lundi 26 septembre 2011

Sénat : une défaite de la droite qui n'est pas une victoire de la gauche !




C'est fait. La droite a perdu le Sénat. C'est historique, nous dit-on. Certes !

Mais est-ce la gauche qui est entré dans le palais du Luxembourg ? On peut en douter. N'est pas plutôt le PS ringard qui s'y installe ?

Les politiciens professionnels vont passer la semaine à magouiller. Les battus vont chercher à débaucher les plus fragiles ou les plus intéressés des vainqueurs. Les "radicaux" voudront faire payer, en postes importants dans la Chambre dite Haute, leur vote pour la présidence, le 1er octobre prochain.

Tout cela passionne les médias. Les Français s'en moquent. Seule les intéresse la nouvelle claque prise par Nicolas Sarkozy et... leur propre avenir.

Car cela ne peut suffire ! L'UMP est défaite ; pas la droite...! Elle compte encore quelques personnalités intelligentes. La présidentielle n'est pas gagnée pour le PS. Sarkozy peut, à présent, n'être plus candidat, par dépit ou poussé vers la sortie. Le faux centre peut accoucher d'une personnalité consensuelle. Les "gaullistes" peuvent tenter de ressusciter un beau parleur. Bien d'autres hypothèses se présentent encore.

L'avenir politique, en vérité, n'est ni au Sénat ni dans les coulisses des palais républicains. Il se prépare, selon moi, à partir d'événements déjà survenus et d'après une situation européenne ô combien mouvante, là où se joue plus que l'euro : l'Union elle-même.

La révélation de l'étendue des affaires qui concernent principalement le clan RPR-UMP, de 1995 à 2011, devrait déclencher une la fin d'un règne. Il n'en sera rien. À en juger par ce qui se passe à Marseille chez les Guérini, et ailleurs, le PS lui-même n'est pas à l'abri de la découverte de malversations gravissimes.

Mais il y a plus inquiétant : l'incapacité de maîtriser les marchés qui spéculent à qui mieux mieux, enrichissent les banques et fragilisent brutalement les États. Enfin, par dessus ces bouleversements, reste posée la question des questions : la mise à mal de l'économie capitaliste par elle-même, cet appétit du toujours plus qui conduit la planète entière vers une catastrophe climatique aux effets lents mais désastreux et déjà irréversibles.

La conquête du Sénat par une fausse gauche peut nous réjouir pendant un temps, qui sera court. Bien, ne boudons pas ce petit plaisir ! Ce sera pourtant bientôt dérisoire en regard des transformations volontaires, ou involontaires, qui vont s'opérer sous nos yeux. Il va bien falloir sortir de nos idéologies hexagonales face à ce que "le printemps arabe", l'entrée de la Palestine dans la sphère internationale, la fin programmée des énergies non renouvelables...et j'en passe de tout aussi surprenantes, vont produire comme effets.

L'alternance n'est pas l'alternative. L'alternance sénatoriale ne garantit pas l'alternative présidentielle et législative en 2012, et tout changement politique qui ne serait qu'une alternance est voué à l'échec.



jeudi 22 septembre 2011

Ceux qui ont tué Troy Davis se sont condamnés à la mort politique

Troy Davis : n'oublions jamais le visage d'un vivant !

La mort de trop ! Les USA se sont salis pour longtemps... Et que l'on ne prétexte pas que les formes de la démocratie a été respectées...

Tuer un homme parce qu'il a tué (et que dire de celui qui n'a pas tué !) signifie que la société est incapable de s'élever au-dessus du criminel.

Que la mort de Troy Davis nous engage pour une lutte "à mort" contre la peine capitale, dans tous les États du monde. Ce sera notre façon de nous solidariser d'un homme qui a, jusqu'au dernier moment, hurlé son innocence.

Prenez position contre la peine de mort







Nous, citoyens du monde, demandons l’arrêt immédiat de toute condamnation à mort et exécution et appelons tous les gouvernements à se mobiliser en faveur d’une abolition définitive et universelle de la peine de mort !

Nous saluons les progrès importants accomplis sur la voie de l’abolition de la peine capitale à l’échelle mondiale, et notons qu’aujourd’hui, 139 États ont supprimé la peine de mort de leur législation ou ont cessé de l’appliquer.

Il y a 30 ans, le 10 octobre 1981, la France devenait le 35ème pays à rejoindre les nations abolitionnistes.

Sur les 10 dernières années, plus de 30 pays sont devenus abolitionnistes en droit ou en pratique.

En 2011, 58 pays pratiquent encore des exécutions légales et près de 20 000 personnes attendent leur exécution dans les couloirs de la mort. En 2010, au moins 23 Etats ont procédé à des exécutions et au moins 527 personnes (Condamnations à mort et exécutions en 2010, Amnesty International) ont été tuées par leur pays pour vol, meurtre, trafic de drogue, adultère, inimitié à l’égard de Dieu…

Ce chiffre ne tient pas compte de la situation chinoise, ou la peine de mort est un secret d’État. Trois grands blocs continuent à pratiquer la peine de mort : la Chine et les pays asiatiques dans leur grande majorité, le monde arabomusulman (l'Iran et l'Arabie saoudite exécutent même des mineurs...), et les Etats-Unis (46 exécutions en 2010). Violation du droit le plus absolu qu’est le droit à la vie garanti par l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la peine de mort est un traitement cruel inhumain et dégradant instaurant une justice vengeresse.

Cette peine appelle à toujours plus de violence et de douleur aussi bien pour les familles des victimes que pour les familles de condamnés au mépris d’une justice utile et réparatrice pour la société et les victimes.

Au nom de la liberté, des droits de l’homme et du Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques qui interdit la peine de mort en toutes circonstances, nous, signataires de cette pétition, invitons tous les gouvernements à se mobiliser en faveur d’un monde sans peine de mort afin de contribuer au renforcement de la dignité humaine et des droits de l’homme.


mardi 20 septembre 2011

La démocratie est incompatible avec la peine de mort

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Tuer un homme légalement est un crime d'État.













Celui qui constate, dans une totale impuissanc
e, qu'on peut, de sang froid, détruire une vie, même au bout de 20 années d'incarcération, - comme c'est le cas de Roy Davis - dépasse sa propre capacité de révolte : il doute de son humanité même.

Les USA, une nouvelle fois, se montrent pour ce qu'ils sont : une puissance ultra violente. L'accusé, fut-il coupable, ne mérite pas cette mort,
à 42 ans, deux décennies après les faits ! Mais pire, le doute sur sa culpabilité était évident et allait croissant ! Il ne lui sera pas profitable. C'est bien une exécution pour l'exemple ! La Géorgie défend la peine de mort, quitte à tuer un innocent. Il n'y a, là, rien qui puisse faire penser à un monde civilisé.

C'est un immense dégoût, une rage sans nom qui nous remplissent, à quelques heures de "l'injection létale"! On ne peut donc rien faire contre la mort décrétée ? Que jamais plus on ne dise que ce pays, les USA, peut être un modèle pour le reste du monde. Que cette mise à mort se produise durant le mandat d'Obama ajoute à l'odieux, car la victime, un Noir, pourrait bien avoir été exécutée par des racistes, dans un État dont le passé raciste est bien connu ; et on le saura un jour... Trop tard.

Je me détourne à jamais de ce pays qui nous interdit de l'aimer, tant il s'éloigne de la société qui s'élève au-dessus des criminels.

Quant à la volonté de la veuve du policier assassiné d'assister, avec ses deux enfants, devenus des adultes, à l'exécution, elle lève le cœur. Cela ne lui rendra pas son époux ! Son désir de vengeance est indécent autant que sa conviction qu'on tient le véritable coupable à merci. Et que l'on n'en appelle pas à Dieu et au Christ, dans ce pays "chrétien". Cela aggrave le cas de ce peuple qui ne croit aucune rédemption possible, pour un présumé coupable !

Chaque peine de mort est une fin du monde. Que nulle indulgence ne soit possible, que le gouverneur de l'État n'y puisse rien, indiquent que la machine à exécuter est toute puissante. Rejetons ce monde-là. Ce n'est pas le nôtre.




Extrait du journal
La Croix :

Malgré les nombreuses zones d’ombre de l’affaire, le Noir américain de 42 ans doit être exécuté mercredi 21 septembre.

Après de longues discussions, et malgré une forte mobilisation américaine et internationale, le comité des grâces de Géorgie a refusé, mardi 20 septembre, de sauver Troy Davis : les cinq membres de cette institution indépendante ont confirmé la condamnation à mort de celui qui est devenu, au fil du temps, de recours en recours, un symbole du combat des abolitionnistes.

Ses avocats pensaient pourtant avoir été convaincants lundi 19 septembre : pendant trois heures, ils avaient présenté leurs arguments devant le comité, rappelant les zones d’ombre qui entourent ce qui s’est passé ce jour de 1989, sur un parking de Savannah. Un policier intervenant pour mettre un terme à une bagarre avait été mortellement blessé par balle. Si neuf témoins avaient désigné à l’époque Troy Davis comme l’auteur du coup de feu, sept se sont depuis rétractés, confiant même à la justice les pressions qu’ils avaient subies de la part des forces de l’ordre. Or ces témoignages étaient les seuls éléments dont disposait l’accusation : l’arme du crime n’a jamais été retrouvée et aucun élément matériel n’implique le condamné afro-américain.

"Nous sommes tous Troy Davis"

Alors que de nombreux manifestants s’étaient donné rendez-vous à Atlanta et défilaient devant le siège du comité en portant des pancartes – « Nous sommes tous Troy Davis » ou « Justice, libérez Troy Davis », « Trop de doutes, sauvez Troy Davis » – les avocats avaient obtenu des soutiens qu’ils espéraient déterminants. Comme celui de Brenda Forrest : cette jurée du procès de 1991 avait fait le déplacement pour plaider en faveur de l’homme qu’elle avait pourtant contribué à condamner, estimant aujourd’hui qu’il y a bien trop de doutes pour l’envoyer à la mort.

Deux autres jurés avaient par écrit également fait part de leur regret, et réclamé la clémence. Ils rejoignaient une longue liste de personnalités d’horizons divers, de Desmond Tutu à Benoît XVI, en passant par l’ancien président Jimmy Carter ou, ces derniers jours, l’ancien directeur du FBI Williams Sessions.

À défaut d’avoir pu aboutir à la révision du procès, les avocats espéraient que ces arguments pourraient convaincre le comité des grâces, ultime recours dans cet État où le gouverneur n’a pas pouvoir de grâce. Cette institution dont les membres sont nommés par le gouverneur, et qui est censée mieux garantir la séparation des trois pouvoirs, avait certes déjà refusé la clémence au condamné en 2008.

"Justice est rendue"

Mais les avocats de Troy Davis voulaient croire en une volte-face, après la nomination, ces dernières années, de trois nouveaux membres. Ils ont rappelé que des témoins s’étaient rétractés depuis 2008, laissant planer un doute réel sur l’identité du tueur. Or en juillet 2007, le comité des grâces avait assuré que « les membres du comité des grâces de Géorgie n’autoriseraient pas qu’une exécution ait lieu dans cet État à moins que ses membres ne soient convaincus qu’il n’y a aucun doute quant à la culpabilité de l’accusé ».

En vain : le comité des grâces ayant fermé la dernière porte qui pouvait faire sortir Troy Davis du couloir de la mort, plus rien ne peut désormais empêcher son exécution. Au soulagement de la famille de Mark MacPhail, le policier tué en 1989 à 27 ans, venue elle aussi plaider sa cause, réaffirmant sa conviction que Troy Davis est bien l’auteur du meurtre commis à Savannah.

« Justice est en train d’être rendue. C’est ce que nous voulions », a déclaré mardi 20 septembre Anneliese MacPhail, la mère du policier, qui a indiqué qu’elle n’assisterait pas à l’exécution. « Nous sommes les vraies victimes », a ajouté Joan MacPhail-Harris, sa veuve. Elle assistera ce soir à l’exécution de Troy Davis en compagnie de leurs deux enfants, qui ont rappelé n’avoir presque pas connu leur père.

"Echec de notre justice"

Chez les proches de l’accusé, la colère est à la hauteur des espoirs déçus. « Je suis profondément choqué et déçu par cet échec de notre justice, à tous les niveaux, à corriger une erreur judiciaire », a réagi Brian Kammer, l’un des avocats de Troy Davis. « Clémence refusée. Triste. Scandaleux », écrivait sur son compte Twitter Laura Moyle, directrice de la campagne contre la peine de mort aux États-Unis d’Amnesty International. Un rassemblement était prévu plus tard dans la journée à 19 heures devant le Capitole de Géorgie à Atlanta, les manifestants étant invités à porter un brassard noir et les mots : « Pas en mon nom ».

À la même heure, mercredi (1 heure du matin à Paris), Troy Davis sera exécuté par injection mortelle, en dépit des nombreux doutes. Il sera le 52e condamné à périr ainsi en Géorgie depuis le rétablissement de la peine de mort aux États-Unis en 1976.

AFP. http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/La-Georgie-refuse-la-clemence-au-condamne-a-mort-Troy-Davis-_EG_-2011-09-20-713459

lundi 19 septembre 2011

La Palestine existe : reconnaissons-le !

Nous voici, clairement, au cœur d'un débat très politique : faut-il, dès à présent, un État pour la Palestine ?



Ce qui domine, me semble-t-il, c'est l'impuissance de la communauté internationale à faire entendre son soutien à la Palestine. Un État n'est pas une fin en soi. D'accord ! Au reste, est-ce l'État qui restera pertinent, à la fin du siècle, pour déterminer les politiques ? La France, elle-même, restera-t-elle l'État-nation indépendant qu'elle veut être, au sein d'une Europe perpétuellement inachevée ? Voire ! L'État-nation (inventé en France !) est un leurre : il y a bien plus de 194 nations sur Terre et l'ONU n'est pas l'Organisation des Nations Unies.

C'est, en quelque sorte, "l'organisation des États-Unis"..., (mauvais jeu de mots !) pour dire, tout de même, la domination absolue des USA ! Car quoi, aucune majorité ne peut, à l'Assemblée Générale, empêcher le veto "étatsunien" ? À quoi sert alors l'ONU ? Que plus de 120 États soient favorables à l'existence d'un État palestinien ne compte pour rien ! Seules les décisions du Conseil de Sécurité ont une légitimité juridique internationale, mais contrôlée par les cinq membres permanents...

Il y a donc deux débats engagés, à l'occasion, de ce qui va se discuter, cette semaine, à l'ONU :
• Le droit des Palestiniens à une patrie et à un gouvernement reconnus sera-t-il pris en considération, enfin ?
• La politique internationale est-elle sous la coupe des quelques (actuelles ou anciennes) grandes puissances ?

Nous ne sommes plus au 15-12-1988, date à laquelle l'Assemblée Générale de l'ONU avait reconnu le droit des Palestiniens à un État. En vain. De nouvelles données ont modifié le rapport de forces au Moyen-Orient :
• Les "indignés" israéliens manifestent massivement une autre volonté de vivre en Israël et avec les voisins d'Israël.
• Le "printemps arabe" a révélé que les Arabes ne peuvent plus être présentés, notamment en Israël, comme les ennemis de la démocratie.
• Un gouvernement d'extrême droite nationaliste en Israël, le premier de l'histoire d'Israël, perd progressivement sa légitimité politique.
• S'appuyer sur la complaisance égyptienne, soutenue par les USA, n'est plus possible en Israël, après la chute de Moubarak.
• L'indignation internationale et, notamment, celle du puissant voisin turc, devant le blocus de Gaza, se manifeste de plus en plus.
• L'argument selon lequel l'Iran est dangereux avec sa menace d'armement nucléaire se retourne contre Israël qui s'en est déjà doté !

Au niveau des relations internationales, dans un contexte économique et écologique qui se dégrade, le statu quo devient intenable.
• Les États-Unis et l'Union européenne peuvent craindre le rebond d'anti-occidentalisme que le veto US déclenchera.
• On ne peut accepter indéfiniment qu'une question non résolue depuis 1948 continue de perturber l'état du monde et menace sans cesse la paix.
• Israël, État qui s'affirme démocratique, fournit un contre témoignage qui nuit à l'action politique des promoteurs de la démocratie.
• La violence d'État opposée à une violence populaire, enferme le gouvernement israélien dans un surarmement qui lui nuit.

Prendre position n'est pas penser à la place des Palestiniens. Il me semble que, même avec des risques d'échec patents, la revendication d'une reconnaissance de la Palestine par l'ONU va dans le bon sens. Il n'y a guère d'autre voie pour intervenir dans la situation au Moyen-Orient dans un environnement bouleversé, notamment en Égypte et en Syrie.

La volonté du peuple palestinien commence à s'exprimer par des moyens non-violents; c'est le moment d'en être solidaire. On ne négociera pas avec l'actuel gouvernement israélien : sans attendre son retrait, il faut imposer l'idée que la Palestine existe et existera. La volonté d'un grand nombre d'Israéliens d'aller vers une société plus juste est une chance à saisir : une Palestine libérée garantirait leur avenir.

samedi 10 septembre 2011

Oui, c'est une affaire politique

Je n'ai pas rejoint ce comité constitué à l'initiative de Claude Ribbe. Je n'approuve pas tous les termes du texte qui le fonde. Je considère pourtant qu'il exprime un point de vue qui n'est pas que moral, qui n'est pas qu'antiraciste. On a enfermé le sujet dans une querelle juridique. On a innocenté ou blanchi quelqu'un qui ne bénéficiait (à juste titre) que de la présomption d'innocence (quant au viol) mais qui reconnait (a posteriori) une relation sexuelle hâtive (fut-elle consentie ?)...

Et il se trouve encore des socialistes pour en appeler à DSK, pour soutenir Guérini, pour laisser Patrik Sève gérer sa ville, pour soutenir le sénateur corrompu de l'Hérault, Navarro, pour n'avoir rien vu des malversations de Bernard Granié, et d'autres encore ? Oui, ça pue au PS alors qu'on a besoin de lui pour qu'il nous délivre de Sarkozy ! Cette solidarité avec des élus inqualifiables est dangereuse pour nous tous. C'est bien une affaire politique qui nous regarde.



http://www.claude-ribbe.com/

Comité de soutien à Nafissatou Diallo

Le Français Dominique Strauss-Kahn, ex-directeur général du Fonds monétaire international, riche, puissant, célèbre, boursouflé d’arrogance et de vanité, est accusé d’avoir essaye de violer et d'avoir soumis, contre sa volonté, à des actes sexuels, une femme de chambre, une immigrée africaine musulmane sans histoires travaillant dur à New York.

Parce que l’ambitieux Dominique Strauss-Kahn - autoproclamé futur président de la République française - se dit de gauche, parce qu’il était le favori du parti socialiste français à l’élection de 2012, une partie de la classe dirigeante française, sous le choc, s’est empressée de nier les faits, révélant ainsi son racisme, son sexisme, son islamophobie et son mépris total pour les plus humbles.

Au nom de la présomption d’innocence, l’accusé est devenu victime et la victime présumée a été immédiatement désignée par les médiocres «élites», expertes en désinformation, qui occupent le terrain médiatique en France, comme coupable d’avoir participé à un prétendu «complot». Le viol est devenu un «troussage de domestique».

Il a été minimisé parce qu’il n’y avait « pas mort d’homme ». On a plaint l’agresseur présumé pour sa «fragilité». Enfin, la mise en accusation du violeur présumé a même été présentée comme une «nouvelle affaire Dreyfus».

Les témoins de moralité de Dominique Strauss-Kahn sont les mêmes que ceux qui apportaient naguère leur soutien aux racistes Georges Frèche et Pascal Sevran. Pourtant Dominique Strauss-Kahn, que ses amis présentent comme un «séducteur», n’a certainement jamais séduit que des proies faciles.

Il est plutôt connu pour n’être qu’un obsédé sexuel notoire et avoir harcelé maintes et maintes femmes, y compris à Sarcelles, avec un certain goût pour la «diversité».

Cette attitude misérable, qui rappelle plus volontiers Pervers Pépère que Don Juan, donne une image déplorable de la France, dont Strauss-Kahn ambitionnait d’être le représentant suprême.

Pour exprimer ma condamnation du racisme, du sexisme et de l’islamophobie, pour montrer qu’au pays des droits de l’homme, il ne suffit pas d’être milliardaire et de se dire de gauche pour avoir toujours raison et être au-dessus des lois, pour protester contre l'impunité systématique dont bénéficient en France ceux qui s'en prennent à des Africains ou à des Afro-descendants, je rejoins le comité de soutien à Nafissatou Diallo, dite "Ophélia", victime présumée de Dominique Strauss-Kahn, accusé de tentative de viol, d'actes sexuels non consentis sur un tiers et de séquestration.


vendredi 26 août 2011

La double peine : violentée et chassée ?


Si jamais Nefessatou Diallo n'avait rencontrée DSK, elle serait toujours employée au SOFITEL, estimée et anonyme. La voici humiliée et menacée d'expulsion ! Le New York Post la voue aux gémonies et exige qu'on la renvoie en Guinée, d'urgence. Et tout cela pour une relation sexuelle non niable, effective mais "hâtive", en quelques minutes, et peut-être non imposée constate le Procureur... Et voilà comment une juste justice, qui ne juge pas ce qui n'est pas certain, peut être humainement injuste...

Car le mal est fait. La principale victime est ramenée a son statut d'étrangère, quasi clandestine, et qui a "menti". Il faut la chasser...

Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.



La Fontaine, au secours, ils sont devenus fous...

Heureusement, 80% des Français, disent les sondages, - qui n'en sont pas, pour autant, autre chose que des machines à décerveler, à faire l'opinion...- voudraient, à présent, qu'on oublie DSK et surtout qu'il ne perturbe pas les Présidentielles.
C'est bien le moins...

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jn1sHwW9ksFictQ3bwgu9b6jT7uw?docId=CNG.c5892a964a477e213d4eb10522c24492.7a1

mardi 23 août 2011

S'indigner encore : nous sommes tous salis !

Ce n'est ni le moment de se taire, ni le moment de se laisser duper.

Que Monsieur Strauss-Kahn ne soit plus menacé de prison. Passe.
Que la justice américaine se refuse à décider sans preuve absolue. Bravo ! (Bien qu'elle ne se soit pas gênée, en d'autres circonstances, pour conduire des innocents à la chaise électrique).
Que l'on confonde non condamnation et innocence, alors là, non.

Monsieur Strauss-Kahn n'est, en droit, ni innocent ni coupable, aux yeux d'un procureur. Soit !
Une relation sexuelle ne suffit pas à trainer un homme vers les cachots s'il n'y a pas eu viol. Soit !
Mais dire que ce ne fut pas un viol parce que l'on n'a pas pu le prouver, est tout sauf logique.
Madame Diallo est passée du statut de victime à celui d'accusée. Et là, c'est indigne.

Car il y eut bien relation sexuelle, nul ne le nie, et on la prétend "consentie" !
Il y a donc eu proposition. De qui ? D'une femme en charge du nettoyage ou du client de l'hôtel ?
Peut-on considérer comme acceptable que le personnel fasse l'objet de telles sollicitations ?
S'il a été provoqué, le client ne devait-il pas s'en plaindre à la direction de l'établissement ?

Monsieur Strauss-Kahn est connu pour ses frasques étalées y compris au sein du FMI.
Et il faudrait le croire, lui, plutôt que cette modeste employée qui risque sa place en cas de faute !
Et le monde entier, pris à témoin, devrait accorder, à lui seul, le bénéfice du doute !
Et ses amis politiques de se réjouir de le voir "blanchi", vierge pour un peu... Affligeant !

Oui, in fine, c'est le triomphe du riche qui "s'est fait" une pauvre, avec ou sans son accord !
Oui, ce sont seulement des arguments juridiques qui auront mis fin à une procédure impossible.
Oui, rien ne va laver l'honneur d'un personnage qui s'est rendu lui-même méprisable.
Oui, la justice aura été, jusqu'ici, mise à mal et quiconque s'en satisfait est inexcusable.

Que la presse, des personnalités françaises, étalent leur satisfaction nous emplit de honte.
C'est l'apparence qui compterait donc, et pas les faits, pas même les examens médicaux ?
Car on est allé jusqu'à dire que Madame Diallo a été blessée lors de relations antérieures !
Car on l'a suspectée aussi de s'être elle-même lésée pour faire croire à un viol ? Abject !

Mais il y a pire, si l'on peut dire : Madame Diallo n'aurait recherché "que-de-l'argent" !
En bref, ce serait une putain dont Monsieur Strauss-Kahn pouvait profiter.
Toute défense de l'accusatrice n'est plus présentée que comme une opération spéculative !
Piège politique ou piège crapuleux : on a bien changé de victime.

Et il nous faudrait croire ça ? Accepter cette fable de l'innocent trainé dans la boue ?
Il nous faudrait "effacer l'ardoise" et nous contenter de ne plus voir DSK candidat à l'Élysée ?
Tristane Banon n'a qu'à bien se tenir qui ne pourra pas même fournir la preuve d'un test ADN.
Le triomphe du machisme politique et social est là, flagrant..., et révoltant.

Tâchons d'oublier Monsieur Strauss-Kahn et son pitoyable spectacle.
Mais pas ses défenseurs minables, frustrés dans leurs espoirs de participation au pouvoir !
Au-delà d'un fait divers "planétaire", c'est de notre dignité d'homme qu'il est à présent question.
Notre monde n'est pas celui où des voyeurs ont déclenché un tintamarre obscène.

Oui : ce n'est ni le moment de se taire, ni le moment de se laisser duper.










lundi 22 août 2011

Crise de la démocratie, crise de la culture

Faire écho à ce texte, c'est comme le co-signer, sans se l'approprier. Je n'hésite pas à le faire, sans oublier de remercier Roland Gori qui, lui aussi, affirme que tout homme est philosophe.


La crise de la démocratie est aussi, et d’abord, une crise de la culture

Par Roland Gori

« Étrange faillite que celle de notre civilisation qui naufrage à l’instant de son triomphe. Cependant dans ses débris et sa poussière, l’homme à tête de nouveau-né réapparaît. Il est déjà mi-liquide, mi-fleur1. »

Tous les hommes sont philosophes

Tous les hommes sont philosophes, disait Gramsci, tous les hommes sont philosophes à leur manière et de façon inconsciente. C’est de l’arrière-fond de cette philosophie implicite, de ce « rêve métaphysique » enfoui au plus profond du langage qui catégorise leurs pensées et fabrique leurs paroles, que les humains conçoivent le monde, leur monde, eux-mêmes et leurs rapports aux autres. Tous les hommes sont philosophes, et ils ne le savent pas, immergés qu’ils sont dans des systèmes de croyances, d’opinions, de superstitions et de préjugés. Philosophie implicite que le concept marxiste d’idéologie approche sans pour autant l’épuiser.

Cette philosophie implicite, Gramsci la nomme « folklore », folklore en tant qu’elle rassemble des modes de pensée épars, occasionnels, disséminés dans des modes de vie, d’action et de paroles, grâce auxquels l’humain inscrit dans une économie symbolique les évènements dans lesquels il est pris.

Tous les hommes sont philosophes, car tous les hommes tentent de participer le plus activement qu’ils le peuvent à la production du monde, de leur monde, c’est-à-dire d’eux-mêmes. Cette philosophie spontanée, cette philosophie du sens commun, cette « vision du monde2 », constitue la matrice et les catégories par lesquelles les sujets produisent ontologiquement leur monde, autant qu’eux-mêmes, en tant qu’êtres sociaux, « individus-masses3 », « individus collectifs4 ».

C’est dire que ces conceptions du monde, qui catégorisent les manières conformistes de penser, de dire et d’agir, dépendent étroitement des conditions sociales et des positions historiques, autant matérielles que symboliques, dans lesquelles les sujets s’insèrent et se fabriquent.

En un mot comme en cent, je dirai qu’il n’y a pas d’Immaculée Conception de la pensée et de la parole, et que l’une comme l’autre sont sans cesse corrompues autant que fertilisées par les conditions historiques, sociales et singulières, qui permettent à un sujet de rationaliser ce qui lui arrive, ce qu’il dit et ce qu’il fait. Cette rationalisation donne une cohérence formelle et une homogénéité idéologique à des évènements et à des vécus pris dans l’opacité des rapports sociaux et des histoires subjectives. Dans ce contexte la liberté intellectuelle, autant que l’émancipation politique qu’elle conditionne, dépendent étroitement de la capacité d’un sujet à critiquer sa propre conception du monde, à l’interpréter au vu des éléments historiques et sociaux qui la déterminent et dont elle est la philosophie spontanée.

Comme le rappelle Gérard Granel, le « Connais-toi toi-même » chez Gramsci commence par un processus d’analyse critique des philosophies implicites et des rapports qu’elles entretiennent avec les groupes sociaux auxquels les sujets appartiennent. C’est donc d’abord et avant tout à un devoir d’inventaire que l’individu se trouve convoqué pour pouvoir se connaître lui-même : prendre conscience des processus historiques et sociaux qui ont laissé dans sa subjectivité une infinité de traces. Traces qu’il a reçues, « sans bénéfice d’inventaire » comme disait Gramsci, traces qui lui collent à la peau, à la peau de son langage comme de ses actions. Ces traces constituent une culture qui l’aliène, le mutile, autant qu’elle le fabrique et l’émancipe dès lors que, par un acte réflexif, il en acquiert la liberté et la responsabilité politiques. La politique ici est d’abord et avant tout ce geste culturel par lequel un sujet déconstruit ses philosophies spontanées du monde par un travail authentiquement philosophique, éclairé chez Gramsci par le matérialisme historique et critique.

Le désaveu de ce caractère inévitable des philosophies implicites fait le jeu des pouvoirs politiques en invitant les sujets à ne pas interpréter les déterminants sociaux et historiques de leurs représentations du monde et d’eux-mêmes.

Le trait que je trace ici de la pensée de Gramsci est grossier et il n’a pour visée que de rappeler l’extrême dépendance des rapports de force politique aux enjeux sociaux et culturels, à leur dynamique autant matérielle que symbolique. Faute de quoi, selon l’expression de Gramsci, on risque la « faiblesse » des « philosophies immanentistes » purement matérialistes et athées qui ignorent le besoin de « transcendance » des « masses ». « Transcendance » qui permet l’ « unité idéologique » indispensable à la cohésion sociale autant qu’individuelle des sujets. Bref, pour le dire autrement, on ne saurait méconnaitre le pouvoir symbolique des théories autant que des pratiques politiques ; leurs succès ou leurs échecs dépendent étroitement de leurs aptitudes à créer et à développer des dispositifs culturels qui permettent l’émancipation sociale.

C’est ce pouvoir symbolique, que les institutions religieuses ont su manier tout au long de l’histoire, qui manque cruellement aux philosophies exigeant l’émancipation politique sans l’action culturelle. Elles négligent alors cette foi, distincte de la croyance5, qui conduit Albert Camus à affirmer : « Je ne crois pas en Dieu, c’est vrai. Mais je ne suis pas pour autant athée. » Cette foi dans les valeurs sans laquelle les institutions politiques elles-mêmes pourraient être en danger. Comme le rappelle sans cesse Jaurès : « ce qui manque à la démocratie, c’est la confiance en elle-même, c’est le sentiment de sa force, c’est l’ambition vraie.6 »

Répétons-le encore et encore : la culture et la politique sont indissociables, dès lors que l’on admet que tous les hommes sont philosophes et que c’est dans et par un travail philosophique de déconstruction, de décomposition et de détournement des séquences de leur philosophie implicite qu’ils peuvent s’émanciper politiquement, c’est-à-dire collectivement autant que singulièrement. L’invention de l’Education populaire ne répond-elle pas à cette exigence d’une « éducation à la pensée et à l’expression critique et politique7 » , à la nécessité de devoir reconnaitre que culture et politique sont consubstantielles et qu’il ne saurait y avoir d’émancipation politique sans émancipation culturelle.

C’est en ce sens que la crise politique que nous traversons aujourd’hui, crise de la démocratie, est aussi et d’abord une crise de la culture. Cette crise de la culture contemporaine provient du triomphe de la rationalité instrumentale propice aux métamorphoses du capitalisme mais violemment coûteuse pour « l’humanité dans l’homme ».


Petite métaphysique d’un monde instrumental

Comme je n’ai cessé de le dire tout au long de cet article, la culture ne se réduit pas à un secteur de la vie sociale, celui traditionnellement dévolu aux spectacles et aux divertissements, mais constitue la substance même du « vivre-ensemble ». Plus particulièrement, la manière dont une société accueille et traite la vulnérabilité de l’homme - incarnée par l’enfant, le malade, le fou ou encore le vieillard - révèle sa culture dominante, ses valeurs. Cette culture constitue la matrice à partir de laquelle se développent les manières de soigner comme celles d’informer, de juger, d’éduquer, de faire de la recherche, de construire les espaces du public et du privé, de fabriquer les formes du lien social autant que celles du savoir8.

Au sein de toute société des courants culturels divers et contradictoires se déploient et s’affrontent dans des équilibres toujours plus ou moins instables. La philosophie implicite qui domine à un moment donné la scène culturelle tend, comme toute idéologie, à s’imposer au nom de l’évidence ou d’un droit prétendument juste ou naturel. Or quelle est-elle cette philosophie implicite dominante depuis que le capital vide les choses comme les êtres de leur substance spécifique au profit de son perpétuel renouvellement, sous la forme de cette « substance automatique » que constitue la marchandise ? Si ce n’est une philosophie rationnalisant à l’extrême le monde et l’humain, dont Marx comme Weber ont théorisé les caractères de contrainte et de généralisation progressives dans le désenchantement du monde.

Rationalisation technique totalitaire dont Jaurès considère qu’elle constitue une des grandes misères du patronat car, dit-il, « je considère comme une des plus grandes misères du patronat d’être réduit à ne voir au fond dans les hommes que des éléments.9 »

Cette philosophie implicite se révèle conforme aux nécessités d’une production industrielle, elle se constitue de pied en cap dans « l’essence de la technique » (Heidegger), exploitant à l’infini une rationalité instrumentale d’autant plus cynique et perfide qu’elle s’autoproclame dépouillée de toute métaphysique et de toute prétention morale alors qu’elle tend à les fabriquer à sa guise.

Pour exemple, dans cette nouvelle étape du capitalisme qu’est la nôtre, la normalisation et le contrôle social remodèlent, au nom de l’ « évaluation », tous les secteurs de l’existence humaine, autant dans les pratiques des métiers que dans les replis les plus intimes des existences sociales et singulières. Cette « néo-évaluation » est devenue la nouvelle manière de donner les ordres et le dispositif le plus perfide pour obtenir la servitude volontaire des individus et des populations.10

Pierre Bourdieu dénonce cette civilisation dans un texte bref et saisissant « Des abus de pouvoir qui s’arment ou s’autorisent de la raison » écrivant en octobre 1995 : « Le rationalisme scientiste, celui des modèles mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque mondiale, celui des Law firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l’action rationnelle, etc., ce rationalisme est à la fois l’expression et la caution d’une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s’instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c’est-à-dire en détenteurs auto-proclamés du monopole de la violence légitime, capables de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l’irrationalisme du désespoir dans lequel elle s’enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. La coercition économique s’habille souvent de raisons juridiques. L’impérialisme se couvre de la légitimité d’instances internationales. 11»

De la place qui est la mienne dans la défense des valeurs d’une culture des métiers12, je soulignerai que l’acquisition des droits politiques s’avère toujours inséparable de la conquête des droits du travail et de la défense des métiers, de leurs finalités comme des conditions de leur pratique et de leur transmission. La déclaration de Philadelphie (Mai 1944), qui se place sous l’enseigne de l’organisation internationale du travail, précède de peu les accords monétaires de Breton Woods, la création de l’ONU et la déclaration universelle des droits de l’homme (1948)13. Dans notre culture occidentale, dans son rationalisme économique et social on ne saurait méconnaître ce point : c’est sur le plan de la liberté, de la sécurité, de la justice sociale, dans les conditions de travail et des pratiques des métiers, que la culture politique se joue d’abord. Sans devoir confondre les champs, c’est sur le plan des emplois et des métiers que les logiques de domination néolibérale ou d’émancipation sociale se sont jouées, se jouent encore aujourd’hui et se joueront demain.

Si l’évaluation s’impose aujourd’hui comme la nouvelle manière de donner des ordres au nom d’une prétendue objectivité formelle, technique et gestionnaire, c’est parce que l’autorité est en crise et que les décisions se masquent d’une « neutralité d’eunuque » pour reprendre l’expression d’un historien polonais, Johan Droysen.

L’autorité est en crise. Quand l’autorité est en crise, le pouvoir normatif s’accroît. Le pouvoir normatif n’est pas l’autorité. L’autorité requiert toujours l’obéissance mais elle exclut l’usage de moyens extérieurs de contrainte. Hannah Arendt le rappelle : « là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué.14 » Mais dans nos sociétés de contrôle la « force » doit prendre le masque de la gestion des risques et de la rationalisation des conduites pour se faire accepter en douceur, pour installer de nouvelles formes de servitude volontaire.

Cette logique de domination symbolique, on la trouve dans la reconfiguration de tous les métiers, en particulier les métiers de l’espace public, remodelés au nom du réalisme, du pragmatisme, de l’utilité et de la performance, sommés de se mettre à l’heure des valeurs et des habitus du secteur privé, du secteur exposé à la guerre du Marché globalisé. Cette reconfiguration des métiers a produit la colère sociale et le désespoir autant individuel que collectif. Cette reconfiguration des métiers, sommés d’incorporer les valeurs culturelles du capitalisme financier, a perverti le sens, l’histoire et les traditions de ces métiers. Cette reconfiguration que portent les réformes gouvernementales, préparées en amont par une nouvelle culture depuis presque trente ans, est à l’origine de l’Appel des appels15 et de bien des collectifs.

Cette philosophie de la néo-évaluation qui quantifie, contrôle, normalise et humilie les individus comme les états, procède d’un pouvoir normatif qui individualise, isole et met en servitude par « une évaluation individuelle comparée ». Toutes les réformes gouvernementales et néolibérales de l’Etat et des services ont été préparées par des cabinets d’audit et de gestion qui prescrivent l’incorporation de normes managériales dans les métiers, mais aussi dans les têtes des individus et dans leur vivre ensemble. C’est donc une technique de gouvernement autant qu’un dispositif de subjectivation.

Cette catastrophe culturelle qui corrompt notre société aujourd’hui est plus grave que la crise financière, économique, politique que nous venons de connaître. Ou du moins elle appartient au même processus, celui d’une catastrophe écologique totale. Dans cette culture la nature comme l’humain sont transformés en produits abstraits et quantifiés. C’est cette catastrophe culturelle elle-même qui empêche aujourd’hui les mouvements d’opposition sociale et politique à parvenir à s’en affranchir et conduit les populations au chagrin et au désespoir. La difficulté de transformer la colère sociale en force politique conduit à la résignation consentie et à l’apathie politique, avec des taux record d’abstention au moment des élections ou encore à la tentation des populismes de droite comme de gauche. Et si cette impuissance des mouvements d’opposition sociale et politique à se transformer en force motrice d’un changement provenait de leur difficulté actuelle à s’affranchir, dans la période qui est la notre, des valeurs mêmes d’une culture qu’elles se doivent de combattre ?


Les difficultés des forces politiques proviennent de leur solidarité culturelle

A leur insu, les mouvements d’opposition sociale et politique partagent la même civilisation avec ceux-là même qu’ils combattent. C’est à cette aliénation symbolique qu’ils doivent s’arracher, autant qu’au dispositif de domination et de soumission sociale matérielle contre lesquels ils luttent. Cette prévalence de la culture dans le champ des rapports de force politique, nous en trouvons l’analyse saisissante chez Gramsci lorsqu’il analyse les limites du rôle des syndicats dans le changement radical de la société. Il rappelle alors que les syndicats, dont il convient de ne pas nier la volonté de défense des intérêts de la classe ouvrière, s’inscrivent néanmoins dans la logique symbolique du capital en défendant les travailleurs comme le ferait n’importe quel groupe de pression lorsqu’il défend sur le marché la valeur de ses marchandises. Gramsci écrit : « Le syndicalisme unit les ouvriers selon l’instrument de travail ou selon la matière à transformer, c’est à dire que le syndicalisme unit les ouvriers en fonction de la forme que leur imprime le régime capitaliste, le régime de l’individualisme économique ».16 L’analyse est lumineuse : les syndicats de métier ou d’industrie tendent à unir les travailleurs sur la même base que les lobbies en défendant le travail comme une marchandise, c’est à dire comme une force qu’il ne faut pas brader mais dont l’évaluation reste sous tendue par les unités de mesure des capitaux. On constate aujourd’hui combien cette analyse de Gramsci se révèle visionnaire au moment même où, au nom de la nouvelle évaluation, l’ensemble des activités et des services se trouve converti en produits financiers, jusque et y compris ceux dont les finalités s’y prêtent le moins, comme le soin, la justice, l’éducation, la recherche…

Inutile de pousser la cruauté jusqu’à analyser dans ce bref article la manière même dont les hommes et les partis politiques s’évaluent aujourd’hui à la mesure de l’audimat et des sondages d’opinion qui tendent à les fabriquer comme des spectacles et des marchandises.

Nous touchons ici même à l’impasse dans laquelle se sont engouffrés la plupart des mouvements d’opposition sociale et politique. Ces mouvements sont schizophrènes : une partie de leur corps combat les valeurs culturelles qui les oppriment, l’autre partie en a épousé toutes les formes, qui du même coup la paralysent. Jamais peut être autant qu’aujourd’hui nous n’avons constaté un tel triomphe de la rationalité instrumentale et de son emprise totalitaire sur toutes les régions de l’esprit comme de l’existence sociale.

La haine de la psychanalyse, la casse des humanités, le mépris dans lequel sont tenues les sciences humaines et sociales, à moins qu’elles ne se convertissent à la culture des dominateurs, les pouvoirs frénétiquement sécuritaires qui abolissent la diversité des cultures et la singularité des humains, sont à la fois les symptômes et les opérateurs de cette catastrophe culturelle. A cela, les syndicats comme les partis politiques tardent à faire objection et c’est peut être ce qui explique que c’est par la voie du collectif que les appels et les pétitions se multiplient pour refuser les transformations de l’humain en capital mobile et liquide. C’est aussi par la voie des artistes qui refusent de renoncer à leurs métiers d’artisan que cette insurrection des consciences se manifeste. C’est encore plus radicalement encore, par la voix poétique des artistes antillais tel Patrick Chamoiseau, que cette révolte contre la colonisation néo-libérale se manifeste.

La révolte des Antilles en février 2009, tel un symptôme, a fait entendre la voix poétique dans l’architecture symbolique d’une culture baroque faite, comme l’énonce Patrick Chamoiseau, de « mélanges, de synthèses inachevées, de traces recomposées…17 ». Ceux qui avaient eu à subir toutes les modalités des systèmes d’oppression de la colonisation et de l’esclavage, dans leur chair et dans leur âme, dans les espaces économiques autant que symboliques, n’ont pas pour autant oublié la nécessité d’adjoindre au militantisme la posture de la poétique, c’est-à-dire ce par quoi l’humain « rejoint l’obscur, l’impensable, l’inexprimable. L’inexplicable à mon avis relève du poétique, la partie humaine la plus oubliée, la plus profonde, la part symbolique perdue de vue. Tellement perdue de vue qu’elle n’est pas formulable ; je ne l’ai pas entendue dans les revendications. Je n’ai pas entendu de revendication symbolique ou poétique.18 »

Cette posture poétique, Patrick Chamoiseau la rencontre ailleurs que dans les oppositions traditionnelles, politiques et sociales, dans « une chorale de gospel, une vieille dame chanter et danser dans la rue ; j’ai vu des musiciens jouer, des jeunes se rassembler et échanger ; […] des gens créer des chansons ensemble, se tenir la main, avancer ensemble, j’ai entendu une chanson écoutable à l’infini, les gens y mettre ce qu’ils ressentent, c’était une chanson énigmatique.19 » Et il déplore que cette part du poétique ne soit jamais prise en compte par le politique, lequel s’avère infirme à l’inscrire dans ses projets et ses initiatives. Là est selon moi la problématique des rapports culture/politique que j’ai essayé de développer dans cet article, et qui constitue l’ « avenir d’une utopie », celle d’une « éducation populaire » digne de ce nom.

Restaurer le pouvoir du mythe, de la parole poétique, du discours tragique, de l’énigme, de l’hétérogène, de l’inachevé, de l’imprévisible, face à l’empire des normes et à la tyrannie de la raison instrumentale, ce n’est rien de moins que faire l’éloge de l’amour et de l’amitié dont nous savons, depuis Aristote et La Boétie, qu’ils sont les objections les plus assurées à la servitude volontaire. Si nous ne voulons pas entrer dans l’avenir à reculons il faudra, en politique aussi et dans la culture d’abord, faire notre ces mots de René Char « A chaque effondrement des preuves le poètes répond par une salve d’avenir ».20

1 René Char, « guirlande terrestre pour un ange de plomb » (1952), In : Dans l’atelier du poète, Paris : Gallimard, 1996, p. 661-667, ici p. 665.

2 Cette « vision du monde » est déjà donnée dans et par les structures du langage. Intuition de Gramsci que Victor Klemperer radicalise avec son concept de Novlangue du IIIe Reich (LTI La langue du IIIe Reich. Paris : Albin Michel, 1996).

3 Gérard Granel, Cours sur Gramsci Boukharine et Bordiga 1973-1974. Cours radiodiffusé. http://www.gerardgranel.com/txt_pdf/3-Cours_Gramsci.pdf

4 Gérard Granel, ibid.

5 Jean-Luc Nancy, Noli me tangere, Paris : Bayard, 2003.

6 Jean Jaurès, Rallumer tous les soleils, Paris, Omnibus, 2006, p. 58. Extrait de « Nous faisions un beau rêve », La Dépêche de Toulouse du 11 novembre 1888.

7 Christiane Faure, « c’était ça, monsieur, l’éducation populaire ! », Cassandre, 2005, 63, p. 8.

8 Les formes de savoir sont indissociables des formes de pouvoir mises en œuvre comme pratiques sociales et construction d’un monde commun. Cf Roland Gori, 2010, op. cit.

9 Jean Jaurès, ibid., 2006, p. 89.

10 Roland Gori, 2010, op.cit.

11Pierre Bourdieu, Contre-feux. Paris : éditions LIBER-RAISONS D’AGIR p. 25-26

12 Roland Gori, Barbara Cassin, Christian Laval (sous la dir.), L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences, Paris, Mille et une nuits, 2009.

13 Alain Supiot, L’Esprit de Philadelphie, Paris : Seuil, 2010.

14 Hannah Arendt, La crise de la culture (1954), Paris, Gallimard, 1989, p. 123.

15 http://www.appeldesappels.org/

16 Cité par Gérard Granel, op. cit., p. 219

17 Patrick Chamoiseau, « Grand témoin », Cassandre, 2009, 78, p. 7-13.

18 Patrick Chamoiseau, 2009, ibid., p. 8.

19 Patrick Chamoiseau, 2009, ibid., p. 8, souligné par moi.

20 René Char, op. cit., p. 411.

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