vendredi 9 septembre 2016

Changeons de regard sur l'éducation.


Ce n'est pas rejeter les pionniers que de rouvrir un débat qu'on avait voulu clore en particulier au sein de l'Éducation nationale française. Au contraire, reconsidérer l'œuvre et la pensée des créateurs, est plus actuel que jamais.

On a méprisé l'apport décisif de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) qui a bouleversé à jamais notre vision de l’enfance, dans L'Émile1, en 1762, mais aussi dans Julie ou la nouvelle Héloïse2, roman paru un an plus tôt, en 1761. Les deux livres furent édités à Amsterdam compte tenu de leurs contenus jugés alors subversifs dans les milieux traditionalistes. 

Avant lui déjà, le Hollandais Erasme, (1469-1536), (qui recommandait l'apprentissage des langues dès la prime enfance) Rabelais (1483-1553), (où, dans son abbaye de Thélème, Gargantua bénéficie d'une éducation ouverte et diversifiée, permettant l'affirmation de soi), ou encore Montaigne (1533-1592), (qui  préconisait "plutôt une tête bien faite qu'une tête bien pleine"). De même, au début du XIXe siècle : le Français Joseph Jacotot (1770-1840) ou le Suisse Johann Heinrich Pestalozzi3 (1746-1827), à leur tour, mirent en œuvre des idées voisines de celles de Rousseau. Tous ont prôné l'éducation dans la liberté.

Dans la première moitié du XXe siècle, se sont juxtaposés ou succédés les travaux (écrits et pratiques) de nombre de pédagogues : l'italienne Maria Montessori (1870-1952), le Suisse Adolphe Ferrière (1879-1960), le Français Ovide Decroly (1871-1932), le Russe Anton Makarenko (1888-1939), le Polonais Janusz Korczak (1878-1942), le Tchèque Frantisek Bakule (1877-1957), L'Anglais Alexander Neill (1883-1973), le Français Célestin Freinet (1896-1966), le Brésilien Paulo Freire (1921-1997)...

Ces tenants de l'éducation nouvelle entendaient « défendre le principe d'une participation active des individus à leur propre formation, l''apprentissage, avant d'être une accumulation de connaissances, devant être un facteur de progrès global de la personne ».

Qu'en est-il au début de ce siècle ?
Les écoles Montessori existent. La pédagogie Freinet n'est plus vouée aux gémonies mais elle n'est ni soutenue ni encouragée. La mise en cause de l'école elle-même, telle qu'elle fonctionne, s'est effectuée dès la fin des années 1960,- cf. le célèbre livre Une société sans école d'Ivan Illich4 (1926-2002) - non sans tentations d'un retour en arrière autoritariste, mais aussi, à l'inverse, en mettant en avant qu'apprendre et se consruire ne peut plus, à l'âge de la communication et de l'informaation demeurer figé par des pré-supposés obsolètes.

C'est ce qu'expose brillamment, Céline Alvarez dans son livre très récent Les lois naturelles de l'enfant5. Elle y démontre que chaque enfant aime apprendre et veut apprendre si l'on ne freine pas ses apprentissages. Elle se fonde et sur sa propre expérience, à Aubervilliers, en classe maternelle, et sur son exploration scientifique des conditions dont les enfants peuvent s'emparer du monde où ils baignent. On retrouve, sous sa plume, bien des constats que les pionniers de l'éducation nouvelle avaient notés et utilisés entre 1920 et 19396.

La réapparition du mot : « naturel » (qu'on retrouvait déjà dans « la méthode naturelle de lecture » popularisée par Freinet) n'est pas le fait du hasard. Il s'agit d'admettre, ou pas, que l'éducation se soucie de développer les ressources de chacun plutôt que d'inculquer le mode de vie dominant. Rien de neuf dans cette problématique, mais il était grand temps qu'elle rejaillisse en pleine actualité philosophique et politique !

On ne sortira ni de l'impasse historique dans laquelle nos pseudos démocraties occidentales se sont engagées, ni de la soumission aux oligarchies financières dominantes sans préparer les jeunes citoyens à penser par eux-mêmes, à élever leur niveau de critique et leur capacité d'innover. Au XXIe siècle, changeons de regard sur l'éducation.

1 - Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l'éducation, 1762, dernière édition :Paris, Garnier, 1961, 664 pages.
Consultable suur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. http://gallica.bnf.fr/
2 - .Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse, Amsterdam, éditeur Marc-Michel Rey, 1761.
3 - Johann Heinrich Pestalozzi, Léonard et Gertrude (1781-1787), roman, Bibliothèque numérique romande, 2014.
Puis Comment Gertrude instruit ses enfants (1801), essai, Paris, Librairie Ch. Delagrave,‎ 1887.
4 - Ivan Illich, Une société sans école,P aris, le Seuil, 1971 (titre original : Deschooling Society)
5 - Céline Alvarez, Les lois naturelles de l'enfant, Paris, Les Arènes, 2016.

mardi 6 septembre 2016

Teresa de Calcutta

Teresa de Calcutta, de son vrai nom Anjezê Gonxhe Bojaxhiu, est née le 26 août 1910, d'une famille albanaise, au sein de l'Empire ottoman, dans le Vilayet du Kosovo - qui dura de 1877 à 1913 -, à Skopje, devenue aujourd'hui la capitale de la Macédoine. Elle s'est éteinte le 5 septembre 1997 dans la maison-mère de sa congrégation, à Calcutta.

La voici sanctifiée, à Rome, cette religieuse qui a vécu, en Inde, auprès des plus misérables.
Est-elle, pour autant, depuis le 4 septembre 2016, une sainte ?
Inutile de comparer ses mérites et ses erreurs. Sainteté n'est pas perfection.

Saint(e) serait celui, ou celle, dont le témoignage et l'action ont servi à tous les humains.
Selon ce critère, les saints sont innombrables et point tous motivés par une religion.
En distinguer certains devient alors ambigu : le bien vivre est partout et craint le vedettariat.

Saint est un mot en usage, depuis fort longtemps, au sein de l'Église catholique ?
Mais il n'y a pas que des catholiques dont la vie a été exemplaire, lumineuse et donnée...
Seule vaut comme singularisation : celle d'un apport spécifique à l'humanité.

Inutiles sont les miracles qu'on attribue à ces personnages qui ont été remarqués.
Nul besoin du prodige et du surnaturel pour constater l'exceptionnel.
L'auréole des saints n'est rien d'autre qu'un hommage, une humble distinction d'artiste.

Le Pape François honore d'autant plus Téresa qu'elle l'aider à atteindre son objectif :
Inciter toute son Église à s'engager beaucoup plus fortement aux côtés des plus pauvres.
Teresa, quoi qu'on puisse lui reprocher, reste l'un des grands symboles de cet engagement.

On peut discuter et critiquer ses prises de position, mais elle fut bien du côté des abandonnés.
Avec elle, on retiendra qu'un homme, même frappé par la déchéance, vaut tout autre homme.
Teresa de Calcutta n'avait pas besoin d'être proclamée sainte pour porter ce message

jeudi 28 juillet 2016

Sommes-nous en guerre ?


Quand des personnalités politiques européennes, et notamment françaises, ne voient en Daech que le principal responsable de nos malheurs actuels à qui il faut donc faire la guerre, ils se trompent lourdement et le pape François le démontre.

Il a affirmé, en effet, devant les journalistes, dans l'avion qui le conduisait à Cracovie, que « Le monde est en guerre parce qu'il a perdu la paix». Mais, a-t-il précisé, « quand je parle de guerre, je parle d'une guerre d'intérêts, d'argent, d'accès aux ressources naturelle, mais pas de religions ».

Et d'ajouter : «On répète le terme d'insécurité, mais le vrai terme est la guerre. Depuis longtemps le monde est en guerre fragmentaire1. Il y a eu celle de 1914, puis celle de 1939-1945, et maintenant celle-là. Elle n’est peut-être pas aussi organique. Organisée, oui, mais pas aussi organique. Mais c’est une guerre. »2 Dans la même logique, et quitte à prendre l'opinion publique comme le gouvernement polonais à rebrousse poil, il appelle aussi la Pologne, terre d’émigration, à « accueillir tous ceux qui fuient la guerre et la faim.»3 La guerre qui s'est ouverte s'inscrit bien dans une mondialisation meurtrière.

Cette approche, autant politique que religieuse, donne à penser que nous serions entrés dans une nouvelle guerre mondiale, comme y en eut au XXe siècle, mais d'un type nouveau. Depuis les conflits en Irak, en Afghanistan, puis en Syrie, qui ont déjà fait des centaines de milliers de morts, cette guerre mondialisée est engagée. Dans cette perspective, toute analyse nationaliste est vaine. Nous retrouvons la dénonciation, par le pape, de la guerre globale faite aux pauvres par ceux dont les intérêts passent avant tout et qui déclenchent, ainsi, des conflits qui ne sont ni « de religion », ni entre nations, mais qui sont la conséquence des quêtes cyniques de ressources et d'argent.

Seul un pape pouvait dire aussi, et à la fois, que ce n'est pas une guerre au catholicisme et qu'il est bien d'autres victimes : « Ce saint prêtre, mort au moment même où il offrait des prières pour toute l’Église est l’une des victimes de cette guerre. Mais combien de chrétiens, combien d’innocents, d’enfants ! Pensons au Nigéria, par exemple »4. Autrement dit, ne gardons pas les yeux fixés sur ce malheureux vieillard assassiné atrocement, il est aussi bien d'autres victimes hors d'Europe.

Toute exploitation politicienne, État par État, de cette violence totale et non strictement locale est non seulement méprisable mais inutile. C'est bien pourquoi on ne peut séparer les attentats perpétrés par des fous manipulés, de ces milliers de réfugiés qui ont voulu « fuir la guerre et la faim », mais qui n'ont pu forcer la porte de l'Europe et continuent de faire de la Méditerranée un cimetière. L'inconscience et la cécité des États européens (sauf l'Allemagne accusée de laxisme et d'irresponsabilité !) aggravent les tensions et donnent des arguments aux fauteurs de guerre où qu'ils soient. La guerre faite par le profit à toute l'humanité nous transforme en complices des assassins.

Soyons lucides. Ne nous trompons pas de guerre.

1 Le pape utilise souvent le terme de "guerre fragmentée" ou "guerre en morceaux", pour décrire une guerre composée de différents événements et phénomènes violents à travers le monde.

mercredi 8 juin 2016

De la trop lente mort des partis dits de « gauche ».



1 - Le constat : les partis dits « de gauche » se sont mis hors du champ politique

Les partis qui constituèrent, naguère, "la gauche", sont morts ou en cours de disparition.

La gauche, dite "de gouvernement", n'est plus. Elle a cessé d'exister depuis qu'elle met en œuvre des politiques néoconservatrices. Elle est, à présent une coquille vide. Elle a perdu son contenu.

La gauche fut, pourtant, avec toutes ses nuances, l'espace politique où se mouvaient les opposants au capitalisme et les adversaires résolus de la domination totale des marchés. S'y côtoyaient les révolutionnaires, les réformateurs et les conciliateurs.

Les communistes restés marxistes - du moins ceux qui ne sacrifiaient pas au capitalisme d'État -, voulaient la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme, la maîtrise constante de l'État sur l'économie et la domination totale du public sur le privé. Les socialistes avaient les mêmes objectifs, tout en se référant, souvent, aux droits de l'homme et en privilégiant le recours aux urnes plutôt qu'à l'insurrection. Quant aux radicaux - qui l'étaient si peu ! - ils se plaçaient au centre gauche, s'affirmaient humanistes et recherchaient la concertation plus que l'affrontement politique. Jusqu'à la fin des années 1960, donc, le débat, à gauche, portait sur les moyens politiques plus que sur les fins à atteindre.

Dès les premières manifestations et revendications écologiques, s'ouvrit une nouvelle opposition à la société consumériste et plusieurs repères de la gauche traditionnelle se trouvèrent alors contestés. D'abord, et principalement, l'ensemble des tolérances (soit disant pour préserver la croissance et l'emploi ) à l'égard d'entreprises polluantes et nuisantes affectant la totalité du vivant - hommes, faune et flore - ; puis les institutions monocratiques de la Vème République ( qu'allaient accepter les socialistes, après 1981) ; et encore le nucléaire civil et militaire (dont les risques à court, moyen et long terme apparaissaient largement sous-estimés)...Etc.

Aujourd'hui, la prise de conscience du pillage de la planète et la constatation des atteintes graves à l'équilibre du climat se sont largement généralisés. Cependant, la gauche traditionnelle a navigué durant plusieurs décennies, entre le refus de cette évolution écologique inéluctable annoncée et la tentative d'une récupération, parfois partiellement réussie, des porte-parole du parti des Verts. Le PS, quand il accéda aux responsabilités gouvernementales, se retrouva, de fait, souvent, proche de ceux qui, dans les milieux économiques et les partis de droite, ne démordaient pas des principes productivistes. Les patrons et les banques, principaux détenteurs des moyens d'agir, pénétrèrent alors l'État plus que jamais et le transformèrent en un efficace auxiliaire du secteur privé. Plus encore : la privatisation devint un dogme et la nationalisation un repoussoir ! Communs1, service public, volonté politique sont tombés dans l'oubli et n'en sortiront que si les oligarchies finissent par être écartées du pouvoir.

Avec la période dite mitterrandiste avait commencé le temps de "la réforme de la réforme". Au changement des conditions de vie des travailleurs, auquel le Front Populaire avait donné un grand élan et qui s'était prolongé, au sortir de la guerre 1939-1945, avec la mise en œuvre d'une partie du programme du Conseil national de la Résistance, allait se substituer, progressivement, ce qu'on appelait jadis "la collaboration de classe", autrement dit l'acceptation de la domination du capital sur le travail, comme au XIXème siècle, et jusqu'en 1936. En fait de réforme - ne parlons plus de révolution - on multiplia les réformes à rebours, celles qui avantageaient le monde des producteurs.

À présent, en 2016, le chômage (en fait le recul incontournable du temps de travail employé) ne peut que perdurer et la croissance (cette croyance religieuse en la promotion du mieux par le plus ) diminue inexorablement, quels que soient les "cadeaux" accordés aux grandes entreprises.

De gauche, il ne fut, dés lors, en réalité plus question et la domination totale du PS," parti de gouvernement" a fini par user, puis éliminer l'influence du parti communiste, condamné, pour survivre un temps, à des alliances qui le détruisaient méthodiquement. Quant au parti radical-socialiste qui connut, avant guerre, son heure de gloire, avec Edouard Henriot, il a rejoint au mieux, le camp des indécis, au pire, le camp de ceux qu'il affrontait jadis. La dépêche du midi, l'outil rescapé des derniers "radsocs" du sud-ouest, ne divulgue guère d'informations anticonformistes ! Son patron, Jean-Michel Baylet, actuel ministre de l'aménagement du territoire et de la ruralité, récupéré par François Hollande, peut, sans aucun état d'âme, participer au plus droitier des gouvernements "de gauche" de la Ve République.

Quant aux partis qui se voudraient "la gauche de la gauche", de Lutte Ouvrière (LO) au Parti ouvrier internationaliste (POI), en passant par le nouveau parti anticapitaliste (NPA), et j'en passe, ces organisations de plus en plus groupusculaires, en perdition, accueillent certes encore des militants mais, restés quasi militarisés, uniformisés, doctrinaires, ils se convainquent plus que ceux qui veulent bien encore l'être.

Bref, si l'on sait plus que jamais où se situe la droite, on ne sait plus où se trouve la gauche devenue contradictoire, infidèle à elle-même et sans projet de civilisation. « Gauche » et « droite » ne recouvrent plus des domaines clairement démarqués, au point que beaucoup de citoyens s'interrogent sur la pertinence de l'emploi de ces vocables de plus en plus imprécis et confus.

2 – Les partis sont tous devenus incapables de représenter les citoyens

La gauche en définitive (ou du moins ce qu'il en reste), celle qui se veut fidèle aux travailleurs, aux pauvres, aux exploités, n'existe plus qu'en dehors des partis. Envisager d'être l'élu d'une formation politique, c'est entrer dans un piège où l'on sera formaté, conditionné, transformé en élite, peut-être capable de faire tourner les rouages du pouvoir d'État, mais inapte à se mettre à l'écoute du peuple tout entier.

Le jugement prédictif de Simone Weil, (dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques, écrite en 1940), trouve, de nos jours, sa pleine signification : les partis sont incompatibles avec la politique. Ils ne peuvent soutenir pas l'intérêt général. Ce sont des machines à conquérir le pouvoir central, faites pour excommunier les mal pensants, comme peuvent le faire des églises.

Les partis ne représentent même plus leurs propres électeurs et ce pour deux raisons suffisantes. D'une part, parce que les élus font carrière : la politique est leur métier et ils ne peuvent être libres dans leurs jugements puisque leur sort, y compris matériel, dépend de leur fidèlité, et même de leur soumission, à l'organisation qu'ils servent et à laquelle ils s'asservissent. On ne peut, dans cette optique, représenter qu'une trop faible partie du peuple. D'autre part, parce que le manque de liberté de penser, de mobilité intellectuelle, de curiosité philosophique interdit de s'adapter aux évolutions produites par les transformations technologiques et culturelles qui se produisent au rythme de l'histoire. Quant à envisager une organisation démocratique plus souple, plus horizontale, plus collaborative, plus créative, plus ouverte sur la planète, il ne peut plus en être question.

Il n'est, dans ces conditions, de politique que politicienne, c'est-à-dire un art de la parole et de la communication faits non pour convaincre mais pour séduire, détourner, inciter les électeurs à effectuer des choix par défaut, et non plus par conviction. La politique, celle du service public prioritaire, est à réinventer. Le PS est devenu, comme tous les partis de droite, un parti de gestion de l'opinion, organisateur de mise en orbite d'une personnalité en charge d'effectuer les compromis entre le politique et l'économique. Le PS, à son tour, comme tout autre parti dit "de gouvernement", a donc rejoint cette pratique politicienne du pouvoir. Le strict bipartisme, selon le modèle américain, permet que se réalisent des alternances. Les néoconservateurs de l'ex gauche se placent à l'envers de la médaille du pouvoir, le côté face restant tenu par une coalition toujours dominée par l'ex UMP devenue Les Républicains. Ce bipartisme (que ne cassera pas la montée de Front National) est conforté par les institutions de 1958 mais il s'est définitivement éloigné du gaullisme.

En effet, de révision en révision, sans qu'il ait été besoin d'effectuer un renversement de régime, a été mis de côté le principe même que De Gaulle avait institué et pratiqué : le chef de l'État, doit diriger cet État au-delà et au-dessus des partis, et il doit vérifier constamment que le peuple l'approuve en sa majorité. Désavoué, en 1969, "le Général" partit. Pour lui, toute cohabitition ne pouvait être qu'anticonstitutionnelle et politiquement insensée !

3 – « La monarchie républicaine » a conduit à la restauration des privilèges.

C'est pourtant dans cet univers de complicité que la politique française à sombré. Du gaullisme de De Gaulle est resté le Président-monarque mais a disparu le respect de la volonté populaire. Les gaullistes de conviction ont d'ailleurs disparu tout comme les communistes partageux, et à la répartition des rôles principaux, après guerre, entre l'UNR et le PCF, a succédé, plus tard, comme disait Jean-Marie Le Pen – et, malheureusement, il eut raison- l'UMPS, cette entente contre nature rendue finalement acceptable puisque cela permettait la gestion des mêmes intérêts : ceux des privilégiés de tous ordres.

Nous savons, depuis quelques années, que se rapproche, en France comme ailleurs, un moment de vérité historique. On ne peut, en effet, ni ouvertement ni même en faisant semblant, gérer une société dans le mépris de la volonté du plus grand nombre : la défense des intérêts mêmes de la grande majorité de l'espèce humaine menacée sur la planète entière. À l'exploitation de l'homme par l'homme, qui n'a jamais cessé, s'est surajoutée l'exploitation des ressources de la Terre par une minorité de Terriens s'étant appropriée les biens communs, sans que les peuples aient vu venir le mauvais coup.

Les Droits de l'Homme, (qu'il vaut mieux nommer les Droits humains), ont besoin d'une révision majeure car la propriété ne peut plus être un droit quand elle confisque la richesse au seul bénéfice des riches2. L'accumulation du capital et sa très inégale répartition sont désormais ressentis comme insupportables et ne perdurent que par l'usage du mensonge ou/et de la force.

Le PS s'est, parfois contre son gré, retrouvé au centre de cette perversion démocratique (d'aucuns pensent le centre, en 1956 - avec la guerre d'Algérie conduite par Guy Mollet - puis en 1983 – avec l'abandon du socialisme économique par le choix de François Mittrerrand et de ses soutiens). On n'a, du reste, pas tardé à prétendre qu'il n'est de démocratie possible que dans le système économico-libéral. (La démocratie n'existerait que dans « le monde libre », c'est-à-dire en Occident).

Le PS aura, pour perpétrer cette trahison, réuni des élites devenues coupables d'une faute suprême : convaincre des foules entières qu'il était toujours au service de  l'égalité, alors qu'il abandonnait la solidarité avec le monde du travail. Pire peut être, ces mêmes élites n'ont consacré aucune part de leur temps et de leurs savoirs à effectuer les recherches et les travaux sociologiques et politiques permettant de préparer le passage d'un siècle à l'autre, d'un socialisme épuisé à un autre, d'une conception productiviste de l'économie à une nouvelle approche de la mondialisation où une faible partie de l'humanité ne pourrait plus jamais s'enrichir aux dépens du reste de l'espèce humaine.

Ainsi sommes-nous parvenus aux portes de nouveaux conflits qui ne sont plus principalement des guerres entre États mais qui sont l'explosion de rages ultraviolentes où  s'exprime le dégout et la haine de l'Occident ! La fuite des réfugiés, pris dans cette tourmente mortelle, n'a pas éclairé les dirigeants européens ou nord américains. Progressent, en regard, des nationalismes, qui se replient sur des espaces et des concepts du passé. La haine se dresse face à la haine et tous les péchés du monde sont, ainsi, attribués à l'Islam, une religion ni meilleure ni pire que d'autres...

4 – La démocratie trahie, muée en une démocratie d'apparence est à renverser.

La démocratie n'aura été qu'une façade aimable derrière laquelle se cachaient les vrais détenteurs d'un pouvoir impitoyable, comme on l'a constaté, jusqu'à son paroxysme, au cours du XXe siécle, le plus cruel et le plus meurtrier de toute l'histoire humaine.

Démocratie libérale et démocratie populaire n'ont reculé devant aucun crime pour installer leur domination sans partage, (les USA et l'URSS n'ayant été que les principales figures de proue de cet univers désastreux).

Pourquoi a-t-il fallu un Pape pour que s'expriment, hautement, les exigences de la solidarité, du partage, de la non-violence et de la priorité à accorder aux pauvres, aux démunis, aux exploités ? Pour un peu, on taxerait François, le dernier évêque de Rome, de traître à sa religion, de crypto-communiste doublé d'un anarchiste fauteur de désordre, coupable d'encourager l'utopie écologiste par une encyclique de rupture avec tout ce que croient et proclament les puissants et les riches. Bref, il est des retours à la lettre même de l'Évangile considérés comme mal venus et inopportuns, surtout si c'est par la voix du chef de l'Église catholique qu'ils ressurgissent. Qu'arrive-t-il donc à cette Église après tant de siècles de compromissions, sans état d'âme, avec les princes, les rois, les empereurs et la plupart des chefs d'États occidentaux qui dominaient, impunément, la Terre et tous ses habitants ? Y aurait-il des raisons cachées et majeures obligeant le Vatican à opérer cette véritable rupture avec des pratiques et des déclarations doctrinales antérieures ?

Nous voici amenés à nous interroger, de façon neuve et exigente, sur les causes profondes d'erreurs mortelles si nous ne voulons pas que se reproduisent, en pire avec les moyens d'extermination actuels, ces temps de fin du monde tels que les ont connus, au Xxe siècle, des centaines de millions d'humains, dans les camps de la mort, les goulags, à Verdun, à Dresde, à Auschwitz, à Hiroshima et en mille lieux encore, là où ont régné l'esclavagisme, le colonialisme et tous les totalitarismes.
Il y a de quoi, certes, devant pareille tâche être tenté de baisser les bras, mais avons-nous la possibilité même de contempler notre impuissance ? Non, nous n'avons pas le choix3 et ne pouvons plus dire : "il en a toujours été ainsi et nous n'y pouvons rien". D'abord, parce qu'il faut, sinon, arrêter de donner naissance à de nouveaux humains décidément sans avenir. Ensuite, parce que ce serait reconnaître la primauté irréversible du mal dont il faudrait se résigner à devenir le serviteur. Admettre que la violence est inéluctable constitue la justification du suicide, comme l'observait déjà Albert Camus4.
 C'est bien pourquoi les partis ont fait leur temps puisqu'ils ne peuvent répondre à ces questions fondamentales (et tout particulièrement le PS puisque, lui, ou du moins nombre de ses membres, sont passés de l'utopie féconde à la realpolitik, sans regret et sans vergogne). Ces outils-partis sont obsolètes parce qu'ils visent des fins récusables définitivement. La conquête du pouvoir pour le pouvoir, comme la recherche du profit pour le profit, réduisent la sphère du bonheur, ou tout au moins du plaisir, à une partie de l'espace terrestre, ce qui est contraire aux idéaux mêmes que toutes les familles politiques ou presque ont, à une époque ou à une autre, mis en avant. Le libéralisme sans liberté, l'égalitarisme sans égalité, le communisme sans fraternité, l'universalisme sans universalité..., de trahisons en trahisons les donneurs de leçons de vie ont perdu leur crédit.
Constater que tout est à rebâtir conduit à penser que la tâche est au-dessus de nos forces mais, décidément que faire d'autre sinon tenter l'impossible. Toute politique "réaliste" est marquée du sceau du renoncement et de la résignation et ainsi se condamne elle-même.
"Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot, te mettre à rebâtir”5
Ces tout premiers vers du vieux poème (1910) de Rudyard Kipling sont soit naïfs, soit prémonitoires. Être un homme c'est "cent fois sur le métier remettre son ouvrage", comme nous y invitait déjà Nicolas Boileau. Certaines des vieilles formules qu'on a cru usées gardent une charge dynamique selon l'état d'esprit dans lequel on les aborde. Baisser les bras, c'est mourir et pas seulement quitter le monde des survivants, c'est laisser triompher les forces de la mort, celles de la dictature comme celles du désespoir définitif.
Il y a pouvoir et pouvoir, le pouvoir sur les autres et le pouvoir d'agir. L'un mène à la guerre, l'autre conduit à prendre en main sa vie.
Ainsi écrivait et s'exclamait un poète encore, Paul Éluard :
" Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer liberté "6.

Quelle liberté ? Une liberté exercée sur soi, par soi, pour soi et pour tous nos égaux en humanité ( mais jamais sur autrui qui ne peut devenir notre chose, notre esclave, ni même, seulement, notre inférieur !). Retournons donc les mots, redonnons leur le sens qui leur a  été volé, confisqué, ajoutons y les apports nouveaux que la culture fait progressivement découvrir. Là est la révolution, le renversement dont le monde entier a besoin, d'urgence, afin d'abolir effectivement, mais pour de bon, tous les privilèges.

Le 18 mai 2016

par Jean-Pierre Dacheux



1Pierre Dardot et Christian Laval, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, éditions La Découverte, 2014, poche (2015).
Et des mêmes : Pierre Dardot et Christian Laval, Ce cauchemar qui n'en finit pas, Comment le néolibéralisme détruit la démocratie, éditions La Découverte, 2016.
2Michael J. Sandel, Ce que l'argent ne saurait acheter, éditions du Seuil (Points économie), 2014.
et du même auteur Michael J. Sandel, Justice, paru en 2009, traduit en français en 2016.
3Antoine Peillon, Résistance, éditions du Seuil, mars 2016.
4 - Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, essai sur l'absurde, éditions Gallimard, 1942.
Selon Camus le suicide n’est pas la meilleure solution à adopter face à l’absurde.
« Y a-t-il une logique jusqu’à la mort ? ». Le monde qui nous entoure, ainsi que notre propre psychologie, nous sont étrangers dans la mesure où nous ne pouvons pas les saisir. Pour quelles raisons nous a-t-on fait venir ? Face à ces questions métaphysiques insoutenables le suicide est un choix négatif. Prendre conscience de soi a toujours quelque chose d’angoissant. L’individu qui choisit de vivre n’a qu’une issue face à l’absurde, celle de la révolte.
5 - Rudyard Kipling, Si..., poème écrit en 1895, publié dans Rewards and Fairies en 1910, traduit en français, en 1918, par André Maurois.
6 - Le poème Liberté, écrit en 1942, figure dans : Paul Éluard, Œuvres complètes, tome 1, La Pléiade 1968, p. 1608.

dimanche 27 mars 2016

Un Pape qui parle pour ceux qui se taisent

 Cet homme est vraiment un chrétien. On peut ne pas le suivre. 
On ne peut pas ne pas l'entendre. Il ne parle pas qu'aux seuls catholiques.

Texte intégral de la prière de supplication du Pape François : 
«Ô Croix du Christ», le 25 mars 2016.

«Ô Croix du Christ, symbole de l’amour divin et de l’injustice humaine, icône du sacrifice suprême par amour et de l’égoïsme extrême par stupidité, instrument de mort et chemin de résurrection, signe de l’obéissance et emblème de la trahison, échafaud de la persécution et étendard de la victoire.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dressée en nos sœurs et nos frères tués, brûlés vifs, égorgés et décapités avec des épées barbares et dans le silence lâche.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des enfants, des femmes et des personnes, épuisés et apeurés qui fuient les guerres et les violences et ne trouvent souvent que la mort et tant de Pilate aux mains lavées.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les docteurs de la lettre et non de l’esprit, de la mort et non de la vie, qui au lieu d’enseigner la miséricorde et la vie, menacent de punition et de mort et condamnent le juste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres infidèles qui au lieu de se dépouiller de leurs vaines ambitions dépouillent même les innocents de leur dignité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les cœurs endurcis de ceux qui jugent facilement les autres, cœurs prêts à les condamner même à la lapidation, sans jamais s’apercevoir de leurs propres péchés et de leurs fautes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les fondamentalismes et dans le terrorisme des adeptes de certaines religions qui profanent le nom de Dieu et l’utilisent pour justifier leurs violences inouïes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui en ceux qui veulent t’enlever des lieux publics et t’exclure de la vie publique, au nom de quelque paganisme laïc ou même au nom de l’égalité que tu nous as toi-même enseignée.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les puissants et dans les vendeurs d’armes qui alimentent le four des guerres avec le sang innocent des frères.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les traitres qui, pour trente deniers, livrent n’importe qui à la mort.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les voleurs et les corrompus qui au lieu de sauvegarder le bien commun et l’éthique se vendent dans le misérable marché de l’immoralité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les sots qui construisent des entrepôts pour conserver des trésors qui périssent, laissant Lazare mourir de faim à leurs portes.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les destructeurs de notre “maison commune” qui par leur égoïsme ruinent l’avenir des générations futures.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes âgées abandonnées de leurs proches, dans les personnes avec un handicap et dans les enfants sous-alimentés et écartés par notre société hypocrite et égoïste.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans notre Méditerranée et dans la Mer Égée devenues un cimetière insatiable, image de notre conscience insensible et droguée.


Ô Croix du Christ, image de l’amour sans fin et chemin de la Résurrection, nous te voyons encore  aujourd’hui dans les personnes bonnes et justes qui font le bien sans chercher les applaudissements ou l’admiration des autres.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les ministres fidèles et humbles qui éclairent l’obscurité de notre vie comme des bougies qui se consument gratuitement pour éclairer la vie de ceux qui sont les derniers.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les visages des sœurs et des personnes consacrées – les bons samaritains – qui abandonnent tout pour panser dans le silence évangélique, les blessures de la pauvreté et de l’injustice.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les miséricordieux qui trouvent dans la miséricorde l’expression la plus haute de la justice et de la foi.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les personnes simples qui vivent joyeusement leur foi dans le quotidien et dans l’observance filiale des commandements.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les repentis qui savent, de la profondeur de la misère de leurs péchés, crier : Seigneur, souviens-toi de moi dans ton Royaume !

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bienheureux et dans les saints qui savent traverser l’obscurité de la nuit de la foi sans perdre la confiance en toi et sans prétendre comprendre ton silence mystérieux.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les familles qui vivent leur vocation au mariage avec fidélité et fécondité.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les bénévoles qui secourent généreusement les personnes dans le besoin et celles qui sont battues.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les persécutés pour leur foi qui dans la souffrance continuent à rendre un témoignage authentique à Jésus et à l’Évangile.

Ô Croix du Christ, nous te voyons encore aujourd’hui dans les rêveurs qui vivent avec un cœur d’enfant et qui travaillent chaque jour pour rendre le monde un peu meilleur, plus humain et plus juste.

Dans ta sainte Croix, nous voyons Dieu qui aime jusqu’au bout, et nous voyons la haine qui fait la loi et assèche les cœurs et les esprits de ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière.

Ô Croix du Christ, Arche de Noé qui a sauvé l’humanité du déluge du péché, sauve-nous du mal et du malin ! Ô Trône de David et sceau de l’alliance divine et éternelle, réveille-nous des séductions de la vanité ! Ô cri d’amour, suscite en nous le désir de Dieu, du bien et de la lumière.

Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’aube du soleil est plus forte que l’obscurité de la nuit.

Ô Croix du Christ, enseigne-nous que l’apparente victoire du mal se dissipe devant le tombeau vide et face à la certitude de la Résurrection et de l’amour de Dieu que rien ne peut vaincre ou obscurcir ou affaiblir. Amen !»

jeudi 24 mars 2016

Du terrorisme et des terroristes


« Une organisation terroriste est une organisation dont l'objectif ou le moyen d'action principal, revendiqué et assumé comme tel, est le meurtre de civils innocents. »1

« Un État est une communauté humaine qui revendique
le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné. »2

On ne naît pas terroriste.
On n’est pas terroriste par essence !
On le devient.

Le terrorisme ne se résume pas à l’usage de la violence.
Il se présente comme un droit à tuer. Y compris des civils.
Avec des motivations très diverses, politiques, religieuses ou racistes.

Le terrorisme implique des individus, mais pas seulement.
Les États terroristes existent depuis toujours.
Et le meurtre ou la torture de masse sont pires que les assassinats individuels.

Tout pouvoir assis sur la force est en peu ou prou terroriste.
Chaque État qui dispose du « monopole de la violence légitime » devient terroriste.
De nos jours, la puissance et la sophistication des armes engendrent et augmentent le terrorisme.

On est toujours le terroriste de quelqu’un.
De Gaulle fut déclaré terroriste et déchu de sa nationalité
Yasser Arafat, aux yeux des Israéliens, fut un terroriste.

Ben Gourion fut considéré comme terroriste par la Grande-Bretagne.
Le terrorisme juif a précédé et suivi l’annexion de la Palestine par Israël.
Et depuis 1948, terrorisme et contre-terrorisme n'ont pas cessé de s'opposer.

De même, Nelson Mandela fut-il condamné comme terroriste.
L’ancien président sud-africain, resta même, jusqu’en 2008,
présent sur la liste noire américaine du terrorisme.

Tout combattant qui se dresse contre un État est réputé terroriste.
Les résistants luttant les armes à la main contre les nazis, de 1940 à 1945,
Furent qualifiés de terroristes, jugés et exécutés comme tels.

Les États totalitaires n’ont pas été tous immédiatement qualifiés de terroristes.
Le 3e Reich allemand, l’URSS stalinienne, La Chine de Mao Tse Tung, entre autres,
finirent pourtant par l'être car le meurtre de masse leur fut un outil politique !

Tous les génocides survenus au XXe siècle furent, par nature, terroristes.
La Shoah, l’extermination des Juifs et Tsiganes, ne fut pas le seul génocide nié ou oublié.
Partout, on a voulu, organisé et perpétré l’éradication totale de peuples entiers.

En Turquie, au Cambodge, au Rwanda, au Timor-Oriental, en Australie, au Congo,
à Madagascar, en Ukraine, en Chine, en Australie, aux États-Unis dès le XIXe siècle...,
Les armées officielles ont beaucoup plus assassiné « légalement » que les bandes de brigands !

Les massacres indonésiens, le génocide arménien de 1915, l’élimination des Aborigènes d’Australie, 
le colonialisme belge ultra violent au Congo, les Malgaches tués en en 1947,
et bien d’autres crimes d’État furent tous décidés pour soumettre des populations par la terreur.

Ce rappel historique ne minimise en rien les horribles attentats commis en France et en Belgique 5201.
Sans effectuer de comptabilités morbides, il faut admettre, cependant,
que les guerres proche-orientales ont, depuis 2002 bien davantage tué que tous les terrorismes.

Pour éliminer le terrorisme, il faut en supprimer les causes.
Le salafisme, cette religion dévoyée, n’est pas seul responsable.
Les États d’occident, prédateurs et dominateurs, ont, par leurs excès, motivé aussi les assassins.

Car nous nous interrogeons trop peu sur les raisons qui ont conduit
des Français ou ds Belges, jeunes, à sombrer dans le fanatisme et le crime.
Reconnaissons que nous n’avons pas encore « purgé » notre passé colonial aux effets restés dévastateurs !

Vaine querelle, ainsi, à propos de la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie :
La date du 19 mars rappelle la fin de l’empire colonial français.
Cela suffit à faire ressurgir les rancœurs et les haines chez certains de nos compatriotes.

Ceux qui voulaient l’Algérie française n’ont jamais admis que la France
soit devenue en partie algérienne ou marocaine ou tunisienne…, voire malienne !
Et moins encore musulmane.

Là se trouve, pourtant la clef explicative des erreurs et des folies
de ceux qui, à l’abandon, souvent sans avenir professionnel,
ont cherché en vain un sens à un engagement en Syrie, quitte à se « radicaliser » comme on dit…

Qu’avons-nous fait, pour accueillir, non pour intégrer (cela ne se fait qu’avec le temps),
les enfants et les petits enfants de ceux que nous sommes allés chercher et avons employés, hier ?
Le racisme et le mépris ont laissé trop de traces dans nos mœurs et créé des ghettos.

Le terrorisme n’est pas seulement la conséquence d’un fanatisme.
Ce n’est pas non plus seulement la rage de ceux qui se constatent sans avenir.
C’est aussi l’une des manifestations épouvantables de conflits internationaux sans solution.

Surveillance, renseignement, police et armée ne suffiront jamais à installer la paix.
Il faut donner leur citoyenneté à ceux qui n’en ont pas, plus, ou pas assez.
Bref, il s’agit de rendre aux Français non encore acceptés comme tels, toute leur place.

La France n’y est pas prête.
Elle est atteinte du virus nationaliste et identitariste.
Pourtant, lutter contre le terrorisme commence en France.

Pas en Syrie, en Lybie, au Mali, en Centrafrique, ou ailleurs.
On n’écrasera pas le terrorisme sous des bombes elles-mêmes terroristes.
Finissons en avec la Françafrique politique et économique qui nous fait tant haïr.

1 Selon Nicolas Tavaglione, philosophe, professeur de science politique à l’Université de Genève.
2 Max Weber, Le savant et le politique, 1919, rédité en 2002 chez 10/18

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