'utopie en actes




L'utopie, en 2011, c'est d'affronter le réel, non de le fuir.


C'est de tenter de s'opposer à notre propre autodestruction.


L'utopie, en 2011, c'est de se permettre d'affronter plus puissant que soi

parce qu'il ne faut pas laisser la terre de nos enfants aux mains des insensés.


L'utopie, en 2011, c'est d'oser dire non à ce qui est cause du malheur terrestre

et, d'abord, à ce qui reste « l'exploitation de l'homme par l'homme ».


L'utopie, en 2011, c'est de sortir du troupeau des autruches

qui s'aveuglent et ne voient rien des périls immenses qui s'avancent.


L'utopie, en 2011, c'est d'affirmer que le changement climatique est réversible

car c'est l'activité humaine, mal menée, qui produit ce qui nous tue.


L'utopie, en 2011, c'est de révéler que la dissuasion nucléaire ne protège personne

et que la prolifération conduit inévitablement à une guerre mondiale atomique.


L'utopie, en 2011, c'est d'expliquer pourquoi doit cesser la marchandisation de l'eau

alors que nous en manquerons, au point d'en mourir, si nous n'en faisons pas un nouvel usage.


L'utopie, en 2011, c'est de cesser de prétendre que la nature nous appartient

alors que nous l'épuisons et que nous épuisons nous-mêmes puisque nous en faisons partie.




L'utopie, en 2011, c'est de mettre en pratique, au quotidien, la politique

sans s'en remettre à ceux qui attendent d'une élection le changement qui ne vient jamais.


L'utopie, en 2011, contient l'énergie politique qui fait défaut

à ceux qui confondent politique et gestion, animation et comptabilités.


L'utopie, en 2011, c'est de nier qu'il soit utopique de s'occuper de ce qui nous regarde

afin que toute délégation de pouvoir doit temporaire et limitée.


L'utopie, en 2011, c'est une foi, non en la divinité ou en un avenir mythique,

mais en la capacité d'exercer une influence positive sur ce qui nous entoure.


L'utopie, en 2011, c'est de ne plus jamais séparer la Terre et les Terriens


car la propriété individuelle du sol est une illusion qui n'est utile qu'aux profiteurs.


L'utopie, en 2011, c'est donc une an-archie, non anarchiste,

une prise de pouvoir de chacun sur sa vie, sans désordre et sans violence.


L'utopie, en 2011, c'est, finalement, la citoyenneté accomplie,

l'engagement dans le monde les yeux grands ouverts.


L'utopie, en 2011, c'est le contraire de la naïveté,

mais la capacité intacte d'indignation, de résistance et d'invention.


L'utopie, en 2011, est la force qui emplit ceux qui ne s'inclineront plus

devant les vedettes, les nantis et les maîtres des pouvoirs.


L'utopie, en 2011, est un mot qui renaît, jamais comme vérité ou comme dogme,

seulement, pour vivre en société, comme l'usage de la raison, fondée sur la lucidité.


L'utopie, en 2011, sera encore la quête du chemin qui conduit hors des impasses

dans lesquelles le monde entier se perd et se désenchante.


L'utopie, en 2011 et au-delà, n'est qu'un souffle, une chaleur, un flux puissant

qui supprime tout découragement et motive chaque journée à vivre.


vendredi 31 décembre 2010

Mettre l'utopie en marche

Thomas More, fondateur d'Utopia..



Nous avons besoin d'utopie.

Car nous avons besoin d'une espérance crédible.

L'utopie est une réalisation en marche qui a un temps d'avance.

La politique sans utopie n'est qu'une gestion cynique.

Quand l'utopie est une illusion elle n'est pas l'utopie.

Elle est une inconscience.

L'utopie est une conscience exacerbée.

Elle dit les besoins du monde et, pour cela, choque.

Elle dit qu'un homme vaut un homme

et que l'égalité n'est rien de plus qu'une nécessité vitale.

Elle dit que partager n'est pas une générosité

mais le meilleur moyen d'occuper humainement la Terre.

Elle dit que « Liberté, égalité, fraternité »

n'est pas une devise de pure forme.

Elle dit, avec Aragon, que « le bonheur existe

ailleurs que dans les rêves, ailleurs que dans les nues »

Elle dit, avec Kant, que l'hospitalité,

sur une Terre ronde, est notre sort inévitable.

Elle dit que le réalisme n'est qu'une résignation

et qu'il faut inventer notre avenir.

Elle dit que le pouvoir sur autrui

n'est pas le pouvoir sur le réel.

Elle dit que prendre parti, c'est vouloir choisir

mais que se donner à un parti, c'est se limiter.

Elle dit que l'espoir n'est pas d'attendre un mieux,

c'est d'oser le créer contre toute évidence contraire.

Elle dit que l'universel n'est pas loin, mais en soi,

et que le sort de l'humanité entière, c'est le mien.

Elle dit que dominer est une violence

et que nul ne peut se vouloir maître de quiconque.

Elle dit que la tendresse n'est pas une faiblesse

et que la dureté de cœur est pire que celle d'un roc.

Elle dit le mal n'est pas en l'homme, ni le bien,

et que nous sommes responsables de notre histoire.

L'utopie est le lieu de nul lieu, ce lieu du bonheur qui n'existe pas

et qu'il faut pourtant faire exister, mot à mot, acte par acte.

L'utopie est un pari : celui qui nous fait penser

que la vie vaut d'être vécue.

Là où aucune utopie ne subsiste

c'est la mort qui s'installe.

L'utopie est une écosophie, une sagesse

qui donne le droit d'être aux sept milliards d'humains.

L'utopie est l'énergie spirituelle qui fait agir

et sans laquelle la société serait morne et plate.

L'utopie amène à regarder devant soi

pour savoir quel autre monde est possible.

L'utopie est une négation des cultes et des clôtures

à commencer par ceux qui nous enferment dans l'or.

L'utopie est l'activité d'une conscience suraiguë

qui ne se résout pas à subir la médiocrité des temps.

La fin de l'utopie serait la fin du monde

la fin de toute recherche d'un mieux pour les vivants.

L'utopie est l'opposé du renoncement

le refus du « il n'est pas d'autre choix possible »

L'utopie a cent noms et mille formes,

mille perversions aussi qui la font disparaître.

Le communisme soviétique fut une utopie pervertie,

un en-commun confisqué par la dictature du parti.

Le socialisme contemporain est une utopie pervertie,

une trahison de ce qui lui donna naissance.

L'utopie est politique ou n'est pas.

Une politique sans utopie, sans but, n'est qu'arrivisme.




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