jeudi 14 juillet 2011

Encore un an ?


L'hydre politique, telle l'hydre de Lerne, a des têtes qui repoussent quand on les coupe

Vivons nous la dernière présence de Nicolas Sarkozy, le 14 juillet, sur les Champs Élysées, comme chef des armées ? "Le changement est proche" s'exclame Martine Aubry. Proche ? Un an c'est bien long ! Même dix mois, c'est trop ! Qui ne voit que tous les coups, fourrés ou portés publiquement, sont déjà, et seront de plus en plus, utilisés par la clique qui gouverne dans la résignation générale ?

Est-ce vraiment ça le respect de la démocratie ? Cela tient-il au respect d'un calendrier ? Tout passe-t-il par les urnes en période critique ? Faut-il attendre le résultat de l'élection présidentielle (hypothétique, tant les insuffisances des oppositions sont flagrantes !) pour voir s'éloigner celui qui nous aura plongés dans la stupéfaction et la honte ?

Faut-il encore un an avant que soient posées les questions vitales pour le pays :
• sur le renoncement à une réforme des retraites injuste et insupportable aux travailleurs modestes ;
• sur l'enfermement de la France dans des contradictions stupéfiantes : en Côte d'Ivoire, en Lybie, en Tunisie, en Égypte ..., où nous aurons combattu ceux que nous soutenions ;
• sur la trahison du Grenelle de l'environnement d'un contenu pourtant déjà bien faible ;
• sur l'approfondissement abyssal du fossé entre les très riches et les autres ;
• sur l'enfermement dans le choix énergétique du nucléaire en dépit des évidences mises en lumière à Fukushima ;
• sur la recherche de solutions répressives pour mettre fin à la délinquance, notamment celle de jeunes, sans combattre les causes d'une situation qui ne trouve pas réponse dans les prisons ;
• sur la réduction des aides publiques à tous les services publics ;
• sur le maintien et l'aggravation du machisme en politique, notamment par le maintien du cumul des mandats ;
• sur la complicité avec les organismes qui continuent de polluer impunément qu'il s'agisse des producteurs de produits OGM, de pesticides, ou d'engrais inutiles ;
• sur la marchandisation des médicaments et l'industrialisation de la pharmacie ;
• sur la réduction drastique des postes de fonctionnaires dans les domaines les plus essentiels (éducation, santé,transports...) ;
• sur le culte hypertrophique de la croissance présentée comme un remède à tous les maux économiques et sociaux ;
• sur l'inculture obscène d'une publicité sotte, "décervelante" et aux ordres d'une économie fondée sur le profit bien avant la satisfaction des besoins ;
• sur la privatisation accélérée de tous les services et toutes les entreprises comme prétendue amélioration de la gestion des affaires économiques ;
• sur l'arrêt de l'ascenseur social et l'impossibilité d'assurer désormais la sécurité professionnelle.
• sur l'affichage sans vergogne d'une méritocratie formelle générant des oligarchies antidémocratiques.
• sur la culpabilisation des misérables présentés comme responsables de leur sort ;
• sur l'absence de solidarité véritable avec les peuples privés des moyens d'assurer leur développement et qui continuent de subir l'exploitation des grandes entreprises occidentales ;
• sur le nationalisme contemporain qui prend la forme d'un rejet des immigrations ^passées, présentes et à venir dans un monde surpeuplé et déséquilibré;
• sur l'affirmation effrontée d'un attachement à l'Union européenne alors que deux ou trois États y sont les seuls décideurs.
• sur le mépris et la persécution des Roms symbole même de tout ce que les privilégiés rejettent.
• sur... etc, etc...


jeudi 7 juillet 2011

De la crédibilité à l'incrédibilité et inversement



Nafissatou Diallo ("la femme de chambre" qui a accusé DSK de viol) n'est pas crédible (c'est une "menteuse"). Tristane Banon n'est pas crédible (il y a longtemps qu'elle aurait dû déposer plainte !). Qui est crédible en cette affaire à rebondissements (car c'en est une, démesurée...) ?

L'information en boucle, lassante, épuisante, irritante, à laquelle auditeurs et téléspectateurs ne peuvent échapper recouvre d'autres informations plus graves encore et plus urgentes sur lesquelles l'attention ne peut pas se porter. On en dit trop et pas assez ! Les journalistes sont-ils crédibles ?

Le procureur Cyrus Vance qui a accablé DSK et qui se trouve "discrédité" depuis qu'on sait que Nafissatou Diallo n'est pas sans reproches reste-t-il crédible ? Il n'en reste pas moins en charge du dossier?

L'avocat de la plaignante qui s'est répandu sur sur les ondes pour effectuer une description crapoteuse du crime présumé afin de salir DSK de toute façon est-il crédible ?

Les soutiens politiques de DSK qui assurent sa défense, sans rien connaître d'un événement qui est une relation sexuelle consentie, payée ou extorquée sont-ils crédibles ?

Toutes les personnes qui ont constaté, depuis des années, l'irrépressible attirance de DSK pour toute jolie femme à sa portée, et qui ont banalisé ce comportement prédateur, sont-ils encore crédibles ?

Les fonctionnaires du FMI qui ont constaté, la liaison choquante de leur patron avec l'économiste hongroise Piroska Nagy (dont il a fallu que DSK s'excuse) et qui n'ont rien pu ou voulu dire, sont-ils crédibles s'ils viennent à commenter, à présent les frasques actuelles de leur ex-directeur ?

Sommes-nous, nous-mêmes crédibles si nous avons livré nos commentaires sur une information qui se sera révélée obscure de bout en bout et qui le demeure ? Allons-nous continuer à tirer des enseignements d'une vilaine aventure dont la justice ne se sortira pas car les faits n'ont pas connu de témoins directs ?

Crédibilité vient de croire. Qui peut être cru, à présent ? On sait la fragilité de "l'intime conviction". Faut-il un procès, un jugement, pour que la vérité soit révélée ? Est-ce utile ? Un tel jugement, s'il a lieu, sera-t-il lui même crédible ? L'erreur judiciaire est fort possible en de telles circonstances.

Un présumé coupable est un présumé innocent. Est-on "blanchi" quand on passe du crime à l'agression sexuelle, puis de l'agression sexuelle à l'aventure sexuelle, avec une prostituée ou simplement une femme facile ? Tout comportement privé qui ne le reste pas rend possible des appréciations multiples. Même libre, même "lavé" de ses accusations, DSK redeviendra-t-il crédible ?

La crédibilité n'est pas un objet qu'on perd et qu'on retrouve. C'est ce dont on affecte un personnage public de façon très peu rationnelle.

Le plus fâcheux, en l'occurrence, est que la société tout entière, de part et d'autre de l'Atlantique, s'est ridiculisée. La crédibilité de nos discours sur la civilisation s'est déconsidérée.

vendredi 1 juillet 2011

Ni coupable ni innocent.

Nous avons tous été trompés. Gravement trompés. La presse du monde entier a étalé des erreurs sans aucune retenue. Les conséquences de cette mise à mort politique de Dominique Strauss-Kahn sont immenses. La révélation des doutes sur les allégations de la femme de chambre ayant accusé DSK s'est effectuée au moment même où Christine Lagarde le remplace à la tête du FMI (ce qui n'aurait jamais dû se produire et a entrainé un remaniement ministériel !) et alors que Martine Aubry a annoncé sa candidature à la Présidence de la république (ce qui aurait pu n'être jamais le cas).



Est-ce à dire que, délivré de l'accusation de viol, DSK est innocent ? Il est bien trop tôt pour l'affirmer. Ce qui n'est un secret pour personne, désormais, c'est l'addiction sexuelle de l'ex directeur du FMI. A-t-il été piégé ? Et par qui ? Une mafia criminelle ou une mafia politique ?

Les leçons à tirer de cet événement, à tous égards extraordinaire, sont nombreuses et elles nous atteignent tous dans nos convictions et dans nos certitudes souvent construites hâtivement. Elles nous invitent aussi à prendre en compte, avec humilité, nos multiples fragilités.

Les commentaires auxquels les citoyens modestes ou éminents se sont livrés devraient inciter à la retenue. Il n'en est rien ! Il en est pour souhaiter ou craindre, la candidature de DSK à la Présidence de la République, avant même que le procureur de New York ait tiré tous les enseignements de sa propre irresponsabilité, qu'il s'agisse d'incompétence ou de hâte. Les socialistes se réjouissent mais ne minimisent-ils pas l'effet de ressac que peut avoir ce violent séisme politique subi par la France tout entière ?

Dominique Strauss-Kahn ne peut sortir indemne de cette épreuve, mais nous non plus. Je reste hostile à ses choix politiques et n'aurais, en aucun cas, voté pour lui. Sa superbe et ce que je n'hésite pas à appeler son irrespect des femmes m'avaient choqué et ne se trouvent pas abolis par le rebondissement qui nous est asséné, aujourd'hui. Et pourtant, un homme a été jeté plus bas que terre et celà n'est pas supportable. La presse, la Justice américaine, nombre d'hommes politiques nous ont entrainés dans une impasse soit par imprudence professionnelle soit par calculs crapuleux. Méfions-nous, à présent, autant des excès de louanges que des abus de condamnations.



mardi 21 juin 2011

Au bénéfice du doute...


La presse titre, aujourd'hui : " Georges Tron a passé la nuit en garde à vue" et : " Yvan Colonna a clamé une dernière fois son innocence". La manifestation de la vérité semble s'effectuer dans des conditions bien douteuses ! Dans un cas, sans urgence immédiate, on interroge un suspect de nuit, sans doute pour le faire "craquer" (comprendre : avouer); dans l'autre cas, il n'a été tenu aucun compte d'un doute sur la culpabilité de l'accusé ("l'intime conviction" a suffi) !




De la garde à vue :


Je n'ai aucune sympathie pour l'homme politique Georges Tron, moins encore, si c'est le cas, pour un violeur usant de son pouvoir d'intimidation pour contraindre ses victimes et satisfaire ses désirs. Cependant, je ne vois aucune raison pour que la garde à vue soit nocturne sans nécessité absolue. Si c'est pour déséquilibrer un homme qu'on écarte de son rythme de vie ordinaire, si c'est pour le casser, et "faire sortir", de la rupture ainsi opérée, des informations cachées, il y a là un vice dont la police et la justice ne devraient pas se satisfaire. Manifestement abandonné par les siens, l'ex-ministre subit les conséquences de la faute majeure qui aura été la sienne : non pas seulement d'avoir agressé ses employées, mais bien d'avoir contribué à fragiliser la majorité politique. La première vérité révélée, en la circonstance, serait-elle la prééminence flagrante du pouvoir de l'État ?


In dubio pro reo.

J'ignore si Yvan Colonna a tué le préfet Érignac. Comment le saurais-je ? Mais si j'en doute, je ne suis pas le seul, et ces doutes, en dépit de la loi qui le spécifie, n'auront pas servi l'accusé. Nicolas Sarkozy l'avait d'ailleurs déclaré coupable avant qu'il ne soit jugé. Une cour spéciale (faut-il une cour spéciale pour juger "au nom du peuple français" ?), par trois fois, a estimé qu'avoir tenté d'échapper à la justice par la fuite, d'avoir été accusé par des nationalistes complices, suffisaient à prouver que le "berger corse" était bien l'assassin d'un Préfet et donc devait être enfermé à vie. La seule vérité indubitable, révélée en la circonstance, aura été, une fois encore, la prééminence du pouvoir d'un État monarchique.

La séparation des pouvoirs est devenue, notamment en France, (pays de Montesquieu !), un leurre que dénoncent, et dont souffrent, les magistrats eux-mêmes. Bien moins que les condamnés, quand ils sont innocents, bien entendu...


Montesquieu, au secours, ils sont devenus fous...

Du préjugé au pré-jugement.

Une troisième erreur dans l'exercice de la justice apparait, ce même jour encore, avec l'ouverture devant la Cour d'appel de Paris du procès en révision de Loïc Sécher, accusé à tort du viol d'une mineure qui s'est, depuis, rétractée. Les "2655 jours de prison", selon les propres calculs de l'intéressé, ne seront jamais effacés et les gendarmes ou policiers qui ont monté à charge un dossier brisant la vie d'un innocent, suspect idéal, ne seront pas jugés. "Si nous n'étions pas dans un procès de révision, il faudrait montrer que l'on peut être dépressif, alcoolo, homosexuel et fumer des joints sans être coupable", s'est exclamé son avocat, Me Éric Dupont Moretti. Car là aussi sont les pré-jugés conduisant au pré-jugement : ne peut qu'être coupable un homosexuel dont la sexualité est estimée, par avance,... anormale !

Pour le déclarer coupable, le juge doit être convaincu, hors de tout doute raisonnable, de la culpabilité du prévenu ou de l’accusé ; si un doute subsiste quant à la culpabilité du prévenu ou de l'accusé, ce doute doit lui profiter, c'est-à-dire qu'il doita être acquitté ou relaxé « au bénéfice du doute », selon une expression idiomatique.

On en est fort loin.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9somption_d%27innocence


mardi 7 juin 2011

Changer le pouvoir

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Vaste programme eut dit De Gaulle !

Rien que cela : changer le pouvoir ? Et bien oui, car il y a pouvoir et pouvoir et celui dont tout le monde parle n'est pas celui qui est compatible avec la démocratie, si tant est que l'on veuille vivre en démocratie ?

Supposons qu'en effet la démocratie ait un sens : aller vers la maîtrise maximale de sa vie pour chaque citoyen, être en capacité d'agir pour mieux vivre en société. Cela conduit alors, à l'évidence, au self-government, c'est-à-dire à l'an-archie ! On comprendra que le mot anarchie veuille dire, ici, négation de la mon-archie et de l'olig-archie. Ce qui n'a rien à voir avec le désordre et la violence mais, au contraire, au partage du pouvoir sans empiétement sur la citoyenneté d'autrui.

Belle utopie ricaneront les sachants.

Utopie, en effet, mais utopie nécessaire et urgente car la délégation de pouvoir n'est plus efficace et conduit tout droit à des confiscations du pouvoir. Qui dispose des instruments du pouvoir en abuse tôt ou tard. C'est pourquoi le retour vers une démocratie véritable ne peut que limiter les mandats politiques dans le temps et dans leur espace d'exercice.


Changer le pouvoir c'est, dans un premier temps, interdire purement et simplement les cumuls, ce qui n'est ni nouveau, ni rare, ni compliqué, mais peu envisagé en France ! Cette réticence à partager le pouvoir, en le distribuant autrement, a deux causes : la constitution française qui centralise et "monarchise" le pouvoir, d'une part, et le machisme politique qui vise à empêcher que des femmes exercent des responsabilités au même niveau et aussi fréquemment que les hommes, d'autre part.



à suivre...

lundi 6 juin 2011

Du caritatif au politique

Il est facile de rappeler que le politique sans contact avec le réel perd toute crédibilité et que le charitable, ou l'humanitaire, sans perspective politique enferme les acteurs dans une bienveillance qui ne suffit pas à changer les causes de l'injustice.


Mais de quelle charité humanitaire et de quelle politique parle-t-on ?


Dans sa revue Faim & Soif, ("la voix des hommes sans voix"), l'abbé Pierre, dès la fin des années 1950, insistait sur cette évidence (je cite en substance) : "qui se contente de relever celui qui est tombé, sans enlever la peau de banane qui est la cause de la chutet, est un inconscient ; mais qui supprimerait cette cause, sans porter secours à celui qui est blessé, à terre, est inhumain ! ". Nul ne peut lutter contre le malheur sans en combattre la cause, sinon il s'use en vain.

Faim & Soif n°15 La voix des hommes sans voix 1956


La charité est l'acte du Bon Samaritain ou de Saint Martin de Tours. Le premier se détourne de son chemin pour se porter au secours de la victime d'une agression ; le second partage son propre manteau pour couvrir un homme mourant de froid. La réponse immédiate à la souffrance fait partie du partage de la condition humaine et celui qui s'y soustrait est complice du malheur car il ajoute la violence de son refus d'agir à la cause violente de la détresse. Toute autre conception de la charité est un soutien douceâtre qui donne l'illusion d'aimer autrui mais qui ne retient du mot prochain que le radical "proche". Et de quelle proximité s'agit-il alors ? De ce qui m'intéresse et peut servir, soit à mon salut, soit à ma bonne conscience. Je refuse, évidemment, cet erzats de charité.



La politique est l'acte par lequel tout citoyen apporte son concours à la meilleure organisation de la vie en société, dans la cité (du grec polis). La recherche des causes de la souffrance, de leur prévention, et des moyens de pallier l'injustice, passe par le partage entre tous les humains. En d'autres termes, donner un contenu effectif à la devise républicaine française (liberté, égalité, fraternité) est un impératif absolu. Toute autre conception de la politique n'est qu'une appropriation du pouvoir d'agir par des personnages qui ont confondu la puissance et le service, lequel service se détourne alors du bien commun pour n'être plus que la satisfaction d'intérêts particuliers.

Cette vieille distinction entre l'acte charitable et l'acte politique a pu permettre à certains de confiner la bonté dans l'espace de la pauvreté afin de se réserver l'espace global, là où se prennent les décisions pourtant susceptibles de réduire ou d'éradiquer cette pauvreté.

L'idée dominante est encore, aujourd'hui, que les responsables doivent surmonter leur générosité si c'est l'intérêt du pays. Un tel sophisme, qui a traversé les siècles, fonde l'emploi de la violence soit disant pour le bien de tous. On sait mieux, à présent, que la source des maux, voire la cause des guerres, se situe très en amont des événements tragiques et que ce n'est pas quand tout se noue dans un conflit que l'on peut éviter l'éruption de catastrophes faites de mains d'hommes et annoncées parfois depuis des décennies.



La " sainteté" (je n'aime guère ce vocable laudateur !) de François d'Assise, Vincent de Paul ou Henri Dunant ne s'oppose pas à celle de Martin Luther King, Gandhi ou Mandela, pour ne citer que des noms d'universelle renommée. François d'Assise a tenté de s'opposer à une croisade, Vincent de Paul a lutté contre les guerres de religion, Henri Dunant ne se contentait pas de secourir les blessés sur les champs de bataille ! Martin Luther King a lutté pour la citoyenneté des Noirs américain, Gandhi a grandement contribué à l'indépendance de l'Inde, Mandela a vaincu l'apartheid en Afrique du sud. L'action humanitaire et l'action politique sont, chez de tels hommes, comme l'envers et l'endroit d'une même médaille.



C'est le rejet du politique qui a conduit des chrétiens à l'acceptation résignée de l'inégalité. C'est le rejet a priori de la charité qui durcit le comportement de militants politiques au point de leur faire perdre toute humanité. Le temps est venu de reconnaître que la charité, la solidarité ou la fraternité ne sont ni mièvres ni inefficaces quand elles entrent dans le champ du débat public qui peut être fort éloigné de tout esprit partisan et politicien. Le temps est venu aussi, en même temps, de chasser la violence d'État des concepts politiques indiscutés ! La justice, le partage, l'égalité ne sont pas des "gros mots" ou des concepts inconsistants tout juste bons à rassurer les naïfs. Il est temps de donner et il ne s'agit pas du don d'une obole ou d'une donation à des organisations qui suppléent le comportement de plus en plus pingre des États ! Il s'agit d'oser la solidarité et la révolution non-violente qui renversent l'ordre établi des valeurs désuètes.

dimanche 5 juin 2011

La religion et la mort

La question ne concerne pas, ici, l'au-delà !
Il s'agit de savoir si le sacré tue ou si, plutôt, l'idée que se font les hommes du sacré tue !

On est passé un peu vite, dans la France catholique, sur les horreurs de la Saint Barthélémy.



Dans Charly 9, Jean Teulé délaisse le roi Soleil et ses amours adultérines pour s'intéresser au cinquième des dix enfants d'Henri II (1519-1559) et de Catherine de Médicis (1519-1589), Charles IX (1550-1574) qui succéda à son frère François II, en 1560. L'auteur se focalise sur la période allant du drame du 23 août 1572, l'hécatombe de la Saint-Barthélémy, à la mort du jeune roi au château de Vincennes, le 30 mai 1574. Il ne s'agit donc de démêler l'écheveau des évènements qui ont conduit à l'assassinat de 200 nobles protestants venus assister au mariage de s
a sœur Marguerite et du futur Henri IV, mais d'imaginer les conséquences de sa décision, les massacres qui ont suivi, les complots fomentés contre le roi et sa longue descente dans l'enfer de la folie. Charles IX est-il un souverain fanatique ou un roi fragile, manipulé par sa mère et mal conseillé par ses proches ? On sait que sa santé décline peu et à peu et il succombe une pleurésie, moins de deux ans après le drame. Cette mort prématurée fait-elle suite à un empoissonnement, dont Marie de Médicis serait l'instigatrice ? Le roi a-t-il plutôt succombé aux tortures de sa conscience ?




Les exclus des infidèles de Carcassonne

On n'en était pas à la première tuerie. Au début de juillet 1209, des croisés quittent Lyon, en direction du sud. La première grande cité à s'ériger devant eux est Béziers. «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.» Partout dans la ville règnent alors tueries et massacres. Des milliers de personnes périssent. Après quelques heures, la riche ville de Béziers n'est plus qu'une ville pillée, ruinée et jonchée de cadavres. Inspirés par une telle victoire, les croisés poursuivront la lutte dans tout le Languedoc.

Il est impossible d'affirmer qu'Arnaud Amaury, légat du Pape, a bel et bien prononcé cette parole devenue célèbre. Elle traduit bien, par contre, l'état d'esprit de ces croisés qui combattirent l'hérésie cathare. Ainsi, pour les grands seigneurs du nord, il était convenu de passer par l'épée tous ceux qui leur résisteraient. Arnaud Amaury, de son côté, sut également se montrer digne d'une telle déclaration lorsqu'il écrivit au pape Innocent III: «Les nôtres, n'épargnant ni le sang, ni le sexe, ni l'âge, ont fait périr par l'épée environ 20 000 personnes et, après un énorme massacre des ennemis, toute la cité a été pillée et brûlée. La vengeance divine a fait merveille.»

Ne retournons pas les champs de l'histoire : ils sont peuplés de cadavres, ceux des Chrétiens qui assassinèrent des Chrétiens au nom de Dieu, au nom du Christ ! Aucune leçon d'humanité, donc, ne peut être donnée par les Églises qui ne condamneraient pas, au nom de l'Évangile, les crimes de toutes les croisades, internes ou externes à l'Europe. La "compréhension" et le relativisme historiques n'expliquent pas tout.


Les croisades vues par les arabes - Amin Maalouf

Il faut relire Les Croisades vues par les Arabes, le premier essai écrit par Amin Maalouf, publié pour la première fois en 1983 et traduit en plusieurs langues. Comme son nom l'indique, le livre raconte le point de vue des Arabes sur les Croisés et les croisades, entre 1096 et 1291. Il raconte les pillages et les massacres des Franjs. Quand, au XXIème siècle, les Arabes parlent des Occidentaux en assimilant leurs violences guerrières à des croisades, il faut se rappeler cette donnée médiévale, jamais effacée.



Ce n'est pas pour autant qu'il faut exonérer les Musulmans de leurs crimes !

L'actualité nous informe sur "une" situation qui se répète en mille autre lieux, en Asie et en Afrique, : celle de Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème, un blasphème de surcroît imaginaire mais lié au comportement d'une chrétienne. Que le Pakistan ne puisse rien pour s'opposer à de telles pratiques informe sur le caractère réel du fanatisme musulman, que ce soit en Afghanistan, au Pakistan, en Iran ou ailleurs.

Quand, au nom de Dieu, d'Allah ou du Prophète, on lapide, on pend, on sabre, on enferme dans des culs de basse fosse, on dresse le peuple contre des mal pensants, on s'écarte de tout sentiment religieux pour promouvoir un pouvoir politique appelé religion.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/06/01/asia-bibi-chretienne-du-pakistan-condamnee-a-mort-pour-blaspheme_1530190_3216.html



Et que dire de l'attitude sectaire, brutale, inhumaine des extrémistes juifs ? La Shoah ne peut être évoquée pour tout pardonner quant des Juifs se replient sur leur terre, dite sacrée, et s'y imposent non seulement par la force mais par des affirmations pseudos-religieuses qui justifient toutes les actions militaires !



Alors, me dira-t-on, ce sont les religions "du Livre", monothéistes, qui sont porteuses de mort ? Pas si sûr ! En Asie, le bouddhisme a manifesté aussi son refus de l'autre par d'extrêmes violences.

Toutes les religions sont-elles, alors, porteuses de mort ? Oui et non. Non, parce qu'il est des agnostiques et des athées qui sont tout sauf tolérants et non-violents ! Non, parce qu'il est des hommes qui refusent de mélanger leur foi avec des processus de domination assassins. Oui, parce que le manque de culture, qui exclut tout pluralisme, peut engendrer des conflits très meurtriers. Oui et non, enfin, parce que, là où triomphe la violence, la religion qui alors tue, se tue elle-même.

La véritable interrogation religieuse ne commence qu'à partir du moment où un homme voit en tout autre être humain son égal et ne peut porter la main sur lui parce qu'il est, au sens strict, son frère en humanité. Cet état d'esprit, cosmopolite, qui fait de chacun de nous un citoyen du monde, ne concerne pas que ceux qui s'approchent d'une foi religieuse ! Ceux qui ont renoncé à donner une réponse aux questions métaphysiques ont une vie à vivre qui, comme celle d'autrui, peut exclure la violence.

Soit, l'affirmer va contre toute l'expérience historique de l'humanité. J'affirme, pourtant, que toute religion qui accepte ou qui, pire, favorise la violence, se vide de son sens et se trahit elle-même. J'ose même affirmer que là où règne la violence, il n'est plus de pensée religieuse, mais seulement des religions qui sont des instrumentalisations de pouvoirs politiques ravageurs auxquels la philosophie ne cessera de s'opposer tant qu'il y aura des hommes pensants.


jeudi 26 mai 2011

Sexe et pouvoir



Essayons d'oublier le sordide. Efforçons-nous de comprendre ce qui conduit des personnalités connues, des dirigeants d'États ou d'organismes internationaux, vers des "abus sexuels".

Je vois à ces comportements choquants, et tolérés en France autant et plus qu'ailleurs (au nom du respect de la vie privée !), au moins trois explications.

La première tient à ce que le pouvoir d'agir sur les événements se confond souvent avec le pouvoir d'agir sur les personnes. Le roi fornique et l'Église absout. Le roi est puissant et le prouve. Le roi est riche et ses bâtards abondent. La monarchie s'est déplacée : elle n'est plus de droit divin, mais elle est dans l'esprit de tous les chefs ayant pouvoir sans limites dans leur royaume d'influence, depuis la plus modeste des communes jusqu'au sommet de l'État. Rien ni personne ne peuvent résister au désir de celui qui règne.

La seconde accompagne la première, évidemment, et tient à l'impunité des maîtres. Non seulement le droit de cuissage fait partie des prérogatives des puissants, mais nul ne saurait se mêler des frasques des riches, (sauf quand l'édifice, où l'on profite de la situation, se lézarde du fait de la révélation d'excès dont l'opinion finit par se lasser). C'est une constante que les hommes en vue se croient hors de portée des juges même si, parfois, ils sont rattrapés par leur inconscience.

La troisième est liée à la complicité de tous ceux qui ramassent les miettes qui tombent de la table des nantis. Les petits marquis imitent les princes et, surtout, se gardent de dénoncer les fautes qu'ils observent. Les journalistes, eux, ne vont pas sombrer dans le ridicule en projetant la lumière sur des jeux que Sade a mieux décrit qu'eux. En outre, la règle non écrite, en France, est que les alcôves ont rideaux fermés et que l'on ne peut donc y décrire ce qui s'y passe même si violence et crapulerie s'y exercent.

On relèvera que, presque toujours, même s'il est des exceptions, la contrainte sexuelle est le fait des mâles. Si des femmes se servent de leur corps pour disposer de pouvoirs, elles n'exercent que rarement la force, ou la pression de leurs chantages, pour aboutir à leurs fins.



Le viol est bien chose commune. Forcer une femme s'effectue par la surprise et la brutalité, par la menace, la corruption chez les riches comme chez les pauvres. La culture occidentale est pénétrée d'hypocrisie. Le sexe est tabou sauf pour ceux qui sont hors de la société banale. Pour qui l'exerce, le pouvoir protège de tout, y compris, s'il le faut, des lois que l'on a fait voter. Le temps où des philosophes (Montesquieu notamment) rappelaient que politique et vertu sont indissociables serait-il, à jamais, dépassé ?

Vertu, étymologiquement est proche de virilité, virilité au sens de force d'âme autant que force du muscle ! La vertu politique n'est pas la chasteté ! C'est le respect de soi et des autres sans quoi le pouvoir se trouve corrompu. L'extension de ses comportements intimes à la sphère publique est insupportable, d'un point de vue éthique. Plus que la morale, l'éthique exige de voir, en l'autre, un autre soi-même à qui rien ne peut être imposé par la violence. Si entrer en politique libère de cette exigence, ne craignons pas alors de dire qu'il est sain que les citoyens s'éloignent d'une telle politique.



Dès que la (ou le) politique cesse d'être un service pour devenir un moyen de domination, elle (ou il) cesse d'être d'intérêt démocratique. La vertu politique n'est pas la vertu sexuelle, mais condamne celui qui échappe à la dignité à renoncer, sur le champ, à toute responsabilité politique.

mardi 24 mai 2011

La France machiste ou l'absolu de la honte.

L'indignité est devenue banale. On ne sait encore, aujourd'hui, si Dominique Strauss-Kahn est coupable d'un crime abominable, même si, sur lui, se sont accumulées des accusations et des éléments de preuve, convergents, que la justice américaine a pris très au sérieux. La présomption d'innocence est, à juste titre, mise en avant. La présumée victime est, elle, un peu moins bien soignée ! On en est déjà à rechercher, dans son passé guinéen, ce qui pourrait la rendre suspecte de contribution à une machination, à moins qu'on ne cherche comment payer son silence en satisfaisant les besoins matériels de sa famille vivant dans l'extrême pauvreté !

Je considère comme essentiel de contribuer à éviter que l'accusée devienne la coupable, ou ce qui n'est pas moins grave, qu'on puisse changer la nature de la défense en la faisant glisser, sans vergogne, de la non-culpabilité affichée à l'aveu d'une simple partouze à laquelle se serait librement prêtée la jeune employée de l'hôtel.

Je décide donc de donner à connaître, ci-dessous, deux initiatives qui combattent ces "compagnons de la honte" qui tolèrent, voire excusent, l'intolérable ? L'une est celle de féministes qui ont publié un Appel, et l'autre est celle de Claude Ribbe qui crée un Comité de soutien à Nafissatou Diallo.


SIGNEZ L'APPEL !


Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent

Depuis une semaine, nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques, largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail comme sur les réseaux sociaux. Nous avons eu droit à un florilège de remarques sexistes, du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? » ou les commentaires établissant un lien entre l’apparence physique des femmes, leur tenue vestimentaire et le comportement des hommes qu’elles croisent.

Nous sommes en colère, révoltées et révoltés, indignées et indignés.

Nous ne savons pas ce qui s’est passé à New York samedi dernier mais nous savons ce qui se passe en France depuis une semaine. Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises.

Ces propos illustrent l’impunité qui règne dans notre pays quant à l’expression publique d’un sexisme décomplexé. Autant de tolérance ne serait acceptée dans nul autre cas de discrimination.

Ces propos tendent à minimiser la gravité du viol, tendent à en faire une situation aux frontières floues, plus ou moins acceptable, une sorte de dérapage. Ils envoient un message simple aux victimes présentes et futures : « ne portez pas plainte ». Nous le rappelons : le viol et la tentative de viol sont des crimes.

Ces propos prouvent à quel point la réalité des violences faites aux femmes est méconnue. De la part d’élites qui prétendent diriger notre société, c’est particulièrement inquiétant. 75 000 femmes sont violées chaque année dans notre pays, de toutes catégories sociales, de tous âges. Leur seul point commun est d’être des femmes. Le seul point commun des agresseurs, c’est d’être des hommes.

Enfin, ces propos font apparaître une confusion intolérable entre liberté sexuelle et violence faite aux femmes. Les actes violents, viol, tentative de viol, harcèlement sont la marque d’une volonté de domination des hommes sur le corps des femmes. Faire ce parallèle est dangereux et malhonnête : ils ouvrent la voie aux partisans d’un retour à l’ordre moral qui freine l’émancipation des femmes et des hommes.

Les personnalités publiques qui véhiculent des stéréotypes qu’on croyait d’un autre siècle insultent toutes les femmes ainsi que toutes celles et ceux qui tiennent à la dignité humaine et luttent au quotidien pour faire avancer l’égalité femmes – hommes.



Claude Ribbe

Comité de soutien à Nafissatou Diallo

Le Français Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international, riche, puissant, célèbre, boursouflé d’arrogance et de vanité, est accusé d’avoir violé une femme de chambre, une immigrée africaine musulmane sans histoires travaillant dur à New York.

Parce que l’ambitieux Dominique Strauss-Kahn - autoproclamé futur président de la République française - se dit de gauche, parce qu’il était le favori du parti socialiste français à l’élection de 2012, une partie de la classe dirigeante française, sous le choc, s’est empressée de nier les faits, révélant ainsi son racisme, son sexisme, son islamophobie et son mépris total pour les plus humbles.

Au nom de la présomption d’innocence, l’accusé est devenu victime et la victime présumée a été immédiatement désignée par les médiocres «élites», expertes en désinformation, qui occupent le terrain médiatique en France comme coupable d’avoir participé à un prétendu «complot». Le viol est devenu un «troussage de domestique».

Il a été minimisé parce qu’il n’y avait « pas mort d’homme ». On a plaint l’agresseur présumé pour sa «fragilité». Enfin, la mise en accusation du violeur présumé a même été présentée comme une «nouvelle affaire Dreyfus».

Les témoins de moralité de Dominique Strauss-Kahn sont les mêmes que ceux qui apportaient naguère leur soutien aux racistes Georges Frèche et Pascal Sevran. Pourtant Dominique Strauss-Kahn, que ses amis présentent comme un «séducteur», n’a certainement jamais séduit que des proies faciles.

Il est plutôt connu pour n’être qu’un obsédé sexuel notoire et avoir harcelé maintes et maintes femmes, y compris à Sarcelles, avec un certain goût pour la «diversité».

Cette attitude misérable, qui rappelle plus volontiers Pervers Pépère que Don Juan, donne une image déplorable de la France, dont Strauss-Kahn ambitionnait d’être le représentant suprême.

Pour exprimer ma condamnation du racisme, du sexisme et de l’islamophobie, pour montrer qu’au pays des droits de l’homme, il ne suffit pas d’être milliardaire et de se dire de gauche pour avoir toujours raison et être au-dessus des lois, pour protester contre l'impunité systématique dont bénéficient en France ceux qui s'en prennent à des Africains ou à des Afro-descendants, je rejoins le comité de soutien à Nafissatou Diallo, dite "Ophélia", victime présumée de Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol et de séquestration.

http://www.claude-ribbe.com/dotclear/


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