jeudi 28 février 2013

Vivre sans papes



Ce 28 février, dès 20 heures à l'horloge de Rome, les catholiques n'auront plus de pape.

Savent-ils, ces centaines de milliers d'humains, de culture chrétienne ou simplement catholiques sociologiques, qu'ils n'ont pas besoin de pape ?

Penser sa place dans le monde, avec pour repères, à échelle universelle, non des dogmes mais des poésies, des paraboles qui éclairent la vie et lui donne sens, c'est cela être catholique.

Nul besoin de "Sa Sainteté", des "Excellences", de "Monseigneurs, de "Révérends", ni même de "Pères". Pape, cardinaux, évêques, chanoines et prêtres ou moines n'entrent dans aucune hiérarchie. On ne peut, à la fois, être frères et inégaux. 

Ma culture chrétienne, puisque c'est dans l'Église et par l'Église que j'ai pu connaître ce que rapportent les Évangiles, me rend totalement insensible à toutes les royautés et les dominations.

Je rabâche, mais sans jamais être entendu, ce que Jésus Christ affirmait, si l'on en croit ses disciples : ni le sceptre, ni l'or, ni l'épée, par quoi les puissants se juchent sur leurs trônes, ne concernent ceux qui font le pari fou d'aimer  sans réserve. Aimer n'a plus à voir avec le sentiment, l'affectivité ou l'attirance : c'est  l'affirmation pratiquée de la fraternité sans limites.

L'autre est mon semblable quels que soient son âge, son sexe, son apparence, son histoire. Si Dieu est, il est amour, il est Père et nous sommes tous ses enfants, tous frères, tous égaux. Rien ne peut établir de hiérarchie parmi les hommes.

Quand un nouveau pape sera élu, qu'il convoque un nouveau concile ; qu'il lance la réforme véritable (celle qui met en œuvre la rupture de l'Église avec le monde de l'argent, du pouvoir et des armées) ; qu'il prenne les initiatives qui permettent de surmonter les divisions monstrueuses entre chrétiens, musulmans, juifs et agnostiques ; qu'il  incite tous les hommes à vibre dans la modestie, la sobriété, l'amour de la Terre agressée ; qu'il mette fin aux fausses obligations de chasteté, contre nature, qui ont si souvent détruit et des enfants et des prêtres et des familles; qu'il cesse d'être un chef d'État pour être non celui à qui l'on obéit mais celui dont on tient compte de la parole : un sage.

L'Église catholique commence à découvrir qu'elle se détruit elle-même en se confiant à des mâles âgés qui sont conservateurs par habitude et toujours convaincus que le Christ étant de sexe masculin, aucune femme ne peut être prêtre. Ce temps est révolu. Benoît XVI a mis en évidence ce qu'une culture séculaire et figé masquait : trop âgé l'évêque de Rome, mais, avec lui, tous les prélats gérontes, ne peuvent qu'agiter superbement des idées mais ne sont plus en mesure de faire face à la complexité du monde.

Le 28 février sera donc une date historique : nous avons besoins de sages mais pas de papes.



lundi 11 février 2013

Vers la fin de la monarchie ecclésiale ?

 


Benoît XVI reconnaît qu'il n'a plus la force d'exercer son ministère. Il ne démissionne pas. Il annonce son retrait pour le 28 février prochain. La décision est irrévocable et historique. Elle aura des conséquences profondes sur le devenir de l'Église catholique.

D'aucuns ne pensent déjà qu'au successeur du cardinal Ratzinger, au prochain pape. C'est là céder trop vite à des logiques de pouvoir alors que ce qui vient de se produire modifie le rôle même du pape. Jusqu'alors le "Saint Père" ne tenait son pouvoir spirituel que de Dieu et la mort seule pouvait l'en priver. Toutes choses égales par ailleurs, il en était de son autorité comme de celle d'un roi de l'Ancien Régime qui n'avait de compte à rendre qu'à Dieu. Benoît XVI rompt avec cette papolâtrie.

Il n'a pas manqué de papes très diminués qui régnaient mais ne gouvernaient plus. La Curie romaine exerçait de fait un pouvoir aussi temporel que spirituel. C'est peut-être fini. Benoît XVI en rappelant que le pape n'est plus le pape s'il a perdu une trop grande partie de ses facultés physiques et intellectuelles ne fait pas qu'humaniser sa fonction, il en change le contenu.

Ce n'est pas par hasard s'il a fallu presque sept siècles avant qu'un pape renonce à son ministère. Il en était comme prisonnier. Son "infaillibilité" supposée dans le domaine de la foi, sa prééminence absolue sur le collège des évêques le rendaient inamovible, quel que soit son état de santé. Il devait surmonter sa condition humaine et diriger les fidèles, ou faire semblant, avec l'aide de son puissant entourage. Il était un mythe vivant : "sa Sainteté". Le voici revenu parmi ses frères, évêque parmi les évêques, non plus le monarque romain indiscutable, non plus seul parmi les pontifes mais, plus humblement, le premier d'entre eux. C'est une Révolution.

On est loin, bien entendu, d'une gestion démocratique de l'Église, encore que l'élection du pape se fasse à bulletins secrets. Mais sommes-nous sûrs que la démocratie telle que les cités profanes l'exercent respecte vraiment la liberté de choix et de conscience des citoyens ? Ne faut-il pas renoncer au tout pouvoir qui se cache, par exemple, dans le cumul des mandats ? Nulle société, y compris l'Église, ne peut plus, en ce siècle, échapper à la contestation de la centralisation des pouvoirs. La volonté de partage des responsabilités lentement s'impose.

Je veux croire que Benoît XVI, dont nul ne contesta jamais l'immense culture, a pris conscience que le traditionalisme qu'il a si bien servi, n'est plus en mesure de répondre à ce qui s'annonce : vivre ensemble sur une planète petite et surpeuplée où l'humanité n'a d'avenir que si tout se partage, l'avoir, le savoir et le pouvoir.


jeudi 17 janvier 2013

Oser ne pas justifier la guerre

J'ai eu à connaître le texte suivant, écrit par un ami. Je l'approuve. Je le publie.
Jean-Pierre Dacheux
 


Intervention militaire française au Mali

Oser ne pas justifier la guerre

Nous sommes en guerre. Vous, moi, chaque citoyen-ne français-e participe par son silence à l’approbation muette de l’offensive militaire de la France au Mali du 12-13 janvier 2013, décidée par le Président de la République Française, démocratiquement élu, François Hollande.

L’entrée en guerre soudaine de la France au Mali et l’unanimité médiatique qui l’accompagne ne peuvent qu’interpeller les militant-e-s de la non-violence. N’étant pas spécialiste du contexte de cette intervention, je me contenterai de poser quelques questions à son propos, tant il est indispensable de maintenir éveillé l’esprit critique face aux fausses évidences du bellicisme.

- Raconté par les grands médias, le récit de la situation politique au Mali est simple et semble justifier la belle unanimité politique qui règne au sujet de l’intervention militaire de la France, du Front de Gauche au Front National, à quelques nuances près. Ce discours médiatique, le voici : le nord du Mali est occupé depuis le printemps 2012 par des forces islamiques armées qui imposent une charia sanguinaire aux populations. Affaiblis par un putsch au printemps, l’État et l’armée maliens n’ont pas les moyens de lutter seuls contre cet ennemi. C’est dès lors notre devoir en tant qu’humanistes d’intervenir pour essayer d’empêcher que cette junte islamo-terroriste s’empare de la capitale malienne, Bamako.
Qui donc oserait empêcher la cavalerie d’intervenir lorsque Fort Alamo est encerclé par les Indiens ?

- Comme lors de l’intervention militaire occidentale en Lybie, il est extrêmement difficile de faire entendre une voix discordante de l’unanimisme va-t-en guerre. Nous avons tellement été préparés par le récit médiatique à la légitimité d’une telle intervention, que cette dernière nous semble comme l’aboutissement logique et inévitable de cette situation. Il faudrait être anti-démocrate, anti-humaniste, anti-féministe et « munichois » pour oser ne pas justifier la guerre et ne pas l’accompagner de ses encouragements.
Quel est le rôle des médias dans la création de ce récit mettant en scène l’intervention inévitable et salvatrice des forces du bien (les occidentaux) contre les forces du mal (les islamistes) au profit de ces pauvres et braves africains incapables de se défendre ni de gérer leurs conflits par eux-mêmes ?

Faut-il rappeler le rôle fondamental que jouent les industries de l’armement dans la presse française, à travers Lagardère et Dassault ? Est-ce aller trop loin que de faire le lien entre un discours pro-guerre sous couvert de valeurs humanitaires, et le soutien à l’industrie militaire française ? Un industriel qui possèderait la majorité des médias d’un pays, ferait-il campagne dans ces médias pour critiquer et empêcher l’usage des produits qu’il fabrique ?

Pour évoquer l’attitude de protection, par nous autres Occidentaux, de ces pauvres Africains, qui semble aujourd’hui justifier l’intervention militaire française, ne peut-on employer la notion de « paternalisme » ? Cette dernière n’est-elle pas une notion clé du colonialisme ?
La France est-elle toujours là lorsqu’il s’agit de défendre la démocratie ?

Pourquoi la France ne se donne-t-elle pas autant de moyens pour protéger les centaines de milliers de papous massacrés depuis 40 ans par le gouvernement indonésien ? Et ailleurs ?

- Est-il décent que le principal débat qui, au fond, passionne les journalistes des grands médias français, concerne l’influence de cette entrée en guerre sur l’image médiatique de Hollande ? « Hollande va-t-il cesser d’être considéré comme ‘mou’ ? » est bien plus important que « Binta va-t-elle voir sa famille mourir sous ses yeux ? ».
La preuve de la capacité d’un chef d’État à gouverner, à être légitime, à mener un peuple, semble se réduire à sa virilité guerrière : combien de siècles en arrière sommes-nous revenus ? A quel degré ce débat se place-t-il sur l’échelle du bellicisme et du virilisme patriotique ?

- Les civils maliens morts dans l’offensive de l’armée française du 12-13 janvier 2013 sont qualifiés dès le 13 au matin sur France-Inter par un général, de « dommage collatéraux ». Si tel est le nom anecdotique que l’on donne au meurtre en notre nom de dizaines de civils, alors demandons tout de suite à la justice de requalifier les crimes passionnels en « pichenettes malencontreuses ».

- Les armes utilisées par les combattants islamistes et touaregs viennent largement, selon les grands médias, de Lybie. Et les armes lybiennes, d’où viennent-elles ? La France n’a pas cessé de contracter de juteux contrats d’armement avec la Lybie durant des décennies. Il se pourrait donc que nous assistions à une simple opération d’écoulement de la surproduction d’armes françaises, les armes actuelles venant donner une leçon militaire aux armes d’occasion utilisées par les combattants du nord. L’armée a toutefois le bon goût de faire s’affronter ses propres armes sur un territoire étranger.

- Personne ne trouve rien à redire au fait que, au Mali comme en Côte d’Ivoire, ce soit la France, ancienne nation colonisatrice, qui intervienne militairement. Etant donné ce passé pourtant, la France est la dernière puissance légitime pour y intervenir militairement, sans donner la persistante impression d’une continuité néocoloniale.

- Pourquoi, précisément, la France a-t-elle été si empressée, à la proue des nations mondiales, dans sa protection démocrate et désintéressée du peuple malien ? Toutes les personnes qui ont entendu parler de la Françafrique savent que notre pays joue dans cette partie du continent africain un jeu à peine voilé pour le contrôle de la situation politique de la région. Elle a substitué à son ancien empire colonial, trop voyant, un pré-carré qu’elle maîtrise à grand renfort de corruption, de soutien militaire aux dictatures et de coups d’Etat. Le Mali fait partie des territoires restés assujettis au giron français depuis les indépendances et il n’a pas plu à la puissance néocoloniale que le contrôle de cet Etat lui échappe. Mais pourquoi ?

- La France a maintenu le Mali dans une relative stabilité pour les mêmes raisons que pour le reste de sa politique françafricaine : le contrôle de ses intérêts stratégiques sur ce continent (ressources minérales et énergétiques en particulier). Or, que voit-on à quelques kilomètres de la frontière avec la zone nord du Mali, au Niger ? Les mines d’uranium d’Arlit, élément important de l’approvisionnement en uranium de la filière nucléaire française. A Arlit, les filiales d’Areva font leur loi, au mépris de la démocratie et de la santé des populations. On a donc un lieu stratégique pour le fonctionnement du complexe nucléaire civilo-militaire français, lui-même au cœur de l’Etat. Il est certainement hors de question pour la France de laisser planer une quelconque menace sur ce site stratégique pour son économie, sa puissance militaire et sa grandeur diplomatique.

L’armée française, concernée au premier plan par l’approvisionnement en uranium d’Arlit, est donc la première à intervenir. Pure coïncidence, bien sûr.

- Concernant les acteurs en présence : les Touaregs du nord du Mali ont contracté une alliance contre-nature mais opportuniste avec les islamistes radicaux. Après des décennies de lutte pour la reconnaissance de leurs revendications et de leurs droits, ils ont voulu saisir une opportunité unique de faire changer la donne politique. Il ne s’agit pas de justifier cette alliance. Mais avant d‘émettre des jugements définitifs sur ce choix stratégique, pourrait-on revenir un instant sur l’analyse de ces décennies de lutte et de négation de leurs revendications ? Quelles étaient leurs revendications ? Étaient-elles légitimes ? Comment, par quels moyens les ont-ils exprimés ? Qui tirait les ficelles de la répression et au nom de quels intérêts ?

-Concernant les combattants islamistes armés, il ne s’agit aucunement de les justifier, mais de se poser quelques questions similaires à celles que l’on posait à l’époque du 11 septembre 2001. Pourquoi l’islamisme se développe-t-il ? A quelle colère répond-il ? N’est-il pas le triste vecteur qui s’offre aujourd’hui à l’expression d’une colère d’une partie du monde ravagée et expropriée par la mondialisation capitaliste ? Quand l’on considère qu’il y a largement de quoi nourrir le monde entier mais que les mécanismes du libre échange confisquent les richesses d'une majorité du monde au profit de quelques uns, quand on sait le pillage violent et sans vergogne de continents entiers au profit du bien être d’une minorité de privilégiés, comment peut-on se contenter de pourfendre ceux qui se réfugient dans la violence islamiste, sans commencer par se remettre en cause d’abord ? Sans examiner notre part de responsabilité dans cet état des lieux ? Un graffiti sur un mur de Strasbourg posé lors du sommet contre l’OTAN en 2007 affirmait : « Le capitalisme fait plus de morts en un jour que le terrorisme en une année ». Qui oserait affirmer le contraire ? Que cela ne nous empêche nullement d’être révoltés et de lutter contre le terrorisme et l’islamisme radical. Mais nous devrons être 365 plus révoltés contre l’horreur invisible du capitalisme auquel nous participons silencieusement, et 365 fois plus actifs pour la faire cesser au plus vite. Il ne s’agit donc ni de justifier ni de minimiser les horreurs accomplies au nom de l’islamisme. Mais de se poser la question des causes et des effets, des ordres de grandeur et des priorités, question sans laquelle nous ne saurions prétendre « penser ».

Ultime question : tous ces questionnements se retrouvent-ils dans les grands médias ? Et sinon, pourquoi ?
Guillaume Gamblin
13 janvier 2013





vendredi 11 janvier 2013

Pour qui le mariage ?


Le mariage pour tous est une expression ouverte et généreuse mais, in fine, ambiguë et fausse.

À quoi bon le mariage pour tous si tous ne se marient pas et ne demandent nullement à se marier dans des formes légales? Se marier ne dépend pas de la décision d'un maire, d'un prêtre, ou de tout autre célébrant. On se marie, sans mariage, chaque fois que se constitue un couple. Ensuite, la société suit et enregistre ou bien une religion approuve et bénit si les intéressés en font la demande. 

Se marier est une union, une union libre paradoxalement. Le mariage est, lui, une reconnaissance officielle de cette union, ce qui devient utile quand apparaissent des enfants. On comprendra que se marier, c'est "faire un amour", avoir des relations intimes y compris sexuelles, tandis que le mariage est la prise en considération, par les instances de communautés, nation ou confessions, de décisions privées aux conséquences lourdes pour l'ensemble de la société.

Il en est du concubinage comme de l'agnosticisme ou de l'athéisme. La liberté de conscience permet de respecter ceux qui se réclament de religions différentes : religions chrétiennes, religion musulmane, religion juive, religion bouddhiste..., mais on ne laisse guère de place, aujourd'hui, en France, à ceux qui s'affirment sans religion ou antireligieux ! De même, les couples non officiels de concubins,  déclarés ou pas, se retrouvent-ils souvent en porte à faux, parce qu'à peine reconnus.

On a inventé le PACS, un pacte civil qui permet de vivre ensemble, qu'on ait ou pas des relations sexuelles, et qui garantit un droit : celui de vivre sous le même toit, en totale coopération économique, en conservant son nom, ses biens, mais en pouvant partager légalement. Ce fut une avancée (violemment combattue, lors de son approbation législative, par les mêmes que ceux qui se dressent, à présent, contre le mariage pour tous !) et la grande majorité des "pacsés" ne sont pas homosexuels, contrairement à ce qu'on avait pu penser au moment de l'adoption de ce nouveau contrat.


Au début du XXe siècle, en France,  et cela reste possible en bien des pays, l'homosexualité était considérée comme un crime qui pouvait conduire à l'opprobre publique, voire à de graves condamnations en Justice. Quelques dizaines d'années plus tard, on reconnait "l'inclination sexuelle" comme indépendante de la volonté personnelle et c'est l'homophobie qui tend à devenir un crime. On voit là la fragilité du Droit qui n'a, contrairement à ce qu'on laisse accroire, aucun caractère intangible quand évoluent lourdement et durablement les mœurs.

Il en est du mariage pour tous comme de l'abandon du mot "Mademoiselle" (qui n'eut jamais son pendant : "Mondamoiseau") : c'est la reconnaissance que la virginité n'est pas un état obligé, préalable au mariage (ce qui n'était imposé, du reste, qu'aux femmes, véritables "objets conjugaux" ou "propriétés maritales") ! L'allongement de la durée de la vie et l'activité professionnelle des femmes ont engendré l'instabilité généralisée des couples et ont définitivement modifié la composition des familles, qu'elles soient construites à partir d'un PACS, d'un mariage civil, d'un concubinage, voire de la solitude d'un parent (par veuvage ou séparation).

Le "mariage pour tous" : un évolution positive qui ne règle pas tout.

Que certains d'entre nous ne veuillent pas, pour eux-mêmes, d'une famille autre que fondée sur un couple hétérosexuel ne peut être contesté, mais rien n'autorise à refuser, pour autrui, le pacte civil nouveau, mal appelé mariage pour tous, qui permet à un couple de trouver une place légale, dans une société profondément bouleversée, où l'homosexualité existe et n'est plus condamnable. Comment, du reste, appeler ce mariage nouveau, qui n'est pas un mariage homosexuel mais un mariage d'homosexuels, à côté des beaucoup plus fréquents mariages d'hétérosexuels ? Ce sont des unions légalisées, sans plus, et si des catholiques y ajoutent une autre signification, cela les concerne, mais pas obligatoirement tous les citoyens. Notons que si ces célébrations s'accompagnent de réjouissances et de festivités, c'est "à l'occasion" des mariages mais ce ne sont pas des mariages en eux-mêmes.

Il faudra donc modifier la définition du mot mariage qui, dans les dictionnaires, se présente encore comme "l'union légitime d'un homme et d'une femme" et qui pourrait devenir "la reconnaissance publique de l'union de deux êtres humains". C'est une révolution culturelle qui ne s'imposera que peu à peu, même si elle a jeté ses fondements depuis longtemps.

Reste la question des enfants, que j'évoquerai plus tard, et qui exige de faire preuve d'un respect et d'une prudence très vigilants, si nous voulons que nul qui vient au monde ne puisse souffrir des choix personnels des adultes qui l'accueille. Trop souvent (on le voit pour les rythmes scolaires), on pense l'intérêt social en prenant mal en compte l'intérêt des enfants lesquels sont pourtant des acteurs essentiels de la société en évolution constante ! Les enfants peuvent être heureux ou malheureux au sein de familles monoparentales, hétérosexuelles ou homosexuelles. C'est la sécurité physique et psychologique des petits d'homme qu'il faut assurer de façon pérenne.

samedi 29 décembre 2012

Les trois outils de Satan

Satan n'existe pas en tant qu'ange déchu, courant entre les nuages, d'où nous foudroyer, et les volcans aux marmites de lave où plonger les damnés.

Par contre, Satan, ou tout autre diable, règne d'autant plus parmi les hommes que ceux-ci l'ont créé, l'ont installé sur les trônes des pouvoirs et lui ont confié leur vie. Jacques Brel le chantait et c'était bien plus qu'une chanson...

Un jour,
Un jour le diable vint sur Terre
Un jour le diable vint sur Terre
Pour surveiller ses intérêts
Il a tout vu le diable, il a tout entendu
Et après avoir tout vu
Et après avoir tout entendu
Il est retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas, on avait fait un grand banquet
A la fin du banquet, il s´est levé le diable
Il a prononcé un discours :

Ça va
Il y a toujours un peu partout
Des feux illuminant la Terre
Ça va
Les hommes s´amusent comme des fous
Au dangereux jeu de la guerre
Ça va
Les trains déraillent avec fracas
Parce que des gars pleins d´idéal
Mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales
Ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission
Ça va

Rien ne se vend mais tout s´achète
L´honneur et même la sainteté
Ça va
Les États se muent en cachette
En anonymes sociétés
Ça va
Les grands s´arrachent les dollars
Venus du pays des enfants
L´Europe répète l´Avare
Dans un décor de mil neuf cent
Ça fait des morts d´inanition
Et l´inanition des nations
Ça va

Les hommes, ils en ont tant vu
Que leurs yeux sont devenus gris

Ça va
Et l´on ne chante même plus
Dans toutes les rues de Paris
Ça va
On traite les braves de fous
Et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout
Tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens
Et rire les malhonnêtes gens
Ça va, ça va, ça va, ça va!



Les trois outils dont se sert en permanence, Satan ou le Diable, autrement dit l'homme faustien, quand il se pervertit jusqu'à transformer son semblable en objet, ce sont : l'or ou l'argent, l'épée et le sceptre. 

L'or, c'est le capital ; l'épée, ce sont les armées ; le sceptre, ce sont les pouvoirs

Le Christ, dont se sont réclamés, et se réclament encore des générations entières d'Occidentaux, avait prévenu ses frères, nous tous, selon les Évangiles, mais bien peu de ses disciples l'ont entendu.

Sur le capital, on peut lire : On ne peut servir deux maîtres, dieu et l'argent ; ou bien : Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu qu'à un chameau de passer par le chas d'une aiguille. (Ce qui signifie, selon moi, qu'avec ou sans Dieu, l'avoir, obtenu par l'argent, nous tient en total esclavage).

Sur les armées, on peut lire : Celui qui prend l'épée périra par l'épée ; ou bien : Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée. (Ce qui signifie, selon moi, non pas que le non-violent écarte de lui la violence du dominateur, mais que c'est lui qui, contre toute attente, finit, à terme, par triompher de toute oppression).

Sur les pouvoirs : Rends à César ce qui appartient à César ; ou bien : Je (ici l'on fait parler Satan, le tentateur) te donnerai tous les royaumes du monde, si tu te prosternes devant moi pour m'adorer. (Ce qui signifie, selon moi, que le Royaume de Jésus n'est pas de ce monde, c'est-à-dire n'est pas celui de la richesse accumulée ni du pouvoir fondé sur la force des armes).

Le seul espoir, dès lors, pour nous, hommes de cette Terre, est dans la recherche et l'obtention d'une vie partagée par toute la communauté humaine, sans que nous devions notre pain quotidien, notre paix perpétuelle et notre fraternité universelle à la richesse pécuniaire, à la puissance de feu des milices et régiments, ni à l'autorité, sur tous, de quelques uns, chefs désignés ou élus.


 

Si cette utopie est inatteignable, la vie ne vaut d'être vécue. Il n'est de foi que celle qui affirme ce primat de l'espérance d'une vie aboutie sans autre richesse, d'autre force, et d'autre autorité que celles qui ne spolient aucun autre être humain. Ce n'est pas impensable, puisque déjà pensé ! Et si ce devait être impossible, il n'aurait pas valu la peine d'être né et d'être devenu conscient de cet échec fatal.

lundi 24 décembre 2012

Relisons Péguy. Misère n'est pas pauvreté !

De Jean Coste est un court roman de Charles Péguy des plus oubliés. Le poète y exprimait, en 55 pages, en 1902, sa haine de la misère et son amour de la pauvreté. D'aucuns diraient, aujourd'hui, autrement, que seule la pauvreté peut venir à bout de la misère ou qu'il n'est que la sobriété qui rende heureux. Si ces affirmations continuent de surprendre, voire de choquer, peut-être, à y regarder de plus près, n'y a-t-il, pour sept milliards d'humains, bientôt dix, aucune autre voie qui conduise à la paix sur notre planète.


À confondre misère et pauvreté, on condamne des peuples entiers à la misère.

Il est temps de "régénérer une bien vieille distinction entre la pauvreté et la misère : une distinction attribuée à saint Thomas, pour qui la pauvreté représentait le manque du superflu, alors que la misère signifiait le manque du nécessaire. C'est dans ce sens que, bien plus tard, Proudhon parlera de la pauvreté comme " la condition normale de l'homme en civilisation", que Péguy comparera la pauvreté comme un réduit, un asile sacré, permettant à celui qui s'y bornait de ne courir aucun risque de tomber dans la misère".
http://moinscplus.blogspot.fr/2012/05/misere-et-pauvrete.html

"On confond presque toujours la misère avec la pauvreté ; cette confusion vient de ce que la misère et la pauvreté sont voisines ; elles sont voisines sans doute, mais situées de part et d'autre d'une limite ; et cette limite est justement celle qui départage l'économie au regard de la morale ; cette limite économique est celle en deçà de qui la vie économique n'est pas assurée, au delà de qui la vie économique est assurée ; cette limite est celle où commence l'assurance de la vie économique".
http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Peguy_oeuvres_completes_02.djvu/54 
  

"Le devoir d'arracher les misérables à la misère et le devoir de répartir également les biens ne sont pas du même ordre : le premier est un devoir d'urgence ; le deuxième est un devoir de convenance ; non seulement les trois termes de la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité, ne sont pas sur le même plan, mais les deux derniers eux-mêmes, qui sont plus rapprochés entre eux qu'ils ne sont tous deux proches du premier, présentent plusieurs différences notables ; par la fraternité nous sommes tenus d'arracher à la misère nos frères les hommes ; c'est un devoir préalable ; au contraire le devoir d'égalité est un devoir beaucoup moins pressant ; autant il est passionnant, inquiétant de savoir qu'il y a encore des hommes dans la misère, autant il m'est égal de savoir si, hors de la misère, les hommes ont des morceaux plus ou moins grands de fortune ; je ne puis parvenir à ma passionner pour la question célèbre de savoir à qui reviendra, dans la cité future, les bouteilles de champagne, les chevaux rares, les châteaux de la vallée de la Loire ; j'espère qu'on s'arrangera toujours ; pourvu qu'il y ait vraiment une cité, c'est-à-dire pourvu qu'il n'y ait aucun homme qui soit banni de la cité, tenu en exil dans la misère économique, tenu dans l'exil économique, peu m'importe que tel ou tel ait telle ou telle situation ; de bien autres problèmes solliciteront sans doute l'attention des citoyens ; au contraire il suffit qu'un seul homme soit tenu sciemment, ou, ce qui revient au même, sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nu ; aussi longtemps qu'il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez ferme une cité d'injustice et de haine. 


On trouve aussi ce livre, en réédition : De Jean Coste, Charles Péguy, éd. Acte Sud Labor L'Aire, coll. Babel, 1993, p. 55.
 

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