dimanche 8 janvier 2012

Sondages : ça se resserre !

Entre Sarkozy et Hollande l'écart se réduit nous dit-on, après sondage.
Comment pourrait-il en être autrement ?
Les deux hommes incarnent des politiques qui ne sont pas si éloignées !
L'impopularité permet de marquer encore une différence. Cela peut-il durer ?
La bipolarisation engendre une atmosphère de compétition sportive.

Sur ce type de scrutin uninominal à deux tours, avec élimination à partir du 3e candidat, tout à été dit.
C'est une machine à broyer les minorités et à fabriquer une majorité mécanique.

C'est bien pourquoi les médias ignorent tous les candidats les autres que les duellistes !
Sarkoky-Hollande, Hollande-Sarkozy : la politique s'est réduite à un match où l'on attend les coups.
Deux concurrents sont cités parce qu'ils peuvent, théoriquement, s'emparer de la seconde place !
Le Pen, un nom qui fait peur à cause de la surprise de 2002.
Bayrou, celui qui fut plus qu'un outsider en 2007.
Les autres n'existent pas qu'ils aient ou non un projet intelligent à offrir aux Français !


J'ai parlé d'un piège dont l'électeur ne peut sortir : il ne peut voter comme il pense !
Il voudra échapper au pire et votera contre ce qu'il exècre ; pas pour ce à quoi il aspire.
Nous voici tentés de faire l'impasse sur cette élection-spectacle qui ne peut rien changer.
On ne change pas de politique en changeant de personnel !
On l'a dit mille fois : alternance ne vaut pas alternative.

Les 3% annoncés pour Éva Joly, même si elle les double, resteront sans effet.
La dimension écologique prioritaire de tous les choix politiques est masquée.
Les questions dont dépend l'avenir des générations futures ne seront qu'ébauchées.
Les problèmes posés par le nucléaire civil et militaire ne feront pas partie des discours sur la sécurité.
On parlera de la dette mais pour en rendre responsables ceux qu'on a poussés à la consommation !
On subira la décroissance sans en comprendre le caractère inévitable.
On se refusera, surtout, à changer de projet économique et l'on bavardera sur la croissance.


Sans un événement, majeur, et que nul ne peut espérer, résignés, nous voterons par "devoir civique".
Faut-il un Fukushima en France, improbable mais... possible ?
Faut-il une montée nouvelle et brutale du chômage jusqu'à... 15% ?
Faut-il plus que la perte du AAA, un recul de nos possibilités à la grecque ?
Faut-il, comme en Hongrie, une montée vers le fascisme qui nous épouvante ?
faut-il un réveil des "Indignés" jusqu'alors bien timides en France ?
Faut-il un "printemps démocratique" inspiré par les manifestants non-violents arabes de 2011 ?

"Finissons-en !" lance, avec un livre, Edwy Plenel !
Mais comment avons-nous pu tant patienter, pour en arriver à ne savoir encore que faire ?
Est-ce la croyance en la vertu des élections qui nous rend supportable l'insupportable ?
L'élection conclut et n'ouvre pas un débat.
Or rien n'est dit que l'on n'ait entendu cent fois.
On nous refait le coup de 2005 où tous les médias poussaient à voter "oui".
Peut-il y avoir, comme en 2005, une surprise si le vrai débat s'enclenche ?
Qui ou quoi peut déclencher la politique, pas celle des partis, celle que le peuple exprime ?


"La démocratie capitaliste" a fait son temps.
"L'ex démocratie populaire" n'avait de démocratie que le nom !
"La démocratie tout court" est à inventer.

Est-il trop tard ?

La démocratie ("inachevée", selon Rosanvallon ) est loin d'être réalisée, mais elle vivote.
La démocratie ("ajournée" selon Derrida) est une utopie restant à notre portée.
La démocratie ("impossible", car "faite pour les dieux" disait J-J Rousseau) est possible.

Faute d'être Dieu, soyons des dieux, des créateurs, des générateurs d'espérance !











dimanche 1 janvier 2012

2012, année carrefour ?



"Les idées qui mènent le monde viennent sur des pattes de colombe" aurait écrit Nietzsche. Les événements qui aident à faire surgir ces idées également.

À en juger par les surprises que 2011 nous a fournies, on peut considérer que la mutation de nos civilisations qui, de cachée qu'elle était, a commencé à nous apparaître, va nous sauter aux yeux.

J'attends, dans plusieurs domaines, des prises de conscience qui vont modifier nos comportements :

• le chômage n'est définitivement plus réductible par la croissance et l'activité humaine ne peut, désormais, que déborder l'emploi salarié qui ne fournit plus l'essentiel du travail utile et nécessaire.

• les revenus ne peuvent, dès lors, plus dépendre du seul travail salarié et le partage des ressources entre tous, même s'il ne s'effectue pas suffisamment, est le seul horizon possible pour l'ensemble des humains.

• L'action dévastatrice de l'homme sur son environnement ne va pas cesser mais elle va se trouver mieux détectée et plus vigoureusement condamnée.

• Le désir de ne plus être "vécu" mais d'avoir pouvoir sur sa propre vie va s'amplifier. Il n'est du reste pas de fondement plus solide à la réimplantation dans l'espace public du concept de la démocratie qui partait à la dérive.

• les partis politiques vont cesser d'être le seuls fournisseurs des orientations et des acteurs de la politique. Le "réenchantement" de la politique ne peut passer par le vedettariat et la "peopolisation".

• La paupérisation relative des peuples d'occident va déclencher un tsunami politique : le déplacement des richesses et la mondialisation d'une économie qui n'est plus dominée par l'Europe et l'Amérique du Nord, va remettre en cause les institutions que nous pensions les plus intouchable, à commencer par l'Union européenne elle-même.

• les risques de conflits, qui sont toujours liés aux bouleversements économiques, vont se multiplier et le besoin de se protéger des armements les plus destructeurs, dont l'armement nucléaire que 9 États seulement détiennent, va se manifester au sein de l'ONU et ailleurs.

• la question de l'énergie ne sera plus posée seulement en des termes d'accumulation mais, de plus en plus, en des termes de renouvellement permanent. Le développement de l'énergie solaire est devenu une nécessité absolue qui exige de faire vite et d'engager des investissements lourds. Le débat politique sur ce sujet va se trouver renouvelé.

• la place des femmes dans un monde comptant, à présent plus de sept milliards d'humains devient la question démographiquement primordiale.

• De même le vieillissement généralisé de l'espèce humaine va modifier progressivement nos rapports au corps, à la vitesse, à l'esthétique, à la compétition, à la force. Une question anthropologique et philosophique qu'on ne voulait pas voir va s'imposer qui n'a pas été présente dans le débat sur les retraites !

• Entre la centralisation des moyens politiques et économiques, par souci d'efficacité, et l'autonomie de ces moyens par souci de participation et de de responsabilité, il va falloir choisir. Deux types de civilisation s'affrontent l'une qui unifie, l'autre qui diversifie. Nous sortons de temps politiques qui unifiaient (sous les formes "socialistes " ou capitalistes) pour passer à des temps politiques qui produisent de la complexité et nécessitent une pluralité coordonnée. L'apprentissage commence.

• Les élections deviennent des périodes d'information et de repérage indispensables plus que l'occasion de s'en remettre à des chefs désignés. Cette relativisation aura des effets profonds mais suppose qu'on n'en reste pas à une simple contestation des résultats de scrutins. S'en prendre aux seuls élus est démocratiquement improductif. Le citoyen qui n'est pas un acteur politique se condamne au silence et à l'inefficacité.


mardi 27 décembre 2011

Du jeu pervers de l'élection présidentielle



Il n'y a rien de plus confortable que de ne pas penser (Simone Weil)

Sortirons-nous un jour, en France, de cette opération électorale (hélas, majeure !) qui détourne et contourne les choix des Français ? L'élection présidentielle a fait son temps mais nous allons encore la subir...

Comment faire élire celui dont les électeurs majoritairement souhaitent l'échec ? la méthode a déjà fonctionné plusieurs fois...

Trois candidats espèrent, actuellement, l'emporter : Sarkozy, Hollande, et même Bayrou.

Quatre candidats peuvent se retrouver au second tour : les mêmes, plus Marine Le Pen.

Deux candidats pèseront indirectement sur le résultat, en atteignant ou en dépassant 5% des suffrages exprimés : Mélenchon et Joly.

Plus que jamais; en 2012, la course aux 500 parrainages sera difficile pour les "petits candidats". Les grands partis verrouillent -nous dit-on-, les élus, et surtout les maires, nombreux, dont certains pourraient, "par esprit républicain", parrainer un candidat qu'ils ne soutiennent pas. Il n'empêche que l'intérêt de susciter des candidatures rivales subsiste.

S'il se trouvait que Marine Le Pen n'obtienne pas les 500 signatures qui lui sont indispensables (son père ne les avait obtenues que de justesse, en 2007), cela pourrait avoir des raisons contradictoires ! Permettre un charivari FN pour mieux condamner "le système UMPS"; récupérer des voix de la droite dure, grâce à la frange de de l'UMP dite de la droite soit-disant "populaire" ; interdire un accès éventuel bien qu'improbable, au second tour de la candidate FN... Un délicat problème n'en surgirait pas moins : qu'un parti pesant plus de 10% des voix ne trouve pas assez de soutiens lui permettant de présenter son candidat passerait pour un déni de démocratie. La règle des 500 signatures n'est, du reste, qu'un outil supplémentaire dans la panoplie de bipolarisation de l'élection présidentielle.

Mécaniquement, ceux qui s'affirment à gauche peuvent être majoritaires et être absents du second tour, donc éliminés. C'est l'un des meilleurs espoirs de Sarkozy.

Statistiquement, plus les électeurs sont âgés, plus ils votent conservateurs. C'est la raison pour laquelle les encouragements du gouvernement à s'inscrire sur les listes électorales sont si timides ! Les nouveaux électeurs, en effet, sont hostiles au président sortant...



L'élection de 2007 avait vu un record de participation. Après le traumatisme de 2002 (Jospin ne pensait qu'au second tour et avait, pour cela, perdu l'élection), les électeurs voulaient du neuf. Ils en ont eu...! Cette fois, la participation, tout en restant forte, pourrait être moindre car le désenchantement des Français est sans égal.

La donne est simple par conséquent : l'électorat est captif et le choix unique qui intéresse les médias se limite au choix entre "le centre gauche et le "centre droit", (les outsiders, comme on dit en langage sportif, devant non seulement se retrouver affaiblis mais rapidement mis sur la touche).

Politiquement Sarkozy est battu : il a gravement déçu et son bilan est très mauvais. Mathématiquement, il n'a pas perdu si son adversaire est Marine Le Pen, portée par la vague nationaliste et les déconvenues liées à "la crise" ; il n'a pas perdu si son adversaire est François Hollande, poussé à la faute, dans la dernière ligne droite, en lui faisant dire une chose et son contraire (tout doit changer ; rien ne peut changer) ; il n'a pas perdu si son adversaire est François Bayrou, sans "troupes", sans appui populaire et ne pouvant compter que sur "l'antisarkozisme".

Cette mécanique peut-elle s'enrayer ? Il n'y a pas d'élection sans une part de surprise. De Gaulle en ballotage en 1965 ! La gauche absente, déjà, en 1969 ! Giscard d'Estaing plutôt qu'un candidat gaulliste en 1974 ! Mitterrand élu et réélu sans peine, en 1981 et 1988 ! Chirac devant Balladur en 1995 ! Chirac encore devant... Le Pen, en 2002 ! Sarkozy aisément élu face à une candidate socialiste dont le parti est pourtant le mieux implanté en France, en 2007...

On observera que, hormis Mitterrand candidat quatre fois et l'ayant emporté deux fois, le candidat socialiste, que ce soit Jospin ou Royal, n'a pas constitué une véritable menace pour le candidat de la mouvance RPR - UMP. Que peut-il se produire, en 2012, qui change sensiblement le rapport des forces ?



La règle du vote utile va-t-elle jouer ? Tous les résignés de la Ve République, "à gauche", restent marqués par le syndrome de 2002 : tout plutôt qu'un nouveau Le Pen au second tour !

Le besoin d'un renouveau d'une gauche ayant confondu alternative et alternance, va-t-il, en l'absence possible de candidats de Lutte ouvrière, du NPA ou du Parti des travailleurs, gonfler le score du candidat du Front de Gauche au point de devenir indispensable au candidat socialiste, tant au second tour que pour les législatives qui suivront ?

L'influence du vote écologiste n'est-elle pas, actuellement, sous estimée et les 5% de Noël Mamère, en 2002, ne seront-ils pas dépassés par Éva Joly qui dispose, après Fukushima et grâce à la prise de conscience des jeunes générations, d'un matelas de voix potentiel qui peut s'avérer plus important que prévu ?

Restent deux incertitudes encore : celles de l'ampleur de l'abstention (à cause des "écœurés de la politique") et celle de l'importance des votes non exprimés, blancs et nuls donc, hélas mélangés, (à cause du refus de la donne politique et du mode de scrutin lui-même).

Cette complexité, reflétant la variété et le scepticisme de l'opinion publique, est volontairement annihilée par un type d'élection bipolaire qui, stricto sensu, n'a pas un caractère démocratique puisque les votes sont ou captifs ou limités dans leur expression.

Imaginons une loi électorale qui ne retiennent, au second tour, que les trois premiers, ou les candidats ayant obtenus plus de 20% des suffrages, ou qui accorde une prime de 5 ou 10% au candidat en tête, sans éliminer les candidats ayant eux-mêmes atteint des scores égaux ou supérieurs à 5 ou 10% ! Et l'on peut en rajouter y compris dans l'absurde... Toutes les conditions de la réussite s'en trouveraient modifiées. Jospin eut, par exemple, été élu en 2002.

L'élection présidentielle repose, mais nous nous refusons à l'admettre, sur une règle du jeu perverse. Elle transforme le régime démocratique en régime monarchique. Elle n'est mise en œuvre dans aucun autre pays d'Europe. Elle peut conduire à des contradictions (modestement appelées : cohabitation)... Elle trompe, depuis longtemps, le pays qui pense que l'élection du Chef de l'État au suffrage universel ne peut qu'être démocratique !

L'année 2012 sera-t-elle celle d'une innovation, inconnue depuis que la durée du mandat présidentiel a été ramené à 5 ans : une majorité présidentielle et une majorité parlementaire différentes ? Rien ne l'interdit sinon l'appel véhément du vainqueur à la cohérence politique.

Oui, décidément, la Ve République a besoin de plus que d'un lifting ! Elle ne correspond plus à ce qu'une République française doit être dans un ensemble politique européen politiquement élargi et influent. Nous allons vivre, sans doute, la dernière des élections de type néo-gaullien, fondée sur une analyse obsolète et erronée des rapports politiques en France.

Dans cette attente, il nous sera offert de participer, de nouveau, au jeu pervers de l'élection présidentielle...


Un mauvais souvenir : Sarkozy était bel et bien légitime !

samedi 24 décembre 2011

De l'actualité du message de Vaclav Havel. 2

Dissident-président ou sans parti engagé ? Vaclav Havel a tenté, réussi et échoué.

Engager la lutte et opposer la force de l'esprit à la force d'un État, c'est ce qu'a tenté le dissident.
Faire passer son pays, en profitant de la perestroïka en URSS; du satellite politique à l'autonomie politique, c'est ce qu'a réussi, appuyé sur l'ensemble des citoyens tchécoslovaques, le sans parti engagé.
Exercer le pouvoir d'État en évitant la partition de la Slovaquie c'est ce que n'a pu faire le président.

Tous et chacun avec Vaclav Havel

La démission de Vaclav Havel fut plus qu'une libération, pour lui, ce fut un moment de vérité pour la démocratie. Cette démission signifiait que laisser le champ libre à l'action politique peut voir ressurgir les démons, non plus les démons du totalitarisme pro-soviétique, mais les démons du néo-totalitarisme capitaliste. Havel a constaté qu'il ne pouvait échapper à ce dilemme : la fausse démocratie populaire ou la fausse démocratie libérale. Il s'est alors retiré. Ce fut à la fois logique et historique. Celui qui ne s'accroche pas au pouvoir sauve mieux que son image, il sauve ce pour quoi il avait donné sa vie : la liberté et la vérité citoyennes.

Vaclav Havel, l'utopiste, a eu les obsèques d'un roi. Le peuple tchèque, crispé sur son nationalisme et accroché à l'espoir d'entrer dans le cercle des pays riches, a constaté, par l'expérience, que leur président défunt avait vu clair : on ne fait pas le bonheur du peuple malgré lui, certes, mais on ne gagne rien non plus à rejoindre le camp des dominateurs de l'économie mondiale. La "crise" ou la mutation de société qui s'étale, à présent, sur l'Europe donne à penser aux Tchèques, et à nous avec eux, que l'implosion du "bloc de l'est", en 1989, ne garantissait pas aux "pays de l'ouest" une immortalité du régime économico-politique "libéral" et en réalité, oui, perversement totalitaire.

Vaclav Havel a cru à l'économie de marché parce qu'il y voyait l'exercice de la liberté du citoyen dans la sphère économique ce que le communisme avait expressément interdit en instituant un capitalisme d'État. Il pensait, à bon droit, que la démocratie qui ne s'exerce pas dans le domaine de l'économie n'est pas la démocratie. La suite lui a démontré que les marxistes avaient eu raison au moins sur un point : la liberté du renard libre au milieu des poules libres n'empêche pas que le plus fort dévore les plus faibles. Le "pouvoir des sans-pouvoir" ne concerne pas que les sans-pouvoir politique ; il concerne aussi les sans-pouvoir économique, autrement dit les pauvres. Les indignés ont surgi trop tard pour que Vaclav Havel en fasse parti.


Gorbatchev propose aux Russes d'oser une nouvelle perestroïka

Aujourd'hui même, 24 décembre, les indignés russes manifestent contre le néo-despotisme de Poutine et autres revenants du stalinisme, convertis au libéralisme totalitaire. La boucle se boucle. Vingt ans après sa propre démission, exactement, Gorbatchev les soutient et invite Poutine à se retirer ! Vaclav Havel a fait parti des rares hommes politiques qui ont redonné espoir aux sans-pouvoir, comme Gandhi, Martin Luther King ou Mandela qui ont fait autre chose que de rechercher à triompher et ont, ainsi, modifié l'histoire de l'humanité.

vendredi 23 décembre 2011

De l'actualité du message de Vaclav Havel. 1

Quand, en 1978, Vaclav Havel écrivait Le pouvoir des sans-pouvoir (1), il ne pouvait savoir qu'un jour, au-delà de la Tchécoslovaquie, des sans-pouvoir prendraient le pouvoir. Il pensait qu'un citoyen sans pouvoir reste un citoyen et peut le manifester, fut-ce à ses risques et périls. Il ne savait pas, alors, que les "sans-pouvoir économique" pouvaient peser sur la vie du monde, qu'ils accèdent ou pas au pouvoir... d'État.

Vaclav Havel apporte des nuances essentielles à la vie politique, notamment celles-ci :
le dissident n'est pas un opposant même s'il est inévitable qu'il soit considéré comme tel.
une "définition topographique" de la politique (droite, gauche, centre) n'a pas de sens (2), même notre cœur est à gauche.
Le pouvoir est un service auquel il ne faut pas s'accrocher (3) et se battre pour le conserver ou le conquérir fait confondre l'intérêt personnel et l'intérêt général.
La "dictature post-totalitaire" est différente de la dictature classique; ce n'est plus seulement par la force qu'on impose la monocratie, mais par la domination de l'idéologie.

Il faut méditer ces affirmations et les replacer dans le contexte politique de notre temps. Je le ferai ici. J'y ajouterai une réflexion sur l'économie de marché (à laquelle Vaclav Havel s'était rallié) qui n'est pas ce qui a succèdé à l'économie administrée par l'État et qui peut devenir une économie totalitaire.

Vaclav Havel (1936-2011)

(1) Paru dans : Havel Vaclav, Essais politiques, Paris, Calmann-Lévy, 1990, pp.65 à 157.
(2) Havel Vaclav, Méditations d'été, Paris, éditions de l'Aube, 1992, p.61-63.
(3)
Havel Vaclav, L'angoisse de la liberté, (recueil de discours), Paris, éditions de l'Aube, 1992, p.237 : Discours de démission.

jeudi 22 décembre 2011

Faire de Noël une révolution



Brice Parain (1917-1971)

"Chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi". (Jean-Paul Sartre).
"Les mots sont des pistolets chargés". (Brice Parain).

Brice Parain (1), philosophe aujourd'hui oublié, interviewé par le Monde, le 2 août 1969, affirmait : "La nouveauté, c'est la mort de Dieu et l'émancipation de l'esprit hors de l'emprise cléricale. Mais cela ne suffit pas à créer un monde nouveau. La révolution russe a tenté aussi de fonder un monde nouveau. C'était un formidable événement, dont j'ai été le contemporain : j'avais 20 ans en 1917. J'y ai cru. La Russie a voulu devenir une grande puissance industrielle, et elle y est parvenue. Je ne crois pas que l'on puisse échapper aujourd'hui à la civilisation industrielle et à la crise qui en est issue. Si on veut transformer ce monde, il faut le penser. Il est radicalement différent de tous les autres". (2)

La nouvelle survenue de Noël nous laisse dans les mêmes impasses que par le passé. Contrairement à ce que dit Brice Parain, Dieu, hélas, n'est pas mort ! Car Dieu n'est que ce qu'en disent les hommes, c'est-à-dire une caricature de ce que peut être Dieu, s'il est.

Que deux milliards d'êtres humains célèbrent la naissance "du petit Jésus" ne fait pas renaître Dieu en sa crèche ! On peut même constater que tout ce pour quoi Jésus a été crucifié triomphe jusqu'en son église : l'amour ou l'acceptation complice (c'est tout comme...) de l'argent, du pouvoir et de la violence.

Pour transformer le monde il faut user des mots qui, comme le voulut Vaclav Havel, donnent du pouvoir aux sans pouvoir (3). Le monde réel appartient au pauvre, au sans parti, au non violent. Tout discours religieux qui ne commence pas par dire cela est, de fait irréligieux et désespérant.

Vaclav Havel, le "sans parti engagé"

Le piège des mots, béant devant nous, est tendu par des communicants qui nous font accroire ce qui sera contredit sous peu ! La politique est ainsi salie par des professionnels qui affirment ce qu'ils ne pensent pas.

Trions parmi les mots ! Pesons les. Pénétrons les !

L'austérité, pour ne prendre que celui là est-il : sévérité, dureté, rigidité ?
S'accompagne-t-elle d'abstinence, de mortifications, d'ascèse, de pénitence, tous mots proches, à connotation religieuse, utilisés dans le langage monastique de ceux qui croient encore que le malheur vient du péché individuel !

L'austérité est-elle vue comme une rigueur ou une sobriété ? Car l'une contredit l'autre ! La rigueur accable ; la sobriété libère.

Dégainons les mots. Non pour tuer mais pour vivre. Prenons parti, librement, pour ne pas prendre le parti d'un parti, pour ne pas sombrer dans le parti pris. Soyons solidaires des modestes qui ne sont pas sans richesse, des illettrés qui ne sont pas sans culture, de tous "les sans" qui ne sont pas sans pouvoir.


Ne désespérons pas le Père Noël...

L'espérance de Noël n'est pas dans les bondieuseries et les cadeaux, ou, alors, faisons-nous cadeau de bonheurs simples. Et reprenons le refrain d'Aragon, cela vaut plus qu'un cantique :

Qui parle du bonheur a souvent les yeux tristes
N'est-ce pas un sanglot de la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve ailleurs que dans les nues
Terre terre voici ses rades inconnues


Accostons à cette Terre, la nôtre ! Réenchantons le monde. C'est peut-être une chance ultime.
Ne fêtons pas Noël ! Faisons de Noël la fête du partage. Osons la joie.



(1) Intellectuel discret, grand ami d'Albert Camus, il s'engagera aux côtés de Robert Antelme et d'André Breton, entre autres, au sein de la revue Le 14 Juillet contre le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. Il a dirigé le tome 1 de L'Histoire de la philosophie dans l'Encyclopédie de la Pléiade.
Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Brice_Parain
(2) http://www.cafe.edu/genres/e-intpar.htm
(3) Vaclav Havel, Le Pouvoir des sans-pouvoir, essai, 1978.


lundi 19 décembre 2011

Les faux choix



Ne laissons pas se déliter nos choix humains

Les choix politiques ne s'abritent plus à l'intérieur des partis.
On peut effectuer ces choix sans "adhérer" (se coller !) à des partis politiques.
S'enfermer dans une logique partidaire (1), c'est s'interdire des choix innovants.

Il en est ainsi du choix entre la droite et la gauche, alors que la droite n'est plus nécessairement le, (ou les) partis du conservatisme et du capital, et alors que la gauche n'est plus le, (ou les) partis du progrès et du travail.

Il en est ainsi du choix du socialisme (qui n'a qu'une définition : la fin du capitalisme quelles qu'en soient les formes), alors que le parti socialiste n'est plus, nulle part en Europe, socialiste.

En France, les choix idéologiques s'appuient sur des organisations qui dépassent ou contournent les partis.

S'agissant des partis eux-mêmes, - mises à part les structures faites pour soutenir et installer les dirigeants qui demeurent les servants du système économico-politique occidental qui s'autodésigne, faussement, comme "la démocratie" - , où serait le choix ?

Le PS propose une alternance qui n'est pas une alternative. Il reste inscrit dans des logiques libérales. Il a cessé d'être le parti de Jaurès et même celui de Blum. Il a glissé, avec François Mitterrand, dans l'acceptation d'un rôle : celui de "limitateur des dégâts" et d'occupant des palais du pouvoir, sans exercer ce pouvoir de plus en plus aux mains des technocrates des milieux financiers.

Le PCF est ce qui reste d'un grand parti populaire qui se meurt non seulement de ses erreurs passées et de son attachement trop longtemps persistant à L'URSS, mais de sa volonté de faire durer le temps de sa représentativité grâce à quelques élus ne devant, in fine, leur place qu'à des alliances avec le PS. Son idéologie productiviste fait le reste : il a cessé d'offrir un choix possible.

Les partis groupusculaires ou crépusculaires, trotskistes ou non, sans force autre que celle de leur protestation, mobilisent, en vain, des énergies qui ne demandent qu'à s'employer, mais qui ne proposent rien d'autres que des solutions du passé, d'un anticapitalisme sans danger pour les dirigeants de système. Il n'est là, rien qui puisse donner à choisir un modèle de société approchable.

Le Parti de Gauche qui voulait redonner sens au socialisme et ouvrir un espace à l'écologie politique se trouve, pour des raisons électorales, associé au PCF dans un Front de gauche qui édulcore son originalité. Il est rentré dans les rangs du système politicien traditionnel.

L'écologie politique ne parvient pas à sortir du dilemme : ou "faire de la politique autrement" et ne pas peser sur les résultats électoraux ou constituer un parti comme les autres et s'empêcher de "faire de la politique autrement". En un mot, que ce soit, hier, le parti des Verts ou, aujourd'hui, le parti EELV, il faut passer par un accord avec le PS pour exister et, dans ces conditions, on laisse, sur le bord de la route, une large partie des choix écologistes, notamment ceux qui sont incompatibles avec le capitalisme.

On le voit donc : le bipartisme, la fausse gauche contre la vraie droite, interdisent l'expression d'un refus du système économique et politique dominant. Il ne peut rien sortir des jeux où les modestes sont toujours perdants. L'Europe en surchauffe, actuellement, le démontre et l'éviction des gouvernements à majorité de droite (Italie, bientôt la France peut-être) ou à majorité pseudo socialiste (Grèce, Espagne...) risque de n'aboutir qu'à un seul et même résultat : la domination confirmée et amplifiée des puissances d'argent.

Restent, actuellement, les mouvements populaires puissants et confus qui, des "printemps arabes" aux "Indignés" (espagnol, étatsunien, israélien, russe...) manifestent la volonté de changer de paradigmes. Sont-ils la cause ou la conséquence de l'affaiblissement du système mondialisé qui, à vouloir fonctionner sans limites, avec un appétit féroce, a trouvé ses limites ? Ils sont, en tout cas, les seuls à pouvoir modifier la donne politique, pour le meilleur et, sans doute parfois, pour le pire.

Il n'a jamais été aussi important d'éviter les faux choix. Le talent des trompeurs d'opinions est immense. Il ne suffit plus d'avoir des idées de changement, il faut commencer à le mettre en œuvre, dans sa vie. On pouvait, dans le cadre de la politique de représentation, confier sa pensée à des élus, à charge pour eux de l'exécuter. La politique de délégation aux partis a ôté le pouvoir aux citoyens.

C'est fini. Nous entrons dans des temps complexes où les citoyens ont à apprendre leur citoyenneté et à comprendre comment on participe continuellement aux décisions. C'est une autre histoire qui s'ouvre.




(1) Voir; pour ce mot nouveau : Réflexion sur la logique partidaire en France. La crise du politique, par Lydia Nicollet
http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-2040.html



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