mercredi 9 octobre 2013

Les cinq R ou de la résistance à la rupture.


Résistance, refus, révolte, rébellion, rupture : nous voici acculés vers des attitudes de rejet au lieu de passer le plus clair de nos vies à construire une société d'équilibre.

Résister, c'est ne pas se laisser entrainer dans ce qui nous apparaît néfaste. Ce n'est pas tout rejeter.

Refuser, consiste à dire non aux comportements politiques toxiques. Ce n'est pas tout critiquer.

Se révolter, c'est s'opposer à ceux qui ne proposent rien à quoi l'on puisse souscrire. Ce n'est pas tout nier.

Se rebeller, c'est se dresser contre l'État, dès lors qu'il ne remplit plus ses missions. C'est un acte citoyen positif et nécessaire.
http://www.nostate.com/wordpress/wp-content/uploads/2008/11/rebellion.jpg

Rompre, c'est briser le lien qui nous enchaîne aux outils qu'utilisent les servants-serviteurs-asservis du système économico-politique. C'est se libérer.

Il y a là toute une gradation qui conduit de la simple contestation à la non-participation à cette démocratie-capitaliste (les deux mots sont désormais liés !) qui se veut sans aucune alternative, finie, close.

Nul besoin de recourir à des actions violentes pour laisser s'épanouir sa colère. « La plume plutôt que le fusil » s'exclame la jeune Pakistanaise de 16 ans, Malala Yousafzai, dans une autobiographie parue le 8 octobre. On voudrait la porter candidate au prix Nobel de la paix et, déjà, les médias occidentaux commencent à pourrir son image en en faisant une miraculée dont les méchants Talibans n'ont pas eu la peau...



Malala Yousafzai, sauvée...

C'est contre ces détournements constants de l'attention des citoyens qu'il faut se dresser. Ce que dit Malala, c'est que les femmes ont, sur Terre, un rôle politique majeur qui peut, avec l'éducation, conduire vers l'émancipation de tous. Ce qu'on veut lui faire dire, c'est qu'elle a rejoint l'occident définitivement. Elle a été sauvée en Europe et débarrassée de la balle qu'on lui avait tiré dans la tête. On lui a donné la parole en Europe alors qu'au Pakistan, on voulait la faire taire. On l'a aidée à écrire sa bibliographie alors qu'elle est encore une enfant, brillante certes, mais faible dans cet univers rapace. Bref, veut-on nous faire croire, qu'elle est, à présent éduquée, protégée, une fois mise en vedette par les bons, face aux méchants antioccidentaux, fanatiques et... musulmans.

Cet exemple est frappant : pour masquer les turpitudes de la pseudo civilisation occidentale qui sombre dans l'exploitation brutale de la planète et de ses habitants, on loue une courageuse et très intelligente jeune fille qui a fui ses assassins. L'Europe ou les USA accueilleront-ils pour autant tous les jeunes humains qui fuient la guerre, l'extrême misère ou la torture ? Non ! Les Syriens arrivés à Calais sont, aux yeux des autorités françaises et anglaises, d'abord des illégaux. À Lampedusa, (dont on parle aussi pour le prix Nobel de la paix, et ce n'est pas un hasard, tant est grand le malaise !) on mourait par centaines au large de l'île, bien avant le drame récent, et nombre de survivants, à la belle étoile, n'avaient pas une couverture pour s'abriter du froid et de la pluie dans certains centres d'accueil-rétention.

En quel monde vivons-nous où se camoufle, sous les mots choisis, habiles et perfides, une volonté de rejet de tous ceux qui ne se soumettent pas aux lois du marché et à notre mode de vie ethnocentrique (dont le modèle US n'est qu'un sous-produit, résultant de l'histoire coloniale, esclavagiste et ultra-violente) ?

Sauver l'occident de lui-même, (car nous en faisons partie et nous sommes directement concernés !) c'est résister à cette glissade vers le « tout-fric », la justification du pire par le gain et le profit. Sauver l'occident de lui-même, c'est refuser de laisser associer le meilleur de notre civilisation à un système dominant auquel le monde entier devrait se soumettre sous peine de sanctions économiques ou militaires. Sauver l'occident de lui-même, c'est se révolter contre une gestion des affaires des hommes qui voit, en chaque citoyen, ( en dépit de l'apport des philosophes, depuis Montaigne et La Boétie jusqu'aux Encyclopédistes et Rousseau ), soit un consommateur soit un employé, avant de voir en lui un semblable et un frère. Sauver l'occident de lui-même, c'est se rebeller afin d'empêcher que s'effectue, élection après élection, le détournement pervers de la démocratie qui transforme chaque électeur en auteur de son propre malheur. Sauver l'occident de lui-même, c'est rompre avec la fatalité d'une organisation sociale qui ne tient plus que par la force des armes, incapable de donner espoir à ses enfants, aveugle face à la finitude d'une planète à laquelle on ne donne pas le temps de se reconstituer.

La rupture n'est qu'un sauvetage désespéré mais urgent. Il est grand temps de vivre autrement, loin des apparences que les médias aux ordres nous font confondre avec la réalité. Il est indispensable de vivre hors de l'univers des partis et de tous les organismes conservateurs qui ne regardent pas plus loin que le temps d'un mandat électoral. Ce sera une épreuve pour tous ceux qui ont confondu le confort et la civilisation. Mais il n'y a plus d'autre choix que celui-ci : vivre de peu pour vivre mieux. Rien de neuf, en cette exigence. On le savait depuis plusieurs décennies mais, cette fois, on est placé devant la dernière échéance : pour l'espèce humaine, le délai est expiré. Le mode de vie occidental actuel nous détruit. Ou bien des événements très cruels nous contraindront d'y renoncer, ou bien nous accepteront la radicalité que nombre de scientifiques dont ceux du GIEC, mais aussi bien d'autres sages, nous exhortent d'accepter. Les puissants sont devenus impuissants. Place aux modestes et aux simples. Passons de l'indignation à la rupture. Ne nous laissons plus manipuler, prenons enfin nos vies en main !


Oser et réussir


lundi 23 septembre 2013

Le retour d'Ivan illich




Le 21 septembre, dans la mairie du 2e arrondissement de Paris, l'association Rêvolutives organisait une rencontre autour de Thierry Paquot, auteur d'un livre, Introduction à Ivan Illich, paru en 2012.

Qu'il faille proposer une introduction à la pensée d'Ivan Illich peut surprendre mais le long silence fait sur son œuvre le justifie.

On en est resté au souvenir vague de ses livres "scandaleux", parus dans les années 1970 et notamment Pour une société sans école (alors qu'Illich proposait tout autre chose : "déscolariser la société", c'est-à-dire cesser de s'en remettre à la seule école pour apprendre) ! Pas de suppression de l'école donc mais la fin de l'école obligatoire, ce qui est tout différent ; l'informatique, à ses débuts  lui avait d'ailleurs semblé une occasion de formation à ne pas négliger. (Il n'eut sans doute pas apprécié le "décérébrage" que permet, aussi, aujourd'hui internet). Toujours est-il qu'avec ses 500 000 exemplaires vendus en France, Pour une société sans école fit connaître et discuter Illich et ses écrits successifs.

Illich se rendit célèbre aussi par son autre livre sur La convivialité, (un mot qui lui aurait été suggéré par Lévinas). Le convive, pour Illich, n'était pas le commensal mais "le partageux", celui avec qui il fait bon vivre, celui qui aide à vivre sans heurt, dans le respect d'autrui, dans la création.

Illich (1926-2002) est de la même génération que les nonanagénaires qui ont, comme lui, annoncé la société qui s'assume, qui se responsabilise, qui s'éduque, qui s'autonomise, qui s'apaise, qui se planétarise, qui se "désoutille".

Car Illich fut l'un des tout premiers à penser et à écrire que les institutions peuvent enfermer les hommes dans un conformisme fatal à la pensée et à l'évolution sociale. Sa critique de l'église catholique, à cet égard, lui qui fut séminariste et prêtre, est à la racine de sa mise en cause des outils qui finissent par produire le contraire de ce que pourquoi elles ont été créées : l'école et l'université, l'hôpital, l'automobile... Quand la skole ne permet plus la connaissance de soi et d'autrui, quand La Némésis médicale (autre livre scandaleux) fait du corps la matière d'une entreprise gigantesque et du médicament une marchandise, alors la société se délite.

Et pourtant Illich, ni marxiste, ni écologiste, ne donne de leçons à personne. Il n'y a pas de doxa illichienne. En véritable intellectuel, éloigné de ceux des universitaires qui ne produisent pas de la pensée mais la répète, il n'a cessé de réévaluer d'un point de vue critique son œuvre. Quand les éditeurs ont cessé de publier ses travaux (il "ne faisait plus 3000" ventes !), il n'a pas renoncé à écrire et à multiplier les conférences.

Illich est de retour si l'on comprend que sa quête permanente, une fois passée ce qu'il a appelé "ma période des pamphlets", redevient d'actualité. Mieux vaut ne pas rater sa vie que de changer la vie. Cet itinérant, sans logis fixe, parlant et travaillant dans une quinzaine de langues, qu'on a pu rencontrer dans les Amériques comme au Japon ou dans différents pays d'Europe n'avait pas besoin de prêcher la révolte pour bouleverser les comportements. On ne sortait pas indemne d'une rencontre avec lui et nombre de penseurs contemporains lui doivent d'être ce qu'ils sont, imprégnés d'une pensée insoumise et d'une rigueur sans rigidité.

Illich est de retour parce qu'il incite encore à sortir des systèmes qui paralysent et il n'est pas besoin de prononcer le mot capitalisme pour comprendre que le système économico-libéral est tout simplement obsolète. Gorz le pensait avec lui.

Illich est de retour parce que le relire à la lumière de données contemporaines, qu'Illich n'a pas connues, tout s'éclaire et ses intuitions sont revivifiées. Ses "pamphlets" eux-mêmes (ses écrits de la première période, les plus lus) trouvent un nouveau sens. Ses œuvres suivantes, moins accessibles, sont à leur tour approchées, découvertes et méditées.

Illich est de retour pour ceux qui voient en lui l'un des tout premiers à avoir agi sans parti, sans pétitions, inclassable, irrécupérable, mais capable de donner un sens politique à l'amitié telle qu'il la voit et qu'on peut sans doute rapprocher des Politiques de l'amitié de Jacques Derrida.

En ces temps d'incertitude Illich nous apprend la fécondité du silence. Se taire un temps n'st pas renoncer mais approfondir. À ceux qui désespèrent dans un monde de la futilité de l'exploitation et donc de la violence, Illich répète que ce n'est jamais temps perdu que de conquérir une autonomie qui n'est pas égotiste et il continue d'en fournir les voies.




mardi 17 septembre 2013

La révolte des nonagénaires



Ils ont 90 ans ou plus ou un peu moins. Ils ont beaucoup écrit au cours de leur  vie de sociologue, ethnologue ou philosophe. Ils s'éteignent l'un après l'autre. Tous disent (ou ont dit la même chose, il a peu) : notre civilisation est indigne d'elle-même et s'autodétruit, faute de vouloir regarder la réalité en face : c'est l'action des hommes qui nuit à la Terre entière ! Le constat est terrifiant mais il n'est pas désespéré car, même si l'espoir est ténu, il existe.

Cornelius Castoriadis (1922-1997)1, Viviane Forrester (1925-2013)2, André Gorz (1923-2007)3, (Stéphane Hessel (1917-2013)4, Albert Jacquard (1925-2013)5, Claude Lévy-Strauss (1908-2009)6, Jean Malaurie (1922-....)7, Edgar Morin (1921-....)8, Michel Serre (1930-....)9, Alain Touraine (1925-....)10, pour ne parler que des auteurs français, expriment tous, chacun à sa manière et avec sa sensibilité, le même diagnostic : le système économico-libéral est à bout de course ; la non prise en compte des analyses écologistes ne nous conduit pas vers le mur car nous sommes déjà entrés dedans ; une mutation est amorcée dont, actuellement, nous ne savons pas encore où elle nous conduit ; il y a folie chez les hommes et feu sur la terre ; et pourtant, nous ne voulons pas le savoir car nos habitudes l'emportent sur notre lucidité.

Presque tous de la même génération, ces auteurs expriment une angoisse : eux qui sont nés entre les deux guerres mondiales (sauf le centenaire, Claude Lévy-Strauss, né avant la première) interrogent leur temps : l'humanité est-elle donc condamnée à ruiner les meilleures de ses espérances et à vivre dans les guerres permanentes, vives ou pernicieuses, qui la font s'abîmer dans des gouffres sans fond ?

À les lire ou relire, on n'éprouve pas le sentiment que tout est joué, que la catastrophe va tout emporter, mais que le risque d'un échec total existe. Ce qui est sûr, c'est qu'il est vain de continuer à penser en faisant usage de mots fourre-tout auxquels on fait dire ce qu'on veut et qui ne permettent plus de se comprendre. « Gauche » et « droite » ont sombré dans cette catégorie et, depuis peu : « démocratie ». Ces vocables qui ont eu un sens des plus clairs, n'en ont plus ou se sont usés jusqu'à la trame. Il faut en inventer d'autres qui décriraient mieux les aspirations politiques.

Nul ne peut plus ignorer que la croissance est une fuite économique en avant qui ne peut que se fracasser sur les limites terrestres, mais le mot croissance fait partie du vocabulaire obligé ; c'est un vocable « sacré » dans la religion économiciste.

Nul ne peut plus ignorer qu'on peut produire toujours davantage avec toujours moins d'emplois, mais le mot emploi fait aussi partie du vocabulaire obligé ; c'est un vocable attaché, enchaîné, collé à celui de revenu. Dès lors, s'en détacher c'est perdre ses ressources car le non-emploi, appelé chômage, aboutit, dit-on, à... la rue !

C'est contre ces fausses évidences-là que se sont dressés les nonagénaires, que se sont exprimés les sages auxquels on veut bien donner une place dans la littérature mais surtout pas dans notre culture, car tenir compte de ce qu'ils disent contraindrait à chercher une autre voie (comme dit Edgar Morin).

Parce qu'on ne sait où aller, on reste au cœur de l'incendie ! Tant que les brûlures ne seront pas trop douloureuses, on restera planté là, paralysés, convaincus qu'i y a trop de risque à bouger, bloqués dans la fournaise du système économico-libéral pourtant pire que le capitalisme des deux siècles passés.

 Avec sept milliards d'humains sur Terre et alors que le ratio entre le revenu moyen par habitant dans les 20 % pays les plus riches et les 20 % les plus pauvres est passé de 30, en 1960, à 74 en 1997, tout est réuni pour que la marmite planétaire explose. 

« La sortie du capitalisme aura lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare. La question porte seulement sur la forme que cette sortie prendra et sur la cadence à laquelle elle va s’opérer », écrivait André Gorz, en 2007, juste avant sa mort. Pour ce qui est de la barbarie, elle s'étale déjà sous nos yeux, mais, dans le même temps, on ne saurait arracher toutes les pousses des plantes régénératrices qui, partout, sortent de notre Terre. C'est ce qu'annonce l'appel à la révolte des nonagénaires, une révolte-indignation qui est devenue révolutionnaire, non par violence mais par retournement des contre-valeurs qui ont été instillées par la société des nantis.

Puissent « les vieux » nous inspirer tous.

1   Castoriadis Cornelius, Une Société à la dérive, entretiens et débats 1974-1997, Seuil, Paris, 2005.
2   Forrester Viviane, L'horreur économique, Fayard, Paris, 1996 et La promesse du pire, Seuil, Paris, 2013.
3   Gorz André, Ecologica, Galilée, Paris, 2008. Édition posthume.
4   Hessel Stéphane, Indignez-vous, Montpellier, Indigènes éditions, 2010.
5   Jacquard Albert, Réinventons l'humanité, avec Hélène Amblard, postface de Serge Latouche, Sang de la Terre, 2013.
6   Lévy-Strauss Claude, Nous sommes tous des cannibales, Paris, Seuil, 2013. Édition posthume.
7   Malaurie Jean, Terre Mère, Paris, CNRS Éditions, 2008.
8   Morin Edgar, La voie, Fayard, Paris 2011.
9   Serre Michel, Biogée, Éditions-dialogues.fr/Le Pommier, Brest/Paris, 2010.
10 Touraine Alain, La Fin des sociétés, Seuil, Paris, 2013

dimanche 15 septembre 2013

Le visionnaire d'une utopie réaliste.


On rend partout hommage à Albert Jacquard. Est-ce seulement l'homme qu'on admire, l'ampleur de son intelligence, la force de ses engagements, l'immensité de ses savoirs, reconnues et saluées y compris par François Hollande, au nom de tous les Français ?

Ne perdons-nous pas, avec Albert Jacquard, plus que cela : la voix de celui qui savait exprimer et fonder les grands choix de ceux qui veulent rompre avec un modèle de société qui, tout à la fois, est devenue infidèle à ses propres valeurs et s'attache à des contre-valeurs ? Cesser d'être des prédateurs, des dominateurs, des avides est possible n'a-t-il cessé d'exposer et de tenter de prouver.

Avec le silence d'Albert Jacquard nous allons, pour quelque temps, perdre du poids et de l'énergie car nous ne saurons pas, d'ici longtemps, comme lui, peser sur les événements et les idées qui font bouger le monde. Il nous fait, cependant, obligation sinon de le remplacer du moins de prendre sa suite.

Pour ne retenir que quelques idées-force qui n'ont pas encore atteint la conscience d'une majorité de nos contemporains, et sur lesquelles insistait « le Professeur », citons celles-ci :

• Nous sommes tout prêts d'avoir atteint nos limites1. Une croissance infinie est incompatible avec une planète finie. « La mutation dans laquelle nous nous trouvons implique l'urgence pour nous tous d'élargir notre concept de l'humanité. /.../ Deux solutions : ou nous disparaissons, ou nous sommes les primitifs des humains qui nous regarderont dans deux mille ans ». Heureux les primitifs, ceux qui seront les premiers à promouvoir une humanité nouvelle, moins violente à l'égard d'elle-même et de notre planète sans qui nous ne sommes rien!

• Le culte de la compétition, tout comme le culte de la croissance, fonde un système économique et culturel ravageur. « Réussir est devenu l'obsession générale de notre société, et cette réussite est mesurée par notre capacité à l'emporter dans des compétitions permanentes. Il est pourtant clair que la principale performance de chacun est sa capacité à participer à l'intelligence collective, à mettre en sourdine son « je » et à s'insérer dans le « nous », celui-ci étant plus riche que la somme des « je » dans laquelle l'attitude compétitive enferme chacun. Le drame de l'école est d'être contaminée par une attitude de lutte permanente, qui est à l'opposé de sa finalité ».2 Éduquer n'est pas juger mais être le complice et le soutien de celui qui s'élève et sort de l'enfance.

• S'approprier une connaissance c'est la faire entrer en soi mais si s'approprier devient garder pour soi, alors c'est nuire. L'appropriation des richesses, des sols, du savoir est un accaparement, une privation d'autrui, une privatisation d'un bien commun exclu du partage. La propriété d'objets utiles est ce dont on a l'usage en propre pour vivre dignement et sans excès ; on ne possède pas la Terre. « Au mépris des cultures dites primitives ignorant l'appropriation et la compétition, nous avons mis en place un système culturel, économique, financier conduisant à la négation d'une grande part des potentialités humaines » affirme Albert Jacquard dans le dernier de ses livres.3

Après les philosophes, sociologues, ethnologues, connus et reconnus mais oubliés ou méprisés par les puissants et les riches, Albert Jacquard, dans la lignée des penseurs français du XXe siècle, tels notamment Marcel Mauss, Jean Malaurie, André Gorz, nous laisse un message : ou bien le don, le partage, l'égalité des hommes, la connaissance et le respect de la nature cesseront d'être des bonnes paroles doublées de bonnes intentions jamais réalisées, ou bien c'en est fait de notre espèce devenue capable de s'autodétruire. 

Il n'est d'autre inspiration des politiques qui vaille car il y a, désormais, incompatibilité entre, d'une part, la vision du monde qui, actuellement, domine et motive les actes de gouvernement et de gestion des rapports humains et, d'autre part, la vision du monde qui porte loin les regards et prépare, tout de suite, une vie collective et planétaire débarrassée de son moteur principal : le profit individuel lequel fait de chacun de nous un petit ou un grand prédateur.

1  Albert Jacquard, L'équation du Nénuphar, Calmann-Lévy, 1998.
2  Albert Jacquard, Mon utopie, Stock, 2006.
3  Albert Jacquard et Hélène Amblard, Réinventons l'humanité, éditions Sang de la Terre, 2013.



lundi 9 septembre 2013

Laïcité : la diversité est universelle

Tel est le texte de la charte de la laïcité, rendu public ce jour, 9 septembre, texte convenu, timide, "irréprochable", aux formulations bien connues, mais sans grande portée, hélas...


La République est laïque. La Nation confie à l'École la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République.

1. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi, sur l'ensemble de son territoire, de tous les citoyens. Elle respecte toutes les croyances.

2. La République laïque organise la séparation des religions et de l'État. L'État est neutre à l'égard des convictions religieuses ou spirituelles. Il n'y a pas de religion d'État.

3. La laïcité garantit la liberté de conscience à tous. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions, dans le respect de celles d'autrui et dans les limites de l'ordre public.

4. La laïcité permet l'exercice de la citoyenneté, en conciliant la liberté de chacun avec l'égalité et la fraternité de tous dans le souci de l'intérêt général.

5. La République assure dans les établissements scolaires le respect de chacun de ces principes.

6. La laïcité de l'École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l'apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix.

7. La laïcité assure aux élèves l'accès à une culture commune et partagée.

8. La laïcité permet l'exercice de la liberté d'expression des élèves dans la limite du bon fonctionnement de l'École comme du respect des valeurs républicaines et du pluralisme des convictions.

9. La laïcité implique le rejet de toutes les violences et de toutes les discriminations, garantit l'égalité entre les filles et les garçons et repose sur une culture du respect et de la compréhension de l'autre.

10. Il appartient à tous les personnels de transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité, ainsi que des autres principes fondamentaux de la République. Ils veillent à leur application dans le cadre scolaire. Il leur revient de porter la présente charte à la connaissance des parents d'élèves.

11. Les personnels ont un devoir de stricte neutralité : ils ne doivent pas manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l'exercice de leurs fonctions.

12. Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l'ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu'à l'étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n'est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme.

13. Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l'École de la République.

14. Dans les établissements scolaires publics, les règles de vie des différents espaces, précisées dans le règlement intérieur, sont respectueuses de la laïcité. Le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.

15. Par leurs réflexions et leurs activités, les élèves contribuent à faire vivre la laïcité au sein de leur établissement.





Tout est (presque) dit, sauf que :
     - à la différence de ce qui a été vécu, pensé, écrit, et adopté, en 1905, il ne s'agit plus de s'en prendre au cléricalisme catholique, c'est-à-dire à la domination de l'Église sur les institutions et la vie politique, en France. L'Église, devenue minoritaire, s'accommode fort bien, désormais, de la laïcité dès lors qu'elle est respectée.
      - nous ne vivons plus à une époque où s'opposaient des universalismes monistes, c'est-à-dire la propension à réaliser l'unité des peuples par l'évangélisation ou les valeurs de la république appuyées sur la science. La Terre n'est plus un immense pays de mission. La science est modeste et les savants ne prétendent plus être seuls à chercher la vérité.
       - une nouveauté majeure est apparue : la seconde religion des Français est, à présent, l'Islam. Avec lui, plusieurs apports modifient le vécu social français : les musulmans sont visibles dans l'espace public par leurs vêtements ; ils ont des exigences alimentaires qui modifient le commerce et la restauration collective ; ils portent l'expression de leur foi y compris au sein de leurs lieux de travail... Bref la religion, avec eux, cesse d'être une pure affaire privée.
         - La laïcité de l'État est peu sourcilleuse et les responsables politiques hésitent moins à se mêler à des autorités religieuses non seulement au cours de cérémonies protocolaires, mais pour tenter d'influencer les secteurs de l'opinion influents que constituent les chrétiens, les musulmans et les Juifs.
          - La confusion perdure entre neutralité et agnosticisme : la neutralité est le refus de marquer des préférences pour attribuer des fonctions ou pour exprimer ses propres choix dans l'exercice de ses responsabilités publiques ; l'agnosticisme est l'affirmation d'un doute permanent quant aux choix religieux et c'est donc différent de la laïcité qui accepte la juxtaposition de la diversité des pensées.
          - L'unité de la nation ne peut plus se concevoir dans l'abstention religieuse ou dans l'affirmation d'une morale républicaine : l'universalité des droits de l'homme a cessé de se penser dans le cadre des idéologies occidentales.
         - Les cléricalismes (c'est-à-dire les recherches de la prise de pouvoirs par les religions) ont changé de mode d'action. Des prosélytismes nouveaux sont apparus qui, appuyés sur des médias puissants, bien financés, s'en prennent à la liberté de pensée par soi-même.
           - Une laïcité nouvelle est à promouvoir. Elle est le respect actif non de ce que pense autrui mais de son droit absolu à penser différemment de soi. C'est désormais une conséquence de la reconnaissance de la diversité humaine. La France va devoir accepter en son sein, comme la plupart des sociétés européennes, l'existence de minorités culturelles et donc modifier sa constitution.

Voila ce que sous-tend la remise en avant d'une problématique insuffisamment repensée et qui mériterait un débat tout autre que celui auquel on assiste. Il ne s'agit pas, en effet, de redire ce qui va de soi mais d'examiner ce qui ne va plus de soi, tout en réaffirmant pourquoi la laïcité reste une valeur qui ne vieillira pas si, et seulement si, elle met en pratique le caractère universel de notre diversité.


"Il est urgent de préciser la règle du jeu", affirme Dominique Baudis, Défenseur des droits (autorité administrative de médiation entre les citoyens et l'État). Il veut saisir le Conseil d'État, plus haute juridiction administrative de France, pour obtenir des "clarifications nécessaires" sur l'application du principe de laïcité. C'est bien sur les mises en œuvre du principe de laïcité, garant de la liberté de conscience que les réflexions doivent porter.

samedi 7 septembre 2013

Dilemne syrien

“Trouver des voies afin de surmonter les positions conflictuelles 
et abandonner la poursuite futile d’une solution militaire en Syrie”
Le Pape François.
 

Nous voici de nouveau face au dilemne affreux :
Pour que l'on ne tue plus, tuons celui qui tue...
Ne pas mourir sur Terre consiste à tuer pour vivre :
Désespérant constat que rien ne contredit.

N'en finirons-nous jamais alors avec la guerre ?
On la pare de vertus, d'honneurs et de justice.
Qui n'y consent est lâche, ou traître, ou incapable.
Le piège se referme alors si sauver c'est détruire.

Le chantage est bien là : allons-nous laisser faire,
Massacrer et gazer, sinon ouvrir le feu ?
Et où donc tomberont les obus et fusées ?
Dessus les innocents et criminels mêlés.

Que n'avons-nous toujours frappé les assassins,
Parfois génocidaires, hier au Rwanda ?
La civilisation est-elle à jamais meurtrière ?
Condamnée à la violence dès que privée de pouvoir ?

L'impuissance des puissants s'avère manifeste.
Les grands États-nations ne feront plus la loi.
Où sont, qui sont, les fournisseurs d'armes ?
Qui produit, et paye, les outils et œuvres de mort ?

Le réalisme est-il dans les mains des soldats ?
N'y aura-t-il jamais de société en paix ?
Le choix n'est-il qu'entre guerre et pleutrerie ?
La non-violence n'est-elle qu'un rêve déplorable ?

Mille questions qui n'en contiennent qu'une :
Que faire qui arrête le crime sans le redoubler ?
On n'arrêtera pas l'action d'Assad sans le briser.
On ne limitera pas ses nuisances de loin.

Il n'est pas d'humanitaire militaire.
L'Onu est seule en droit d'entrer sur le sol syrien.
L'interposition est liée à la négociation.
Une guerre civile ne connaît pas de vainqueur.

Le Moyen-Orient est un chaudron brûlant.
Y rajouter du feu le ferait déborder.
Le diable seul s'y agite à son aise.
La guerre partielle peut devenir guerre totale.

Il n'est d'armes conventionnelles ou classiques supportables.
Nucléaires, biologiques ou chimiques nulles ne sont acceptables.
Nous en savons trop, en ce siècle, sur les moyens d'anéantir.
Agir ne doit plus jamais produire pire que ce qu'on combat !

Ne pas bombarder Damas n'est pas faire triompher Assad.
Sauf si l'on s'enferme dans un tout ou rien exécrable.
Les condamnations internationales les plus larges sont seules efficaces.
Informer sape l'autorité des tyrans.

On n'engage pas les peuples contre leur avis.
Deux États ne peuvent agir militairement seuls.
Quelques approbations ne peuvent tenir lieu de légitimation.
Passer par dessus la volonté de l'ONU, c'est la ruiner !
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Tel est l'environnement (proches -rouge- et adversaires -bleu-) du régime syrien...

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mercredi 28 août 2013

Lybie, Mali, Syrie..., et après ?

La France devrait s'engager, de nouveau, dans des opérations militaires derrière les États-Unis... La "violence légitime" dont veut user l'État français doit-elle s'appliquer partout où l'horreur submerge des populations martyrisées ? Si oui, nous n'avons pas fini de faire la guerre en ce monde !

Le bon sens interdit d'ajouter la guerre à la guerre

Les contradictions nous submergent ! 

Aura-t-il fallu que Bachar Al Assad, lui-même, fasse déborder le vase de l'infamie pour qu'on lui conteste le droit d'assassiner, et de la pire des façons, la partie de la population syrienne qui ne lui est pas fidèle, tous civils inclus, y compris les enfants ?

Que et qui frappera la "punition" qu'on annonce ? Va-t-il falloir prier l'armée syrienne de se mettre loin des civils syriens qui la combattent afin de pouvoir mieux la frapper ? Le gouvernement syrien devra-t-il mettre ses soldats volontaires ou engagés de forceet ses soutiens fanatisés à l'abri des frappes "chirurgicales", pour que les frappes des tomawaks états-uniens n'atteignent et ne détruisent que les arsenaux, les tanks, les bombes, les armes chimiques, sans massacres des personnes, sans "dégâts collatéraux" ?

L'intervention militaire des USA, de la Grande Bretagne et de la France, de nouveaux alliés pour frapper un État voyou, conduira-t-elle à la destruction du régime ou simplement à affaiblir ses forces légales au profit des rebelles syriens qu'il faudra armer, soutenir et aider à s'installer dans des zones protégées ? Bref, ce ne sera pas la fin immédiate de Bachar Al Assad, mais, comme en Lybie, la prolongation de la guerre civile.

Croit-on que l'armement fourni pas la Russie à la Syrie soit constitué de fusils en bois ?  Ne sait-on pas que le patriotisme syrien peut conduire à des réactions très violentes et inattendues qui affecteront et les forces d'interventions occidentales et les pays voisins ?

L'argument russe ou chinois consistant à dénier le droit d'intervenir dans les affaires intérieures d'un État est-il récusé par les "gendarmes du monde" occidentaux, ou bien ces mêmes États ne s'enferrent-ils pas dans un droit d'ingérence militaire qu'ils n'accepteraient en aucune circonstance de se voir appliqué ?

Agir avant que l'ONU n'autorise, éventuellement, une intervention au nom du droit international ne serait-ce pas une façon de continuer à ruiner cette institution internationale dont il n'est pas tenu compte ?

Nous voici enfermés de nouveau dans des logiques de guerre dont nous ne savons comment sortir. On va encore justifier le recours à la force et émouvoir l'opinion afin qu'elle approuve la guerre faite à un tyran et à ses alliés. Tout se passe comme si on faisait l'impasse sur les raisons politiques mais aussi économiques qui expliquent ce revirement. Il fallait un prétexte. Bachar Al Assad l'a fourni. C'est le moment d'intervenir C'est le moment d'intervenir pour les États occidentaux qui se veulent, ou se croient, les champions de la civilisation démocratique

Qu'allaient faire les observateurs de l'ONU en Syrie si l'on savait de source sûre que l'emploi des armes chimiques était avéré ? Se faire tirer dessus ? Risquer de se faire prendre en otages ? Gagner le temps qu'il faut pour dépêcher les destroyers et préparer la base de Chypre, -avec ou sans l'accord des autorités chypriotes-, véritable porte avions géant ?

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 Que ceux qui luttent pour la vie soient entendus.

Les leçons ne seront-elles jamais tirées ? Après le Vietnam, l'Irak, l'Afghanistan, les USA sauront-ils un jour que le plus fort n'est pas souvent gagnant ? Ce jour anniversaire du célèbre discours de Martin Luther King (ce "nègre dangereux qui mettait en péril l'Amérique tout entière"), on peut faire, nous aussi, un rêve : que l'on cesse de penser et d'agir la politique autrement que comme la manifestation de rapports de forces qui entrainent innocents et assassins dans la même fournaise dont ceux qui en sortent sont meurtris à jamais.

lundi 19 août 2013

Il y a pouvoir et pouvoir



Il n'est pas de politique sans pouvoir. On constate, partout, que le pouvoir s'exerce en usant de la violence. Max Weber (1864-1920), dans Le Savant et le Politique, un an avant sa mort, l'avait justifié ainsi : "Le pouvoir politique, c'est le monopole de la violence légitime".

La formule plus précise est : " l'État est une entreprise politique à caractère institutionnel lorsque, et tant que, sa direction administrative revendique avec succès, dans l'application des règlements, le monopole de la contrainte physique légitime". Le célèbre propos du sociologue allemand a été compris comme le droit, dont seul dispose l'État, de recourir à la violence.

On notera un glissement de sens : dans cette autre phrase, il n'est de pouvoir politique que dans l'État.
 
Ce monopole
de l'État résulte de ce que les sujets (comprendre assujettis et non personnes pensantes) reconnaissent que chaque État est seul à pouvoir exercer une violence sur son territoire de façon légitime, en s'appuyant sur les forces policières, militaires ou juridiques.

L'expression admise, violence légitime, fait donc référence au monopole dont disposerait l'État pour le maintien ou le rétablissement de l'ordre public. Reste à savoir de quel ordre public il s'agit ! La violence légitime peut se traduire par une limitation des libertés individuelles. Elle peut aussi dégénérer en un terrorisme d'État et, dans certains cas, prendre la forme extrême de génocide. Elle cesse, dès lors, d'être légitime même quand elle reste légale. Les lois de l'État français, sous Vichy, n'étaient pas légitimes. D'aucuns ont même douté qu'elles aient jamais été légales, l'État dirigé par Pétain s'étant nettement éloigné de la République...

Cette approche traditionnelle du concept de pouvoir, indissociable de la contrainte et pouvant aller jusqu'à la violence, fait l'impasse sur deux questions radicales autant que mal acceptées. La première se formule ainsi : l'État est-il et restera-t-il toujours indispensable à l'exercice du pouvoir politique ? La seconde interpelle notre compréhension de ce même pouvoir politique : est-il la domination des hommes ou bien est-il la possibilité de peser sur les faits, l'environnement et les événements ? Entre ces deux pouvoirs, (qu'on peut, pour faire court, ramener à maîtriser les autres, d'une part, ou à maîtriser les conditions de notre vie collective, d'autre part), y-a-t-il un lien obligé ? Sommes-nous, ad vitam aeternam, contraints de contraindre pour faire société. Plus encore : peut-on même parler de société, là où n'existeraient pas de contraintes physiques pouvant aller jusqu'au meurtre légal ?

Que nous ne sachions (et même que, jamais, les humains, au cours de leur histoire, n'aient su...) faire autrement que de régler les conflits inévitables, éventuellement utiles, qu'en recourant à la force armée a conduit à toutes les formes de guerre : tribales, féodales, frontalières, de croisade, de religion, internationales, de conquête et d'invasions, impériales, impérialistes, "mondiales", économiques, coloniales, indépendantistes, secrètes... ! Serait-ce le propre de l'homme que de se contenter de survivre entre deux affrontements sanglants ? À en juger par la permanence, la multiplicité, la sophistication et la capacité de destruction croissante des armes dont les peuples n'ont cessé de se servir, le pouvoir d'agir semble bien fonction de la puissance de détruire. Peut-on briser cet engrenage mortel sans entretenir la violence qu'on voudrait supprimer ?

Il n'est sans doute aucune pré-occupation plus intense pour un esprit libre. La philosophie achoppe devant cette guerre totale que l'homme se fait à lui-même depuis qu'il est apparu sur Terre. La tentation est grande, alors, de renoncer à résoudre cette aporie, cette contradiction insoluble : guerre et paix n'ont jamais pu que coexister et rechercher comment exercer le pouvoir d'être actif, influent et constructif mais sans tuer apparaît tout à fait vain. Chaque enfant, en grandissant, découvre, entend et constate que la destruction de l'homme par l'homme est quotidienne, parfois vantée et, en tout cas, inévitable ! Douloureux apprentissage pour les générations qui se succèdent et sont, parfois, tôt livrées à la boucherie et, si ce n'est plus le cas, actuellement, en Europe, c'est ailleurs que la terre s'ensanglante. Les tueries multiples éliminent autant de vies que les "grandes" guerres !

Quel pouvoir conquérir qui non seulement ne s'installerait pas dans la domination lente ou brutale, celle qui assassine avec ou sans lois, mais qui saurait perdurer, sans se contredire, et sans s'abandonner aux coups mauvais de sociétés évidemment rivales, installées et surarmées ? Il n'est guère de choix ! Ou l'on s'incline devant une réalité où le pouvoir dominant est celui des États au service des économies de profit, ou bien on fait le pari, à première vue impossible, de tenter de vivre en anarchie, celle qui n'est pas violente et qui s'organise non contre l'État mais sans État. Ce dilemme est notre lot : ou bien le découragement définitif ou bien la prétention folle de conserver une espérance au cœur de la nuit...

À côté du pouvoir illusoire des puissants qui agissent fortement mais à côté du réel, il faut essayer le pouvoir sur soi, la maîtrise de sa vie, sans volonté de pouvoir sur ses semblables, ses égaux et ses frères. C'est, d'ailleurs, le seul pouvoir des sans pouvoirs que nous sommes. Gageure ou défi, peu importe ! Il faut oser choisir ce qui ne peut se vivre encore mais ce qu'une analyse écologique sérieuse révèle comme déjà engagé. C'est la seule chance, à terme, de l'humanité si elle veut demeurer longtemps pérenne, avant que, nous dit-on, n'explose le soleil, d'ici à quelques milliards d'années...



lundi 12 août 2013

Nucléaire : l'argumentation indubitable.

C'en est fini des fausses évidences. 
Une approche nouvelle de la dissuasion nucléaire s'impose.
Les risques l'emportent sur toutes les "sécurités" éventuelles mises en avant.
Il est temps de commencer à  fournir l'argumentation simple mais indubitable pour clore le débat.



Sortons la France de son illogisme nucléaire.

1 - L'arme nucléaire est obsolète : la France n'a plus d'ennemis sur qui l'employer.

2 - L'arme nucléaire est inutile : de vraies puissances (telles l'Allemagne ou la Brésil) s'en passent.

3 - L'arme nucléaire est inadaptée : ce qui menace la France n'est plus un État mais le terrorisme.

4 - L'arme nucléaire est agressive : l'idée de frappe préventive contredit le concept de dissuasion !

5 - L'arme nucléaire est antieuropéenne : la défense des 26 États non dotés n'en a nul besoin.

6 - L'arme nucléaire est nationaliste : les pays proches concernés n'ont pas leur mot à dire !

7 - L'arme nucléaire est ridicule : tout l'hémisphère sud de la planète s'en passe.

8 - L'arme nucléaire est dérisoire : elle donne l'illusion de la puissance économique passée.

9 - L'arme nucléaire est contradictoire : conçue pour être inutilisée, elle est devenue inutilisable.

10 - L'arme nucléaire est ruineuse : elle coûte plus que ne peut se le permettre la France.


 Sortons la France de son addiction nucléaire

A - La probabilité d'un accident nucléaire majeur, en France, n'est qu'une question de temps.

B - Les 58 réacteurs nucléaires français produisent plus de déchets que nous n'en pouvons éliminer.

C - Le plutonium produit par les centrales françaises constitue une pollution dont on fait commerce !

D - Les 9 États dotés, dont la France, ne peuvent mettre le monde entier sous leur coupe !

E - Ce qui est interdit à l'Iran, (l'accès au nucléaire civil donc militaire), doit l'être à la France aussi.

F - L'indépendance économique et diplomatique de la France ne dépend plus des deux nucléaires.

G - Ce que peut l'Allemagne (renoncer aux deux nucléaires) la France le pourra, si elle le veut.

H - Fukushima-sur-Seine ou Tchernobyl-sur-Loire sont possibles, et donc à éviter à tous prix.

I - De quel droit la France peut-elle tenir le monde sous le feu de ses 96 missiles embarqués ?

J - Il faudra bien tourner la page de l'histoire nucléaire de la France : commençons tout de suite. 


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