mercredi 11 août 2010

Urgence et compromis

Le compromis demande du temps.
L'urgence exige l'immédiat.



Le compromis est le contraire de l'abandon. C'est la recherche méthodique, patiente, exigeante d'un accord provisoire, d'un point d'équilibre, d'une reconnaissance des accords et désaccords existant entre deux thèses divergentes. C'est le refus du renoncement et l'acceptation de l'adversaire auquel on ne fait aucune concession mais qu'on respecte. C'est une attitude politique s'il en est, mais tout à fait incompatible avec la politique qui se pratique où l'on cherche à tromper, dominer ou réduire l'autre. Le plus célèbre des praticiens politiques du compromis fut, bien sûr, Gandhi.

L'urgence est le contraire de la précipitation. C'est ce que la lucidité fait découvrir : l'actualité d'un danger ou la nécessité d'une action. En politique tout est souvent présenté comme urgent, pour hâter la prise de décision, bien qu'il faille du temps pour satisfaire les plus urgentes des urgences !

Le compromis répète-t-on sans cesse, avec raison, n'est pas une compromission. L'urgence n'est pas dans la hâte mais dans la gravité !

Le compromis s'allie à l'urgence quand on veut obtenir des résultats durables. On ne fait, disait un pédagogue, pousser les fleurs en tirant dessus. Avant d'être un colosse, le chêne est une plantule. L'action humaine s'effectue à un rythme : trop rapide, elle s'effondre ou produit des effets désastreux; trop lente, elle disparait sans laisser de traces. Le bon tempo est déterminant et la gestion écologique du temps est devenue primordiale, ce que ne peuvent appréhender les acteurs qui sont enfermés dans des durées fixes, telles que celles des mandats des élus.

Changer le rythme de l'action publique constitue un enjeu difficile, redoutable et indispensable désormais. C'est au jour le jour qu'on modifie une situation dont on constatera les effets d'ici vingt ans ! Quand nos ancêtres faisaient pousser des arbres pour réaliser des mats de bateaux, non seulement ils attendaient la pousse, mais ils renouvelaient les plantations et, même, ils noyaient les fûts des arbres coupés pour les préparer au travail du charpentier ! Sans considérer l'utilité d'un retour en arrière, il est des enseignements à tirer de la sage lenteur. Paul Virilio, depuis longtemps, analyse les dangers, pour la civilisation, des sociétés dominées par la vitesse.

Hâte toi lentement et tu réussiras mieux que celui qui se jette dans l'action avec le souci de réaliser un profit prochain. L'accélération de nos sociétés techniciennes, devenues technologiques, nuit au monde entier et les avertissements des philosophes, depuis Jacques Ellul jusque André Gorz, parmi bien d'autres, n'y ont rien changé.

Nous sommes dans l'urgence et la multiplication de drames gigantesques, cet été, (notamment en Russie, Pakistan, Chine, Inde, Europe de l'est...) qu'il s'agisse d'incendies, d'inondations ou d'effondrements des sols nous fournit un terrible enseignement : il faut prévoir des dizaines d'années à l'avance les risques auxquels il faut faire face, et s'y préparer, pour les atténuer, voire pour les empêcher.

Le compromis entre les hommes, mais aussi le compromis avec la nature, est l'axe de toute politique intelligente, visant les moyen et long termes. Il ne faudra pas moins qu'une révolution intellectuelle pour en convenir et en tirer les leçons pratiques. Qui ne voit, à la lecture de l'information quotidienne, toute l'urgence de cette pratique du compromis ?


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Le 3 octobre 2013.
Et maintenant, exprimez-vous, si vous le voulez.
Jean-Pierre Dacheux

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