samedi 9 avril 2011

Ne nous reste-t-il que la désobéissance civile ?


Le 27 février 1997, lors d'une interview, Jacques Sémelin, qui vient de publier Résistance civile et totalitarisme, avait posé quelques repères permettant de circuler entre des concepts qui deviennent aujourd'hui, opératoires. (Résistance Civile et Totalitarisme, André Versaille, Bruxelles, 2011, (ISBN 978-2-8749-5127-5)


- L'Express
: Quelle différence entre désobéissance civique et désobéissance civile?
- Jacques Semelin : Remarquons d'abord que cette question fait irruption dans le vocabulaire politique français, et que ce n'est pas anodin. Pour ma part, j'introduis une distinction entre les deux concepts. La désobéissance civique renvoie à la seule citoyenneté. C'est un appel de citoyens qui s'adressent à d'autres citoyens pour refuser telle ou telle loi qu'ils considèrent comme injuste. La désobéissance civile ajoute au civisme la notion de civilité: il s'agit bien de désobéir collectivement, mais dans le respect d'autrui. L'aspect pacifique, non violent, qui est alors en jeu exclut donc les formes de désobéissance à la loi qui portent atteinte à l'autre. Comme le font, par exemple, les commandos anti-IVG aux Etats-Unis et même en France. Le principe du combat non violent est essentiel chez les précurseurs de cette pratique, y compris dans les démocraties. Je pense notamment à la figure emblématique de Martin Luther King.

- En général, une telle démarche s'exerce contre un pouvoir totalitaire. Dans quelles conditions se justifie-t-elle en démocratie?
- Tout dépend très précisément de la définition que l'on donne de la démocratie. Si l'on considère que c'est un système reposant exclusivement sur le vote majoritaire de la loi, laquelle s'applique à tous, alors, la désobéissance civile semble illégitime. Si la démocratie est prise en un sens plus large englobant d'autres critères, comme les droits de l'homme et la protection des minorités, elle autorise la désobéissance civile pour peu que la loi paraisse injuste au regard de ces critères. Les signataires des pétitions ont plus ou moins consciemment choisi cette seconde définition.

- N'est-ce pas là un symptôme supplémentaire de l'évolution de la société française vers un certain communautarisme?
- Difficile de faire un diagnostic sur une situation quand on a le nez dedans! Peut-être y a-t-il en effet un glissement de notre république vers une démocratie à l'anglo-saxonne - la désobéissance civile est d'ailleurs née avec Henry David Thoreau, au xixe siècle, aux Etats-Unis. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que cela traduit toujours une crise importante de légitimité entre les institutions et une partie de l'opinion. En outre, un mouvement de ce genre suppose toujours, là encore, une affirmation identitaire de ceux qui se dressent.

Extrait de : http://www.lexpress.fr/informations/la-desobeissance-civique-est-elle-legitime_621117.html

Jacques Sémelin

Jacques Sémelin, qui devient aveugle actuellement, est un écrivain de la non-violence qui travaille, depuis longtemps, sur l'efficacité de ceux qui sont sans armes mais qui possèdent la force, unie, de leurs certitudes. Ce qu'il vit en sa chair ne fait que le conforter dans cette conviction que, par la seule force de la pensée et de son expression publique inépuisable, il est possible d'affronter la brutalité des totalitarismes. Se penser impuissant face à l'injustice est, pour lui, déjà donner la victoire au tyran.

Ses travaux rencontrent, aujourd'hui, une situation internationale où, des hommes et des femmes, aux mains nues, ont affronté et vaincu des pouvoirs violents. L'affrontement de la non-violence et de la violence ne se limite pas à l'opposition entre la lutte de rebelles sans violence et la répression des polices ou des armées, dotées de lourds et efficaces matériels, pouvant donner la mort ! Il n'y aurait, sinon, d'autre issue possible aux conflits que l'écrasement des révoltés, dans le sang !

Cette pensée d'actualité nous est précieuse au moment où se posent d'inattendues questions ! La France est-elle encore une démocratie ? Est-elle entrée dans un néo-totalitarisme ? Quelle est la nature de cette forme bien particulière de domination du pays par une oligarchie solidement implantée dans des appareils médiatiques ?

Mais, à l'extérieur de notre pays, que signifie l'intervention militaire de la France en trois lieux à la fois : l'Afghanistan, la Lybie et la Cote d'Ivoire ? (Sans compter sa participation à des forces internationales qui, sous couvert de l'ONU, continuent d'occuper des États fragiles, comme au Kosovo, par exemple...). Cette attitude de puissance n'est le fait que de quelques États, hier dominants au long de l'histoire (depuis les "Grandes découvertes" jusqu'à la colonisation massive en passant par l'esclavage transatlantique) et qui demeurent, au sein du Conseil de sécurité, détenteurs d'une place et d'un rôle qui en font encore, - on se demande pourquoi -, des gendarmes du monde.


Le dictateur n'est pas qu'un clown : c'est celui qui se veut ou se croit maître du monde.

On notera qu'est fort sélectif l'argument de la protection des populations asservies ou gravement menacées qui autorise à des frappes militaires importantes ! Face à des situations effroyables en Syrie, actuellement, en Arabie saoudite, nid de l'islamisme violent, au Yémen, à Barhein, on ne bronche pas. Pire, en même temps qu'on geint sur le sort des habitants de Benghazi, on repousse 20 000 Tunisiens débarqués en Italie et voulant s'établir en Europe, tandis que la Tunisie reçoit 250 000 Lybiens qui fuient leur pays soumis à la furie d'un dictateur en perdition.

Que ce soit dans les limites strictes de l'État français ou au niveau de l'Afrique noire ou blanche, (là où se jouent des intérêts économiques colossaux), le gouvernement met en œuvre des politiques brutales, plus ou moins habilement motivées, et qui révèlent une conception très "occidentale" de l'étranger, immigré ou non. Et, bien sûr, au nom de Droits de l'homme...

Le Parlement ne débat pas ou s'aligne. L'opinion est médusée, ne sachant que penser. Ne nous resterait-il que la désobéissance civile ? L'émergence du concept en dit long sur l'exaspération des plus lucides des citoyens. Et bien, puisqu'il en est ainsi, que s'assemblent les refusants ! Nous ne saurions attendre des échéances électorales (du reste incertaines par ces temps de manipulations de l'opinion), pour affirmer notre volonté de désobéissance à un ordre semeur de désordre, à une autorité sans fondement, à un pouvoir sans soutien populaire et à une conception des relations entre les hommes essentiellement fondée sur la violence d'État ? Nous voici engagés dans la voie de l'Homme révolté et il ne nous reste que l'urgence de secouer La servitude volontaire.



Je reviendrai sur cette nécessité d'entrer dans la désobéissance (et d'y rester!), car il ne s'agit pas d'une attitude systématique ou opportuniste, il ne s'agit pas de désobéir par dépit ou antipathie, il ne s'agit même pas de désobéir constamment, il s'agit d'être un vigile démocratique qui ne supporte pas l'insupportable et ne ne soumet pas avant d'être convaincu de la nécessité de faire ou de laisser faire. L'impératif de la désobéissance, comme le souligne Jean-Marie Muller, est une conséquence de l'obéissance "conditionnelle" qu'on retrouve dans les écrits de John Locke dès le XVIIème siècle.

jeudi 7 avril 2011

Pire que les Le Pen...

Qui fera taire cet insensé ? Nous allons bientôt regretter Hortefeux ! Claude Guéant est un provocateur qui, en bon petit soldat, exécute les ordres d'un Chef d'État à la dérive...
La course à droite est lancée : l'entourage de Sarkozy estime qu'il ne peut plus gagner l'élection présidentielle qu'à deux conditions : se donner une image internationale d'efficacité militaire valorisant "la puissance de la France" et faire plus, et mieux que le Front national, dans la condamnation de l'immigration.
Passe encore que s'exprime Guéant mais que l'on soit solidaire de lui (de Fillon à Copé) est devenu très dangereux. Où nous conduisent ces irresponsables en charge du pays ?
Qu'est allé faire Alain Juppé dans cette galère ? Il va couler avec elle..., ou changer d'âme. Le voici déjà en charge de la politique internationale avec trois guerres à gérer à la fois !
Quand on est minoritaire dans une démocratie, on s'incline devant les décisions prises par la majorité, mais à une condition : que ces décisions ne soient pas destructrices de la démocratie elle-même ! Il est temps de désobéir ! De Gaulle revient; ils sont devenus fous !
Nous ne sommes plus, nous les Français, reconnaissables sous ce masque de fer qui cache notre être même, notre culture, tout ce qui nous a valu d'avoir une place dans l'histoire. "Ma France", disait Ferrat, n'est pas celle-là.


D'après : LEMONDE.FR avec AFP | 06.04.11 :
Claude Guéant veut "réduire l'immigration légale" en France

Claude Guéant, va-t-il "intervenir pour réduire l'immigration légale" en France dans le prochains mois, ainsi que l'a interrogé Le Figaro Magazine ? "Bien évidemment !", répond le ministre de l'intérieur, notamment en charge des questions d'immigration, dans une interview qui sera publiée vendredi 8 avril. Pour arriver à cet objectif, Claude Guéant explique à l'hebdomadaire avoir "demandé que l'on réduise le nombre de personnes admises au titre de l'immigration du travail [20 000 arrivées par an]. (...) Nous allons continuer à réduire le nombre d'étrangers venant en France au titre du regroupement familial [15 000 arrivées par an]", poursuit-il, précisant avoir demandé "une étude sur la pratique des pays d'Europe sur l'application du droit international". "En matière d'asile, [qui concerne 10 000 personnes par an], notre pays est plus généreux, malgré les restrictions apportées, que l'Allemagne ou le Royaume-Uni, alors que nous appliquons les mêmes conventions internationales ! S'il apparaît qu'il y a des anomalies dans nos pratiques, des modifications interviendront", déclare-t-il encore. En matière d'immigration illégale, M. Guéant rappelle qu' "avant 2001, la France ne reconduisait dans leur pays d'origine que 8 000 à 9 000personnes" par an, alors qu'"aujourd'hui, c'est environ 30 000". Alors que l'objectif fixé pour 2011 est de "28 000 reconduites à la frontière", le ministre de l'intérieur explique au Figaro Magazine :"Très franchement, j'espère que nous ferons plus."

"Plus de prières dans la rue d'ici quelques mois"
Dans la foulée du débat sur la laïcité organisé par l'UMP, le ministrede l'intérieur annonce également que les prières musulmanes dans lesrues de France disparaîtront "d'ici à quelques mois". "J'ai engagé des concertations qui me laissent penser que d'ici à quelques mois, il n'y aura plus, en France, de prières dans la rue. La rue n'est pas faite pour prier mais pour circuler", déclare-t-il, jugeant ces prières "indignes pour les fidèles". Parmi les pistes retenues par M. Guéant pour remplacer cette pratiquet, "la possibilité de faire plusieursoffices ou de louer des locaux dans l'attente de la construction de mosquées". Outre un "code de la laïcité et de la liberté religieuse", qui compilera textes et jurisprudence, Claude Guéant annonce également la créationd'un "double réseau de 'correspondants laïcité', d'abord dans chacun desministères, et ensuite dans chaque préfecture". Ministre de l'intérieur depuis le 27 février, M. Guéant s'est attiré les foudres de l'opposition et de plusieurs associations pour des propos polémiques sur l'immigration et l'islam. A quelques jours d'élections cantonales qui ne s'annonçaient pas sous les meilleurs auspices pour leparti présidentiel, et dans un contexte de montée du Front national, Claude Guéant avait lancé, sur Europe 1 : "Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chezeux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale." Les déclarations de M. Guéant interviennent alors que le projet de loi surl'immigration doit être examiné en seconde lecture au Sénat, mardi 12 avril.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/04/06/claude-gueant-veut-reduire-l-immigration-legale-en-france_1504055_823448.html


Qui a mis de l'essence dans l'extincteur ?

lundi 4 avril 2011

La Ligue de Défense Juive nuit à Israël.

Un commando de la Ligue de Défense Juive a essayé

d'interdire la projection du film Gaza-strophe à Paris

Le droit à la liberté d'expression ne saurait être contesté en France. Nul n'est obligé d'entrer dans une salle de cinéma dont il déteste le film projeté ! Il en est de cette tentative (qui, heureusement, a échoué) comme de celle qui prétendait interdire de parole le Juif Stéphane Hessel ! C'est plus que condamnable, c'est contre productif et néfaste pour Israël !

Dimanche 3 avril à 17h55, un commando d'une vingtaine de miliciens de la LDJ (Ligue de Défense Juive), a tenté d'interdire la projection du film Gaza-strophe, au cinéma Espace Saint-Michel à Paris. Grâce à l'intervention du projectionniste, leur opération a échoué, et les séances programmées ont pu se dérouler comme prévu.

Equipés d'antivols, les militants sionistes ont tenté de verrouiller la porte principale d'accès au salles du cinéma. Ils ont collé dans le hall les autocollants de la Ligue de Défense Juive, et jeté des tracts haineux. Face à la résistance du personnel de l'établissement, les agresseurs ont rapidement pris la fuite, après avoir frappé le projectionniste, et promis de brûler le cinéma. Une plainte a été déposée auprès des forces de police, arrivées sur les lieux quelques minutes après l'agression. Le directeur du cinéma envisage les suites judiciaires, et a affirmé qu'un communiqué serait publié rapidement.
Plusieurs sympathisants de la lutte pour les droits humains en Palestine ont accouru sur les lieux pour apporter leur soutien au personnel du cinéma. Ils se sont donné rendez-vous aux prochaines séances.
La LDJ multiplie ses derniers temps ce type d'actions violentes, et l'action de la police et de la justice ne donne aucun résultat. Ses membres sont les auteurs de nombreuses agressions, parmi lesquelles, récemment, l'attaque d'une soirée de Génération Palestine en avril 2009, le saccage de la librairie Résistances en juillet 2009, des tentatives répétées d'incursion au CICP (Centre International des Cultures Populaires, 21 ter rue Voltaire).
Outre le saccage de librairies, les nervis de la LDJ semblent vouer une haine particulière aux expressions culturelles ne reflétant pas parfaitement la vision de leur guide spirituel la rabbin Meir Kahane: ils ont récemment participé à une opération contre l'exposition "Gaza 2010" au Musée d'Art Moderne de Paris.
Le film Gaza-strophe, réalisé par Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk, est en salles depuis le 16 mars. Salué par la critique, il a néanmoins été l'objet d'attaques nombreuses des lobbys pro-israéliens.

http://generation-palestine.org/omar/news/un-commando-sioniste-essaye-dinterdire-la-projection-du-film-gaza-strophe-au-cinema-saint-



mardi 29 mars 2011

Une laïcité qui va à l'encontre de la laïcité !



La laïcité n'est ni un respect des religions, ni un confinement du domaine religieux dans la sphère privée. La laïcité est bien plus : le respect de la liberté de penser, toutes religions, athéisme et agnosticisme inclus. La laïcité, c'est le refus de l'État, de tous les pouvoirs de l'État, d'influencer les choix fondamentaux des citoyens. C'est l'acceptation, sans exception, que toute personne puisse occuper une place et un emploi dans la cité, sans considération pour ses affirmations politiques, philosophiques et religieuses, dès lors qu'elle ne se livre à aucun prosélytisme.

Car le prosélytisme, voilà l'ennemi ! C'est le contraire du débat d'idées. C'est la recherche d'une influence psychologique, intellectuelle, idéologique, exercée à partir des positions sociales qu'on occupe dans la société. Toutes les opinions ne se valent pas même si elles sont sincères ; ce sont les personnes porteuses de ces idées qui, elles, se valent et méritent respect, y compris quand on les désapprouve !

La laïcité est un anticléricalisme, mais nullement une irréligion ou une anti-religion. C'est le rejet de la domination directe, ou occulte, d'une église ou d'autres clercs. C'est un espace de liberté ouvert à quiconque veut changer de religion, y renoncer ou, au contraire, en devenir membre.



La laïcité a une histoire qui la lie au catholicisme plus qu'au protestantisme ou à d'autres religions, car c'est l'Église catholique qui a fait peser tout le poids de son cléricalisme sur la vie politique, et plus encore en Italie ou en Espagne, mais cette époque est révolue.

La laïcité doit tenir compte que la seconde religion des Français est à présent l'Islam, ce que, voici un siècle, nous n'imaginions même pas possible. L'acceptation par l'Église catholique, puis sa reconnaissance, après de nombreuses décennies, de la valeur de la laïcité, a changé la République. Une même évolution est en cours parmi les musulmans. Elle ne prendra pas autant de temps pour aboutir, en dépit des résistances intégristes qui persistent en mainte mosquée.

Le débat sur la laïcité qu'envisage de lancer le parti sarkoziste est pervers. Il ne pose pas la question de la liberté de pensée mais, en réalité, en dépit de plusieurs déclarations rassurantes, la question de la compatibilité de l'Islam avec l'identité française. Il relaie la propagande du Front National qui n'hésite pas à contester le droit à la prière publique de ces musulmans qui n'ont pas de lieux de culte ! C'est un débat qui a des visées souterraines : associer la France a sa culture chrétienne, d'abord, en se contentant de tolérer les apports nouveaux sans les considérer comme constituants de l'identité française.


La laïcité exclut cette conception-là de la laïcité dite "positive" mais qui, de fait, replie la France sur son passé judéo-chrétien. Les porte-parole des six religions présentes en France, disent, actuellement, tout autre chose, dans la tribune qu'ils co-signent et ci-dessous publiée ! Et c'est un événement... Il ne manque à ce texte qu'une seule chose : les citoyens a-religieux ou athées ont, eux aussi, leur place pleine et entière au sein de la République.


Les six religions s'opposent ensemble au débat sur la laïcité tel que le lance l'UMP

LA TRIBUNE DANS SON INTÉGRALITÉ :


La Conférence des Responsables de Culte en France a été créée le 23 novembre dernier et elle regroupe six instances responsables du Bouddhisme, des Églises chrétiennes (Catholique, Orthodoxe, Protestante), de l’Islam et du Judaïsme. Cette initiative est justifiée par la volonté d’approfondir notre connaissance mutuelle, par le sentiment de contribuer ensemble à la cohésion de notre société dans le respect des autres courants de pensée, et par la reconnaissance de la laïcité comme faisant partie du bien commun de notre société.

La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis. Il nous parait capital, pendant cette période pré-électorale, de bien garder sereinement le cap en évitant amalgames et risques de stigmatisation.

Nous signons ensemble cette tribune sans aucun esprit polémique ou partisan. Une parole commune nous semble néanmoins nécessaire. Notre cohésion au sein de la Conférence que nous avons fondée, est significative dans notre société française. Elle a été rendue possible grâce notamment au climat de coopération instauré entre les religions, que la "laïcité à la française" et ses évolutions depuis plus d'un siècle ont permis.

Mais cette cohésion ne signifie pas pour autant uniformité ! Elle ne nous engage nullement en faveur d'un quelconque amalgame syncrétiste ou d’un nivellement de nos positions individuelles et celles des cultes que nous représentons. Nous travaillons ensemble dans la confiance, en intégrant nos histoires et identités respectives. Nous continuons à avoir des approches différenciées sur telle ou telle question, sans pour autant faire de nos différences des facteurs d'opposition. Nous sommes déterminés à réfléchir et à œuvrer ensemble sur la durée, en relation avec les autorités et les forces vives de notre pays, afin que le facteur religieux y soit un élément de paix et de progrès.

L'accélération des agendas politiques risque, à la veille de rendez-vous électoraux importants pour l’avenir de notre pays, de brouiller cette perspective et de susciter des confusions qui ne peuvent qu'être préjudiciables. Nous en sommes conscients. Cela ne doit pas nous dissuader pour autant de rappeler l'essentiel quand il le faut. Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations voire des améliorations du cadre juridique et règlementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. Nous ne manquerons pas d’être une force positive de propositions dans ce sens.

Faut-il dans le contexte actuel un débat sur la laïcité ? Le débat est toujours signe de santé et de vitalité. Le dialogue est toujours une nécessité. Il a un rôle majeur dans une société libre, démocratique et respectueuse de la personne humaine. Mais un parti politique, fût-il majoritaire, est-il la bonne instance pour le conduire seul ? Ce ne sont ni les débats, ni les travaux qui manquent dans ce domaine ! La Loi 1905 est déjà plus que centenaire. Elle a permis d’apporter depuis lors des solutions à des questions nées de nouvelles situations et des évolutions de notre société dans un monde de plus en plus rapide. Tous les cultes adhèrent sans réserve à ses principes fondamentaux tels qu’ils s’expriment en particulier dans ses deux premiers articles. Mais les modalités d’application de ces principes restent toujours perfectibles. Faut-il recenser tous les colloques et autres séminaires qui ont abordé en long et en large la question de la laïcité et de ses applications dans notre pays depuis des années? Faut-il rappeler, dans la période récente, les travaux étendus et exhaustifs de la Commission présidée par le Professeur Jean Pierre MACHELON qui ont donné lieu à un rapport sur les « relations des cultes avec les pouvoirs publics » remis au ministre de l’intérieur le 20 septembre 2006 ? Ce rapport avait abordé d’une manière approfondie les différents aspects liés à l’exercice du culte en France dont celui du « support institutionnel » de son exercice dans notre pays. Faut-il rappeler de même les travaux du « Groupe juridique inter-cultes » qui travaille depuis 2007, dans le prolongement des recommandations du Groupe MACHELON, au sein du Ministère de l’intérieur, et où siègent des représentants des principaux cultes ? Ce groupe a bien fonctionné et a permis la publication de plusieurs circulaires dont la dernière, du 23 juin 2010, conjointe aux Ministères de l’intérieur et des finances, aborde d’une manière détaillée à l’attention des préfets, des directeurs départementaux des finances publiques et des trésoriers payeurs généraux, les différents aspects liés au « support institutionnel de l’exercice du culte en France » ? Faut-il rappeler aussi la production intellectuelle abondante d’articles et d’écrits divers, ainsi que les nombreux ouvrages qui paraissent sur l’histoire, les fondements, la pratique et les perspectives de la laïcité en France ? La liste en sera longue. Elle illustre parfaitement toute la richesse et la profondeur de notre expérience française de la laïcité. Nous y reviendrons lors de la rencontre publique que nous comptons organiser en octobre prochain.

Secouée par des crises à répétition, politique, économique, financière et morale, la période actuelle manque de lisibilité mais sans doute pas d’espérance ! Le devoir de ceux qui sont « en responsabilité » consiste à éclairer le chemin et à élaborer des solutions conformes au bien de tous. N'ajoutons pas de la confusion dans la période trouble que nous traversons. Nous militons ensemble pour une laïcité de bonne intelligence.

La laïcité n’est pas séparable des valeurs fondamentales que nous partageons, en particulier de la dignité et du respect de la personne humaine et de sa liberté inaliénable. Ces valeurs qui ne peuvent s’épanouir que dans la confiance mutuelle source de paix pour notre société.»



SIGNATAIRES :

Cardinal André VINGT-TROIS, président de la Conférence des Évêques de France
Avec Mgr Laurent ULRICH, vice-président de la Conférence des Évêques de France
Pasteur Claude BATY, président de la Fédération protestante de France
Avec le pasteur Laurent SCHLUMBERGER, membre du Conseil de la Fédération protestante de France, président du Conseil national de l’Église réformée de France
Métropolite EMMANUEL, président de l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France
Avec le Métropolite Joseph, secrétaire de l’Assemblée des Evêques orthodoxes de France
Et Mr. Carol SABA, porte-parole de l’Assemblée des Évêques orthodoxes de France
Grand Rabbin Gilles BERNHEIM, Grand Rabbin de France
Avec le rabbin Moshé LEWIN, porte-parole du Grand Rabbin de France
M. Mohammed MOUSSAOUI, président du Conseil français du culte musulman
Avec M. Anouar KBIBECH, secrétaire général du Conseil français du culte musulman
Révérend Olivier WANG-GENH, président de l’Union bouddhiste de France


http://www.leparisien.fr/societe/laicite-les-six-religions-s-opposent-ensemble-au-debat-29-03-2011-1383927.php



vendredi 25 mars 2011

Mais qu'est-ce donc que l'antisémitisme ?

Loin de moi la pensée que je puisse fournir une nouvelle définition du mot ! Ce qui m'intéresse, à la suite du débat qui a opposé, hier soir, 24 mars, Alain Finkielkraut et, principalement, Alain Badiou, sur FR3, dans le cadre de l'émission de Dominique Taddéi Ce soir ou jamais, c'est l'utilisation politique de ce vocable.
http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/?page=emission&id_rubrique=1355



Alain Badiou et Éric Hazan, (ce dernier directeur des éditions La Fabrique), viennent de sortir un petit livre L'antisémitisme partout, Aujourd'hui en France. Ils y dénoncent une traque de l'antisémitisme qui va jusqu'à s'en prendre aux "mauvais Juifs" coupables de contester la politique israélienne.
http://www.lafabrique.fr/catalogue.php?idArt=556

Alain Finkielkraut est philosophe, professeur à l’école polytechnique, producteur et animateur de l’émission « Répliques » sur France Culture. Sa dernière contribution sur l'antisémitisme se trouve dans le livre : J Call, un appel à la raison des juifs européens, qui vient de paraître chez Liana Lévi (plusieurs intellectuels juifs y demandent que le gouvernement israélien négocie avec les Palestiniens, dans le but de promouvoir une solution acceptable par les deux parties, seule garantie d’un accord durable).
http://www.jcall.eu/?lang=fr

Deux thèses irréductibles s'affrontaient, hier soir :
• Israël est le seul refuge géographique et historique des Juifs; c'est un petit État, fragile, menacé, qui ne peut que lutter pour sa survie. Le soutenir est une obligation absolue pour qui ne veut pas la disparition d'un peuple, d'une culture, d'une tradition religieuse qui ont contribué à faire le monde occidental.
• Israël est un État comme les autres dont la politique peut être critiquée, ce qui ne fait pas de ceux qui s'opposent à son action, notamment à l'encontre des Palestiniens, des antisémites !

La position d'Alain Finkielkraut, habile débatteur, est intenable. Pour lui, la montée de l'antisémitisme en France serait directement liée à la la présence d'opposants à Israël, dans les milieux de la jeunesse d'origine arabe, agressant les Juifs, enfants ou professeurs, qui affirment leur judéité.

La position d'Alain Badiou est inverse. Elle consiste à dire que les jeunes des milieux populaires, où se comptent de nombreux Français, fils et petits fils d'immigrés, sont à l'abandon et rejettent, certes parfois avec maladresse, les agresseurs des Palestiniens, notamment ceux de Gaza, dont ils se sentent solidaires.

Savant dialogue de sourds ?

Voilà qui me conduit à affirmer, avec le peu de courage dont je suis capable, ce que je reproche non aux Juifs dans leur ensemble, mais à un grand nombre d'entre eux qui, selon moi, salissent l'apport fondamental de leur peuple à l'histoire humaine.



Il est quelques repères dont je ne puis me passer :
N'est pas antisémite celui qui affirme que les Arabes sont des Sémites.
N'est pas antisémite celui qui rappelle que Jésus était un Juif.
N'est pas antisémite celui qui note que Marx aussi était un Juif.
N'est pas antisémite celui qui souligne que la Shoah n'excuse pas les fautes actuelles d'Israël.
N'est pas antisémite celui qui soutient le Juif Stéphane Hessel apportant son soutien à Gaza.
N'est pas antisémite celui qui déplore la haine anti-arabe qu'expriment des citoyens israéliens.
N'est pas antisémite celui qui condamne l'élévation d'un mur qui ne protège pas les Israéliens.
N'est pas antisémite celui qui pense qu'Israël se met en danger en s'isolant diplomatiquement.
N'est pas antisémite celui qui dénonce une politique de colonisation sans avenir.
N'est pas antisémite celui qui souffre de voir la misère sans fin des Palestiniens.
N'est pas antisémite celui qui s'angoisse à l'idée qu'Israël détienne le feu atomique.

On pourrait allonger encore, hélas, cette liste, et les erreurs, voire les crimes commis par des Arabes, ne justifient pas une politique qui ne sert pas les intérêts à court, moyen et long terme, ni des Juifs dans leur ensemble, ni d'Israël, en particulier.

L'antisémitisme, c'est ce qui nuit aux Juifs. Mais là il y a débat. C'est un débat dont il faut évacuer toute attitude raciste (ce serait parce que juifs - ou arabes- que les comportements des peuples intéressés seraient ce qu'ils sont !). Non ! C'est un débat politique et philosophique : la Shoah concerne d'abord les Juifs, mais pas qu'eux. Ce crime d'État sans égal a blessé l'humanité dans son entier. Toutefois, il y a deux différences : les descendants des victimes des camps d'extermination peuvent légitimement se sentir plus atteints que les non-Juifs dans leur être même ; ces mêmes descendants ont une connaissance de l'horreur qui rend incompréhensible et terrifiant, pour nous tous les hommes, qu'on puisse sombrer dans des politiques appuyées sur la violence la plus sophistiquée.


Hannah Arendt

Les crispations idéologiques, identitaires et droitières, auxquelles les penseurs juifs les plus célèbres ne nous avaient pas préparés, (des philosophes de l'école de Francfort, à Hannah Arendt en passant par la Française Simone Weil) lèsent un apport dont nous avons encore besoin.

lcoledefrancfort.jpg

Archives du blog

Résistances et romanitude

Résistances et Changements

Recherche Google : rrom OR tsigane