samedi 29 juillet 2017

Reprises

Il est temps de reprendre l'écriture avec régularité.
Je vais publier ici des articles, certains anciens, que je ne veux pas perdre.
Ce 29 juillet compte pour moi...

Sur le revenu universel


 « Sans revenu, point de citoyen ». Thomas Paine.

Thomas Paine (1737-1809)1, est considéré comme le premier penseur du revenu de base, en 1795. En réalité, Thomas More (1478-1535)2 s'était exprimé, à ce propos, bien avant lui, dès 1516, dans un texte de l'Utopie : « de la prospérité sociale ».
À en croire la couverture du dernier Charlie Hebdo : « Les feignasses ont leur candidat », le revenu universel3 serait, en 2017, un encouragement à la paresse ! La caricature, l'humour et la satire ne permettent pas tout et la question aurait pu être moins agressivement posée : est-ce qu'un revenu pour tous, sans conditions, mettrait la dynamique sociale en panne ? 
  
L'opposition entre Hamon et Valls, sur ce sujet, aura été éclairante. L'un, Valls, conserve, in fine, le slogan 2007 de Sarkozy : « il faut travailler plus pour gagner plus ». Celui qui se disait « le candidat de la fiche de paye » mélange, ainsi, le travail et l'emploi et ne conçoit pas qu'on dispose de revenus suffisants sans qu'ils soient liés à cet emploi. L'autre, Hamon, est convaincu que le travail rémunéré, l'emploi, continuera tendanciellement à régresser. La croissance des biens et services est déjà en recul. Il faut se préparer à vivre en un tout autre monde où chaque humain devrait pouvoir disposer de quoi vivre, puisqu'il est né sur notre commune planète et que les richesses, si elles sont mieux partagées suffisent à satisfaire les besoins. 
 
La conservation et l'innovation s'affrontent donc. Le « réalisme » conservateur serait de ne rien changer au mode de production si ce n'est pour augmenter les profits des seuls créateurs d'emploi : les entreprises privées et publiques. L'« utopie » innovatrice consiste à travailler à la recherche de ce neuf qui n'a pas encore totalement surgi mais qui s'annonce irréversiblement et dont on voit déjà s'approcher les signes. En bref, c'est le contenu et le temps du travail qui font questions pour les hommes et femmes politiques. C'est, pour ceux qui ont la culture du travail (dans les syndicats et les partis de la gauche traditionnelle), un redoutable défi : apparemment, soutenir les travailleurs tout en admettant la régression du travail salarié, est contradictoire. Pourtant, il n'y a pas, sur Terre, que des employés et des chômeurs ! Non seulement parce que l'emploi à temps de plus en plus partiel s'est développé considérablement, non seulement parce que l'on produit toujours davantage avec de moins en moins moins d'heures « travaillées », mais parce que l'emploi de nos temps de vie peut être libéré afin de nous permettre de participer à des activités sociales, culturelles, de loisirs, sportives, intellectuelles, associatives, artistiques, etc..., de plus en plus nombreuses en notre société, de nos jours.
   
Les politiciens de la droite et de la fausse gauche exploitent la réticence des citoyens formatés depuis leur enfance et qui ne peuvent comprendre qu'on puisse « être payé sans travailler ». Il ne vient à l'esprit de presque personne que l'on travaille sans cesse et sans être payé : dans une famille, les tâches de ménage, de soin des enfants, d'entretien du logis, de bricolage, de jardinage, de soutien des parents ou voisins âgés ou handicapés, de recueil et d'utilisation des informations utiles, toutes ces occupations nécessaires à la vie ne sont pas payées ! Et encore, c'est sans prendre en compte l'activité scolaire des enfants, des adolescents et des jeunes qui, de fait, travaillent pour acquérir les compétences indispensables à l'autonomie de celui ou de celle qui devient adulte. On peut, par conséquent, constater que si bien des tâches sont effectuées par des robots, il reste à travailler hors des entreprises, sans être payé, pour que soit simplement possible la vie en commun dans nos logements, nos quartiers, nos communes et tous les organismes qui ne perdurent que grâce au bénévolat. Les robots allègent le travail humain ou le remplacent. Les taxer quand ils privent les hommes d'emploi ne serait que justice : les employeurs y gagneraient encore et les moyens de financer le revenu universel s'en trouveraient largement abondés. 
  
La marchandisation tend à se généraliser, mais on peut y résister. On ne peut tirer profit de tout et en dépit de la toute puissance publicitaire, nos vies, fort heureusement, ne seront jamais tout entières placées sous la domination du capital financier. Pour savoir si fournir un revenu à chacun est possible et souhaitable, il suffit de vérifier si on peut le payer avec les revenus prélevés sur tout ce qui rapporte des profits substantiels, voire excessifs. C'est un calcul mathématique relativement simple si l'on y associe une réforme fiscale sérieuse. Mais il y a plus : dans toute société qui peut accueillir et nourrir ses enfants, il importe de prévoir de quoi « donner à vivre » et ce de la naissance jusqu'à la mort. On le sait depuis l'antiquité. C'est un présupposé philosophique, constamment combattu par les possédants, mais qui trouve, aujourd'hui, une acceptabilité beaucoup plus grande. 
  
S'engager dans cette voie pour les 18-25 ans qui ont besoin de fonds pour payer leurs études, leur logement à distance de leurs parents, leur recherche d'emploi, comme le prévoit Benoit Hamon, est un début, mais on ne pourra s'en tenir là. Partout ou l'essai du versement de individuel et universel est testé (comme en Finlande actuellement), il faut en mesurer la réussite et les échecs. Il ne peut évidemment s'agir d'une mesure limitée à la seule France. L'économie ne peut dominer nos choix politiques à jamais !
Cette entrée en campagne présidentielle réveille les citoyens qui veulent devenir vraiment maîtres de leur vie, utopie ou pas, car, pire que toute utopies est ce pseudo réalisme qui consiste à affirmer, faussement, que le pouvoir appartient pour toujours aux riches et qu'on n'y peut rien changer.




Il échappa de peu à la guillotine et fut sauvé par l'ambassadeur des États-Unis.


Il échappa de peu à la guillotine et fut sauvé par l'ambassadeur des États-Unis.


À sa mort, en 1809, dans une petite ferme de New Rochelle, dans l’État de New York, Thomas Paine était pauvre et méprisé !


Son maître livre sur « Les Droits de l’Homme », réédité chez Belin en 1987, est consultable sur Gallica 1ère Partie et 2ème Partie.


Lire sa biographie et son éloge dans : http://www.revenudebase.info/2016/03/02/lire-paine-gauche/


2 - Voir la traduction du latin du texte de Thomas More dans l'hebdomadaire « le 1 », n°139, du 25-01-2017, page 3.


3 Appelé aussi, (entre autres, car les études sur ce concept ancien se multiplient à présent) : «  revenu de base », « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d'existence », « revenu minimum d'existence », « revenu social », « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen », « dotation inconditionnelle d'autonomie »ou « dividende universel ».


Voir la note bien faite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base



À sa mort, en 1809, dans une petite ferme de New Rochelle, dans l’État de New York, Thomas Paine était pauvre et méprisé !


Son maître livre sur « Les Droits de l’Homme », réédité chez Belin en 1987, est consultable sur Gallica 1ère Partie et 2ème Partie.


Lire sa biographie et son éloge dans : http://www.revenudebase.info/2016/03/02/lire-paine-gauche/


2 - Voir la traduction du latin du texte de Thomas More dans l'hebdomadaire « le 1 », n°139, du 25-01-2017, page 3.


3 Appelé aussi, (entre autres, car les études sur ce concept ancien se multiplient à présent) : «  revenu de base », « revenu inconditionnel », « revenu inconditionnel suffisant », « revenu d'existence », « revenu minimum d'existence », « revenu social », « revenu social garanti », « allocation universelle », « revenu de vie », « revenu de citoyenneté », « revenu citoyen », « dotation inconditionnelle d'autonomie »ou « dividende universel ».


Voir la note bien faite : https://fr.wikipedia.org/wiki/Revenu_de_base

La fraternité selon Péguy


Repenser la fraternité reste d'actualité.
 J'y reviens. Péguy est l'écrivain français qui associa le mieux fraternité et partage. Que retenir de ce qu'il écrivit.

1 - La fraternité précède l’égalité 
Face à l’incertitude et à l’imprévisibilité, à des menaces qui peuvent renvoyer quiconque à la misère et à la déchéance, il n’est point d’autre parade que le fraternité. Péguy l’affirme. Pour lui, la fraternité précède l’égalité ; « c’est un devoir préalable ». Relire Péguy[1] n’est pas redécouvrir ce qu’un esprit vif, un grand écrivain pensait, c’est parfois éclairer l’actualité d’une lumière qui, au moment où elle avait été allumée, ne pouvait être dirigée vers les mêmes objets, et c’est alors, cent ans plus tard, que se trouve illuminée la réalité quotidienne.

2 - Tant que subsiste la misère, la fraternité n’existe pas.
La fraternité, explique en effet Péguy, s’oublie sans doute parce qu’on la pense troisième dans l’ordre des valeurs républicaines. La fraternité n’est pas la résultante de la liberté et de l’égalité, l’heureux plus qui inonderait la société de générosité. Certes pas ! La fraternité est indissociable de la misère. Tant que subsiste la misère, la fraternité n’existe pas. « Il suffit, dit Péguy, qu’un seul homme soit tenu sciemment, ou, ce qui revient au même, sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civil tout entier soit nul[2] », et encore « sauver tous les miséreux de la misère est un problème impérieux, antérieur à l’institution véritable de la cité ».

3 - Tant que subsiste la misère la cité elle-même ne saurait exister
A l’en croire, et rester en la compagnie de Péguy ne peut réconforter mais galvanise, tant que subsiste la misère la cité elle-même ne saurait exister ! Il y a un préalable à la respublica, c’est qu’il y ait un véritable en-commun. Il suffit qu’un seul en soit exclu et il n’y a plus d’en-commun, il n’y a plus de république.
Chaque homme nous souffle Péguy est inoubliable. Toutes les idées, toutes les arguties, toutes les démonstrations, toutes les justifications par lesquelles on donne à croire que nous vivons en démocratie, s’effondrent dès qu’il est toléré qu’un seul homme puisse s’enfoncer dans la misère sous le regard de tous !

4 – Ne confondons pas pauvreté et misère
Là où vit un miséreux, il n’est plus, il n’y a jamais eu de cité. Pareille intransigeance, tient, dit encore Péguy, à ce que l’on « confond presque toujours la misère et la pauvreté ; cette confusion vient de ce que la misère et la pauvreté sont voisines ; elles sont voisines, sans doute, mais placées de part et d’autre d’une limite ; /…/ cette limite économique est celle en-deçà de qui la vie économique n’est pas assurée et celle au-delà de qui la vie économique est assurée  », car « le pauvre est séparé du miséreux par un écart de qualité, de nature[3]».
On peut vivre de peu. On ne peut pas vivre avec rien. Écart immense. On saisit mieux pourquoi Péguy peut à la fois affirmer que misère et pauvreté sont voisines, mais que pauvres et riches sont séparés des miséreux par une limite qui n’est franchie qu’une seule fois, et sans risque de retour : c’est la limite de l’inhumain, de l’invivable, de la servitude, de l’avanie car, dit toujours Péguy, « seuls les cuistres de la philanthropie peuvent s’imaginer que la misère fait reluire les vertus. /…/ Dans la réalité, la misère avarie les vertus[4]». Thomas d’Aquin eut dit : « il faut un minimum de bien être pour pratiquer la vertu ».

5 - La fraternité sélective n’est plus la fraternité
En quittant Péguy nous retiendrons, avec lui, que la fraternité, « d’âge en âge, qu’elle revête la forme de la charité ou la forme de la solidarité, /…/ fait le monde ». Elle prime. Elle est universelle. Sinon, elle est réduite à n’être que le sentiment que les privilégiés de la patrie ont en partage : celui de l’appartenance à une même nation, celui des natifs d’un même sol ! La fraternité sélective n’est plus la fraternité. Elle n’est que la solidarité et la complicité actives du clan.

6 - Sans la fraternité, liberté et égalité sont incompatibles
La fraternité incite à l’égalité, aspire, pour chacun, à la liberté. Elle ne s’ajoute à rien ; elle n’ajoute rien. Elle rend compatibles les deux valeurs rapprochées par John Locke[5] et le chevalier de Jaucourt[6] : égalité et liberté. L’apparition de la devise symbolisant le nouvel ordre social : liberté, égalité, fraternité doit davantage, estime Michel Borgetto[7] à Jean-Jacques Rousseau dans son « discours sur l’Economie politique[8] » même si c’est pour le philosophe des Lumières, de l’amour de la Patrie, la terre des pères, que jaillit l’indispensable complément de la fraternité.

7 - Il n’est plus de fraternité possible que cosmopolite.
La patrie nouvelle à aimer, c’est la Terre-patrie dit Edgar Morin ; « la terre est une patrie en danger [9]» précise-t-il. Il n’est plus de fraternité possible que cosmopolite. La Marseillaise de 1792 fut un appel à la guerre, Le chant de guerre pour l’armée du Rhin. La fraternité du sang n'est que biologique. Cet hymne est intouchable tant qu’il reste acquis qu’on doit pouvoir mourir pour la nation mais il est incompatible avec la fraternité, avec l'autre hymne, celui de l’Europe : l’Ode à la joie de Schiller harmonisée par Beethoven dans la Neuvième Symphonie.

8 - La fraternité a cessé d’être une affaire de cœur et sensibilité.
De modernes Cassandre nous supplient de considérer que si nous ne sommes enfin frères, c’en est fini de l’histoire humaine. Le pire n’est jamais sûr ! Mais ce qui est sûr, en revanche, c’est que la fraternité a cessé d’être une affaire de cœur et de sensibilité : c’est une sauvegarde, une « précaution » (le mot s’impose en ce siècle), une non-violence active, une radicale contestation des figurations du mal, un refus de la misère qui déshumanise, une solidarité active face à tout malheur, un impétueux désir de survie dans un siècle que l’horreur du précédent n’a pas guéri du goût de la mort.


9 - La fraternité est indissociable de l'hospitalité.
La fraternité, telle une évidence impossible, porte en elle toutes les contradictions de l’utopie : n’avance vers elle que celui qui peut porter le regard loin afin de se diriger vers un horizon, mais un horizon toujours reporté, toujours masqué par la rotondité de la Terre ! La fraternité (dont Péguy affirme qu’elle est indissociable de la lutte première, prioritaire, principale… contre la misère), est tout autant indissociable de l’hospitalité telle que la pensait Kant. Aucune paix n’est durable là où subsiste la misère. La paix ne peut tendre à devenir perpétuelle que là où progresse la justice, là où chaque citoyen se montre hospitalier.
10 - La fraternité à qui des limites sont tracées cesse d’être fraternelle.
Fraternité : le mot est désarmant ! Il n’a qu’un sens ; on lui en a trouvé plusieurs. Loin de faire tomber les armes, il les fait prendre à ceux qui, tel Brissot, appelait à « une croisade de libération universelle » ! Les frères d’armes sont inexorables pour l’ennemi. La fraternité à qui des limites sont tracées cesse d’être fraternelle, à l’approche des frontières, physiques ou symboliques. Elle se mue en défense et s’écarte d’une partie des hommes. Le citoyen du Monde, seul, à l’ambition d’essayer la fraternité universelle, sans conquête et sans croisades. On l’admire et/ou on le ridiculise : utopiste il est respectable; irréaliste on le dit dangereux.
11 - La fraternité est impossible dans une république nationaliste.
La fraternité est donc plus qu’à essayer : elle est à réinventer. Elle déborde du champ de la devise républicaine qui la délaisse et la réduit à n’être qu’un complément des deux valeurs politiques essentielles : la liberté et l’égalité. Roland de la Platière dans son discours devant la Convention, deux jours après la victoire de Valmy, annonçait la proclamation de la République et de la fraternité dans chaque département, avait commencé son propos par cette envolée : « la volonté des Français est prononcée. La liberté et l’égalité sont leurs biens suprêmes ; ils sacrifieront tout pour les conserver ».
La République fraternelle de Roland, proclamée en 1792, fut tout sauf charitable. Elle ne pouvait pas l’être, d’abord en raison de l’aversion des Révolutionnaires pour l’Eglise et son discours, mais plus encore parce que, enfermée dans la Nation, elle se fabriquait des ennemis quand elle en manquait.
On connaît la suite : la fraternité du sang, la mansuétude de Guillotin, l’avènement de Bonaparte.

12 - La fraternité universelle ne se conquiert pas à la pointe des baïonnettes.
La contestation de la philosophie des Lumières date de la période révolutionnaire. Entre 1789 et 1794, les fondements des politiques pratiquées ne furent pas les mêmes, y compris quand ils trouvaient leurs justifications chez les mêmes philosophes. La fraternité révolutionnaire ne fut pas celle du citoyen du monde. elle fut celle de l’élan populaire d’une France voulant franciser l’universel mais qui ne savait et ne pouvait se penser comme ayant à s'universalisers elle-même. Vouloir la fraternité politique ne pouvait être l’œuvre d’une partie des hommes, et il en est toujours ainsi.

13 - La fraternité ne crée point de dépendance, elle est un lien qui ne ligote pas. L'exemple des Rroms, sans armée et sans État,doit être examiné. Ils n’ont rien à prouver, rien à démontrer, mais ils font partie du nombre des humains qui n’ont pas le choix de vivre autrement qu’en frères. La traversée des siècles sans disparition trouve peut-être là une de ses explications peu rationnelles ; pour survivre et perdurer, envers et contre tout, rien ne vaut la fraternité quels que soient les synonymes dont on l’entoure : solidarité, entraide, mutualité, coopération, communauté… La fraternité ne crée point de dépendance, elle est un lien qui ne ligote pas. Tous les Terriens deviennent peu à peu, solidaires sans le vouloir. Ils sont, de plus en plus conscients de leurs interdépendances. Reste à rendre possible la fraternité universelle, cette utopie des utopies, cet horizon nouveau dont on ne peut se passer alors qu’on ne le peut atteindre.
Décembre 2006
 Relu en juillet 2017




[1] Bastiaire Jean, Péguy tel qu’on l’ignore, Gallimard-Poche, Paris, 1996.
De nombreuses et utiles citations sont rassemblées et présentées aux lecteurs dans ce petit guide.
[2] Péguy Charles, De Jean Coste, 4 novembre 1902, édité chez Gallimard en 1937.
Texte cité par Jean Bestiaire, dans le chapitre Égalité bourgeoise et fraternité révolutionnaire, p.30.
[3] Péguy Charles, De Jean Coste, Ibid.,., chapitre Misère et pauvreté p.97-98
[4] Bastiaire Jean, Péguy tel qu’on l’ignore, Ibid.,., Chapitre Misère et pauvreté, p. 96.
[5] Locke John, Essai sur le pouvoir civil (1690), PUF, Paris, 1953, p.63.
« Il faut considérer l’état dans lequel tous les hommes se trouvent naturellement : c’est un état de parfaite liberté /…/ ; c’est aussi un état d’égalité
[6] De Jaucourt, Encyclopédie Diderot et d’Alembert, (1751-1780), article « égalité naturelle ».
« L’égalité est celle qui est entre tous les hommes par la constitution de leur nature. /…/ cette égalité est le principe et fondement de la liberté. »
[7] Borgetto Michel, La devise liberté, égalité, fraternité, PUF, Paris, collection « Que sais-je ? », 1997, n° 2744, ISBN 2130483550. L’apport de Jean-Jacques Rousseau, p.17.
[8] Rousseau Jean-Jacques, Discours sur l’économie politique (1755), réédité chez Vrin, Paris, 2002.
[9] Morin Edgar, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Le Seuil, Paris, p. 129.
Voir aussi : Terre-Patrie, Le Seuil, 1993, et collection « Points », n° P207 (1996).

mardi 21 février 2017

Courrier de Jean Luc Mélenchon à Benoît Hamon


Ce texte dit, à la fois, pourquoi un accord entre Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon était possible et impossible, à la date du 17 février 2017. Il faut le verser aux archives politiques de ce qui fut "la gauche". Aller "jusqu'au bout du changement" supposait des ruptures que Benoît Hamon ne pouvait faire sans cesser d'être le candidat du PS. Sorti en tête de la primaire organisée par son parti, il lui était impossible de rompre, fut-ce par honnêteté, avec les siens qui ne voulaient ni de lui ni de ses idées. L'échec aura été et restera celui du PS. 
Si Hamon le pense, il n'est pas en position pour le dire et Mélenchon, en le poussant dans ses retranchements, l'aura mis en difficulté non par volonté politique, mais parce que il n'a cessé de démontrer que le PS est mort, enfermé ou pas dans un "corbillard" qui, pour le malheur de la France, roule encore...
 Jean-Pierre Dacheux
***

Le 17 février 2017

Bonjour Benoît,
Lors de mon meeting à Strasbourg j’ai pris l’initiative de te proposer publiquement une rencontre. 
J’ai proposé la fin de la semaine prochaine compte tenu des rudes obligations de mon calendrier. Tu avais dit que tu me contacterais des ton investiture. Mais tu n’en as pas eu le temps.
Il en résultait un harcèlement de questions exclusivement sur ce thème de la part des médias et il devenait difficile de s’épargner le ridicule d’une situation qui semblait bloquée. Or, elle ne l’est pas de mon fait. J’ai rencontré avec grand plaisir Yannick Jadot à Strasbourg et je te verrai de même. Demain nous allons échanger une première fois, de vive voix.
Pour faciliter notre échange, je voudrais résumer ici ce que j’ai dit sur le sujet à Strasbourg et au cours de divers entretiens.
Ton investiture a exprimé un net désaveu de la politique du quinquennat. Non seulement du point de vue de ton programme mais aussi du fait de la rude sanction qu’a subi le premier ministre emblématique de cette période qu’est Manuel Valls. À présent tu proposes une convergence de nos forces dans les élections présidentielles et législatives. Je ne crois pas un instant qu’elles puissent s’ajouter sans que de très sérieuses garanties ait été données. Au contraire des accords d’appareils pourraient bien hélas démoraliser et désorganiser ce qui a été rassemblé de part et d’autres.
Voyons ce que nous pouvons faire d’utile. Nous sommes bien d’accord que la présidentielle et les législatives sont étroitement liées. Dans ces conditions parlons-nous avec sérieux, sincérité et loyauté à l’égard de notre peuple pour éclairer la décision et le choix qu’il va faire.
Tu as dit que tu ne faisais aucun préalable même de ta propre candidature. C’est une attitude positive. Mais tu as aussi déclaré qu’en toute hypothèse il y aura un bulletin de vote à ton nom le 23 avril prochain. Que devons-nous retenir ? Nous proposes-tu une candidature unique à l’élection présidentielle ?
En toute hypothèse il s’agit d’être prêt à convaincre à entrainer et à gouverner. Cela nécessite confiance et cohérence. Sans que cela soit attaché à ta personne ni à ton talent il est évident que dans les sondages ta candidature reste à un niveau extrêmement bas par rapport aux scores traditionnels du PS. C’est cela le bilan de ce quinquennat. Le PS dont tu es le candidat n’est plus en mesure de fédérer les français. Tout est à reconstruire dans notre pays. Veux-tu t’atteler à cette tache ? Un accord à l’ancienne ne le pourra jamais. D’autant que le quinquennat de François Hollande a montré quel usage un candidat du PS pouvait faire de ses engagements les plus solennels. Je te fais de bon cœur crédit de ta bonne foi. Mais nous ne pouvons avoir la naïveté de te croire sur parole alors même que tu es et reste le candidat d’un parti et d’élus majoritairement hostiles à l’orientation que tu défends. Il est donc légitime et honnête que nous te demandions des garanties politiques précises sur ton engagement à rompre avec le quinquennat et son bilan. Comment sans cela parler de quoi que ce soit avec confiance ?
La première garantie concerne le périmètre de la convergence. Nous ne voulons aucun accord ni à la présidentielle ni aux législatives avec Emmanuel Macron et son mouvement. Pour nous, ce que l’on connaît du programme d’Emmanuel Macron est purement et simplement la poursuite ou le durcissement de la politique mise en œuvre par François Hollande
La seconde garantie concerne ta propre volonté d’assumer la rupture avec la politique du quinquennat et donc l’engagement clair à en abolir les mesures emblématique c’est-à-dire essentiellement la loi El Khomri, le CICE et l’état d’urgence permanent. Cela se traduira par la mise à l’écart des prochaines élections notamment des ministres du gouvernement qui a imposé cette « loi-travail » à coup de 49/3.
Mais nous croyons qu’à la rupture doit s’ajouter une volonté positive d’ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre pays. Notre programme comporte 357 mesures. Nous le mettons à la disposition de la discussion. Mais nous croyons que l’essentiel de l’esprit qu’il incarne, en lien avec les enseignements de l’alter mondialisme est à la base du contrat à nouer avec notre peuple. Compte tenu de ce que nous t’avons entendu dire nous croyons qu’il t’est possible de t’avancer largement vers ces positions quitte à ce que ceux qui te combattront de toute façon dans ton parti prennent leur distance !
Garantie de tourner la page de la monarchie présidentielle avec la convocation d’une assemblée constituante dans les trois premiers mois de la nouvelle mandature.
Garantie d’ouvrir le chapitre d’un cycle vertueux du partage de la richesse. Je suppose que nous sommes d’accord sur l’augmentation du SMIG et des minima sociaux. Mais il faut ouvrir de nouveaux horizons de progrès social avec l’échelle des salaires et limitée de un à vingt et l’instauration de la sécurité sociale intégrale, et au minimum le retour aux 35 heures réelle comme à la retraite à 60 ans avec 40 annuités.
Garantie du changement de la matrice productive du pays avec la sortie du nucléaire et le passage au cent pour cent d’énergies renouvelables.
Garantie de récupération de l’autonomie économique de notre pays avec l’annonce du retrait de la signature de la France de l’accord CETA et organisation de la consultation du peuple sur cet accord. Arrêt immédiat de l’application des directives européennes mettant en cause les services publics de notre pays et passage au plan B en cas d’échec des discussions avec nos partenaires européens pour mettre fin à la politique des traités budgétaires et des semestres européens.
Garantie de l’indépendance de notre pays vis-à-vis de l’OTAN avec la sortie de cette alliance militaire et le retour à une politique pour la paix et de désarmement dans le monde.
En t’adressant ces lignes j’ai le sentiment de répondre à une exigence de sérieux et de sincérité dans les relations politiques. Comme la majorité de notre peuple je n’ai plus aucune confiance dans les accords d’appareils entre partis politiques. Le mouvement « la France insoumise » s’est constitué sur un programme et une candidature qui le porte. Rien d’autre. Cela nous suffit amplement pour vouloir en convaincre le grand nombre. Mais s’il existe une possibilité que la trame essentielle de ce qui nous a regroupés puisse aussi fédérer des partis politiques de la gauche traditionnelle, je suis prêt à consulter les 250 000 personnes qui se sont personnellement engagées à mes côtés sur la proposition qui leur serait faite.
Mais je veux dire directement et franchement que je ne saurai composer avec les engagements que j’ai pris, ni faire confiance à la parole du candidat du PS sans garantie ferme et solide de sa part.
Avec l’espoir de t’en convaincre,
Bien amicalement 
Jean Luc Mélenchon
Source : AFP

dimanche 12 février 2017

En 2017, peut-on concrétiser un rêve politique ?

Un appel citoyen me parvient. Il dit le souhaitable. Peut-il engendrer le possible ? Toute politique réelle est utopique. Elle surprend puis se banalise et l'histoire l'a souvent révélé depuis 1789. Sommes-nous entrés dans une telle phase bouleversante ? Nous le saurons bientôt. Dans cette attente, il faut entendre ce qui se propose et le texte ci-dessous est à prendre en considération.

Présidentielles, soyez le changement que vous voulez voir dans la société ! 

La victoire de Benoît Hamon fut une surprise. Non seulement parce qu’elle n’était pas prévue et parce que son programme marquait suffisamment de convergences fortes avec ceux de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Charlotte Marchandise pour espérer qu’il puisse se passer du côté de la gauche et des écologistes autre chose que la division et la défaite.

Dans la foulée, divers appels, déclarations, initiatives ont émergé spontanément mobilisant des dizaines de milliers de signataires. Venus d'horizons divers, personnalités ou anonymes, plus ou moins politisés ou associatifs, ils ont en commun de vouloir que s'ouvre en France, une vraie évolution de civilisation : Oui à l'union de la gauche et des écologistes pour une véritable alternative ; oui à une grande Alliance rose-rouge-verte qui réussisse là où des expériences passées ont déçu. 

Dans un premier temps, sous l'effet de surprise, cette pression citoyenne a fait son effet. Benoît Hamon a lancé un appel à l'unité à gauche. Yannick Jadot et EELV, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise ont répondu positivement. Pourtant rapidement les vieux réflexes sont revenus. Dire qu’on est pour l’unité mais ne pas prendre les contacts nécessaires pour entamer le dialogue. Dire qu’on veut l’union, mais souligner ce qui sépare sans dire comment on va le surmonter. Emerge le risque d’une alliance à deux. Candidats et militants semblent raisonner depuis leur parti, au détriment de l'intérêt de la gauche et de l'écologie, de ceux du pays, de la planète. 

Faudrait-il donc que, nous gens de gauches et écologistes, tenants du changement et de la solidarité, nous nous résignions à cette inertie du chacun pour soi ? Ce qui est en jeu, c’est d’empêcher la France de glisser vers un régime autoritaire-nationaliste ou néo-libéral austéritaire. Ce qui est en jeu, c’est la rencontre entre l’écologie et la justice sociale, une démocratie renouvelée, ce à quoi aspirent tant de citoyens, et qu’expriment tant d’alternatives, de mouvements, de pensées depuis des décennies. C'est l’émergence d’une force coopérative commune qui rendra possible de dépasser les points de blocage actuels autour de la candidature unique aux présidentielles, de la majorité aux législatives et du programme.

Notre conviction est la suivante : pour sortir de l'impasse, pour donner naissance à ce Front solidaire et écologique, il faut faire confiance à ce qui a bousculé la gauche jusque là : l'irruption citoyenne. Face au dramatique, nous vous proposons l'héroïque. Cette force, comment la faire émerger ? Se sont enclenchées localement des réunions publiques, des débats, sur les réseaux sociaux , et d’autres initiatives, pour que se rencontrent à la base les volontaires de cette unité dans la diversité. Nous appelons à les multiplier et à nous fédérer pour peser collectivement et ne pas laisser la main aux seules organisations politiques (http://www.1maispas3.org/aperos-citoyens/ ) afin de trouver une plateforme commune. 

Pour aller plus loin, nous proposons aux partis et mouvements sociaux une conférence nationale en vue d'un « Pacte pour une alternative de gauche, écologiste et citoyenne". Cette conférence travaillerait les points suivants : - Un programme commun, renforçant les points de convergences, recherchant des consensus sur les points en débat (nucléaire, travail, international) ou les moyens de les trancher une fois au pouvoir. - Un bilan partagé des expériences de la gauche au pouvoir, réussites, obstacles rencontrés et cause des renoncements. - Rechercher des modalités de désignation d'un ou une candidate unique aux présidentielles : tirage au sort, primaires présidentielles, consensus, appel à une personnalité de la société civile ou du mouvement social… Tout peut se réinventer. - Et puisque ce qui fait obstacle – et à raison - est la question de certaines désignations aux législatives, nous proposons l’organisation de primaires législatives pour désigner les candidats de la majorité écologique et sociale. Les formes sont à imaginer mais elles doivent permettre la diversité des élus (aussi bien socialement que politiquement), la non-hégémonie du Parti socialiste et l’ouverture aux candidatures citoyennes. Cette conférence sera organisée par une coopérative politique nationale composée de plusieurs collèges : partis, syndicats et société civile, appel de citoyens, citoyens tirés au sort. Cette coopérative devra se mettre en place avant la fin du mois et les candidats devront donner une réponse à nos propositions dans les trois jours suivant la publication de cet appel. Tous, nous vous appelons à rêver qu’un autre monde est possible. Et à vous unir pour concrétiser ce rêve.

dimanche 15 janvier 2017

Lucidité et volonté d'agir

Ce message de rage et de confiance lancé par le député écologiste, sur le site de Reporterre est d'un réalisme et d'une utopie pratique qui me semblent salutaires. Je le relaie, le salue et le fais connaître parce qu'il est, in fine, motivant.  J-P Dacheux.

L’année 2017 s’ouvre sur onze périls. Mais la transition écologique s’opère en profondeur, portée par des milliers d’expériences qui sont autant de reprises en main de notre destin. Et autant de raisons de ne pas désespérer. 
http://reporterre.net/11-raisons-de-desesperer-de-2017-mais-l-esperance-trace-son-chemin 
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Onze raisons de désespérer en 2017, 
mais l'espérance trace son chemin

Par Noël Mamère 

Sans vouloir tomber dans le catastrophisme, 2017 risque d’être pire encore que 2016, car nous avons onze raisons de désespérer de la politique nationale et mondiale. Nous les avons listées :

1 - Les élections françaises, présidentielle et législatives, seront marquées par la montée conjointe du thatchérisme version Fillon, du social-libéralisme version Macron et du lepénisme version Marine. Quel que soit le vainqueur et malgré la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, le résultat impliquera de nouveaux sacrifices sociaux pour les salariés, les retraités et les chômeurs et un recul pour l’écologie ; 
2 - Le premier résultat de cette séquence électorale calamiteuse sera certainement l’affrontement autour de Notre-Dame-des-Landes. La Zad est devenue un symbole de la résistance populaire aux grands projets inutiles et au capitalisme de la démesure. La faire disparaitre deviendra un enjeu pour le nouveau pouvoir issu des urnes ; 3 -
3 - La déréglementation qui suivra les élections touchera de plein fouet le droit de l’environnement et les dernières barrières qui s’opposent à l’exploitation du gaz de schiste, à l’invasion des pesticides ou à la qualité de l’air. Au nom de la compétitivité et du principe d’innovation, les écolosceptiques engageront une lutte symbolique contre le principe de précaution ;
4 - Le nucléaire, revendiqué par tous les candidats, hormis Yannick Jadot, Jean- Luc Mélenchon et Benoit Hamon, sera renforcé. Les centrales qui en arrivent à leur quarantième année d’existence seront prorogées, rafistolées, placées en soins palliatifs et prêtes à l’emploi quasi éternel que leur destine le lobby nucléaire
5 - L’accession de Trump, le climatosceptique, à la présidence des États-Unis, rendra de fait caduc l’accord de Paris sur le climat qui, de toute façon, ne remettait pas en cause les raisons structurelles du réchauffement climatique ;
6 - Pour l’écologie, nous risquons de connaître à la fois la multiplication des projets de géo-ingénierie comme solutions de transition énergétique et, en même temps, la logique de l’extractivisme poussée à ses extrêmes limites ;
7 - Sur le plan géopolitique, l’année nouvelle verra la continuation de la guerre au Moyen-Orient. Rien ne laisse présager l’arrêt de ces guerres, en Irak et en Syrie, au Yémen et en Égypte ou les tensions entre la Palestine occupée et Israël, qui étendra encore sa colonisation à marche forcée ; 
8 -  L’alliance des puissances autoritaires, incarnées par Trump, Poutine, Xi Jinping, Erdogan, Duterte, Orban... et peut-être demain une personnalité française ouvre la voie à une nouvelle forme de rapport entre démocratie et économie de marché. À l’époque du capitalisme de la destruction, elle n’a plus besoin d’un fonctionnement démocratique, même formel. L’autoritarisme, au contraire, permet d’assurer les fonctions régaliennes de l’État tout en se débarrassant des autres, dont le social et l’écologie, soit en les minimisant soit en les sous-traitant au privé ; 
9 - La mondialisation libérale renforce aussi l’identitarisme sous toutes ses formes : l’islamophobie, la montée des intégrismes, les nationalismes ethniques, vont continuer de disloquer les États-nations sans pour autant permettre que se constituent des ensembles régionaux conséquents. Une guerre civile mondiale larvée, marquée par le terrorisme et le contre-terrorisme d’État ne respectant plus les droits humains et les conventions internationales, continuera à dévaster tous les continents ;
10 - La crise migratoire, qui ravage d’abord le Sud, est amplifiée par le réchauffement climatique et la perspective de 250millions de réfugiés écologiques ; des millions de paysans pauvres et d’urbains marginalisés sont condamnés à ce sinistre destin tandis que la Méditerranée sera plus que jamais un cimetière pour des milliers de morts sans sépulture.
11-  Enfin, l’Europe sous la poussée du Brexit, de la crise grecque, de « l’Orbanisation » [de Viktor Orban, le Premier ministre hongrois] des nations liées à l’ex-URSS, de la montée des nationaux-populistes, de l’intransigeance de l’Allemagne en matière économique, des contradictions entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, sera au bord de la dislocation.

En observant ce tableau, certains diront qu’il n’y a plus qu’à se flinguer ou à se replier sur son pré carré intime, sur sa famille, ses proches, se retirer d’un monde croulant sous le poids des périls. C’est pour cela qu’Antonio Gramsci, en pleine guerre mondiale, écrivait le 1er janvier 1916, un article intitulé « Je hais le Nouvel An »

"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces Nouvel An à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale, avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. (...) Ainsi la date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêt brusque, comme lorsqu’au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le Nouvel An. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle."

Gramsci, comme souvent, voyait au-delà des évènements. Car l’antidote, aujourd’hui comme hier, reste le principe espérance. Des milliers d’expériences, un peu partout dans le monde, nous montrent que la transition écologique est en train de s’accomplir. Cette transition ne se fera pas sous forme d’évènements politiques nés de nulle part, mais elle viendra de la base qui investira le champ politique contraint à la transformation sociale et écologique. Les vrais changements ne se voient pas tout de suite, dans le court terme ; ils font d’abord bouger les mentalités, puis s’attaquent aux certitudes les plus ancrées. Déjà, nous observons qu’à gauche le progrès n’est plus l’horizon indépassable d’un avenir radieux. L’écologie politique, comme la vieille taupe de jadis, trace son chemin, souterrainement, mais sûrement. 
 
Comme Hervé Kempf l’explique dans son dernier livre, Tout est prêt pour que tout empire (Le Seuil), il s’agit d’abord de comprendre l’enjeu et d’avancer dans la quête du sens. Un autre monde se construit au quotidien, qui n’est pas celui de cette année prévisible ; un monde où ceux d’en bas reprennent en main leur destin. Nous rêves et nos luttes seront plus forts que leurs profits et l’emporteront sur le désir de mort qui menace nos sociétés.
11 janvier 2017 

samedi 14 janvier 2017

La paix en 2017.

Nombre d'utopies n'en sont plus car elles ont été réalisées en tout ou partie. Il en est ainsi de l'abolition de l'esclavage, (en droit sinon en fait). Il en est de même pour l'abolition de la peine de mort, (en bien des États, notamment en Europe, mais, mais pas partout). S'agissant de la guerre et de la paix, envisager de rompre avec le recours à la violence d'État semble constituer l'utopie de utopies ! La volonté de puissance et le marché florissant des armes bloquent pareille évolution historique.
 
La liste de la vingtaine d'États qui ne possèdent pas d'armée1 révèle qu'hormi le Costa Rica et le Panama qui n'ont que des forces de police, les États sans armée sont, en général, de petite taille et s'en remettent, pour assurer leur défense, par traité, à des grandes puissances, telles que les USA ou la Chine. 

Est-il alors inéluctable que la paix se limite à la non-guerre temporaire ? La paix n'a jamais été l'absence de guerre et les périodes sans conflit peuvent servir à préparer le suivant comme on l'a vu, en Europe, entre 1918 et 1939. Michel Serres, dans son dernier livre2, rappelle que, par rapport aux siècles passés, les morts violentes, liées à des affrontements internationaux, diminuent progressivement. Certes, mais faire la paix ne se limite pas à constater la diminution du nombre de ces morts violentes que les hommes s'infligent les uns aux autres ! Chaque mort donnée, (à Alep ou ailleurs), ou subie, (au creux de la Méditerranée), est vécue, par chaque victime concernée, comme une fin du monde. 

L'Homme est-il violent par nature ? interroge Diane Mellot3, dans un article paru sur le site Notre-planete.info. Elle conclut son analyse serrée, de quatre pages, par une interrogation voisine qui donne aussi à penser : « Et si la violence n'était ni naturelle ni culturelle ? Certes, l'Homme est un animal capable de violence et de cruauté envers ses semblables et les autres espèces. Mais la violence n'est sans doute pas tant l'apanage de l'animalité que celui de l'inhumanité ». 

Nous sommes entrés, écrit Jean-Claude Carrière4 dans de nouveaux temps, ceux de « la guerre grise, presque anonyme et même innommable ». Hervé Kempf, quant à lui, qualifie de « guerre civile mondiale »5 les multiples conflits qui, même quand ils y participent, n'opposent plus directement les États. Deux écrivains belges, Thomas d'Ansembourg et David Van Reybrouck considèrent que « la paix, ça s'apprend »6 et ne dépend pas des seuls gouvernants. C'est, disent-ils, une science à laquelle les éducateurs (parents, enseignants, écrivains...), ne consacrent pas assez de temps et d'énergie. En fait, quelle que soit l'approche des chercheurs qui examinent les conditions de la paix, il y a, pour eux, une donnée nouvelle : les guerres se généralisent, se diversifient et, tout en restant des plus cruelles, sont moins meurtrières qu'au cours des siècles passés. La guerre a cessé d'être inéluctable mais ne ressemble-t-elle pas « un fait social total7 » que n'explique pas, à lui seul, le tempérament violent des humains. L'agressivité n'est pas plus dans nos gênes que dans nos « âmes », nos esprits, nos personnalités qui, comme d'aucuns l'affirment encore, seraient dominés par le « péché originel » ! 

De partout s'élèvent, à l'orée de l'année 2017, de pressants appels à la paix. Le 25 décembre 2016, le Pape François, dans son message de Noël, Urbi et orbi, lançait :« Paix aux peuples qui souffrent à cause des ambitions économiques d’un petit nombre et de l’âpre avidité du dieu argent qui conduit à l’esclavage ». 

Dans son message, daté du 8 décembre 20168, pour la Journée mondiale de la paix du premier janvier suivant, François proposait même de « faire de la non-violence active notre style de vie ». Qu’elle devienne, disait-il, «le style caractéristique de nos décisions, de nos relations, de nos actions, de la politique sous toutes ses formes». Car, continuait-il, tout en adressant « un appel en faveur du désarmement, ainsi que de la prohibition et de l’abolition des armes nucléaires », « les politiques de non-violence doivent commencer entre les murs de la maison pour se diffuser ensuite à l’entière famille humaine »


« Faisons de 2017 une année pour la paix » semble lui répondre le nouveau et neuvième Secrétaire général de l'ONU, António Guterres9. Dès son entrée en fonction, le dimanche 1er janvier, il a appelé le monde à « faire de la paix notre priorité absolue ». Il aura lui-même de quoi faire : partageant ce souci de la paix, dans un monde où les violences se multiplient et menacent de s'étendre encore, le « First Commitee » de l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, avait voté, le 27 octobre 2016, (avec une majorité de 76 % : 123 votes "pour" et 38 "contre"), la Résolution 141 qui implique l’ouverture de négociations pour un Traité d’Interdiction des armes nucléaires en 2017. Ce vote a ensuite été confirmé par le vote définitif du 23 décembre 2016. Un programme d'action diplomatique est donc sur les rails : deux conférences de négociation se dérouleront, du 27 au 31 mars et du 15 juin au 7 juillet 2017, à New York. Elles seront ouvertes à tous les États, ainsi qu’à la société civile et aux organisations internationales. 

Sans le soutien massif d'un nombre croissant de Terriens, et si grande soit la majorité des États voulant un tel Traité d’Interdiction des armes nucléaires, des obstacles gigantesques seront dressés par les neuf États dotées d'armes nucléaires, dont les USA et la Russie, mais aussi la France. Vladimir Poutine et Donald Trump ne viennent-ils pas d'annoncer, tout récemment, leur volonté de renforcer les arsenaux nucléaires de leurs pays.

C'est dans ce contexte international que se joue l'avenir de la planète car, n'en doutons pas, les armes de destructions massives que sont les bombes atomiques (dont nous ne pourrons avoir, indéfiniment, la maîtrise totale) menacent l'espèce humaine autant que le réchauffement climatique. Cela sera-t-il même évoqué et débattu pendant la prochaine campagne électorale française ? Si nous ne l'exigeons pas, il n'en sera pas question. La Bombe est, en effet, le signe de la puissance politique économique, diplomatique et militaire conservée par la France bien qu'elle soit devenue un État modeste. 

La paix, en 2017, c'est notre affaire et les vœux, exprimés par des Grands de ce monde ne peuvent suffire à nous la garantir. Dépassons notre sentiment d'impuissance. Exprimons-nous. À nous d'agir. 

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1  https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_qui_ne_poss%C3%A8dent_pas_d'arm%C3%A9e 

2  Michel Serres, Darwin, Bonaparte et le Samaritain - Une philosophie de l'histoire, édition Le Pommier, septembre 2016 

3  Voir : http://www.notre-planete.info/actualites/4564-Homme-violence-nature 

4  Jean-Claude Carrière, La paix, aux éditions Odile Jacob, octobre 2016. 

5  Hervé Kempf, Tout est prêt pour que tout empire, aux éditions du Seuil, janvier 2017, pp. 69-72.

6  Thomas d'Ansembourg et David Van Reybrouck, La paix ça s'apprend, aux éditions Actes sud, octobre 2016.

7 L'expression fut créée par le sociologue Marcel Mauss dans son Essai sur le don (1924). Elle signifie qu'une société humaine

tout entière est affectée, influencée par certains événements survenant en son sein desquels nul ne se peut soustraire.

8 https://fr.zenit.org/articles/50-journee-mondiale-de-la-paix-la-non-violence-style-dune-politique-pour-la-paix/

9 http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=38731#.WHn0AJKBuUc 

http://www.itele.fr/monde/video/onu-pourquoi-antonio-guterres-veut-tout-changer-172330

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