mardi 23 novembre 2010

Il y a nation et nation

Bienvenue à Patrick Chamoiseau qui bouscule un peu les concepts, ce dont nous avons besoin si nous voulons ne pas lâcher la proie pour l'ombre, c'est-à-dire troquer un"État-nation" pour une nation nationaliste.


«... En salut aux nations naturelles et aux peuples sans État.»

1 - Beaucoup de souverainetés existant par le monde, parfois inscrites à l'ONU, sont composites, c'est-à-dire tissées de plusieurs États, peuples ou nations (Nigeria, Espagne, Saint Kitts-et-Nevis, Chine, Micronésie, USA, Suisse, Inde, etc...)

2 - Le peuple : entité historique, culturelle et identitaire. La nation : perception collective d'un destin commun dont l'intensité peut atteindre ou pas l'exigence d'un État. L'État : appareillage politique de tout cela.

3 - Celui qui parvient à doter une nation naturelle d'un outillage politique en devient le « père ». Celui qui l'a dotée d'une haute conscience d'elle-même en est le « catalyseur ». D'une manière générale, le « catalyseur » rend possible l'avènement du « père de la nation ».

4 - Ce qui relie, rallie, relate, États peuples nations, quelle que soit leur complexité constitutive ou découlant de l'Histoire, c'est souvent une idée, une éthique référentielle. Cela peut aussi être une intention autour d'un projet global ; une stratégie d'ensemble liée à une vision du monde ; un pacte républicain ou autre qui autorise le respect des différences et surtout leur expression positive. En clair : une Politique et son appareillage.

5 - Par l'appareillage politique, la nation naturelle concrétise son optimal degré de souveraineté.

6 - La forme la plus historiquement répandue, sans doute maintenant obsolète, en tout cas à problèmatiser, de l'appareillage politique est celle de l'État.

7 - La nation naturelle naît à elle-même par le Politique. La nation politique est une nation naturelle dotée d'une intention et des moyens d'agir dans le concert du monde.

8 - Mieux que l'idée d'indépendance, l'idée de souveraineté est la seule qui puisse mettre fin à toute forme de colonisation. On peut être indépendant et ne pas être souverain. La Françafrique est la gestion néocolonialiste d'un lot d'indépendances. Durant l'esclavage, beaucoup de nègres marrons n'étaient pas « libres » : peu souverains en leur imaginaire malgré les chaînes rompues.

9 - Je me dis « indépendantiste » (toujours pour aller vite) non pas parce que je me range aux conceptions nationalistes des années 50 - supposant un espace international d'entités étatiques égocentriques, concurrentes et antagonistes - mais simplement parce que je ne renonce pas à l'idée d'une souveraineté martiniquaise inscrite tel un écosystème dans l'écosystème-monde.

10 - Une souveraineté peut recouvrir plusieurs espaces de souveraineté, plusieurs États, plusieurs peuples, plusieurs nations, car toute souveraineté exprime une volonté commune, une intention partagée, un pacte défini pour mettre en branle une entité collective vivante. Or tout ce qui est vivant se trouve par nature en diversité, en différences et en changements. Dans l'actuelle globalisation du monde qui redistribue la gamme des peuples, des cultures et des identités, une République « une et indivisible » est un archaïsme désormais improductif. C'est ce vieil imaginaire de l'Un comme seul vecteur du vivre-ensemble qui rend indépassable l'abîme israélo-palestinien. C'est lui qui pétrifie chez nous, en Martinique, l'idée d'indépendance, et qui nous garde irresponsables en république française.

11 - La souveraineté met fin à toute forme de colonisation en dotant une entité collective d'un outil politique d'abord capable de s'auto- organiser, puis de maîtriser et de choisir les interdépendances qui lui sont nécessaires (ses relations extérieures, ses adhésions, ses alliances historiques, ses associations, ses choix économiques, son réseau écologique international, sa coopération régionale, son maillage de luttes dans les combats mondiaux, etc...)

12 - Les souverainetés peuvent établir entre elles toutes formes d'alliances et d'associations, et s'articuler sur des formes de convergences infiniment complexes, bien au-delà des fédérations ou confédérations. En la matière, la capacité inventive seule confronte désormais les limites.

13 - L'idée de souveraineté, articulée en différents niveaux et différents espaces, est adaptée à l'écosystème interdépendant du monde contemporain. Là où l'assistanat-dépendance accule les pays dits DOM-TOM à une rupture avec l'écosystème du monde, le processus de souveraineté optimale pourrait les réinstaller par la responsabilité dans leurs propres réalités, dans celles de leur région et dans celles du monde. S'opèrerait ainsi l'affirmation positive et sereine d'une volonté commune et d'une intention s'articulant en pleine conscience à d'autres volontés et d'autres intentions. Par « volonté » et « intention » j'entends : une autorité intérieure, individuelle et collective. Par « processus de souveraineté optimale » j'entends : la récupération de tous les espaces de souveraineté qu'autorisent le niveau de conscience collective et le rapport de forces politiques en présence.

14 - Toute accession à l'autorité intérieure, nous délivre des enfermements idéologiques, du verrou des mots d'ordre, et des vieilles conceptions de l'État-nation. Toute autorité intérieure est génésique en ces matières : elle crée des formes toujours nouvelles et toujours dynamiques, en relation avec le monde.

15 - Ce qui, pour les nations naturelles et les peuples aujourd'hui sans État, rend tout projet politique difficile, c'est qu'il doit exprimer la vision complexe de ce que pourrait être une nation-relation ou une méta-nation. C'est à dire : une présence collective inédite, dynamique, agissante et féconde dans la complexe fécondité et fluidité du monde.

En Martinique, à l'orée de cette collectivité unique que nous devons penser - dont l'opportunité constitue pour nous tout autant une chance qu'un abîme potentiel - nous avons tout à inventer. La simple fusion des deux collectivités précédentes (Conseils régional et général) qui n'ont montré que leurs limites, constituerait une indigence, une perte de temps, et pire : un renoncement.

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Mort mais pas fin du Ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire : Besson a passé la main à Hortefeux, et tout se passera désormais "à l'Intérieur" ! Pas rassurant...

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Le 3 octobre 2013.
Et maintenant, exprimez-vous, si vous le voulez.
Jean-Pierre Dacheux

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