dimanche 21 avril 2013

Toute violence est antireligieuse


Que nous soyons tous susceptibles de sombrer dans la violence, telle est la condition humaine, mais que des religions s'y résignent voire y incitent ou la recommandent, voilà qui est insupportable.

Sont en-dehors de toute  foi les hommes et les femmes qui, au nom de Dieu, veulent la mort d'autrui ou même la donnent, souvent avec jouissance et cruauté.

Je le pense également de ceux qui, sans vouloir la mort, mais sans en exclure le risque, se livrent à des brutalités sur les personnes de qui ne pensent comme eux.

C'est aujourd'hui le cas des catholiques qui, en France, se dressent contre le mariage pour tous avec des arguments et des méthodes d'interpellations qui défigurent le christianisme.

Le résultat le plus net de ces manifestations qui dépassent le simple traditionalisme et qui génèrent la haine (ce qui excite et ravit les tenants des idéaux intégristes !), c'est que le catholicisme se trouve associé à l'intolérance, à la droite la plus extrême, au conservatisme le plus éculé.

Bien entendu, les chrétiens ne sont pas les seuls à brandir des armes, à lancer des menaces ou à proférer des invectives pour faire obstacle à qui ne les suit pas. Partout dans le monde on rencontre ces fauteurs de troubles qui ne conçoivent d'autre paix que celle qui règne quand est imposé le silence à tous les infidèles, les athées, les "incroyants".

Le monde musulman  est empli de fanatiques qui sont prêts à égorger quiconque critique le prophète ! Parties des USA, des sectes protestantes partent à la conquête des âmes non sans disposer de moyens financiers gigantesques et ravagent les continents à coups de célébrations décervelantes. On trouve même dans le pays de Gandhi, des brutes qui assassinent et pourchassent notamment les musulmans.

Bref, "tuez les tous, Dieu reconnaitra les siens" n'aura pas été, seulement, le cri de haine des guerres de religion en France, avant Henri IV. C'est le mot d'ordre de tous ceux qui ont été formés et déformés par de mauvais génies qui appellent Dieu leur vérité et ne supportent pas la pensée libre.

Au reste, je connais des "libres penseurs" aussi fanatiques que des "croyants" et qui brandissent leur athéisme comme on brandit le Coran ou la Bible, sombrant, à leur tour, dans une vision doctrinaire de notre monde, ce qui conduit immanquablement à la violence.

Je constate donc que seuls les penseurs libres, qui ne sont pas nécessairement des libres penseurs, peuvent accéder à la recherche religieuse qui n'est pas faite de dogmes mais de quête modeste de la vérité. Dès que se trouve justifié ou prôné le recours à la violence, on s'écarte de cette quête, on se donne à des certitudes distribuées dans toutes les sortes de temples où l'on ne fait que reproduire, de siècle en siècle, des idées toutes faites, de fausses évidences, des certitudes révélées en chassant les doutes comme s'il s'agissait de fautes, voire de crimes !

Je m'éloigne de toute religion parce que je veux garder la liberté de me poser des questions religieuses. Ce que je vois des religions, toutes, me semble être un conditionnement des esprits, une aliénation collective qui interdisent la communication avec qui n'est dans l'univers clos de la secte ou de la communauté.

Quel gâchis, du reste, que d'avoir sali ce beau mot de communauté qui décrit une forme de vivre ensemble mais sûrement pas ensemble sans les autres ! 

Le test de la religion (qui relie sans lier) face aux religions (qui n'ont besoin que de "fidèles" comme le sont les compagnons d'un maître), c'est le renoncement à toute violence physique ou intellectuelle. Cela ne va guère avec ce que l'histoire nous aura appris de la société des hommes, sauf que la non-violence (un mot à transformer, à réinventer, comme le mot décroissance) est la seule voie qui soit disponible pour qui choisit la fraternité universelle, cette utopie chrétienne repoussée par les chrétiens eux-mêmes.

Il est temps, au XXIe siècle, d'essayer autre chose que les révélations religieuses qui rendent des peuples entiers convaincus qu'il n'est d'autres certitudes que celles que professent les doctes, les prêtres ou les popes, les imams, les rabbins ou les bonzes.

Jésus-Christ, le Juif, fut assassiné autant par la volonté des Juifs, (de la religion), que par celle des Romains (du pouvoir). Il avait commis le crime de prétendre que rien ne vaut que l'amour, seule définition possible de Dieu. Tout royaume de ce monde, tout temple devaient tenter d'éteindre cette voix qui annonçait un monde sans armée, sans État, et sans banque.

Toute violence est antireligieuse ou mieux : il n'est de religions possibles que celles qui ont renoncé absolument à toute violence et qui travaillent, de fait et en actes, à l'abolition de toutes les peines de mort qui s'abattent sur les peuples soumis aux maîtres du monde.



jeudi 28 février 2013

Vivre sans papes



Ce 28 février, dès 20 heures à l'horloge de Rome, les catholiques n'auront plus de pape.

Savent-ils, ces centaines de milliers d'humains, de culture chrétienne ou simplement catholiques sociologiques, qu'ils n'ont pas besoin de pape ?

Penser sa place dans le monde, avec pour repères, à échelle universelle, non des dogmes mais des poésies, des paraboles qui éclairent la vie et lui donne sens, c'est cela être catholique.

Nul besoin de "Sa Sainteté", des "Excellences", de "Monseigneurs, de "Révérends", ni même de "Pères". Pape, cardinaux, évêques, chanoines et prêtres ou moines n'entrent dans aucune hiérarchie. On ne peut, à la fois, être frères et inégaux. 

Ma culture chrétienne, puisque c'est dans l'Église et par l'Église que j'ai pu connaître ce que rapportent les Évangiles, me rend totalement insensible à toutes les royautés et les dominations.

Je rabâche, mais sans jamais être entendu, ce que Jésus Christ affirmait, si l'on en croit ses disciples : ni le sceptre, ni l'or, ni l'épée, par quoi les puissants se juchent sur leurs trônes, ne concernent ceux qui font le pari fou d'aimer  sans réserve. Aimer n'a plus à voir avec le sentiment, l'affectivité ou l'attirance : c'est  l'affirmation pratiquée de la fraternité sans limites.

L'autre est mon semblable quels que soient son âge, son sexe, son apparence, son histoire. Si Dieu est, il est amour, il est Père et nous sommes tous ses enfants, tous frères, tous égaux. Rien ne peut établir de hiérarchie parmi les hommes.

Quand un nouveau pape sera élu, qu'il convoque un nouveau concile ; qu'il lance la réforme véritable (celle qui met en œuvre la rupture de l'Église avec le monde de l'argent, du pouvoir et des armées) ; qu'il prenne les initiatives qui permettent de surmonter les divisions monstrueuses entre chrétiens, musulmans, juifs et agnostiques ; qu'il  incite tous les hommes à vibre dans la modestie, la sobriété, l'amour de la Terre agressée ; qu'il mette fin aux fausses obligations de chasteté, contre nature, qui ont si souvent détruit et des enfants et des prêtres et des familles; qu'il cesse d'être un chef d'État pour être non celui à qui l'on obéit mais celui dont on tient compte de la parole : un sage.

L'Église catholique commence à découvrir qu'elle se détruit elle-même en se confiant à des mâles âgés qui sont conservateurs par habitude et toujours convaincus que le Christ étant de sexe masculin, aucune femme ne peut être prêtre. Ce temps est révolu. Benoît XVI a mis en évidence ce qu'une culture séculaire et figé masquait : trop âgé l'évêque de Rome, mais, avec lui, tous les prélats gérontes, ne peuvent qu'agiter superbement des idées mais ne sont plus en mesure de faire face à la complexité du monde.

Le 28 février sera donc une date historique : nous avons besoins de sages mais pas de papes.



lundi 11 février 2013

Vers la fin de la monarchie ecclésiale ?

 


Benoît XVI reconnaît qu'il n'a plus la force d'exercer son ministère. Il ne démissionne pas. Il annonce son retrait pour le 28 février prochain. La décision est irrévocable et historique. Elle aura des conséquences profondes sur le devenir de l'Église catholique.

D'aucuns ne pensent déjà qu'au successeur du cardinal Ratzinger, au prochain pape. C'est là céder trop vite à des logiques de pouvoir alors que ce qui vient de se produire modifie le rôle même du pape. Jusqu'alors le "Saint Père" ne tenait son pouvoir spirituel que de Dieu et la mort seule pouvait l'en priver. Toutes choses égales par ailleurs, il en était de son autorité comme de celle d'un roi de l'Ancien Régime qui n'avait de compte à rendre qu'à Dieu. Benoît XVI rompt avec cette papolâtrie.

Il n'a pas manqué de papes très diminués qui régnaient mais ne gouvernaient plus. La Curie romaine exerçait de fait un pouvoir aussi temporel que spirituel. C'est peut-être fini. Benoît XVI en rappelant que le pape n'est plus le pape s'il a perdu une trop grande partie de ses facultés physiques et intellectuelles ne fait pas qu'humaniser sa fonction, il en change le contenu.

Ce n'est pas par hasard s'il a fallu presque sept siècles avant qu'un pape renonce à son ministère. Il en était comme prisonnier. Son "infaillibilité" supposée dans le domaine de la foi, sa prééminence absolue sur le collège des évêques le rendaient inamovible, quel que soit son état de santé. Il devait surmonter sa condition humaine et diriger les fidèles, ou faire semblant, avec l'aide de son puissant entourage. Il était un mythe vivant : "sa Sainteté". Le voici revenu parmi ses frères, évêque parmi les évêques, non plus le monarque romain indiscutable, non plus seul parmi les pontifes mais, plus humblement, le premier d'entre eux. C'est une Révolution.

On est loin, bien entendu, d'une gestion démocratique de l'Église, encore que l'élection du pape se fasse à bulletins secrets. Mais sommes-nous sûrs que la démocratie telle que les cités profanes l'exercent respecte vraiment la liberté de choix et de conscience des citoyens ? Ne faut-il pas renoncer au tout pouvoir qui se cache, par exemple, dans le cumul des mandats ? Nulle société, y compris l'Église, ne peut plus, en ce siècle, échapper à la contestation de la centralisation des pouvoirs. La volonté de partage des responsabilités lentement s'impose.

Je veux croire que Benoît XVI, dont nul ne contesta jamais l'immense culture, a pris conscience que le traditionalisme qu'il a si bien servi, n'est plus en mesure de répondre à ce qui s'annonce : vivre ensemble sur une planète petite et surpeuplée où l'humanité n'a d'avenir que si tout se partage, l'avoir, le savoir et le pouvoir.


jeudi 17 janvier 2013

Oser ne pas justifier la guerre

J'ai eu à connaître le texte suivant, écrit par un ami. Je l'approuve. Je le publie.
Jean-Pierre Dacheux
 


Intervention militaire française au Mali

Oser ne pas justifier la guerre

Nous sommes en guerre. Vous, moi, chaque citoyen-ne français-e participe par son silence à l’approbation muette de l’offensive militaire de la France au Mali du 12-13 janvier 2013, décidée par le Président de la République Française, démocratiquement élu, François Hollande.

L’entrée en guerre soudaine de la France au Mali et l’unanimité médiatique qui l’accompagne ne peuvent qu’interpeller les militant-e-s de la non-violence. N’étant pas spécialiste du contexte de cette intervention, je me contenterai de poser quelques questions à son propos, tant il est indispensable de maintenir éveillé l’esprit critique face aux fausses évidences du bellicisme.

- Raconté par les grands médias, le récit de la situation politique au Mali est simple et semble justifier la belle unanimité politique qui règne au sujet de l’intervention militaire de la France, du Front de Gauche au Front National, à quelques nuances près. Ce discours médiatique, le voici : le nord du Mali est occupé depuis le printemps 2012 par des forces islamiques armées qui imposent une charia sanguinaire aux populations. Affaiblis par un putsch au printemps, l’État et l’armée maliens n’ont pas les moyens de lutter seuls contre cet ennemi. C’est dès lors notre devoir en tant qu’humanistes d’intervenir pour essayer d’empêcher que cette junte islamo-terroriste s’empare de la capitale malienne, Bamako.
Qui donc oserait empêcher la cavalerie d’intervenir lorsque Fort Alamo est encerclé par les Indiens ?

- Comme lors de l’intervention militaire occidentale en Lybie, il est extrêmement difficile de faire entendre une voix discordante de l’unanimisme va-t-en guerre. Nous avons tellement été préparés par le récit médiatique à la légitimité d’une telle intervention, que cette dernière nous semble comme l’aboutissement logique et inévitable de cette situation. Il faudrait être anti-démocrate, anti-humaniste, anti-féministe et « munichois » pour oser ne pas justifier la guerre et ne pas l’accompagner de ses encouragements.
Quel est le rôle des médias dans la création de ce récit mettant en scène l’intervention inévitable et salvatrice des forces du bien (les occidentaux) contre les forces du mal (les islamistes) au profit de ces pauvres et braves africains incapables de se défendre ni de gérer leurs conflits par eux-mêmes ?

Faut-il rappeler le rôle fondamental que jouent les industries de l’armement dans la presse française, à travers Lagardère et Dassault ? Est-ce aller trop loin que de faire le lien entre un discours pro-guerre sous couvert de valeurs humanitaires, et le soutien à l’industrie militaire française ? Un industriel qui possèderait la majorité des médias d’un pays, ferait-il campagne dans ces médias pour critiquer et empêcher l’usage des produits qu’il fabrique ?

Pour évoquer l’attitude de protection, par nous autres Occidentaux, de ces pauvres Africains, qui semble aujourd’hui justifier l’intervention militaire française, ne peut-on employer la notion de « paternalisme » ? Cette dernière n’est-elle pas une notion clé du colonialisme ?
La France est-elle toujours là lorsqu’il s’agit de défendre la démocratie ?

Pourquoi la France ne se donne-t-elle pas autant de moyens pour protéger les centaines de milliers de papous massacrés depuis 40 ans par le gouvernement indonésien ? Et ailleurs ?

- Est-il décent que le principal débat qui, au fond, passionne les journalistes des grands médias français, concerne l’influence de cette entrée en guerre sur l’image médiatique de Hollande ? « Hollande va-t-il cesser d’être considéré comme ‘mou’ ? » est bien plus important que « Binta va-t-elle voir sa famille mourir sous ses yeux ? ».
La preuve de la capacité d’un chef d’État à gouverner, à être légitime, à mener un peuple, semble se réduire à sa virilité guerrière : combien de siècles en arrière sommes-nous revenus ? A quel degré ce débat se place-t-il sur l’échelle du bellicisme et du virilisme patriotique ?

- Les civils maliens morts dans l’offensive de l’armée française du 12-13 janvier 2013 sont qualifiés dès le 13 au matin sur France-Inter par un général, de « dommage collatéraux ». Si tel est le nom anecdotique que l’on donne au meurtre en notre nom de dizaines de civils, alors demandons tout de suite à la justice de requalifier les crimes passionnels en « pichenettes malencontreuses ».

- Les armes utilisées par les combattants islamistes et touaregs viennent largement, selon les grands médias, de Lybie. Et les armes lybiennes, d’où viennent-elles ? La France n’a pas cessé de contracter de juteux contrats d’armement avec la Lybie durant des décennies. Il se pourrait donc que nous assistions à une simple opération d’écoulement de la surproduction d’armes françaises, les armes actuelles venant donner une leçon militaire aux armes d’occasion utilisées par les combattants du nord. L’armée a toutefois le bon goût de faire s’affronter ses propres armes sur un territoire étranger.

- Personne ne trouve rien à redire au fait que, au Mali comme en Côte d’Ivoire, ce soit la France, ancienne nation colonisatrice, qui intervienne militairement. Etant donné ce passé pourtant, la France est la dernière puissance légitime pour y intervenir militairement, sans donner la persistante impression d’une continuité néocoloniale.

- Pourquoi, précisément, la France a-t-elle été si empressée, à la proue des nations mondiales, dans sa protection démocrate et désintéressée du peuple malien ? Toutes les personnes qui ont entendu parler de la Françafrique savent que notre pays joue dans cette partie du continent africain un jeu à peine voilé pour le contrôle de la situation politique de la région. Elle a substitué à son ancien empire colonial, trop voyant, un pré-carré qu’elle maîtrise à grand renfort de corruption, de soutien militaire aux dictatures et de coups d’Etat. Le Mali fait partie des territoires restés assujettis au giron français depuis les indépendances et il n’a pas plu à la puissance néocoloniale que le contrôle de cet Etat lui échappe. Mais pourquoi ?

- La France a maintenu le Mali dans une relative stabilité pour les mêmes raisons que pour le reste de sa politique françafricaine : le contrôle de ses intérêts stratégiques sur ce continent (ressources minérales et énergétiques en particulier). Or, que voit-on à quelques kilomètres de la frontière avec la zone nord du Mali, au Niger ? Les mines d’uranium d’Arlit, élément important de l’approvisionnement en uranium de la filière nucléaire française. A Arlit, les filiales d’Areva font leur loi, au mépris de la démocratie et de la santé des populations. On a donc un lieu stratégique pour le fonctionnement du complexe nucléaire civilo-militaire français, lui-même au cœur de l’Etat. Il est certainement hors de question pour la France de laisser planer une quelconque menace sur ce site stratégique pour son économie, sa puissance militaire et sa grandeur diplomatique.

L’armée française, concernée au premier plan par l’approvisionnement en uranium d’Arlit, est donc la première à intervenir. Pure coïncidence, bien sûr.

- Concernant les acteurs en présence : les Touaregs du nord du Mali ont contracté une alliance contre-nature mais opportuniste avec les islamistes radicaux. Après des décennies de lutte pour la reconnaissance de leurs revendications et de leurs droits, ils ont voulu saisir une opportunité unique de faire changer la donne politique. Il ne s’agit pas de justifier cette alliance. Mais avant d‘émettre des jugements définitifs sur ce choix stratégique, pourrait-on revenir un instant sur l’analyse de ces décennies de lutte et de négation de leurs revendications ? Quelles étaient leurs revendications ? Étaient-elles légitimes ? Comment, par quels moyens les ont-ils exprimés ? Qui tirait les ficelles de la répression et au nom de quels intérêts ?

-Concernant les combattants islamistes armés, il ne s’agit aucunement de les justifier, mais de se poser quelques questions similaires à celles que l’on posait à l’époque du 11 septembre 2001. Pourquoi l’islamisme se développe-t-il ? A quelle colère répond-il ? N’est-il pas le triste vecteur qui s’offre aujourd’hui à l’expression d’une colère d’une partie du monde ravagée et expropriée par la mondialisation capitaliste ? Quand l’on considère qu’il y a largement de quoi nourrir le monde entier mais que les mécanismes du libre échange confisquent les richesses d'une majorité du monde au profit de quelques uns, quand on sait le pillage violent et sans vergogne de continents entiers au profit du bien être d’une minorité de privilégiés, comment peut-on se contenter de pourfendre ceux qui se réfugient dans la violence islamiste, sans commencer par se remettre en cause d’abord ? Sans examiner notre part de responsabilité dans cet état des lieux ? Un graffiti sur un mur de Strasbourg posé lors du sommet contre l’OTAN en 2007 affirmait : « Le capitalisme fait plus de morts en un jour que le terrorisme en une année ». Qui oserait affirmer le contraire ? Que cela ne nous empêche nullement d’être révoltés et de lutter contre le terrorisme et l’islamisme radical. Mais nous devrons être 365 plus révoltés contre l’horreur invisible du capitalisme auquel nous participons silencieusement, et 365 fois plus actifs pour la faire cesser au plus vite. Il ne s’agit donc ni de justifier ni de minimiser les horreurs accomplies au nom de l’islamisme. Mais de se poser la question des causes et des effets, des ordres de grandeur et des priorités, question sans laquelle nous ne saurions prétendre « penser ».

Ultime question : tous ces questionnements se retrouvent-ils dans les grands médias ? Et sinon, pourquoi ?
Guillaume Gamblin
13 janvier 2013





vendredi 11 janvier 2013

Pour qui le mariage ?


Le mariage pour tous est une expression ouverte et généreuse mais, in fine, ambiguë et fausse.

À quoi bon le mariage pour tous si tous ne se marient pas et ne demandent nullement à se marier dans des formes légales? Se marier ne dépend pas de la décision d'un maire, d'un prêtre, ou de tout autre célébrant. On se marie, sans mariage, chaque fois que se constitue un couple. Ensuite, la société suit et enregistre ou bien une religion approuve et bénit si les intéressés en font la demande. 

Se marier est une union, une union libre paradoxalement. Le mariage est, lui, une reconnaissance officielle de cette union, ce qui devient utile quand apparaissent des enfants. On comprendra que se marier, c'est "faire un amour", avoir des relations intimes y compris sexuelles, tandis que le mariage est la prise en considération, par les instances de communautés, nation ou confessions, de décisions privées aux conséquences lourdes pour l'ensemble de la société.

Il en est du concubinage comme de l'agnosticisme ou de l'athéisme. La liberté de conscience permet de respecter ceux qui se réclament de religions différentes : religions chrétiennes, religion musulmane, religion juive, religion bouddhiste..., mais on ne laisse guère de place, aujourd'hui, en France, à ceux qui s'affirment sans religion ou antireligieux ! De même, les couples non officiels de concubins,  déclarés ou pas, se retrouvent-ils souvent en porte à faux, parce qu'à peine reconnus.

On a inventé le PACS, un pacte civil qui permet de vivre ensemble, qu'on ait ou pas des relations sexuelles, et qui garantit un droit : celui de vivre sous le même toit, en totale coopération économique, en conservant son nom, ses biens, mais en pouvant partager légalement. Ce fut une avancée (violemment combattue, lors de son approbation législative, par les mêmes que ceux qui se dressent, à présent, contre le mariage pour tous !) et la grande majorité des "pacsés" ne sont pas homosexuels, contrairement à ce qu'on avait pu penser au moment de l'adoption de ce nouveau contrat.


Au début du XXe siècle, en France,  et cela reste possible en bien des pays, l'homosexualité était considérée comme un crime qui pouvait conduire à l'opprobre publique, voire à de graves condamnations en Justice. Quelques dizaines d'années plus tard, on reconnait "l'inclination sexuelle" comme indépendante de la volonté personnelle et c'est l'homophobie qui tend à devenir un crime. On voit là la fragilité du Droit qui n'a, contrairement à ce qu'on laisse accroire, aucun caractère intangible quand évoluent lourdement et durablement les mœurs.

Il en est du mariage pour tous comme de l'abandon du mot "Mademoiselle" (qui n'eut jamais son pendant : "Mondamoiseau") : c'est la reconnaissance que la virginité n'est pas un état obligé, préalable au mariage (ce qui n'était imposé, du reste, qu'aux femmes, véritables "objets conjugaux" ou "propriétés maritales") ! L'allongement de la durée de la vie et l'activité professionnelle des femmes ont engendré l'instabilité généralisée des couples et ont définitivement modifié la composition des familles, qu'elles soient construites à partir d'un PACS, d'un mariage civil, d'un concubinage, voire de la solitude d'un parent (par veuvage ou séparation).

Le "mariage pour tous" : un évolution positive qui ne règle pas tout.

Que certains d'entre nous ne veuillent pas, pour eux-mêmes, d'une famille autre que fondée sur un couple hétérosexuel ne peut être contesté, mais rien n'autorise à refuser, pour autrui, le pacte civil nouveau, mal appelé mariage pour tous, qui permet à un couple de trouver une place légale, dans une société profondément bouleversée, où l'homosexualité existe et n'est plus condamnable. Comment, du reste, appeler ce mariage nouveau, qui n'est pas un mariage homosexuel mais un mariage d'homosexuels, à côté des beaucoup plus fréquents mariages d'hétérosexuels ? Ce sont des unions légalisées, sans plus, et si des catholiques y ajoutent une autre signification, cela les concerne, mais pas obligatoirement tous les citoyens. Notons que si ces célébrations s'accompagnent de réjouissances et de festivités, c'est "à l'occasion" des mariages mais ce ne sont pas des mariages en eux-mêmes.

Il faudra donc modifier la définition du mot mariage qui, dans les dictionnaires, se présente encore comme "l'union légitime d'un homme et d'une femme" et qui pourrait devenir "la reconnaissance publique de l'union de deux êtres humains". C'est une révolution culturelle qui ne s'imposera que peu à peu, même si elle a jeté ses fondements depuis longtemps.

Reste la question des enfants, que j'évoquerai plus tard, et qui exige de faire preuve d'un respect et d'une prudence très vigilants, si nous voulons que nul qui vient au monde ne puisse souffrir des choix personnels des adultes qui l'accueille. Trop souvent (on le voit pour les rythmes scolaires), on pense l'intérêt social en prenant mal en compte l'intérêt des enfants lesquels sont pourtant des acteurs essentiels de la société en évolution constante ! Les enfants peuvent être heureux ou malheureux au sein de familles monoparentales, hétérosexuelles ou homosexuelles. C'est la sécurité physique et psychologique des petits d'homme qu'il faut assurer de façon pérenne.

samedi 29 décembre 2012

Les trois outils de Satan

Satan n'existe pas en tant qu'ange déchu, courant entre les nuages, d'où nous foudroyer, et les volcans aux marmites de lave où plonger les damnés.

Par contre, Satan, ou tout autre diable, règne d'autant plus parmi les hommes que ceux-ci l'ont créé, l'ont installé sur les trônes des pouvoirs et lui ont confié leur vie. Jacques Brel le chantait et c'était bien plus qu'une chanson...

Un jour,
Un jour le diable vint sur Terre
Un jour le diable vint sur Terre
Pour surveiller ses intérêts
Il a tout vu le diable, il a tout entendu
Et après avoir tout vu
Et après avoir tout entendu
Il est retourné chez lui, là-bas.
Et là-bas, on avait fait un grand banquet
A la fin du banquet, il s´est levé le diable
Il a prononcé un discours :

Ça va
Il y a toujours un peu partout
Des feux illuminant la Terre
Ça va
Les hommes s´amusent comme des fous
Au dangereux jeu de la guerre
Ça va
Les trains déraillent avec fracas
Parce que des gars pleins d´idéal
Mettent des bombes sur les voies
Ça fait des morts originales
Ça fait des morts sans confession
Des confessions sans rémission
Ça va

Rien ne se vend mais tout s´achète
L´honneur et même la sainteté
Ça va
Les États se muent en cachette
En anonymes sociétés
Ça va
Les grands s´arrachent les dollars
Venus du pays des enfants
L´Europe répète l´Avare
Dans un décor de mil neuf cent
Ça fait des morts d´inanition
Et l´inanition des nations
Ça va

Les hommes, ils en ont tant vu
Que leurs yeux sont devenus gris

Ça va
Et l´on ne chante même plus
Dans toutes les rues de Paris
Ça va
On traite les braves de fous
Et les poètes de nigauds
Mais dans les journaux de partout
Tous les salauds ont leur photo
Ça fait mal aux honnêtes gens
Et rire les malhonnêtes gens
Ça va, ça va, ça va, ça va!



Les trois outils dont se sert en permanence, Satan ou le Diable, autrement dit l'homme faustien, quand il se pervertit jusqu'à transformer son semblable en objet, ce sont : l'or ou l'argent, l'épée et le sceptre. 

L'or, c'est le capital ; l'épée, ce sont les armées ; le sceptre, ce sont les pouvoirs

Le Christ, dont se sont réclamés, et se réclament encore des générations entières d'Occidentaux, avait prévenu ses frères, nous tous, selon les Évangiles, mais bien peu de ses disciples l'ont entendu.

Sur le capital, on peut lire : On ne peut servir deux maîtres, dieu et l'argent ; ou bien : Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu qu'à un chameau de passer par le chas d'une aiguille. (Ce qui signifie, selon moi, qu'avec ou sans Dieu, l'avoir, obtenu par l'argent, nous tient en total esclavage).

Sur les armées, on peut lire : Celui qui prend l'épée périra par l'épée ; ou bien : Je ne suis pas venu apporter la paix mais l'épée. (Ce qui signifie, selon moi, non pas que le non-violent écarte de lui la violence du dominateur, mais que c'est lui qui, contre toute attente, finit, à terme, par triompher de toute oppression).

Sur les pouvoirs : Rends à César ce qui appartient à César ; ou bien : Je (ici l'on fait parler Satan, le tentateur) te donnerai tous les royaumes du monde, si tu te prosternes devant moi pour m'adorer. (Ce qui signifie, selon moi, que le Royaume de Jésus n'est pas de ce monde, c'est-à-dire n'est pas celui de la richesse accumulée ni du pouvoir fondé sur la force des armes).

Le seul espoir, dès lors, pour nous, hommes de cette Terre, est dans la recherche et l'obtention d'une vie partagée par toute la communauté humaine, sans que nous devions notre pain quotidien, notre paix perpétuelle et notre fraternité universelle à la richesse pécuniaire, à la puissance de feu des milices et régiments, ni à l'autorité, sur tous, de quelques uns, chefs désignés ou élus.


 

Si cette utopie est inatteignable, la vie ne vaut d'être vécue. Il n'est de foi que celle qui affirme ce primat de l'espérance d'une vie aboutie sans autre richesse, d'autre force, et d'autre autorité que celles qui ne spolient aucun autre être humain. Ce n'est pas impensable, puisque déjà pensé ! Et si ce devait être impossible, il n'aurait pas valu la peine d'être né et d'être devenu conscient de cet échec fatal.

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