lundi 14 novembre 2011

Relire Polanyi

Il n'a jamais été aussi urgent que de travailler à la construction de l'alternative au capitalisme. Pas une alternance. Pas un retour aux schémas productivistes marxistes. Du neuf ! Or, nous sommes privés d'outils intellectuels crédibles. Nous allons sortir du capitalisme avant de savoir où aller ! Rien n'est plus dangereux. Polanyi est l'un des auteurs qui n' a pas vieilli e tqui est republié car ce qu'il a dit éclaire le présent.


Karl Polanyi 1886-1964

Deux ouvrages parus ces jours-ci, chez Flammarion, invitent, à nouveau, à relire d'urgence Polanyi.

La Subsistance de l'homme, la place de l'économie dans l'histoire et la société, est un ouvrage posthume de Karl Polanyi, publié en 1977 et pour la première fois traduit en français.

Avez-vous lu Polanyi ?, de Jérôme Maucourant, initialement publié en 2005, est réédité en poche, enrichi dʼune précieuse postface, intitulée «Après Wall Street et Fukushima : amélioration ou habitation du monde ?» Lʼoccasion de revenir, avec lui, sur lʼactualité de la pensée de Polanyi en ces temps de crises économique et politique.

L'œuvre de Karl Polanyi peut-elle nous aider à penser le choc écologique que connaît le monde contemporain ? Il a l'intuition que le caractère désastreux du marché autorégulateur dépasse lʼéconomie,la société et même l'homme. Il dit que cela mène à un désert. La marchandisation de la terre, que Polanyi est un des premiers à voir, est une négation de la vie.

Quand il parle de «la terre», on peut entendre le mot «nature». Il ne se contente pas du sens agrarien du terme. Il finit, dʼailleurs, un chapitre de La Grande Transformation par ces mots :«On ne peut séparer nettement les dangers qui menacent l'homme de ceux qui menacent la nature.»

La crise de la modernité ne mettait donc pas en cause un seul projet humain (la démocratie sociale contre la société de marché) mais, peut-être, le monde lui-même,au-delà de l'homme.

Extrait de Médiapart. http://www.mediapart.fr/print/151874


samedi 12 novembre 2011

Avons-nous jamais vécu en démocratie ?



La démocratie, selon le dictionnaire courant, Le Robert, serait "la doctrine politique d'après laquelle la souveraineté doit appartenir à l'ensemble des citoyens; organisation politique (souvent, la république) dans laquelle les citoyens exercent cette souveraineté".

La 86e semaine sociale de France a choisi comme thème : "La démocratie une idée neuve". Est-ce à dire que nous n'aurions jamais connu la démocratie et qu'il serait urgent de la penser, (pas même de la repenser) ?

Je crains que la confusion ne se soit emparée de l'esprit des organisateurs de la Semaine sociale ! La démocratie n'est pas une idée neuve ! Si elle n'a pas pénétré la pratique politique, c'est parce que sa mise en œuvre exige des vertus qui n'existent pas, actuellement, en Europe occidentale et parce que le pouvoir n'est pas, (comme le disait Descartes à propos du bon sens) : "la chose du monde la mieux partagée".

La démocratie conçue par les Grecs, définie par les Philosophes et notamment Rousseau, essayée, en France, pendant les quatre premières républiques, semble, à présent, réduite à l'élection des élites de la nation au suffrage universel. Les traces de démocratie laissées dans les institutions sont plus des graines de démocratie que la manifestation de l'existence d'une plante démocratique vivace. Aujourd'hui, la Ve République a si fortement concentré le pouvoir que nous avons pu voir, depuis 1958, la monarchie, républicaine ou pas, se restaurer progressivement sous nos yeux.

C'est de la manière dont nous avons usé de la démocratie qu'il conviendrait de débattre et de faire le procès estime Jérôme Vignon, le président des Semaines sociales de France. Pas seulement ! Selon moi, voici ce qui devrait faire l'objet d'un long et lent travail citoyen, devant déboucher sur une "reconstitution" de la République :
1 • la compatibilité entre la démocratie et un régime présidentiel, où que ce soit sur Terre, et plus spécialement, bien entendu, dans notre propre pays, où le Chef de l'État est un monarque incontesté, avec un déséquilibre entre les trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) qui aurait scandalisé Montesquieu !
2 • La compatibilité entre la démocratie et le système économique capitaliste actuel dont on constate qu'il fait et défait les gouvernements (sans élections, aujourd'hui, en Grèce et en Italie) et, plus encore, qu'il détermine les politiques en fonctions d'intérêts financiers qui ne sont pas ceux de la majorité des citoyens.
3 • La compatibilité entre la démocratie et la représentation voire la participation politiques, telles qu'elles restent pratiquées et qui aboutissent au cumul des mandats (dans le temps et l'espace), au sexisme politique, à la centralisation autoritaire des pouvoirs, à la faible possibilité d'intervention dans la vie publique entre deux élections, au maintien d'une organisation des pouvoirs publics ne tenant pas compte de l'énorme possibilité d'information et de communication offertes aux citoyens par les technologies modernes.

En clair, nous aurions bien besoin, comme en 1789, de Cahiers de doléances, rédigées en tous lieux du pays, préparant des États généraux de la République, en vue de désigner une assemblée Constituante, mandatée pour rénover, en profondeur, des institutions et des animations politiques qui engloberaient et déborderaient les partis et tous autres organismes traditionnels sans leur déléguer l'ensemble de la volonté populaire !

La politique, si elle exige des compétences, lesquelles s'acquièrent, n'est pas un métier. Être élu est un service et non pas une carrière. La désignation ne passe pas uniquement pas les élections et le tirage au sort doit être sérieusement envisagé comme une possibilité qui ne se limite pas à la composition des jurys d'Assise ! La démocratie est non seulement "inachevée", comme le constatait Pierre Rosanvallon, en 2000, elle balbutie comme une nouvelle née, et se cherche indéfiniment, au milieu de contradictions et des obstacles élevés par des politiciens professionnels.

Il faut, dès lors, être clair : si la démocratie n'est praticable, compréhensible et admissible qu'associée au système économique capitaliste, elle n'a pas d'avenir. Si la démocratie ne peut conduire, par souci d'efficacité, au partage le plus large possible des responsabilités politiques et économiques, elle n'est pas. Si la démocratie peut être invoquée par ceux qui confisquent et manipulent l'exercice de la volonté populaire, mieux vaut n'en plus parler.

On abuse du mot démocratie, quand on affirme, dans la Constitution française elle-même, mensongèrement, que la République a pour principe : "gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple" ! Qui ne voit que par le peuple signifie exclusivement : par les délégués du peuple ? Qui ne constate, notamment aujourd'hui, que pour le peuple, à la vérité, doit s'entendre : pour la partie la plus favorisée du peuple ? Qui ne comprend, enfin, que gouvernement du peuple est devenu : gouvernance du peuple des citoyens (ou sur le peuple) par des élites déterminant elles-mêmes ce qui est bon ou non pour le dit peuple ?

Ou bien il faut renoncer à la démocratie (si elle n'est que cette caricature d'organisation politique renouant avec le plus ancien des régimes, celui des oligarques et des privilégiés) ou bien, il faut lui donner un contenu tout neuf, (qui stoppe la dérive régressive, hors des a priori de cette droite et de cette gauche parfaitement adaptées au maintien du statu quo économique et politique).

Nous n'en sommes plus à rechercher quel régime antérieur était préférable ! Le printemps arabe nous a surpris et éblouis parce qu'y surgissaient des revendications et une volonté démocratiques, là où nous pensions les dictatures installées à jamais. Que n'avons-nous balayé devant notre porte ! Sans doute parce que les dictatures camouflées, celles des banques et de leurs complices politiques, notamment, sont autrement mieux protégées encore que les dictatures ! L'apparence de démocratie trompe davantage que la tyrannie.

Avons-nous, alors, jamais vécu en démocratie ? Nous en avons aperçu les formes, nous en avons parfois goûté la saveur, nous en avons constaté la possibilité, nous en avons aimé les appels à la liberté de pensée, mais nous avons été trompés. Une démocratie en marche, fragile et incertaine encore, dès qu'elle s'arrête, s'étiole. Quand république et démocratie se superposent, fut-ce abstraitement, cela signifie qu'on conçoit, comme une utopie à notre portée, un régime où la res publica, la chose publique, le service public et la souveraineté populaire, les pouvoirs de décider soient organisés de façon prioritaire, non héréditaire, et sans aucun privilège.

Si ce n'est qu'un rêve cessons d'invoquer la démocratie : elle serait, alors, pensable certes, mais impossible ! Si, au contraire, c'est la seule utopie politique approchable, faisons-la exister vraiment : c'est notre dernière chance, avant de sombrer, pour des siècles peut-être, sous la dictatures des marchés, des puissants et des menteurs.


jeudi 10 novembre 2011

Oser.



Il faut se lâcher. Oser. Dire ce que l'on pense. Tant pis si l'on choque.

Chaque jour fournit son lots d'informations plus déprimantes les unes que les autres. Ce sont "les marchés" qui font et défont la politique. Qui nous dira, un jour, qui sont ces "marchés", faussement anonymes ? Les dirigeants ne dirigent plus. Ils obéissent aux exigences des dits marchés.

Il y aurait pire que la réélection de Nicolas Sarkozy : le maintien de sa politique par ceux qui disent la combattre ! Ne nous laissons pas enfermer dans ce piège qui vient de nous être tendu : ce sera Hollande ou lui. Le capitalisme soft ou la capitalisme hard, en quelque sorte. La logique d'un PS, à présent presque totalement inféodé au social-libéralisme, ne peut mener qu'à la perpétuation de ce que nous refusons.

Le nucléaire ? On continue ! Les EPR ? Un sur deux ! L'aéroport de Notre-Dame des Landes ? On le fera ! La retraite à 60 ans ? Non au retour en arrière promis, sinon de façon exceptionnelle... J'en passe ! Et surtout la fausse Europe qui est, et restera, l'Europe des marchés et des marchands, donnant ses ordres aux États pour qu'ils satisfassent les obligations des financiers.

De DSK à Hollande, en politique, il n'y aura eu que des nuances. Le parti de Jaurès et de Blum a définitivement disparu. Lui a succédé, peu à peu, un autre parti n'ayant rien à refuser aux possédants, l'un des partis d'une Internationale socialiste encore présidée par... George Papandreou. Ce socialisme là n'a ni passé ni avenir.

Son passé ? En France, il l'a oublié (avec l'assassinat de Jaurès l'anti-guerre, avec le suicide de Salengro tué par la haine de la droite, avec le début de changement de vie du peuple, grâce à Blum et au Front populaire, avec l'approbation du Programme national de la résistance, amis en œuvre dès les lendemains d'un conflit qui laissait pourtant la France en ruines...)

Son avenir ? Ce serait le capitalisme revisité, "humanisé", contrôlé (après les trahisons successives de Mollet, en 1956, par rapport à la guerre coloniale d'Algérie, celles de Mitterrand, en 1983, cédant déjà -ce fut le grand virage !- aux injonctions des marchés, celles de Jospin, en 2001, bloquant les portes constitutionnelles, déjà ouvertes, afin de pérenniser le présidentialisme, en modifiant l'ordre des scrutins présidentiel et législatif...). Bref, ce fut le début de la soumission aux banques, quitte à faire semblant, parfois, d'en faire la critique. Duplicité !

Il n'y a plus de politique, plus de socialisme, plus de parti du socialisme. Seulement, d'un côté, des résignés toujours avides de croquer dans le gâteau du pouvoir et, de l'autre, des protestataires, des contestataires, des retardataires, des "révolutionnaires" qui cherchent, dans les décombres du passé, des bribes d'espoir mais qui ne peuvent nourrir que des nostalgies.

Alors ? S'indigner ne suffit pas affirme lui-même le vieux Stéphane Hessel. Il faut vouloir une autre vie et la vivre.

"Élections, piège à cons" hurlaient les jeunes, en 1968. Devenus vieux, ces libertaires, trompés par les partis et d'abord le PCF, par certains syndicats et par leurs propres illusions, se sont rangés. Je sais des citoyens qui, pendant cette époque, n'avaient jamais encore ouvert la bouche, devenus, en quelques semaines, admirables par leur clarté et leur éloquence, qui sont retournés à jamais au silence, déçus par leur impuissance après tant d'espérances.. Sommes-nous en train de revivre ce drame en pleine mutation civilisationnelle ? Au moment où s'élargit l'horizon, il se bouche !

C'est toute une autre approche anthropologique dont nous avons besoin. L'humanité, -sept milliards d'êtres, ce qui n'exista jamais auparavant ! - ne peut continuer son parcours historique dans de pareilles malversations qui, littéralement, rendent les moins riches pauvres et les pauvres misérables ! Nous avons besoin de bien mieux que d'une révolte: d'un refus. Refus du maintien de ce qui cause la paralysie des citoyens, refus d'obéir à des lois et règlements qui n'ont plus d'abord, comme objectif, la recherche de la justice mais, le plus souvent, le maintien de la domination des puissants.

Que Berlusconi ait duré si longtemps en aura été l'une des preuves. Mais, ne l'oublions pas, Ben Ali, Moubarak, Khadafi, ont été les amis d'hier de nos actuels dirigeants. N'accablons pas le malheureux Papandréou, humilié, incapable de faire autre chose que de faire payer les dettes de son pays à des taux de... 25%. Souvenons-nous de Laurent Gbagbo, hier aussi l'un des leaders de l'Internationale socialiste, qu'il vaut mieux tenir bien enfermé pour éviter qu'il ne parle. Et que dire de Zapatero qui va quitter le pouvoir, après que l'Espagne soit passée de l'État modèle, soutenu par les marchés, à l'État exsangue battant tous les records de chômage. On peut allonger la liste de ces sortants-sortis, situés à droite ou à gauche, dont le pouvoir ne s'exerçait plus sur la réalité économique mais, à défaut, sur leur concitoyens, jetés dans une crise artificielle, fabriquée, depuis bien longtemps née, et qu'il va falloir payer !

Toutes ces mises en scène, ces voyages de stars politiques, ce sommet qui, à Cannes, nous a produit un bien mauvais cinéma, masquent mal des changements structurels, écologiques et sociaux dont ceux qui ne savent penser autrement que dans leur bulle de verre opaque ne veulent rien voir.



Les hommes n'ont jamais su vivre longtemps sans espoir, sans foi, sans pouvoir se projeter, eux et leurs enfants, vers un avenir motivant. La situation actuelle ressemble à un vilain polar tragique et, de surcroît, raté. Impossible d'imaginer que perdurent ces incertitudes, ces impitoyables contraintes mal réparties et ces banalisations du pire. La Grèce et l'Italie sont sur le point de tomber de Charybde en Scylla. Quel que soit leur premier ministre, il ne lui suffira pas d'écraser les citoyens pour en extraire tout le jus capable de rassasier les fauves qui se sont emparé de l'agora. Les contes qui relatent la soumission des peuples obligés de sacrifier des innocents pour nourrir les monstres n'ont pas cessé d'être racontés aux enfants mais toujours survenait celui ou ceux qui délivrent...

Ne comptons pas sur les héros antiques ou ceux de Perrault pour nous éviter d'être dévorés. Quand nous aurons saisi que nous ne pouvons compter que sur nous, nous serons, comme nous le prédisait La Boétie, à l'abri des tyrans, qu'ils soient des dictateurs ou des chefs d'État, ces rois nus que flattent des conseillers impies, ceux qui se sont emparés subrepticement du sceptre.


mardi 8 novembre 2011

De la mendicité à la vertu


Vieille peur de bourgeois : derrière le mendiant, il y a toujours le risque du larcin. Tout pauvre d'ailleurs a quelque chose à nous prendre, puisqu'il manque. Pendant les trente Glorieuses, le mendiant devenait une exception et pour tout dire un mauvais sujet. Il était à réduire au rôle de clochard. Pas forcément déplaisant le clochard, tout juste un original... Et puis s'il y avait des hommes qui préféraient dormir sous les ponts, c'était le prix à payer de la liberté. Folklore !

Drôle de liberté que celle du misérable qui, comme au temps de Victor Hugo, ne peut vivre de son travail et qui d'ailleurs ne veut pas travailler, du moins au sens où travail signifie achat d'une activité qu'on n'a pas même choisie mais qui est utile à celui qui débourse, au patron.

Le patron, on l'oublie trop, est celui qui guide, qui commande et qui protège. Il a le pouvoir sur autrui. Le clochard, pour des raisons qui lui sont très personnelles, ne veut plus de patron, quitte à n'avoir plus rien à soi, quitte à s'en remettre au passant, au voisin compatissant.

Mais voici que le mendiant est réapparu, et plus seulement le clochard. Il a proliféré. En fait, l'écart et la profondeur des niveaux de vie, entre riches et pauvres, se sont tant creusés que les dépourvus se sont multipliés.

Les Rroms ne sont pas tous des mendiants. Tous les mendiants ne sont pas des Rroms. Cependant, les Rroms sont l'archétype de ces "nouveaux pauvres", de ces êtres vivant, -tels Vitalis, Rémi et leurs chiens, dans le roman d'Hector Malot (1830-1907), Sans famille)-, dans les interstices de la société, au gré des vents et des aumônes, dépendant des maigres recettes obtenues au cours de spectacles montrant des animaux "savants", des tours de magie et surtout proposant quelques concerts populaires. On n'est plus au XIXe siècle et pourtant il est des ressemblances entre ces personnages du passé et les musiciens des rues ou des trains qui grapillent trois sous, l'accordéon, le violon ou la clarinette sous le bras.

Mendier, c'est pouvoir recevoir de argent non comme salaire mais comme don. Voilà qui perturbe gravement ceux pour qui tout revenu qui ne provient pas du travail salarié est non seulement suspect mais condamnable.

On a progressivement instillé, dans l'esprit de beaucoup d'entre nous, que celui qui ne travaille pas est un voleur puisqu'il vit sur le dos de ceux qui travaillent pour lui en plus que pour eux-mêmes. Un tel raisonnement s'applique, évidemment, aux "inactifs" citoyens ordinaires, pas aux rentiers ni aux dirigeants d'entreprises, qui n'ont de compte à rendre qu'à eux-mêmes.

Il est deux vices bien cachés au cœur de ce jugement sévère à l'égard de ceux qui n'ont d'autres ressources, maigres, que celles qui tombent dans leur main tendue. Le premier de ces vices se définit ainsi : il n'est de travail que le travail salarié. Le second de ces vices est plus détestable encore : le don est de l'assistanat.

Sur Terre, l'activité humaine non payée, dont dépend la survie du plus grand nombre des humains, n'est pas rétribuée. Nourrir et soigner un enfant, cultiver un jardin, entretenir un chemin, apprendre à chanter ou à jouer d'un instrument, pêcher et chasser pour faire manger sa famille..., et mille autres travaux indispensables ne correspondent pas, le plus souvent, à des emplois. Mieux, il est probable que le volume de ces activités vitales l'emporte sur le volume des activités salariées. Réduire le travail à ce qui est échangé contre de la monnaie ou un chèque serait mortel pour la société humaine.

Quant à l'assistanat, on a vite fait de le définir comme l'aide sur laquelle un homme pourrait compter pour vivre sans se prendre lui-même en charge, sans travailler... On confond, alors, la mise en dépendance d'autrui et l'accompagnement de tous ceux qui ne peuvent échapper à la dépendance.

Les faibles (enfants, malades, vieillards, handicapés) ont besoin des autres et ce n'est pas les rendre dépendants des collectivités publiques ou des organisations de charité que de leur apporter notre assistance. L'assistance n'est pas l'assistanat. C'en est même l'inverse. L'assistanat c'est la résignation à devoir agir à la place des êtres fragiles. L'assistance, c'est l'intervention ordinaire des citoyens pour faciliter la vie de ceux qui rencontrent des empêchements temporaires ou définitifs. L'assistanat aliène. L'assistance libère. Confondre l'un avec l'autre est un mépris doublé d'une ignorance.

Revenons à la mendicité. La considérer comme un délit, une faute, une imposture, relève de la mauvaise foi ou, pire, de la volonté d'exclusion des pauvres. Est-ce à dire qu'il n'y ait pas de tricheurs chez les mendiants ? Non, bien sûr, mais devait-on fermer les Restaurants du Cœur parce qu'il y a des profiteurs parmi ceux qui viennent remplir leur panier ? Les mendiants nous accusent, sans mot dire, plus qu'on ne peut les accuser. La plupart d'entre eux n'ont d'autre choix que de se livrer à cette activité humiliante s'ils ne veulent pas tomber dans la délinquance.

Au sein de de plusieurs religions, des moines, des fidèles, les musulmans notamment, regardent l'aumône comme un juste partage, modeste sans doute, mais auquel on ne peut se soustraire. Cette tradition, installée au cœur du vécu social depuis des siècles, doit-elle être dénoncée en ce temps où, en occident principalement, celui qui n'aspire pas à devenir riche est de plus en plus considéré comme un incapable ou un paresseux ? Sûrement non, mais il n'empêche que la chasse aux mendiants est lancée, en France, et tout particulièrement à l'encontre des Rroms.

Une fois de plus, les Rroms font tache sur le beau vêtement de nos sociétés libérales et démocratiques. Ils nous rappellent trop que la liberté de vivre en sécurité et dans le bien être n'appartient qu'à ceux qui disposent de revenus suffisants. « Il faut un minimum de bien être pour pratiquer la vertu » affirmait Saint Thomas d'Aquin. Les adeptes de la civilisation chrétienne, qui s'en réclament, en tout cas, pour des raisons politiques, ont oublié les fortes paroles du Docteur de l'Église. Que sait-on, d'ailleurs aujourd'hui de la vertu qui, selon Montaigne, est plus importante que les connaissances théoriques ? C'est la capacité intime de résister à toutes les tentations que ce soit celle du pouvoir, de l'argent ou de la force. C'est la force d'âme. C'est la culture habitant la pensée.

Et s'il ne fallait surtout pas, voire jamais, un maximum de bien être pour pratiquer la vertu...!

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lundi 31 octobre 2011

31 octobre 2011 : une date historique

Trois événements marquent ce jour :

• Nous sommes officiellement 7 milliards sur Terre, à partir d'aujourd'hui.
• L'UNESCO compte un 195ème membre : la Palestine.
• Les squatteurs auront (peut-être) la paix jusqu'au printemps.

Cela ne fait pas plaisir à ceux qui constatent que les rapports de force économiques et politiques ne se feront plus au profit de l'occident.
Cela déplaît aux sionistes et autres inconditionnels d'Israël qui veulent interdire l'entrée de la Palestine à l'ONU.



Cela permettra que soit rappelé, encore et encore, qu'en France une caravane n'est pas un logement ; ce qui autorise les expulsions toute l'année, quel que soit le temps.

Voir le monde tout entier ; donner, enfin, une place aux Palestiniens ; lutter pour que chaque homme ait un toit. C'est ce que ce jour nous rappelle et rappellera.

Laissons nous pénétrer par cette coïncidence : chacun à droit, sur Terre, à l'hospitalité de tous. Ce n'est là ni utopie ni charité ! c'est la condition sine qua non pour que l'on puisse encore prononcer le mot de civilisation.


dimanche 30 octobre 2011

L'évaluation, le mal du siècle ?

On veut tout évoluer, c'est-à-dire tout mesurer, tout peser dans la balance de la rentabilité puis de la profitabilité. On ne s'interroge pas sur l'outil qui mesure, ni sur la possibilité même d'apprécier une réalité autrement qu'avec des chiffres. On jauge, puis on juge. On sépare le bon grain de l'ivraie, ce qui, à l'inverse de l'Évangile, signifie écarter le pauvre pour ne conserver que les riches.

Roland Gori à l'origine de l'Appel des Appels, alerte, une nouvelle fois, contre ce risque culturel majeur qui nous fait apprécier les humains comme des choses.

Note de l'éditeur :

« En ce début de XXIe siècle, en Occident, la folie sociale a pris un nouveau nom, celui d’évaluation. » Le mot essaime partout. Il est à la fois le dispositif et le symptôme d’un mode de contrôle social contemporain particulièrement dangereux.

La société occidentale demande maintenant à ceux qu’elle missionne, dans tous les domaines d’activité, de lui rendre des comptes – ce qui paraît très légitime –, mais en faisant de cette exigence un instrument de normalisation généralisée. On sait quel malaise cela génère. Il ne s’agit en fait pas tant de « rendre compte » que de s’en trouver, par ce biais, asservi.

Les auteurs examinent le processus en cours. La « machine évaluative », alors même qu’elle donne de nombreux signes d’essoufflement, continue pourtant à se développer, et les tentatives effectuées, tant pour la dénoncer que pour tenter d’en limiter les effets délétères, n’amènent pour l’instant qu’à la renforcer. Les agences d’évaluation, diverses et variées, constituent aujourd’hui la nouvelle manière de donner des ordres et de faire de la politique sans en avoir l’air.

Le contrat social de la démocratie est bel et bien entamé, si ce n’est rompu par cette forme de dictature que sont les chiffres : chiffres que l’on fait croire « évidents » et « naturels », alors même qu’ils se déduisent des rapports de force sociaux et symboliques. Il faut réinterroger la notion de « valeur » pour combattre efficacement l’évaluation.

Alain Abelhauser, Roland Gori et Marie-Jean Sauret, sont tous trois psychanalystes, professeurs de psychopathologie à l’université. Ils ont notamment participé à la publication de l’ouvrage L’Appel des appels. Pour une insurrection des consciences (Mille et une nuits, 2009).

lundi 24 octobre 2011

Libre, libéral, libertarien, libertaire...

Les qualificatifs qui sont issus du beau nom de liberté, révèlent bien tous les usages et mésusages qu'on aura fait du concept !

Est libre celui qui échappe à la domination d'autrui et qui dispose du pouvoir sur sa propre vie. Ceci dit, tout n'est pas dit !

Est libéral celui qui tolère. Y compris l'inacceptable... Libéral s'oppose à autocrate, mais aussi à la justice rigoureuse. Bref, selon que vous êtes anglo-saxon ou français, celui qui s'affirme libéral est à gauche (avec les petits) ou à droite (avec les riches). Laisser vivre, sans contrainte, est une valeur. Laisser tout faire est un crime.


Est libertarien le dogmatique qui ne veut jamais qu'une organisation s'oppose à l'initiative économique. Il pense que l'autorégulation est toujours plus efficace que la loi. Il est volontiers libéral sur le plan des mœurs mais il est surtout rebelle à toute action de l'État qui réduirait l'action individuelle des citoyens. C'est intenable !

Est libertaire celui qui est adepte du self-government et qui fonde la civilité sur la culture.



Ces quatre adjectifs rendent compte de la difficulté qu'il y a à vivre dans la liberté. Par le passé, on se contentait de dire que la liberté de chacun s'arrête là où commence la liberté d'autrui. Est ainsi libre celui qui dispose de tous les moyens intellectuels et vertueux pour ne jamais nuire !

Le "monde libre" aura été un leurre qui n'exista que par opposition aux régimes totalitaires. Il ne s'en suivit pas que les les démocraties, distinctes des démocraties "populaires", se soient montées plus respectueuses de la liberté humaine.

En 2011, il est des mots usés. Libéral, qui dit une chose et son contraire, est un vocable plus ambigu que tout autre. Libertarien, qui appartient au vocabulaire économiste antiétatiste, n'a pas d'utilisation accessible au commun des citoyens. Libertaire appartient au discours anarchiste et ne souffre que d'un défaut : il suppose que chaque humain soit éduqué. Libre est bref et riche mais n'est pas à l'abri de confusions dès que le mot ne s'applique qu'à une partie de l'humanité.

En définitive, rien n'est meilleur et plus dangereux que la liberté. Seule elle se trahit. La liberté sans solidarité est un égoïsme violent. La liberté sans égalité est un objectif limité aux privilégiés. La liberté sans fraternité n'a pas même d'existence !

Le libertaire essaie d'être libre sans empêcher les autres de l'être. C'est la moins mauvaise approche de la liberté, à une condition, (que tous les anarchistes n'avaient pas comprise, par le passé) : toute violence faite à autrui, fut-ce pour son bien, est liberticide.

Il va sans dire qu'une telle conception des relations humaines va à l'encontre de ce qui est enseigné et pratiqué, notamment dans les lieux d'éducation. Pour autant, cela n'a pas pour effet de rendre inappropriée la liberté que soutient le libertaire. "D'abord, ne pas nuire" est une devise qui respecte toutes les libertés.

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vendredi 21 octobre 2011

Khadafi restera à jamais silencieux

Il était en Afrique, un leader craint et incontesté !

Il est mort. Beaucoup s'en réjouissent. Ce n'est pas la mort de la dictature dont on se satisfait, ici, en occident, dans notre pays ! C'est du silence de celui qu'on accueillait fastueusement, à Paris, il y a moins d'un an. Il savait trop de choses. Plus de quarante ans de rapines, de dictature féroce, de retournements, de la part de l'un des grands maîtres du pétrole contiennent des révélations qui saliraient bien des "grands", d'hier et d'aujourd'hui. Pas de révélations, donc ? Nul doute que les services secrets français, anglais et italiens soient déjà au travail pour dénicher et détruire des archives compromettantes.


À 27 ans, il a pris le pouvoir et ne l'a plus lâché !

Il fallait laver la honte de la connivence de la France (et de quelques autres États "démocratiques" !) avec la Lybie totalitaire. La guerre, les frappes de l'OTAN et les déclarations cyniques de politiciens ayant retourné leur veste n'y suffiront pas. Tout finit par se savoir. Ceux qui chantaient les louanges de Sarkozy soutenant militairement les rebelles vont vite déchanter. Même si, en France, les médias camoufleront le mieux possible les fautes les plus odieuses de ceux qui faisaient des affaires avec la dictature khadafiste, les Lybiens qui ont vu, su, et qui vont parler ne seront pas tous assassinés... Comme en Tunisie, comme en Égypte, le soutien des riches, au prix d'une solidarité politique discrètement mais efficacement apportée, n'aura pas fait défaut en Lybie.

Il fallait surtout laver, en Afrique du nord, les erreurs spectaculaires et choquantes commises par le Ministère Alliot Marie et tenter de retourner l'opinion internationale en se plaçant, brutalement, sans états d'âme, aux côtés de ceux qui se dressaient contre le symbole même de la tyrannie. Peu importe que ce tyran ait été notre complice et ait bénéficié des larges apports technologiques qu'il avait les moyens d'acheter...

Je ne me réjouis jamais de la mort d'un homme. Jamais. Je suis toujours heureux de le voir cesser de nuire. Toujours. Les exécutions de Ben Laden ou de tel autre leader d'Al Qaïda assassiné, avec l'accord explicite d'Obama, ne font pas avancer la cause de l'occident. L'histoire, quoi qu'on en pense, ne se fait pas à coup de meurtres. Le temps s'écoule et l'on comprend alors, en général trop tard, qu'on a agi dans la précipitation faute d'avoir analysé, à temps, les causes des tragédies. On a pactisé avec le diable, quel que soit le visage qu'il a pris, et ensuite on le pourchasse. Cela ne trompe que les naïfs et, surtout, cela n'a qu'une efficacité relative. Des décennies de tolérance de l'insupportable ne se soldent pas en exhibant un cadavre, fut-il celui d'un monstre.


Rien ne justifie la réjouissance devant la mort

mercredi 19 octobre 2011

De la minorité majoritaire

Le propre d'une minorité est d'être susceptible de devenir majoritaire. Sinon, elle n'est qu'un groupe numériquement insuffisant pour s'imposer par son seul poids ! Quand ce sont les idées qui circulent, elles peuvent s'enfler ou se dégonfler, selon l'accueil citoyen qui leur est fait.

Une majorité, de surcroît peut être constituée de minorités additionnées défendant, en commun, un intérêt principal.

Enfin, en démocratie, le plus grand nombre, s'il détient le pouvoir, ne détient pas nécessairement la vérité. La leçon historique qui nous fut donnée par le IIIe Reich nazi n'a guère été méditée ! Adolf Hitler ne s'est pas installé par la seule force de de ses nervis ; il a obtenu la victoire électorale par les urnes.

Je retiens de cette très courte analyse que le système démocratique souffre d'un vice à peine caché et, en tout cas, irrémédiable : il laisse diriger ceux qui ont le mieux su séduire le peuple et nullement ceux qui s'appuient sur la volonté populaire.

Le système bipolaire contenu dans le mode de scrutin majoritaire détruit les minorités ou les tient en laisse. Qu'en 2011, il faille encore laisser gouverner, "jusqu'à-la-prochaine-élection" un autocrate entouré d'oligarques et, qui plus est, "au nom du respect de la démocratie", a quelque chose de puéril. La règle démocratique ne consiste plus à contrôler le pouvoir exécutif mais consiste à le rendre intouchable entre deux scrutins. Il s'ensuit le désastre intellectuel, civilisationnel et philosophique auquel rien d'efficace ne peut s'opposer.


Le retour de l'avant...

Sans majorités fluctuantes, sans minorités mouvantes, sans "majorités d'idées", sans limites imposées (dans le temps et l'espace) au pouvoir dévolu à des représentants, la démocratie s'engonce avant de s'ankyloser, puis de s'effondrer parce qu'elle est séchée et donc privée de la circulation de la vie.

Les institutions de la Vème République sont obsolètes et ne laisse aucun espace d'expression aux minorités modestes ou aux majorités dominées. La VIème République devient une urgence mais inutile de la faire naître si c'est pour maintenir un système présidentiel qui personnalise la vie publique et n'encourage pas les citoyens à participer aux décisions dans un esprit de responsabilité.

La démocratie véritable rapproche du consensus et suppose moins de lois, plus de débat et donc plus de temps pour mûrir les décisions.

Nous vivons l'inverse. Il faut décider beaucoup et vite. Ainsi noie-t-on la réflexion des citoyens dans la technicité et la reconnaissance de la nécessité de s'en remettre aux élites. La démocratie, dans cette mâchoire implacable, en sort broyée, parce que les jeux d'opinion, le culte des vedettes politiques remplacent le libre débat. Les Français et, la plupart des citoyens des autres pays démocratiques, se leurrent en pensant disposer des outils du choix. S'ils votent "mal", on les fait revoter (comme on l'a vu en Irlande, en France, aux Pays Bas, en Slovaquie...). Ils n'ont plus à choisir mais n'ont plus qu'à approuver !

Quand l'alternance n'est plus une alternative, il n'est même pas nécessaire de conserver le personnel politique. Ses remplaçants feront à peu près la même politique. Inutile, dans ces conditions, de tenter de passer de la minorité à la majorité : à terme, le résultat sera le même, c'est-à-dire, et de plus en plus ouvertement, obéir à la dictature des marchés.

Qui dirige, contrôle, oriente ces marchés, maîtres de la politique et du sort de l'économie ? On a vu surgir, décennies après décennies; des "agences de notation", des "banques centrales", des Fonds monétaires et autres instruments de gouvernement monétaire et économique auxquels rien ne s'oppose durablement.

Les minorités d'idées sont seules à même de faire évoluer la pensée des citoyens médusés, sous le charme ou sous la peur, qui "croient" que, sans croissance, il n'est pas d'emploi, comme il leur est rabâché. On ne compte plus, alors, que sur la richesse des riches pour disposer des morceaux inégaux mais suffisants d'un gâteau gigantesque en perpétuel agrandissement.

Mais ne voila-t-il pas que nos sociétés, vieillies, arrivent à saturation dans maint secteur de production ! Ce qui devait arriver plus tard se produit. Pour garder les mêmes profits, il faut donc saigner les consommateurs et réduire toujours plus la part du travail par rapport au capital. L'intelligence des roués a trouvé sa limite et le système grince annonçant un prochain blocage.

Il est temps que les minorités s'éveillent, s'agrègent, se concilient et s'accordent sur des compromis durables. Bref, il faut construire des majorités d'un nouveau type qui ne doivent plus grand chose aux partis (minorités parmi les minorités) et beaucoup à elles-mêmes. La démocratie politique n'est rien sans la démocratie économique. Tout autre projet politique ne ferait que rallonger une période où les maîtres et autres privilégiés continueraient de tenir les rênes en nous laissant le rôle multiséculaire de valets obéissants.

Autant mourir tout de suite que pérenniser cette domination inhumaine où les grandes valeurs de 1789 sont oubliées, inutiles et ridiculisées.


lundi 17 octobre 2011

Jamais plus de faux compromis...

"Faire de l'impossible rêve un possible espoir n'est pas interdit. Je n'attends rien du PS. Je voterai pour Martine Aubry... au second tour de l'élection de 2012, si c'est elle...", avais-je écrit !


La révolution, au PS, marche sur la tête.

Ce ne sera pas elle. J'ai fait une erreur d'appréciation de plus. J'ai cru que, de la "Primaire PS", sortirait du neuf, un tout petit peu de neuf, mais du neuf... Or, la logique de la Ve République a prévalu. Le piège s'est refermé. Ce sera donc, Sarkozi ou Hollande ! Pour n'avoir plus Sarkozi, une majorité de socialistes et d'électeurs de gauche ont joué, ce 15 octobre 2011, la carte de celui le plus assuré de l'emporter. Il ne restera plus aux Joly et autre Mélanchon qu'à faire de la figuration ; en mai 2012, ils devront s'aligner, comme n'importe quel Montebourg.

La droite dure, (celle qui se cache dans les cabinets ministériels, les banques et les officines du MEDEF), l'emporte, ainsi, à tous les coups : ou bien l'on continue avec l'UMP ou bien l'on dispose, avec "la gauche molle", d'un PS qui (comme les partis socialistes anglais, grec, espagnol, portugais et autres) ne peut que se coucher, car il n'a aucune solution politique de rechange, face au système économico-politique libéral. De Blair à Zapatero, de Papandréou à Hollande : rien à craindre pour les maîtres de l'économie et de la finance, pas même une petite correction écolo car la croissance commande...

J'ai, d'un coup, repris possession de moi-même. Le "il faut y croire encore une fois" était de trop. Moment de faiblesse ! Je n'aurai plus d'excuse, désormais. Avec Martine Aubry, je voulais, comme ces citoyens écologistes qui ont participé à la primaire PS, faire un compromis, faute de mieux, et entr'ouvrir la porte à une sortie du nucléaire sans laquelle rien ne peut changer. Ce n'était pas mûr. Du reste Martine Aubry n'aurait guère avancé dans cette direction.


C'est une affiche... suisse !

Il faut, à présent, entrer dans une stratégie de rupture pour longtemps. Je ne voterai pas pour François Hollande. Ni au premier ni au second tour des élections présidentielles. Alors, me dira-t-on, tu vas laisser repasser Sarkozy ! Évidemment pas, je ne ferai pas la politique du pire et ne voterai pas davantage pour ce sortant à sortir ! Quant à renoncer à ce que je pense, par souci du moindre mal, c'est fini. Je suis trop vieux pour attendre un mieux d'un moindre mal. J'ai trop souvent expérimenté que le moindre mal finit toujours... mal !

Je n'apporterai pas mon concours, fut-il lointain et très indirect, à l'hypothétique élaboration, à l'Élysée, d'un gouvernement où Manuel Valls serait, par exemple, ministre de l'Intérieur, Arnaud Montebourg ministre de la Justice, Ségolène Royal ministre de l'éducation et Jean-Michel Baylet secrétaire d'État au commerce, voire Martine Aubry aux affaires sociales ou... DSK aux finances !

Que puisse, dans les mois qui viennent, se briser, enfin, ces faux équilibres qui nous obligent à fonctionner à l'intérieur d'un cadre européen, économique et financier, apparemment immuable mais pourtant bouleversé, et où l'on se refuse à prendre en compte les questions fondamentales, premières, décisives, urgentes, qui sont d'ordre écologique et, plus encore, vitales pour l'espèce humaine.

« L'habitude, dit Edgar Morin, c'est de sacrifier l'urgence à l'essentiel, alors que l'essentiel c'est précisément l'urgence ! »

Et bien l'urgence, fut-elle utopique, c'est de faire cesser l'exploitation du monde entier par les puissants et les riches, faute de quoi nous allons y laisser notre peau (et les exploiteurs aussi du reste !)

L'urgence, c'est de sortir des schémas traditionnels fussent-ils réglementaires.

La politique, en dépit des apparences, a définitivement cessé d'être politicienne. Agir en politique n'a jamais été aussi indispensable mais, hors des partis.

mercredi 12 octobre 2011

L'espoir politique ou l'impossible rêve ?


La vie politique consiste à réanimer des espoirs impossibles. Les médias s'excitent sur les primaires socialistes comme les Mexicains ou les Philippins devant les combats de coqs.

Tout semble dit : François Hollande n'a-il-pas déjà reçu, l'un après l'autre, tous les soutiens de la droite de la fausse gauche ?

Celui, d'abord, très vite, de Manuel Valls, pour qui la faim du pouvoir autorise d'avaler toutes les tambouilles fabriquées et d'accepter toutes les magouilles préparées, dans les officines et cuisines où les plats libéraux mijotent. Cet homme du futur est dépassé et son socialisme n'était que de façade.

Celui de Jean-Michel Baylet, ensuite, le bon apôtre laïque, pour qui Édouard Herriot eut été un dangereux gauchiste, l'homme du radicalisme sans racines. Cet homme du passé n'a d'autre avenir que celui du chacal qui se repaît de ce que le fauve-roi lui laisse déguster.

Celui de Ségolène Royal, enfin, dont on voudrait espérer que la connivence avec son ex-époux est constituée de souvenirs conjugaux mais qui, en réalité, se croit encore investie d'une modernité qui n'est faite ni de rénovation, ni d'actualité, ni d'innovation et la voici qui tente, une ultime fois, de tromper les socialistes et autres Français derrière des apparences qui n'ont rien de populaire.

Bref, tous les ingrédients de la fausse gauche sont déjà dans la soupière où François Hollande a même convoqué le souvenir et les gargouillis d'orateur du plus talentueux des artistes ayant jamais trompé "le peuple de gauche" : l'autre François lui-même, celui dont le mérite fut de tout trahir avec une maestria et un savoir-faire jusqu'à ce jour inégalés.

Et nous voici au bord du gouffre. Celui qui gagnera dirigera une France impossible à diriger. Martine Aubry, pas plus que son père, ne dispose des moyens de conduire sa politique. François Hollande ne pourra longtemps opposer ses habilités aux coups de boutoir d'un régime économico-politique à l'hallali et donc d'autant plus dangereux.

L'absent, "le troisième homme", Arnaud Montebourg, tout fier d'avoir fait mentir les sondages, n'a rien de mieux à faire que de démontrer que les deux protagonistes devenus, selon lui, simples "impétrants" (qui ont obtenu quelque chose) vont, nécessairement, s'empêtrer (donc s'embarrasser, s'entraver, s'encombrer, s'enferrer) dans des difficultés qu'il avait prévues et annoncées. Cela ne lui servira guère à l'avenir... Jouissance passagère qui masque, du reste, la même impuissance : Nicolas Sarkozy est probablement électoralement condamné mais qui va lui succéder sera bien en peine de dire ce qu'il ou elle fera de sa victoire.

Il faut vraiment être amoureux fou du pouvoir ou insensé (ce n'est pas incompatible !) pour aspirer diriger son pays dans de telles conditions ?

Tout est-il par conséquent écrit, et n'aurons nous qu'à assister à un mauvais spectacle ? Voire ! Du premier tour des primaires, deux enseignements majeurs sont à retirer.

Premièrement, par dessus les partis, des Français, sans d'autre contrainte que celle de leur désir de participer à la décision politique, sont allés dire qu'ils étaient là, et qu'ils ne voulaient pas, n'être que des électeurs. Plus de deux millions et demi d'indignés et autres motivés ont changé la donne : on ne pourra plus jamais se priver de l'avis de ceux qui, primaires ou pas, peuvent se mobiliser. Coup de printemps tardif que la météorologie confirme... Bref, on ne refera pas trop souvent le mauvais coup du référendum de 2005 où l'on a voulu éteindre un débat et une volonté politiques, pour des résultats d'ailleurs forts minces et déjà contredits par la crise européenne !

En second lieu, une partie des tentations intra-PS ont été, pour un temps, mises de côté. La tentation libéralo-socialiste a "Vallsé"; la tentation radical-socialiste a vécu ; la tentation autoritaire royalo-socialiste a chuté lourdement. Le paysage s'est rouvert et y soufflent (un peu !) des bouffées d'air écologiques et "partageuses". Et comme le sol s'ouvre aussi, sous la pesée des actions humaines qui bouleversent la Terre, tout n'est pas perdu, la terreur aidant. Point n'est nécessaire de subir la catastrophe pour que se secoue la planète ; la trouille peut suffire...

Alors ? Alors, il faut voter, dimanche. Ne serait-ce que pour accentuer le mouvement de la première vague et dépasser les trois millions d'électeurs. Partout où l'on peut déborder les partis, il faut aller.

Ensuite, il faut choisir Martine Aubry pour qu'elle soit amenée, élue ou pas, à peser sur l'avenir du PS en le faisant évoluer vers plus grand que lui. Plus de bavardage sur "la gauche" ! La gauche, non pas molle mais morte, est à réinventer quel que soit le nom qu'on lui donne et cette nouvelle force politique sera polymorphe ou ne sera pas.



Rien à espérer, ce soir, de l'habileté et de la jonglerie médiatiques des acteurs d'un soir. Les primaires PS peuvent nous conduire vers une bipolarisation catastrophique ou, tout au contraire, vers une nouvelle approche de la politique qui ne soit pas celle de la Vème République, comme l'a bien observé (il n'a pas toujours tort) Nicolas Sarkozy qui ne serait rien sans les institutions retouchées et monocratiques de l'après gaullisme. Rien n'est tranché. Il appartient aux écologistes, communistes, radicaux et tous autres citoyens qui ont, depuis longtemps, déserté les partis de refaire surface. La France, l'Europe, notre très petite planète ont besoin d'eux.

Cervantès avait raison. Son Don Quichotte ne se battait pas seulement contre des moulins à vent. Il était seulement impossible de l'empêcher de croire que l'amour et la justice sont des concepts utopiques. Même ce gros réaliste de Sancho Pança ne le croyait pas ! Puisqu'il suivait son maître. Faire de l'impossible rêve un possible espoir n'est pas interdit. Il faut bien sortir de ce tunnel où l'on nous enfume, où l'on noircit tout et où l'on nous prive d'horizon. Je n'attends rien du PS. Je voterai pour Martine Aubry au... second tour de l'élection de 2012, si c'est elle...


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